Interview sur RMC et BFM TV - Réponses aux questions de Jean-Jacques BOURDIN, des auditeurs et téléspectateurs

Jean-Jacques BOURDIN

Bonjour, merci d’être avec nous ce matin. Monsieur le Président je vais vous appeler, mais je vais aussi vous appeler François HOLLANDE. Merci d’honorer votre promesse faite il y a près de deux ans, je me souviens, vous êtes ici pour répondre aux questions des auditeurs, des téléspectateurs aussi, tout à l’heure entre 9h00 et 9h30, dialogue direct sans aucune complaisance avec les Français, leurs questions et les miennes ne vous ont pas été soumises François HOLLANDE, bien entendu…

François HOLLANDE

Je n’ai rien, je n’ai rien. Donc j’aurai tout le plaisir et tout le bonheur de répondre à des questions.

Jean-Jacques BOURDIN

Très bien. Deux ans de présidence aujourd'hui, aucun président de la Vème République n’a été aussi impopulaire que vous. Déception profonde, crédibilité envolée, si vous aviez voté pour François HOLLANDE il y a deux ans et vous l’avez fait, vous avez voté pour François HOLLANDE il y a deux ans, seriez-vous déçu ?

François HOLLANDE

Je serais impatient…

Jean-Jacques BOURDIN

Pas déçu ?

François HOLLANDE

Je savais quelle était la situation du pays, je ne l’avais pas d’ailleurs dissimulée, elle était grave, des déficits considérables, une dette qui avait progressé de 600 milliards, une perte de compétitivité, une zone euro qui était dans la turbulence, enfin franchement, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait dès le lendemain, des lendemains qui auraient chanté.

Jean-Jacques BOURDIN

Donc électeur de François HOLLANDE, vous ne seriez pas déçu aujourd'hui ?

François HOLLANDE

J’avais dit que cela serait sur le quinquennat que j’aurais à être jugé, qu’il y aurait une phase nécessaire de redressement, que des mesures courageuses devaient être prises et elles l’ont été sous le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT. J’avais dit qu’ensuite, si nous avions bien travaillé, si nous avions fait les choix qui convenaient, les réformes qui étaient nécessaires, alors il y aurait un retournement, un redressement qui pourrait s’opérer. Moi mon objectif, mon combat, c’était de remettre la France en marche, elle ne l’était plus. En 2012 si j’ai gagné ce n’est pas parce que j’avais un programme étincelant, c’est sans doute parce que mon prédécesseur avait échoué, c’est parce que les Français savaient bien quelle était l’ampleur de la crise. Donc s’ils m’ont choisi, c’est sans doute parce qu’ils espéraient que cela changerait bien vite, mais en même temps c’est parce qu’ils avaient conscience que jusqu’à présent, ce qui aurait dû être fait, ne l’avait pas été. Alors ils ne me font aucune indulgence, vous l’avez bien noté, l’impopularité est là…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais je ne serais pas indulgent moi François HOLLANDE…

François HOLLANDE

Non mais vous non plus…

Jean-Jacques BOURDIN

Je ne vais pas l’être…

François HOLLANDE

Mais ils ne me font aucune indulgence et en même temps, je demande à être jugé à la fin.

Jean-Jacques BOURDIN

A la fin du quinquennat, dans trois ans. Echec quand même, pour l’instant échec, échec pour l’instant.

François HOLLANDE

Mais échec de quoi ? Sur le chômage…

Jean-Jacques BOURDIN

Echec dans votre politique…

François HOLLANDE

Sur le chômage….

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que vous avez…

François HOLLANDE

Regardons les choses, regardons les choses…

Jean-Jacques BOURDIN

Pardon, François HOLLANDE…

François HOLLANDE

Si on doit regarder l’échec, il est sur une promesse que j’ai faite…

Jean-Jacques BOURDIN

Et répétée…

François HOLLANDE

Et répétée, celle d’inverser la courbe du chômage, ce n’est pas encore le cas. Nous l’avons stabilisée, nous ne l’avons pas inversée. Alors je me bats, je me bats pour que cette promesse qui est la seule qui compte aux yeux des Français, que le chômage puisse baisser, que la croissance puisse repartir, que le pays puisse avancer, que cette promesse soit tenue.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors moi j’ai des questions à vous poser. Avez-vous sous-estimé les difficultés économiques ? Avez-vous caché la vérité sur les comptes publics ? Avez-vous égaré les Français qui ont le cœur à gauche en affirmant vouloir combattre la finance ? Pourquoi ne pas avoir dit aux Français tout de suite que vous alliez augmenter les impôts ?

François HOLLANDE

On reprend dans l’ordre vos questions. D’abord est-ce que j’ai dissimulé la gravité de la crise ? Non, je l’avais évoquée pendant la campagne présidentielle. Est-ce que je n’ai pas suffisamment dit au lendemain de l’élection que la situation que j’avais trouvée était grave ? Oui, je ne l’ai pas suffisamment dit. Parce que je n’ai pas voulu simplement me défausser…

Jean-Jacques BOURDIN

Pourquoi ne pas l’avoir dit ?

François HOLLANDE

J’avais devant moi un rapport de la Cour des comptes qui était déjà suffisamment grave dans ce qu’il signifiait de notre dette, celle de nos prédécesseurs, et du déficit qui m’était laissé. Mais il y a un point que je n’ai pas suffisamment souligné, c’est la dégradation de la compétitivité de l’industrie française, nos pertes de marché … ça n’a pas duré très longtemps, le rapport GALLOIS, vous vous en souvenez, novembre 2012, à peine six mois après mon élection a parfaitement et objectivement situé le mal français, c’est-à-dire une industrie qui avait perdu l’essentiel de sa compétitive, alors qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ? Non, j’ai pris tout de suite une décision qui n’était pas facile pour mes amis, vous évoquiez la gauche, j’ai dit : il faut alléger le coût du travail des entreprises parce que s’il n’y a pas une baisse du coût du travail, il n’y aura pas le redressement de la compétitivité.

Jean-Jacques BOURDIN

Mais vous ne l’avez pas dit tout de suite François HOLLANDE. Vous avez commencé par défaire ce qu’avait fait Nicolas SARKOZY, et notamment les heures supplémentaires défiscalisées qui a été une erreur…

François HOLLANDE

Alors attendez, on reprend là aussi dans l’ordre. J’ai voulu dès le départ, c'est-à-dire aux mois de juillet et août, remettre en cause les avantages fiscaux pour les plus favorisés qui avaient été concédés par mon prédécesseur. Sur l’impôt sur la fortune qui avait été rogné, sur l’impôt sur les transmissions, les successions pour les plus hauts patrimoines qui avait été abaissé, sur un certain nombre de revenus qui avaient été défiscalisés. Alors c'est vrai, je veux le reconnaitre, sur les heures supplémentaires c’était un engagement que j’avais pris…

Jean-Jacques BOURDIN

C’est une erreur ?

François HOLLANDE

Je vais y venir. Pourquoi ai-je pris cette décision ? Pour faire mal aux Français ? Sûrement pas, mais parce que les heures supplémentaires étaient défiscalisées quand les heures normales étaient fiscalisées. Pourquoi ? Comment comprendre ? Mais en même temps, j’ai vu les conséquences que cela a eu sur un certain nombre de salariés qui étaient à 39 heures, à qui on n’avait pas demandé de baisser leur temps de travail à 35 heures. Ils étaient à 39 heures, ils touchaient donc des heures supplémentaires et ils ont été fiscalisés. C'est pourquoi j’ai demandé au gouvernement de Manuel VALLS que nous puissions traiter cette question de l’entrée dans le barème de l’impôt sur le revenu pour ce type de contribuables, parce que j’ai conscience que le travail doit être encouragé.

Jean-Jacques BOURDIN

Nous allons revenir, nous allons revenir sur votre changement de politique annoncé le 14 janvier dernier, sur l’avenir, les trois ans qui vont arriver, mais dites-moi, en deux ans, vous vous êtes enfermé dans votre Palais, perdant le lien avec les Français. Vous n’avez pas eu cette sensation-là de perdre le lien avec les Français ? Franchement ?

François HOLLANDE

C'est toujours un risque, mais qu’est-ce que je dois faire ? Travailler pour le pays…

Jean-Jacques BOURDIN

Je ne sais pas.

François HOLLANDE

…le remettre en marche, je ne suis pas là pour…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui et parler aux Français…

François HOLLANDE

Parler, je le fais.

Jean-Jacques BOURDIN

Qu’ils vous entendent, là vous le faites ce matin…

François HOLLANDE

Mais je l’ai fait avant, mais je le referai encore plus souvent si c’est nécessaire. Qu’est-ce que j’ai eu à faire ? Parler aux Français tout de suite ? Non j’ai eu à faire, à traiter la plus grave crise de la zone euro qui aurait pu éclater. Cela m’a pris quand même quelques mois. J’ai réorienté l’Europe sur le pacte de croissance, vous croyez ça s’est fait comme ça ? Aller descendre dans la rue, aller saluer mes compatriotes, je l’ai fait, il a fallu convaincre et ce n’était pas facile…

Jean-Jacques BOURDIN

Et vous ne pouvez plus ou presque plus descendre dans la rue François HOLLANDE, vous êtes sifflé, hué, à Carmaux regardez, écoutez.

François HOLLANDE

Mais je préfère aller au contact des Français quitte …

Jean-Jacques BOURDIN

A être sifflé ou être hué ?

François HOLLANDE

Ceux qui se livrent à ce type de manifestations, le dialogue est difficile, mais c'est assez rare. Pour le reste, je préfère regarder les Français en face, ils ont quelque chose à me demander, ils le feront tout à l’heure à travers vos questions…

Jean-Jacques BOURDIN

Ils vont le faire tout à l’heure, bien sûr.

François HOLLANDE

…Je préfère le faire, moi je n’ai rien à redouter. Parce que ce que j’ai fait, je ne l’ai pas fait pour moi, je ne l’ai pas fait pour une exhibition personnelle, je ne l’ai pas fait pour une recherche de popularité. Ce que j’ai fait depuis deux ans, c'est pour la France et je préfère, à la fin de mon mandat, me poser cette question : est-ce que j’ai tout fait pour que la France se remette en marche, ou est-ce que j’ai tout fait pour regarder les Français de biais de peur de rencontrer leur jugement le moment venu.

Jean-Jacques BOURDIN

Pour terminer ces deux années de bilan François HOLLANDE, est-ce que vous avez commis des imprudences dans votre vie privée ?

François HOLLANDE

Non, je pense que la vie privée relève de la vie privée.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors est-ce que…

François HOLLANDE

Je pense qu’il y a toujours à avoir…

Jean-Jacques BOURDIN

Je parle d’imprudence.

François HOLLANDE

Je pense qu’il y a toujours à avoir une relation simple avec les Français, qu’ils me jugent sur ce que je fais, qu’ils me regardent pour ce que je suis et je n’ai pas ici, à confondre vie privée et vie publique.

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que votre comportement a été digne ?

François HOLLANDE

Oui je le pense.

Jean-Jacques BOURDIN

Toujours ?

François HOLLANDE

Mais vous ne pouvez pas ici laisser penser que je ne l’aurais pas été. Jamais je ne me suis livré à je ne sais quelle facilité, confusion, jamais je n’ai été dans une forme de vulgarité ou de grossièreté. Souvenez-vous de ce que j’avais dit lors de ce débat fameux entre Nicolas SARKOZY et moi-même. Moi président de la République, reprenez toutes ces déclarations que j’ai pu faire à ce moment-là, j’ai toujours veillé à respecter l’indépendance de la presse, de l’audiovisuel, de la justice. Jamais je n’ai fait en sorte que l’Elysée soit un lieu de pouvoir certes, mais de confusion avec des partis ou avec des idéologies.

Jean-Jacques BOURDIN

François HOLLANDE, je vais aller encore plus loin, absence de résultats, amateurisme, manque d’autorité, est-ce que vous êtes à la hauteur de la fonction ?

François HOLLANDE

C'est aux Français d’en juger.

Jean-Jacques BOURDIN

Franchement ?

François HOLLANDE

Ils m’ont élu…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous savez que le doute est là.

François HOLLANDE

Mais le doute il est normal. Vous pensez que dans une période de crise, dans une période de difficultés, les Français pourraient être indulgents, pourraient être bienveillants quand on leur demande tant d’efforts ? Je leur ai demandé beaucoup d’efforts, je leur ai demandé à un moment où ils espéraient tout de suite pouvoir avoir le retour de leur vote pour ceux qui l’avaient effectué en ma faveur. Je leur ai demandé d’avoir aussi un effort de solidarité à travers des prélèvements, ce n’est pas facile, je l’ai fait dès le mois de septembre. Je n’ai pas attendu, septembre 2012, je leur ai dit que les déficits sont inacceptables. Une dette qui s’alourdit, je demande notamment aux plus favorisés - mais pas seulement on a évoqué les heures supplémentaires-, je vous demande un effort. Je ne l’ai pas différé, je n’ai pas essayé de diluer cela. Ensuite vous me dites : il y a eu pendant deux ans une forme d’amateurisme, amateurisme quand il s’est agi de sortir de la crise de la zone euro ? Amateurisme quand il s’est agi d’intervenir au Mali  quand personne ne le faisait et que le terrorisme était en train de gagner la partie ? Amateurisme quand il s’est agi d’aller en Centrafrique pour éviter un génocide ? Amateurisme quand il s’est agi sur la crise syrienne où j’étais le seul chef d’Etat occidental à dire attention, ce qu’on est en train de laisser faire, c’est un massacre ?

Jean-Jacques BOURDIN

Mais vous êtes…

François HOLLANDE

Et donc je préfère prendre mes décisions, prendre mes responsabilités et puis être jugé sur les résultats. Par ailleurs sur les résultats je veux quand même y venir.

Jean-Jacques BOURDIN

Mais je vais y venir, je vais y venir. Je voudrais vous poser une dernière question sur ce bilan et ce moment, l’un des moments de vos deux premières années, évoquer en direct franchement le cas d’une adolescente étrangère de 15 ans expulsée avec sa famille, était-ce votre place ?

François HOLLANDE

Il y avait un débat y compris au sein du gouvernement.

Jean-Jacques BOURDIN

C’était votre place ?

François HOLLANDE

Ecoutez, à un moment il faut prendre une décision, cette famille avait été expulsée à raison, le droit l’a confirmé et la justice aussi. Ensuite il y avait cette jeune fille qui avait été emmenée alors qu’elle était dans un car scolaire, il y avait un doute. J’ai convoqué le Premier ministre, Jean-Marc AYRAULT, le ministre de l’Intérieur, nous avons cherché une solution, la famille ne pouvait pas revenir, cette jeune fille avait été enlevée, en tout cas arrêtée là où elle n’aurait pas dû l’être. On a dit pour cette jeune fille, qui avait sa sœur qui était en France, qu’elle pouvait y venir. C’était un principe que j’avais posé, elle ne l’a pas voulu, cette question est réglée. Il y a un moment où il faut faire aussi ses choix et si je ne l’avais pas fait, on m’aurait dit mais pourquoi vous n’avez pas pris votre décision ?

Jean-Jacques BOURDIN

Mais on peut faire le choix sans apparaitre publiquement.

François HOLLANDE

Ecoutez, tout cela est secondaire, ce qui compte, c’est à un moment de faire le choix et de prendre la décision.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors parlons du 14 janvier dernier, François HOLLANDE, vous voulez bien ?

François HOLLANDE

Oui.

Jean-Jacques BOURDIN

14 janvier dernier, vous changez de politique.

François HOLLANDE

Non.

Jean-Jacques BOURDIN

Non ?

François HOLLANDE

Je ne change pas de politique.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous annoncez, vous accélérez…

François HOLLANDE

C’est tout à fait différent.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui enfin vous ne changez pas de politique…

François HOLLANDE

Puisque dès le mois de novembre 2012, lorsque face à la dégradation de la compétitivité de l’entreprise France, je décide d’alléger le coût du travail, de créer le crédit impôt compétitivité emploi dont le versement va intervenir…

Jean-Jacques BOURDIN

Novembre 2012.

François HOLLANDE

Dont le versement va intervenir le 15 mai prochain pour toutes les entreprises qui ont des salariés, 4 % de moins sur leur masse salariale.

Jean-Jacques BOURDIN

Ca fait deux ans après.

François HOLLANDE

Parce qu’il fallait mettre en place cette mesure et nous n’en avions pas les moyens, donc ça a été décidé pour le 15 mai. Il y a eu des préfinancements qui ont été accordés dans l’année 2013, qu’est-ce que je fais le 14 janvier ? Je dis il faut aller encore plus loin, encore plus vite parce que le pays doit avoir des résultats. On allège de 10 milliards de plus le coût du travail, on va simplifier encore davantage des procédures et pour financer l’ensemble de ce dispositif, je fais l’annonce d’un plan d’économie de 50 milliards, que le Premier ministre Manuel VALLS met en œuvre. Et donc, il y a là un approfondissement, une accélération parce que je veux des résultats. Et ces résultats viendront. Et d’ailleurs j’ai évoqué le mot de retournement…

Jean-Jacques BOURDIN

On va en parler.

François HOLLANDE

…un certain nombre de sourires goguenards, quand même le retournement…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui.

François HOLLANDE

Alors que la croissance qui était de zéro, vous savez que de 2008 à 2012 la croissance a été de zéro, à partir de 2014, la croissance repart et je vais m’en plaindre, je vais dire aux Français, « vous savez vous êtes toujours dans une situation difficile ».

Jean-Jacques BOURDIN

On va en reparler…

François HOLLANDE

« On ne peut pas trouver le chemin de sortie » ? Eh bien non, il y a un chemin de sortie… Il faut que les Français aient l’espoir…

Jean-Jacques BOURDIN

Un chemin, sur la croissance on va en reparler parce que la Commission européenne parle d’une croissance de 1,5 en 2015, mais je vais en reparler avec vous François HOLLANDE. Je voudrais revenir sur ce qui s’est passé, donc accélération le 14 janvier dernier, puis les municipales arrivent, échec cinglant, vous en convenez, est-ce que c’est cet échec qui vous a poussé à changer de Premier ministre ? Vous aviez décidé avant ?

François HOLLANDE

Je pensais que Jean-Marc AYRAULT avait fait du bon travail et il a pris les mesures avec moi, celles que j’ai évoquées, celles qui ont été des actes majeurs pour la compétitivité, pour l’emploi et pour la réduction des déficits. Mais il y a une élection qui arrive, une sanction qui est prononcée, je l’entends, une réorganisation est nécessaire, une accélération conforme d’ailleurs à ce que j’avais annoncé le 14 janvier doit être faite.

Jean-Jacques BOURDIN

C’est donc l’échec aux municipales qui vous a poussé à changer de Premier ministre ?

François HOLLANDE

Mais si les Français s’expriment et que je ne les écoute pas, alors, là, vous pouvez, à juste raison, m’en faire le reproche, mais lorsque des Français disent que, ils veulent que ça aille plus vite et plus fort, alors j’en tiens compte. Je salue ce qu’a fait Jean-Marc AYRAULT, c’était important pour le pays, et on s’en souviendra, mais je pense que Manuel VALLS aujourd’hui, avec une équipe resserrée, seize ministres, doit donner l’impulsion nécessaire, et nous allons y parvenir. Parce que moi, ce que je veux, c’est que les Français se disent : pourquoi on fait tant d’efforts ? Ça fait des années qu’on leur demande des efforts sans résultats…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais c’est ce que les Français se disent et ce qu’ils se sont dit…

François HOLLANDE

Et donc moi, j’ai l’obligation…

Jean-Jacques BOURDIN

Aux municipales notamment ceux de gauche qui ont voté pour vous, François HOLLANDE !

François HOLLANDE

Non, ceux de gauche ne sont pas venus voter aux élections municipales, j’ai entendu ce message, y compris de leur silence…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, eh bien oui, eh oui ! Eh oui !

François HOLLANDE

J’entends les colères, je ne suis pas sourd, je vois les insatisfactions, donc qu’est-ce que je me dis ? Nous devons aller encore plus vite, parce que pour les Français, c’est insupportable, ils veulent des résultats.

Jean-Jacques BOURDIN

Encore plus vite, vous allez aller encore plus vite ?

François HOLLANDE

Oui, on va aller plus vite sur la réforme territoriale.

Jean-Jacques BOURDIN

On va en reparler.

François HOLLANDE

On va aller plus vite sur la simplification, on va aller plus vite sur l’allègement du coût du travail, on va même aller plus vite sur les impôts qui doivent baisser puisque dès cette année 2014, alors que nous n’avons pas encore tous les moyens pour y parvenir, nous allons prendre une mesure supplémentaire pour les salariés modestes.

Jean-Jacques BOURDIN

Donc Manuel VALLS est nommé Premier ministre, il est très populaire, enfin, beaucoup plus populaire que vous, vous l’avez remarqué ?

François HOLLANDE

Eh bien, tant mieux !

Jean-Jacques BOURDIN

Vous l’avez remarqué, j’imagine, il est beaucoup plus populaire…

François HOLLANDE

Mais tant mieux…

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce tenable longtemps ?

François HOLLANDE

Je n’allais pas prendre un homme qui était jugé comme impopulaire ou comme incompétent…

Jean-Jacques BOURDIN

Alors, c’est cette popularité qui vous a poussé à le choisir ?

François HOLLANDE

J’ai pris celui qui m’a paru être… Sa compétence, sa popularité, oui, sans doute, mais aussi…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais c’est tenable longtemps, François HOLLANDE ?

François HOLLANDE

Mais là aussi, je ne suis pas dans un jeu, je ne fais pas, là, une sélection de personnes pour prendre celui qui ne me ferait pas concurrence. Je n’ai qu’un seul souci, l’intérêt du pays, je ne suis pas dans une combinaison, je prends Manuel VALLS pour toutes ses qualités, avec un gouvernement dont je connais la compétence de chacune et de chacun. Parce que nous devons réussir. Moi, je veux qu’à la fin de mon mandat, la seule question à laquelle je pourrai répondre, soit la suivante : est-ce que j’ai pu faire avancer le pays ? Ou est-ce que j’ai simplement été là pour gérer les affaires courantes ? Je ne suis pas là pour gérer les affaires courantes du pays, parce que le pays ne peut plus attendre.

Jean-Jacques BOURDIN

Cinquante milliards d’euros d’économies dans les dépenses publiques, François HOLLANDE, Pierre GATTAZ vous applaudit, il vous applaudit, et lui, demande une modération salariale, et dans Le Canard enchaîné de demain, on apprend qu’il s’est augmenté de 23%. Bon, tout cela fait mauvais effet, vous en conviendrez…

François HOLLANDE

Ce n’est pas moi qui augmente monsieur GATTAZ, vous en conviendrez aussi…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, ça, j’imagine, oui.

François HOLLANDE

Donc il y a un moment où chacun, comment ai-je appelé le pacte ? Le pacte de responsabilité…

Jean-Jacques BOURDIN

De responsabilité.

François HOLLANDE

Et de solidarité. Chacun doit être responsable, on ne peut pas demander la baisse du Smic, voire sa suppression, et en même temps, considérer qu’il n’y a pas de salaire maximum, que tout est possible pour ceux qui sont en haut et que rien ne serait possible pour ceux qui sont en bas. Ça, c’est un principe qui est contraire à l’idéal même de la République.

Jean-Jacques BOURDIN

Les revendications salariales, nous les écouterons tout à l’heure avec les auditeurs et les téléspectateurs. ALSTOM, quand avez-vous appris qu’ALSTOM s’apprêtait à vendre sa division énergie à GENERAL ELECTRIC ?

François HOLLANDE

Je l’ai appris quand le PDG lui-même en a convenu.

Jean-Jacques BOURDIN

Pas avant ?

François HOLLANDE

Mais non, nous sommes dans une économie – on peut le déplorer – où ceux qui ont…

Jean-Jacques BOURDIN

C’est-à-dire, l’Etat ne compte plus ?

François HOLLANDE

Ceux qui ont le capital n’informent pas l’Etat, pas plus qu’ils n’informent la presse. Donc ils étaient en train de négocier une vente à GENERAL ELECTRIC, entreprise installée en France, tout à fait respectable.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, tout à fait.

François HOLLANDE

Pour le dimanche, qu’est-ce que j’ai fait avec le gouvernement de Manuel VALLS et avec Arnaud MONTEBOURG ? J’ai dit : non, on ne peut pas négocier un plan de vente du capital d’ALSTOM, monsieur BOUYGUES ne peut pas vendre sa participation sans que l’Etat dise son mot. Pourquoi l’Etat ? Nous ne sommes pas au capital, mais parce que l’Etat fait de la commande publique à ALSTOM. Donc j’ai pu obtenir un délai, un délai d’un mois, qui va nous permettre de faire quoi ? Je pense aux salariés d’ALSTOM…

Jean-Jacques BOURDIN

L’offre de GENERAL ELECTRIC est suffisante aujourd’hui ?

François HOLLANDE

Non, je l’ai moi-même fait dire par Arnaud MONTEBOURG, elle n’est pas suffisante, donc elle n’est pas acceptable. Il y a une autre offre, on va essayer de la faire apparaître, si elle est meilleure…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais que pouvez-vous faire ?

François HOLLANDE

Faire en sorte que les offres puissent être enrichies pour l’emploi. Moi, je pense aux salariés d’ALSTOM, ceux qui sont dans la division transport qui ne seraient pas repris par GENERAL ELECTRIC, ils se disent : mais qu’est-ce qu’on va devenir ? Et les autres, qui peuvent se dire : mais est-ce qu’il n’y aura pas des doublons, peut-être même avec une offre qui viendrait de SIEMENS ? Ils ont raison de se poser ces questions. Donc le rôle de l’Etat, c’est de pouvoir obtenir toutes les réponses à toutes les questions, et de faire en sorte que l’intérêt national puisse être préservé.

Jean-Jacques BOURDIN

L’Etat au capital ?

François HOLLANDE

Pour l’instant, ce n’est pas une hypothèse…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, mais c’est une hypothèse envisageable ?

François HOLLANDE

Aujourd’hui, je préfère améliorer les offres, parce que si l’Etat était présent au capital, on finirait par l’oublier, et puis, il est sorti du capital, c’était sous une autre majorité, avec un autre président de la République. Et c’est là que BOUYGUES a pris cette participation qui était jusque-là celle de l’Etat…

Jean-Jacques BOURDIN

2004…

François HOLLANDE

C’était un peu plus tard, en 2008, mais…

Jean-Jacques BOURDIN

2008, oui, 2004, première intervention…

François HOLLANDE

2004, première intervention. Mais aujourd’hui, nous avons suffisamment de moyens de pression pour faire en sorte que, à la fin du processus, ce soit bon pour ALSTOM, bon pour l’industrie française, et bon pour la diversification énergétique du pays.

Jean-Jacques BOURDIN

Je me souviens de ce que vous disiez au Bourget, parce que c’était un discours qui a marqué beaucoup de vos électeurs et d’autres d’ailleurs : « Je ressens une profonde émotion, celle d’exprimer votre conviction, votre volonté, votre espérance, je mesure la fierté d’avoir été désigné par des Primaires citoyennes comme candidat à l’élection présidentielle, j’ai conscience de la tâche qui est la mienne, incarner le changement, faire gagner la gauche et redonner confiance à la France. » Il vous reste trois ans pour cela. Vous parlez aujourd’hui de redressement, de retournement économique ; le retournement économique qui arrive, mais il arrive où ce retournement économique ? Comment ?

François HOLLANDE

D’abord comment ? Il arrive par les politiques que nous avons mises en place, à la fois à l’échelle européenne, parce qu’il y a une reprise en Europe, et nous avons stabilisé la zone euro, nous avons installé une union bancaire pour lutter contre la finance, cette finance que j’ai dénoncée au Bourget, et puis…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais vous avez lutté contre la finance ?

François HOLLANDE

La taxe sur les transactions financières va être décidée…

Jean-Jacques BOURDIN

A minima, cette taxe ?

François HOLLANDE

Elle était inexistante jusqu’à présent, elle est là. Nous avons taxé les bonus bancaires, introduit une loi de séparation des activités spéculatives et des activités de dépôt pour les banques, et fait en sorte que nous puissions avoir une banque publique d’investissement. Est-ce que, aujourd’hui, les taux d’intérêt sont hauts en France ? Ils sont les plus bas, les plus bas de notre histoire, donc la finance, elle a été maîtrisée, le problème, c’est que nous manquons de croissance, et quand je dis : il y a retournement, c’est que, alors après cinq ans de stagnation, nous avons maintenant la prévision, mais pas la prévision…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais retournement…

François HOLLANDE

Pas la mienne, pas la prophétie…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais la Commission européenne dit : 1,5 en 2015, et le FMI dit : 1,7, François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Alors, c’est 1,5, c’est 1,7, mais qu’importe…

Jean-Jacques BOURDIN

Qu’importe, entre 1,5 et 2…

François HOLLANDE

Aujourd’hui, c’est combien ? L’année dernière…

Jean-Jacques BOURDIN

… 0,3…

François HOLLANDE

Eh bien voilà, vous avez donné la réponse, donc c’était 0,3 en 2013, on va faire plus de 1, j’espère en 2014, et 1,5, 1,7 en 2015. Ça veut dire qu’on est sorti de la stagnation, alors, on me dit : il ne faudrait pas l’avouer aux Français ? Ça va mieux, on ne devrait pas leur dire ? Ça ne va pas encore suffisamment…

Jean-Jacques BOURDIN

Alors vous demandez aux Français d’être patients, si je vous comprends bien ?

François HOLLANDE

Je ne leur demande pas d’être patients, je leur dis que nous avons pris les mesures qui nous permettent d’avoir demain des résultats. Je leur dis qu’il faut avoir confiance en nous-mêmes, je ne demande pas une confiance au gouvernement ou au président de la République, je ne dis pas d’aimer le président de la République ou d’aimer le Premier ministre ou le gouvernement, je leur dis d’aimer la France, de penser que la France a des atouts qui peuvent demain nous permettre de garder notre modèle social et de faire davantage de croissance et d’emplois…

Jean-Jacques BOURDIN

Alors je m’arrête là, les Français aiment qu’on les aime !

François HOLLANDE

Oui.

Jean-Jacques BOURDIN

Les Français aiment qu’on les aime. Est-ce que vous les aimez, François HOLLANDE ?

François HOLLANDE

C’était dans le discours du Bourget, et ça n’empêche pas d’être répété. Moi, j’aime les Français, j’aime les gens, j’aime ceux qui sont dans une difficulté et qui gardent espoir, j’aime ceux qui sont fiers de leur pays, j’aime ceux qui ne sont pas forcément des gens de beaucoup, souvent des gens de peu, mais qui, chaque fois qu’ils font un acte pour leur pays, s’en sentent orgueilleux, oui, moi, j’aime la France. Et quand je vais partout à l’étranger, et que j’entends ce qu’on dit de la France, j’ai un conseil à donner à tous ceux qui nous écoutent : parlez de la France, aimez la France, faites vivre la France, vous êtes la France ! La France, c’est un grand pays, et quelquefois, moi, je me désole que…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais alors, François HOLLANDE, vous aimez la France…

François HOLLANDE

Je me désole que ce soit en France qu’on dise parfois le plus de mal de nous-mêmes, alors que partout dans le monde, on nous regarde comme un pays qui a des valeurs, un mode de vie, une conception même de la liberté qui fait, qui devrait faire notre fierté…

Jean-Jacques BOURDIN

Alors, comment, puisque vous aimez les Français, comment allez-vous baisser leurs impôts ? Puisqu’on parle de retournement…

François HOLLANDE

Si aimer…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, non, non…

François HOLLANDE

Non, Jean-Jacques BOURDIN…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, non, mais comprenez…

François HOLLANDE

Si aimer les Français, c’est simplement de leur dire : vous allez payer moins d’impôts…

Jean-Jacques BOURDIN

Ce n’est pas ça…

François HOLLANDE

Je ne suis pas dans ce type de rapport…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, mais les Français, oui…

François HOLLANDE

Je pense que ce qui compte…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais les Français…

François HOLLANDE

Est-ce qu’on fait une politique qui permet à notre pays de rester lui-même dans ses valeurs, et d’être capable demain de donner à la jeunesse de France un avenir meilleur ? Alors pour les impôts…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais quand il y a…

François HOLLANDE

Pour les impôts…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui ? Oui ?

François HOLLANDE

Pour les impôts, qu’est-ce qui m’importe ?

Jean-Jacques BOURDIN

Allez-y…

François HOLLANDE

C’est que si je fais avec le gouvernement cinquante milliards d’économies de dépenses, ce n’est pas pour faire souffrir, c’est parce que nous avons trop de dettes et trop de déficits, mais aussi parce que je veux qu’avec ces économies, nous allégions le coût du travail des entreprises pour qu’elles créent plus d’emplois, et donc offrent plus de pouvoir d’achat, et deuxièmement, pour que nous baissions les impôts des Français, pas simplement des entreprises, des Français…

Jean-Jacques BOURDIN

Comment ?

François HOLLANDE

Donc dès le mois de septembre, il y aura une amélioration du barème de l’impôt sur le revenu pour que, pour l’impôt à payer cette année, il y ait ce que je ne veux plus revoir, c'est-à-dire des Français qui ont des salaires modestes qui rentrent dans le système de l’impôt sur le revenu…

Jean-Jacques BOURDIN

Des Français moyens qui payent plus d’impôts !

François HOLLANDE

Et l’année prochaine, au 1er janvier 2015 il y aura deux réformes majeures au 1er janvier 2015. Les salariés qui sont entre 1 Smic et 1,3 Smic, ceux qui travaillent et qui n’ont pas forcément toujours le retour de leur propre labeur, ceux-là auront trois points de cotisation en moins, c'est-à-dire trois points de pouvoir d’achat en plus, dès le 1er janvier 2015. Et pour les employeurs qui emploient des salariés au Smic et un peu plus, ça sera zéro charge sociale, zéro, c’est-à-dire que sur la feuille de paie, l’employeur qui a un salarié ne paiera aucune cotisation sociale. Est-ce que je peux être plus clair ? Qu’est-ce que ça va donner comme message ? Un message d’espoir pour ceux qui travaillent beaucoup et qui ont peu y compris ceux qui font des heures supplémentaires et pour les employeurs, un message de simplification, zéro charge pour les salariés payés au Smic et un peu plus.

Jean-Jacques BOURDIN

Bien, trois ans, transition énergétique, réforme sociale notamment la dépendance, loi sur la dépendance, simplification de l’Etat, réforme des départements, réduction du nombre de régions, ce sont les objectifs dans les trois ans. Grand texte, grand thème développé dans les trois ans qui viennent, la réduction du nombre de régions avant 2021 ?

François HOLLANDE

Oui, il faut aller vite. Aller vite sur les réformes de notre territoire, je suis très attaché au territoire. J’ai été moi-même maire, président d’un Conseil général. Je considère qu’aujourd’hui toutes ces structures ne sont plus lisibles pour les Français, il faut à la fois de la proximité et en même temps de l’efficacité. Donc j’ai demandé au gouvernement de Manuel VALLS d’accélérer la réforme territoriale et je vais procéder à une consultation des principaux chefs de partis politiques pour que nous puissions, pour les élections régionales et cantonales à venir, avoir un nouveau découpage pour les régions et …

Jean-Jacques BOURDIN

Pour les prochaines élections 2015 ou 2016 ?

François HOLLANDE

Si c'est 2016 ça permettrait d’avoir le temps mais je ne…

Jean-Jacques BOURDIN

Ca sera 2016 ?

François HOLLANDE

Je pense que ça serait intelligent de faire des élections régionales et départementales avec le nouveau découpage…

Jean-Jacques BOURDIN

En 2016 ?

François HOLLANDE

C'est-à-dire combien de régions, je pense que 12 régions ou 11 régions, la moitié donc, pourrait être le bon, la bonne carte de notre territoire et que pour les départements, je pense que les Conseils généraux ont vécu. J’ai été moi-même président de Conseil général, je considère qu’une réforme majeure doit être portée et qu’il n’y a plus de temps à perdre. Et là on verra qui sont les réformateurs et qui sont les conservateurs.

Jean-Jacques BOURDIN

Le chômage, vous avez dit à Clermont-Ferrand, si le chômage ne baisse pas je ne serai pas candidat en 2017. Vous confirmez ce matin ?

François HOLLANDE

Comment si j’ai échoué à faire baisser le chômage en 2017, pourrais-je prétendre que j’y parviendrai pour les cinq ans qui viennent après 2017 ? Non. Moi je me suis fixé comme objectif, comme obligation, ça sera la preuve que le pays a pu sortir de la situation dans laquelle je l’avais trouvé, la baisse du chômage. Donc c'est une obsession…

Jean-Jacques BOURDIN

Donc si dans les trois ans qui viennent le chômage ne baisse pas, vous ne serez pas candidat ?

François HOLLANDE

Je ne peux pas, même si je le voulais, parlons franchement…

Jean-Jacques BOURDIN

Sur les trois ans qui viennent ?

François HOLLANDE

Vous m’avez posé ces questions au début de l’entretien. Comment voulez-vous qu’à la fin du mandat, si j’ai échoué sur la croissance, échoué sur le chômage, échoué sur le redressement du pays, je puisse dire j’ai la solution pour la suite ? Donc je vais me battre, me battre pour que les Français puissent retrouver espoir.

Jean-Jacques BOURDIN

C'est sur les trois ans qui viennent donc ?

François HOLLANDE

Oui, pas sur les cinq années après….

Jean-Jacques BOURDIN

Trois ans qui viennent.

François HOLLANDE

Moi je suis élu pour cinq ans, les résultats que je dois obtenir c'est à la fin de mon quinquennat.

Jean-Jacques BOURDIN

Et si vous êtes candidat en 2017 vous passez par une Primaire ?

François HOLLANDE

Ecoutez, je ne me suis même pas posé cette question, très franchement, vous croyez qu’aujourd'hui je suis…

Jean-Jacques BOURDIN

L’autre jour, un de mes invités suggérait cette idée.

François HOLLANDE

Mais vous avez des invités…

Jean-Jacques BOURDIN

Julien DRAY que vous connaissez bien, un de vos amis.

François HOLLANDE

Eux ont le temps d’en parler avec vous, moi je suis dans un combat et ce n’est pas mon élection ou ma réélection qui me préoccupe, c'est l’avenir de la France.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors ce qui nous préoccupe aussi, c'est l’Ukraine et j’imagine que ça vous préoccupe, l’Europe impuissante, impuissante face à la menace d’une guerre civile qui est là, à nos portes en Ukraine, comment faire pour que l’élection du 25 mai se tienne ? L’élection présidentielle ? Est-ce que vous allez prendre une initiative avec Angela MERKEL par exemple.

François HOLLANDE

Le seul objectif que nous devons nous donner, c’est que l’élection présidentielle en Ukraine puisse se tenir le 25 mai.

Jean-Jacques BOURDIN

Et si elle ne se tient pas ?

François HOLLANDE

Si elle ne se tenait pas, ce serait le KO et le risque de guerre civile. Voilà l’enjeu.

Jean-Jacques BOURDIN

Mais il est là, ou presque.

François HOLLANDE

Nous y sommes presque, donc il y a des moments où l’Histoire se joue. L’élection présidentielle a un objectif : permettre au président qui sortira vainqueur de ce scrutin d’être légitime aux yeux de tous. Les Russes, Vladimir POUTINE, aujourd'hui voudraient que cette élection puisse ne pas avoir lieu pour continuer à faire pression. A nous de le convaincre. J’ai d’ailleurs eu par des voies indirectes un rapport avec Vladimir POUTINE pour lui signifier combien cette élection était pour la France majeure.

Jean-Jacques BOURDIN

Et que dit-il ?

François HOLLANDE

Pour l’instant, je pense qu’il doit être sous la pression.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous ne l’avez pas eu au téléphone ces derniers temps ?

François HOLLANDE

J’ai eu suffisamment de contacts ces derniers jours pour savoir que c’est cette question et c’est cette seule question qui doit être maintenant posée. La pression doit donc être exercée par l’Europe tout entière, par les Etats-Unis, à travers les sanctions. C’est l’intérêt aussi de la Russie parce qu’elle ne peut pas être regardée comme le pays qui veut empêcher un autre pays, en l’occurrence l’Ukraine, de voter, exprimer par la voie populaire le destin qu’elle choisit, l’Ukraine. A partir de là, nous avons le devoir, les Européens, d’être cohérents. Moi je pense que c’est toute la question européenne qui est posée là. Est-ce que l’Europe est capable de porter un message simple, unique, et avec le moyen de pression suffisant, les sanctions ? Aujourd'hui, la France et l’Allemagne, vous avez raison, sont sur cette position et c’est ce qui peut nous permettre d’avoir l’élection du 25 mai.

Jean-Jacques BOURDIN

J’ai une dernière question et ensuite, nous passons aux auditeurs et téléspectateurs qui sont impatients. Je le sais, François HOLLANDE. Est-ce qu’une guerre civile nous obligerait à intervenir ?

François HOLLANDE

Nous devons tout faire pour éviter la guerre civile parce que quand elle commence, on ne sait jamais quand elle finit. Je vous ai parlé de la Syrie. Quand je suis arrivé aux responsabilités de la France, il était encore possible d’arrêter le massacre en Syrie. C’était la position que j’avais prise.

Jean-Jacques BOURDIN

Qui ne l’a pas voulu ?

François HOLLANDE

Les Occidentaux, le monde, la Russie bloquant.

Jean-Jacques BOURDIN

Monsieur OBAMA ?

François HOLLANDE

La Russie bloquant puisqu’elle avait son veto.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, la Russie bloquant de son côté.

François HOLLANDE

La question était « Est-ce qu’on peut faire sans le Conseil de sécurité ? ». La réponse était : « Non, on ne peut pas faire sans le Conseil de sécurité ». Rappelez-vous, en août 2013 – en août 2013 – lorsque les armes chimiques ont été utilisées en Syrie, j’ai dit : « Nous devons intervenir, même s’il n’y a pas la délibération, la résolution du Conseil de sécurité ». Les Américains ont préféré une autre voie. Ne pas avoir empêché Bachar el-ASSAD à ce moment-là a été un signe qui aujourd'hui est entendu par d’autres.

Jean-Jacques BOURDIN

Et nous prenons le même chemin en Ukraine, François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Mais la France a toujours pris la position d’éviter la guerre civile, d’éviter la guerre, mais à chaque fois de maintenir la pression. La France depuis deux ans a été à la hauteur de sa mission. J’ai évoqué les interventions et ce n’est pas facile parce qu’aussi les Français…

Jean-Jacques BOURDIN

L’intervention Serval d’ailleurs au Mali qui cesse.

François HOLLANDE

Les Français quand on leur dit : « Je vais faire une intervention au Mali ou en Centrafrique », qu’est-ce qu’ils disent ? « Vous n’avez pas mieux à faire ? Il n’y a pas suffisamment d’urgences en France ? » J’entends aussi ce message-là mais nous sommes la France, nous sommes un grand pays. Nous sommes un pays qui compte sur la scène internationale, dans le concert mondial. Je préfère donc là aussi parfois prendre le risque de l’impopularité, mais d’être à la hauteur de la France.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous président, vous allez maintenant répondre aux auditeurs et téléspectateurs. Je voudrais préciser les choses. Au départ, je vous l’avais proposé lorsqu’on s’était vu il y a un an et demi ; vous l’aviez accepté et vous l’acceptez ce matin. C’est une première en radio, ça n’a jamais été fait un président de la République qui répond aux auditeurs. Vous savez ce qu’on va faire ? On va écouter notre premier invité. Je ne le connais pas.

François HOLLANDE

Moi non plus.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous non plus, alors allons-y ! C’est Nicole. Bonjour Nicole.

Nicole, auditrice retraitée

Bonjour Monsieur le Président, bonjour monsieur BOURDIN.

François HOLLANDE

Bonjour Nicole.

Jean-Jacques BOURDIN

Bonjour.

Nicole

Je suis retraitée depuis septembre 2013. Avant j’ai élevé cinq enfants, j’ai travaillé par des périodes, on a divorcé après 33 ans de mariage et je me retrouve avec une retraite de 662 euros par mois. Pensez-vous que vous pourriez vivre avec cette retraite-là ?

François HOLLANDE

A cette question, je réponds non. Bien sûr que c’est très difficile. Quel est mon devoir ? C’est de répondre d’abord à celles et ceux qui ont travaillé longtemps de pouvoir partir à l’âge de soixante ans. C’est ce que j’ai fait, ç’a été l’une des premières décisions que j’ai prises lors de mon accession aux responsabilités. Ensuite, vous avez eu une carrière que l’on dit interrompue. Regardons comment vous pouvez récupérer ces annuités. Ça fait partie là aussi des réformes que nous avons engagées. Enfin, vous avez visiblement un problème de pension et de prestations complémentaires. Je crois que là aussi, la loi que nous avons fait voter, que nous allons faire voter sur l’égalité femmes-hommes permettra je l’espère de récupérer ces droits. Bref ! Il y a aussi le minimum vieillesse.

Jean-Jacques BOURDIN

662 euros par mois, François HOLLANDE !

François HOLLANDE

Bien sûr. Ça c’est, hélas, les droits qui ont été constatés et que je ne peux pas modifier. Mais il y a aussi le minimum vieillesse et, enfin, toutes les mesures que nous avons prises, y compris pour les économies budgétaires, qui épargneront Nicole parce que c’est une obligation. Nicole doit être absolument la cible de toutes les mesures que nous prenons pour sauvegarder le pouvoir d’achat.

Jean-Jacques BOURDIN

Merci à vous Nicole.

Nicole

Merci.

Jean-Jacques BOURDIN

On va écouter maintenant Gaëlle qui a 36 ans, qui est de Bolbec en Seine-Maritime. Vous connaissez Bolbec, François HOLLANDE ?

François HOLLANDE

Je connais Bolbec, oui.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous connaissez Bolbec, François HOLLANDE. Bonjour Gaëlle.

Gaëlle, auditrice de Seine-Maritime

Bonjour Monsieur le Président et bonjour monsieur BOURDIN.

François HOLLANDE

Bonjour.

Gaëlle

J’ai été licenciée économique suite à la fermeture de mon usine il y a un peu plus de deux ans. Actuellement, j’arrive en fin de droits chômage faute de travail sur le territoire français. Je vais donc vivre avec 490 euros d’ASS et je voudrais savoir ce que vous comptez faire pour moi, Monsieur le Président.

François HOLLANDE

Ne pas vous laisser dans cette situation, c'est-à-dire faire que ce qu’on appelle déjà une chômeuse de longue durée, puisque vous êtes en ASS, puisse être accompagnée, formée, qualifiée pour un nouvel emploi. Pas simplement améliorer votre situation de prestataire ; ça, c’est également une obligation qui m’est faite, mais de vous dire que vous avez un avenir. Vous avez 36 ans. 36 ans ! Ça veut dire que vous pouvez apprendre un nouveau métier, avoir une nouvelle qualification.

Gaëlle

Non, parce qu’il n’y a pas d’argent. Pôle emploi n’a plus d’argent pour les formations.

François HOLLANDE

Donc là, si on vous a donné cette réponse…

Gaëlle

Tout à fait.

François HOLLANDE

Je veillerai à ce qu’il y ait - de quel Pôle emploi dépendez-vous ?

Gaëlle

La région de Brest.

François HOLLANDE

D’accord. Pour la région de Brest, je vais regarder parce qu’il n’est pas possible qu’une personne comme vous, chômeuse de longue durée, qui a été licenciée économique, n’ait pas une solution, une solution en termes de formation et de qualification.

Gaëlle

Tout à fait.

François HOLLANDE

Je ne peux pas vous promettre un emploi parce que je ne serais pas digne de la fonction que j’occupe si je vous disais, parce que nous nous parlons là par voie téléphonique : « Ne vous en faites pas. Vous aurez un emploi ». Ça, ce n’est pas vrai ; je n’en ai pas dans les tiroirs. En revanche, j’ai le devoir de faire en sorte qu’on vous accompagne, qu’on suive, qu’on vous forme, qu’on vous qualifie et qu’on vous trouve un nouvel emploi.

Gaëlle

J’aimerais bien !

Jean-Jacques BOURDIN

C’est un engagement, François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Ça, je le ferai et je me renseignerai. Je ne donnerai pas votre nom puisque je ne le connais pas, mais je dirai qu’il faut trouver une solution.

Jean-Jacques BOURDIN

Et nous suivrons. Merci Gaëlle. Bien, nous prenons Christine maintenant, qui a 44 ans, qui est à Nanterre dans les Hauts-de-Seine et qui est fonctionnaire territoriale. Bonjour Christine.

Christine, auditrice de Nanterre (Hauts-de-Seine, 92)

Bonjour Monsieur le Président, bonjour monsieur BOURDIN.

François HOLLANDE

Bonjour.

Christine

Sur notre déclaration de revenus 2013, nous déclarons une plus-value qui sera taxée à 30 %. Du jamais vu ! Dans la plus-value, il y a 3 200 euros qui correspondent au soi-disant avantage en nature de la mutuelle d’entreprise qui était auparavant déclarée par l’employeur. J’ai repris le mode de calcul sous l’ère Sarkozy avec mon revenu 2013. Nous devrions payer environ 1 500 euros d’impôt en moins que sous votre gouvernance. Nous sommes un couple de cadres avec deux enfants. En France, il faut être modeste ou très riche mais surtout pas dans la classe moyenne ! Vous, président normal, allez, j’en suis sûre, me dire si c’est normal en tant que cadre d’avoir la corde au cou toutes les fins de mois. Merci Monsieur le Président.

François HOLLANDE

Je vais essayer de comprendre. Vous avez dû déclarer pour l’année 2014 ce qu’on appelle la complémentaire santé qui, jusque-là, était payée au niveau des cotisations par votre employeur. C'est-à-dire que la cotisation patronale a été intégrée à vos revenus imposables.

Christine

Voilà. Et ça représente 3 200 euros pour une année.

François HOLLANDE

Je ne sais pas ce que ça représente pour vous mais c’est vrai, je l’admets, cette mesure a été prise pour permettre la généralisation de la complémentaire santé. Vous, vous l’aviez, mais ça sera généralisé à l’ensemble des salariés. C’est une réforme, je pense, importante.

Christine

Mais je…

Jean-Jacques BOURDIN

Laissez François HOLLANDE vous répondre, ensuite vous pourrez réagir. Ne vous inquiétez pas.

Christine

D’accord. Oui, oui, merci.

François HOLLANDE

Ensuite, c’est exact qu’en 2013 le barème de l’impôt sur le revenu n’avait pas été réévalué. Nous l’avons réévalué, réindexé en 2014, donc vous ne devriez pas avoir là de saut d’imposition. Si vous avez plusieurs enfants, le quotient familial a été dans ses avantages abaissé à 1 500 euros, mais je ne pense pas que votre niveau de revenus soit celui qui vous priverait du quotient familial, donc je suis prêt à regarder. Ce que je peux vous dire, c’est que les catégories moyennes, puisque vous l’avez utilisé et vous avez eu raison, ceux qui sont ni pauvres, ni riches mais qui ont le sentiment de payer pour tous, c’est pour cette catégorie-là que, maintenant que nous avons engagé des réformes, que nous avons réduit les déficits, que nous allons faire encore des économies, c’est vers cette catégorie-là que nous devons maintenant assurer la redistribution. C’est cette catégorie qui travaille et c’est cette catégorie qui doit avoir la baisse des prélèvements.

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que vous promettez une baisse d’impôts à Christine pour l’année prochaine ?

François HOLLANDE

Je ne connais pas exactement son niveau de revenus.

Jean-Jacques BOURDIN

Si le revenu est égal ?

François HOLLANDE

Il n’y a pas, pour les années qui viennent, d’augmentation de prélèvements et je suis prêt à revenir devant Jean-Jacques BOURDIN et avec votre appel en 2016 pour que nous ayons cette garantie.

Jean-Jacques BOURDIN

Rendez-vous pris !

Christine

Monsieur HOLLANDE !

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, très vite Christine parce que Loïc, Sophie, Laurence sont là. Allez !

Christine

Oui. Je vous ai adressé un courrier. Vous allez le recevoir aujourd'hui. Je l’ai adressé à Manuel VALLS, à vous, à BFMTV, à tous les partis politiques pour signaler ce qui se passe aujourd'hui avec l’augmentation des impôts de la classe moyenne. Je vous demanderai, si vous pouvez prendre cinq minutes, de me recontacter et vraiment, je vous expliquerai ce qu’est aujourd'hui la vie de deux cadres avec deux enfants aujourd'hui en France.

François HOLLANDE

Je vous répondrai, madame. Je vous répondrai !

Jean-Jacques BOURDIN

Bien ! Merci beaucoup, merci Christine. On vous retrouve quand vous le souhaitez sur l’antenne d’RMC, évidemment. Il y a beaucoup de mails aussi, il y a beaucoup de tweets qui arrivent. Des mails, j’en ai un par exemple sur les retraites. Michel qui perçoit un peu plus de 1 200 euros nets, il a cotisé pendant 42 ans, il aimerait que l’on fasse la différence entre les retraités les plus aisés et ceux qui touchent moins.

François HOLLANDE

Il a raison, Michel. 1 200 euros ?

Jean-Jacques BOURDIN

Un peu plus. Un peu plus de 1 200 euros net.

François HOLLANDE

C’est exactement 1 200 euros le seuil que j’ai fixé pour l’indexation des retraites. Je comprends ce qu’il veut dire. Il y a des retraités qui sont très aisés, c’est vrai, parce que les inégalités que l’on a dans la vie active se reproduisent et même s’amplifient lorsqu’il y a la retraite. Pour les petites et moyennes retraites, il y aura l’indexation des pensions pour l’année 2015.

Jean-Jacques BOURDIN

Et pour celui qui est à 1 250 ? C’est l’effet de seuil évidemment.

François HOLLANDE

C’est toujours les effets de seuil qui existent. Ecoutez, là je ne peux pas répondre parce qu’après, si je dis : « C’est 1 250 », vous allez me dire : « Mais celui qui est à 1 300, comment il fait ? » C’est toujours le problème du choix mais j’ai considéré que la moitié à peu près des retraités avait un peu moins de 1 200 euros, et que pour cela elle devait bavoir une garantie absolue de pouvoir d’achat.

Jean-Jacques BOURDIN

Bien ! François HOLLANDE, on va prendre Loïc qui a 22 ans, qui est artisan-boulanger à Toulouse. Bonjour Loïc.

Loïc, auditeur de Toulouse (Haute-Garonne, 31)

Oui, bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur le Président.

François HOLLANDE

Bonjour Loïc.

Loïc

Voilà. Moi, je vous appelle parce que je suis artisan-boulanger depuis un an. Je suis jeune, j’ai 22 ans, et j’ai fait cinq ans d’apprentissage auparavant avant de m’installer directement, sans passer par la case salarié. Je voulais vous poser cette question : comment voulez-vous qu’un boulanger prenne un apprenti de moins de 16 ans alors qu’ils ne peuvent pas travailler avant 06 heures du matin ?

François HOLLANDE

Oui. D’abord, je veux souligner toute l’importance que j’attache à l’apprentissage et aux professions artisanales. Parce que vous donnez un métier, vous accompagnez des jeunes qui quelques fois sont dans des situations extrêmement difficiles et vous préparez leur avenir. Donc je veux d’abord avant toute chose vous remercier. Et je veux saluer tous les artisans – je ne parle pas simplement des boulangers – qui aujourd'hui créent des emplois, forment des jeunes et assurent le service aux Français. Alors c’est vrai qu’il y a ce problème : en-dessous de 16 ans, il y a des règles qui empêchent le travail notamment du matin ou de nuit. C’est vrai.

Jean-Jacques BOURDIN

Chez un boulanger avant 6 heures.

François HOLLANDE

C’est une protection qui a été accordée, il n’y a pas de dérogation pour le moment et je pense que ça doit être dans le cadre de négociations que ce type éventuellement d’exception pourrait intervenir.

Jean-Jacques BOURDIN

Mais c’est un frein.

François HOLLANDE

C’est un frein, je le conçois, mais vous comprenez bien aussi l’esprit. L’esprit, c’était de faire en sorte que des jeunes de moins de 16 ans ne puissent pas être dans des moments particulièrement éprouvants, même si se lever tôt le matin n’est pas nécessairement un moment éprouvant, mais c’était la règle. Donc on essaye de la faire évoluer et la grande ambition du gouvernement, ça va être de développer l’apprentissage. Les artisans en font beaucoup pour les apprentis, les grandes entreprises n’en font pas assez et c’est la raison pour laquelle nous allons rendre encore plus incitatif pour les petits, les artisans, l’apprentissage.

Jean-Jacques BOURDIN

Et tout à l’heure, d’ailleurs, vous allez vous déplacer…

François HOLLANDE

Et je vais aller tout à l’heure dans un centre d’apprentissage…

Jean-Jacques BOURDIN

A 10h.

François HOLLANDE

L’apprentissage ce n’est pas simplement pour les métiers de bouche, c’est l’apprentissage pour tous les métiers de l’industrie.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, mais vous défendez l’apprentissage depuis le début de votre quinquennat, mais le nombre d’apprentis a baissé de 8 % en cette année scolaire, François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Oui, pour plusieurs raisons. La première c’est parce que quand il y a eu le ralentissement économique depuis plusieurs années, les entreprises…

Jean-Jacques BOURDIN

Suppression de la prime pour les entreprises de plus de 10 salariés qui embauchaient des apprentis, crédit d’impôt modifié, moins favorable pour les entreprises qui embauchaient des apprentis.

François HOLLANDE

Ça c’est la même mesure, c'est-à-dire que pour les entreprises de moins de 10 salariés, la prime a été maintenue, pour les grandes entreprises, ou les moyennes, je considère qu’il doit y avoir, parce que c’est une chance aussi pour l’entreprise, l’accueil d’apprentis, mais nous allons stimuler ce dispositif et faire en sorte que ce soit plus incitatif pour même les moyennes entreprises…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous allez faire des annonces là-dessus, sur l’apprentissage ?

François HOLLANDE

Oui, là-dessus, oui parce que…

Jean-Jacques BOURDIN

Parce qu’il y a des entreprises qui ont préféré, pardon François HOLLANDE, prendre un contrat d’avenir plutôt qu’un apprenti, vous le savez bien.

François HOLLANDE

Oui, mais je ne vais pas m’en plaindre…

Jean-Jacques BOURDIN

Non, d’accord, mais…

François HOLLANDE

Puisque le contrat d’avenir c’est un emploi…

Jean-Jacques BOURDIN

Ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre.

François HOLLANDE

Oui, mais le contrat d’avenir c’est un emploi au SMIC, sur plusieurs années, l’apprentissage c’est un contrat en dessous…

Jean-Jacques BOURDIN

Aucune obligation de formation sur le contrat d’avenir.

François HOLLANDE

Ce n’est pas vrai.

Jean-Jacques BOURDIN

Comment ?

François HOLLANDE

Le contrat d’avenir il y a une obligation de formation, c’est prévu, c’est même obligatoire. Pour l’apprentissage, il y a aussi cette formation, mais avec un salaire plus bas, donc il y a pu y avoir effectivement une concurrence entre les deux dispositifs, mais je ne m’en plains pas, c’est bon pour les jeunes. Moi ce qui m’importe…

Jean-Jacques BOURDIN

Qu’est-ce que vous allez annoncer tout à l’heure ?

François HOLLANDE

Ce qui m’importe c’est qu’il y ait plus de jeunes qui soient en formation.

Jean-Jacques BOURDIN

Sur l’apprentissage, oui.

François HOLLANDE

Ce que je vais annoncer tout à l’heure c’est qu’il doit y avoir, pour chaque apprenti qui cherche une entreprise, une réponse, parce que tout à l’heure on a eu le cas du boulanger qui dit « moi je veux former un apprenti, je ne le trouve pas parce que les conditions qui me sont posées sont trop difficiles », mais j’ai le cas inverse, de beaucoup de jeunes apprentis qui voudraient même rester en apprentissage et qui ne le peuvent pas parce qu’il n’y a pas d’entreprises qui leur permettent d’avoir cette présence. Donc, nous allons faire en sorte qu’il y ait plus d’entreprises qui accueillent plus d’apprentis.

Jean-Jacques BOURDIN

On va prendre Sophie, vous voulez bien, 51 ans – merci Loïc – chef d’entreprise dans la communication et qui habite à Boulogne-Billancourt. Bonjour Sophie.

Sophie

Bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur HOLLANDE.

François HOLLANDE

Bonjour.

Sophie

Effectivement, d’abord je n’ai pas 51 ans, j’ai 47 ans, donc je suis un peu gênée, mais ce n’est pas très grave…

Jean-Jacques BOURDIN

Sophie, je suis désolé.

Sophie

Ce n’est pas très grave, Jean-Jacques. Oui, Monsieur HOLLANDE, j’ai une entreprise, j’ai huit salariés, depuis que vous êtes arrivé au pouvoir mes charges ont augmenté, vous parlez du Pacte de responsabilité, mais je crois que ce n’est pas pour nous, je n’ai pas de salarié payé au SMIC. On parle de baisse des charges, en décembre… une augmentation des prélèvements sociaux. Mes salariés, un exemple très précis, j’ai fait une augmentation de 100 euros, ce n’est pas énorme, mais c’est pas mal, l’augmentation c’est comme si je n’avais rien fait, quand j’ai vu la fiche de paie de mes salariés, il n’y a eu aucune augmentation. Tout ça, c’est passé…et on fait comment ? Alors moi je vous écoute, le pacte de responsabilité, etc., mais nos entreprises, nos TPE, qui représentent, comme vous le savez, 90 %, un peu plus de 90 % des entreprises, on explose de charges. Et nous on se bat, on n’a pas le temps d’aller manifester, on bosse, moi je bosse plus de 12 heures par jour, et on fait comment pour s’en sortir, on fait comment Monsieur HOLLANDE ? Alors vos discours, vos histoires, moi j’aime beaucoup, c’est de la com., c’est très bien, mais concrètement je vous assure que nos boîtes, elles vont très très mal. Et si je gérais moi ma boîte comme le pays est géré, je crois que je dépose bilan, clairement.

François HOLLANDE

Mais vous savez, la France a failli déposer son bilan. Quand je suis arrivé, elle avait 600 milliards de dette supplémentaires, donc je prends le pays comme il est et j’essaye de faire en sorte que des entreprises comme les vôtres puissent aller mieux. Le pacte de responsabilité, puisque vous l’avez évoqué, avec le crédit impôt compétitivité emploi, vos salariés sont payés en dessous, j’imagine, de 2,5 fois le SMIC.

Sophie

Non, plus.

François HOLLANDE

Si c’est plus, c’est vrai, à ce moment-là s’ils sont au dessus de 2,5 fois le SMIC, il n’y aura, dans le pacte de responsabilité que la baisse des cotisations sociales, pour 10 milliards, pour l’ensemble des entreprises. Si vos salariés sont payés en dessous de 2,5 fois le SMIC, il doit y en avoir quand même quelques-uns sur les huit, alors il y aura une baisse… Le15 mai, vous allez recevoir ce chèque, il y aura une baisse de 4 % de la masse salariale que vous distribuez. Sur, ensuite, la simplification- et j’y suis très sensible pour les TPE, parce qu’il y a trop d’obligations et vous avez là-dessus toutes les raisons de vous plaindre-, j’ai fait en sorte, par exemple pour les obligations comptables, pour les obligations réglementaires, pour la déclaration sociale pour vos salariés, que tout soit simplifié. J’ai confié à un chef d’entreprise et à un député le soin d’adapter toutes nos dispositions réglementaires pour vous faciliter la vie. Enfin, sur l’innovation, si vous faites de l’innovation et de la recherche…

Sophie

Non, je ne fais pas d’innovation Monsieur HOLLANDE, et la simplification ça…

François HOLLANDE

Alors si vous n’en faites pas, je ne vous fais aucun reproche, là il y avait un dispositif qui était prévu, mais d’une manière générale, si on veut que les TPE aillent mieux, au-delà des mesures que nous pouvons prendre sur les cotisations sociales, puisqu’il y aura zéro charge, je le rappelle, pour les salariés payés au SMIC et un peu plus, au-delà de cela, je dois créer le meilleur environnement, je dois faire en sorte que la France reprenne confiance en elle, que la croissance soit plus forte, que la compétitivité soit plus grande. Quand je veux affirmer l’avenir de la France, je ne le fais pas par communication, je pense qu’aujourd’hui notre destin se joue, et qu’il n’y a pas d’autre solution que de soutenir les entreprises.

Jean-Jacques BOURDIN

Il n’y a qu’une politique possible ?

François HOLLANDE

Non, il n’y a jamais qu’une politique possible, ce n’est pas vrai, il y a toujours plusieurs politiques possibles, mais moi je fais en sorte…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais aujourd’hui c’est la seule politique possible ?

François HOLLANDE

Non, ce n’est jamais la seule, il y a toujours un choix, il y a toujours ceux qui veulent aller encore plus loin, et ceux qui veulent ne rien faire, il y a toujours ceux qui sont défaitistes, conservatistes et extrémistes, il y a toujours des alternatives, ce n’est pas vrai qu’il n’y a qu’une seule politique possible. Ce que je pense, venant d’où je viens, ce n’était quand même pas si simple, je dis il faut soutenir les entreprises sans que cela ne soit contradictoire avec notre modèle social, parce qu’il n’y a pas d’autres façons de créer des emplois, durables, que de soutenir les entreprises. Cela n’empêche pas que nous fassions les emplois d’avenir, les contrats de génération, les emplois aidés, pour ceux qui sont dans les plus grandes difficultés, mais ce sont les entreprises, par leurs investissements, par leurs embauches, qui créeront les emplois de demain. Donc je fais en sorte que les TPE soient soutenues, et bien sûr que ça va trop lentement, mais enfin, madame n’a pas sans doute eu des charges sociales augmentées depuis deux ans, elles ont augmenté continuellement depuis vingt ans.

Jean-Jacques BOURDIN

Sophie, je vous retrouverai évidemment pour voir si ça a changé dans quelques semaines. Laurence est avec nous, Laurence est dans le Var, bonjour Laurence.

Laurence

Bonjour Monsieur BOURDIN, bonjour Monsieur le Président.

François HOLLANDE

Bonjour Laurence.

Laurence

Je suis représentante des « gilets jaunes », comme 80 % des enseignants et des parents, je suis contre la réforme des rythmes scolaires, la liste des maires qui refusent d’appliquer cette réforme ou qui se déclarent en incapacité grossit chaque jour, on est aujourd’hui à 3800 délibérations, en conseil municipal. Depuis son arrivée rue de Grenelle monsieur HAMON traîne le boulet de la réforme PEILLON, 2 milliards d’euros c’est beaucoup d’argent gaspillé pour organiser un centre aéré géant, cette réforme n’apporte aucun intérêt pédagogique pour les enfants. Nous sommes, Monsieur le Président, les Français qui vous parlent, soyez, s’il vous plaît, le président qui nous écoute. Nous vous demandons d’abroger le décret PEILLON, ça n’a aucun sens, au nom de l’intelligence et du bon sens. Pour votre anniversaire offrez, s’il vous plaît, à tous les petits Français qui fréquentent l’école de la République, un joli cadeau, en leur offrant l’abrogation du décret PEILLON. C’est une demande de tous les parents, nous ne sommes pas entendus.

Jean-Jacques BOURDIN

Laurence, François HOLLANDE vous répond.

François HOLLANDE

Je respecte votre opinion, mais ce n’est pas l’avis de tous les parents, ce n’est pas l’avis de tous les enseignants, ce n’est pas l’avis de tous les spécialistes en matière de pédagogie. Il y a encore quelques années…

Laurence

François HOLLANDE

Il y a encore quelques années, Laurence, nous étions à 4,5 jours de rythme scolaire.

Jean-Jacques BOURDIN

Avant 2008.

François HOLLANDE

Après on est passé à 4 jours, et il a été observé que c’était une exception, dans tous les autres pays européens il y a une semaine de travail qui fait que les enfants sont sur 5 jours, 4,5 jours, pour qu’ils aient des journées qui soient moins longues et moins fatigantes. Qu’il y ait eu des difficultés d’application, j’en conviens volontiers, et c’est la raison pour laquelle j’ai demandé à Benoît HAMON d’adapter, de simplifier, d’assouplir. Mais laissons aussi la possibilité à cette réforme d’être appliquée de manière intelligente et nous en ferons l’évaluation. Mais aujourd’hui dire « je m’oppose à cette réforme », alors que dans beaucoup de communes, aujourd’hui 95 % ont préparé la rentrée avec les nouveaux rythmes scolaires…

Laurence

C’est faux Monsieur le Président.

François HOLLANDE

Donc faisons en sorte que dans la plupart des communes cela se passe bien et que, ensuite, nous en fassions l’évaluation, moi je ne suis pas dogmatique. Si dans deux ans ou dans trois ans, il y a des retours qui ne sont pas ce que l’on a à un moment espéré, nous en ferons le bilan, mais aujourd’hui je pense que nous devons faire en sorte que les jeunes, que les enfants puissent réussir leur scolarité. Vous savez, moi j’ai une obligation, là aussi, dans mon quinquennat, c’est que tout soit fait pour les jeunes, on a parlé pour les emplois, je veux parler pour l’éducation. Nous sommes dans un moment de difficultés budgétaires, j’aurais pu réduire le nombre de postes que j’ai annoncés pour le quinquennat, 60 000, je ne l’ai pas décidé parce que je considère que la chance doit être donnée à tous les enfants de France, que l’école de la République c’est un moyen puissant de promotion, d’élévation, de réussite, et aussi de citoyenneté. Nous sommes dans un pays qui peut se diviser, on le voit bien…

Laurence

Vous ne me ferez pas croire, Monsieur le Président…

François HOLLANDE

Sur les rythmes scolaires on est capable de faire un débat fracassant alors que nous devons nous réunir et nous rassembler, l’école doit être un lieu de rassemblement.

Laurence

Mais nous ne sommes ni écoutés, ni entendus, Monsieur le Président.

Jean-Jacques BOURDIN

Le Conseil Supérieur…

Laurence

Ne me faites pas croire que votre ambition, pour votre pays, est de faire de la France le premier pays exportateur de macramé, ou le pays champion du monde de zumba, ce n’est pas une ambition pour l’école et pour les enfants.

Jean-Jacques BOURDIN

Il s’agit des activités périscolaires, François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Oui, mais ne caricaturons pas les activités périscolaires, c’est important, l’éducation musicale, l’animation culturelle, le sentiment que les enfants peuvent aussi donner le meilleur d’eux-mêmes. Vous savez, je pense qu’il y a beaucoup de familles qui voudraient être accompagnées pour les activités post-scolaires.

Jean-Jacques BOURDIN

Le nouveau décret HAMON entrera en vigueur ?

François HOLLANDE

Il entrera en vigueur, bien sûr. Et c’est un décret qui a permis cet assouplissement, et notamment…

Jean-Jacques BOURDIN

Malgré le Conseil supérieur de l’éducation qui a rejeté ce projet…

François HOLLANDE

Oui, mais qui avait voté également contre le premier.

Jean-Jacques BOURDIN

Bon, merci Laurence. On va prendre, si vous le voulez bien, Rachida.

Rachida BENAHMED, 57 ans, employée de bureau, Meaux

Oui.

Jean-Jacques BOURDIN

Rachida, bonjour.

Rachida BENAHMED

Oui, bonjour Monsieur le Président.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous êtes à Meaux.

Rachida BENAHMED

Bonjour Monsieur BOURDIN.

François HOLLANDE

Bonjour.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, bonjour Rachida.

Rachida BENAHMED

Les extrémistes s’activent à radicaliser nos quartiers sensibles et à envoyer les jeunes au djihad. Que comptez-vous faire pour lutter contre ce fléau, sachant que les petites filles sont voilées et que la polygamie est de rigueur dans un pays qui est quand même les droits de l’Homme ?

François HOLLANDE

Il n’y a aucune exception aux principes de liberté, d’égalité, et donc la polygamie n’a pas sa place en France, pas plus qu’il n’y a de possibilité pour des femmes d’être voilées entièrement, pas davantage pour des jeunes filles d’aller à l’école ou dans un établissement relevant de l’Education nationale avec un voile. Ces règles sont celles qui ont été posées dans l’intérêt de tous, pour que nous puissions vivre ensemble, parce que c’est également – pour le président de la République que je suis – un impératif : faire que cette France des libertés, que cette France des valeurs, cette France de l’égalité, de la laïcité puissent vivre ensemble, et qu’il n’y a pas de place pour les communautés. Et là, Madame, vous insistez sur un point qui effectivement a justifié une intervention du gouvernement. Il y a à peu près 500 à 600 jeunes qui sont partis en Syrie faire le djihad. Nous devons tout faire pour qu’il n’y ait aucun jeune qui puisse s’échapper du territoire pour aller livrer un combat qui n’est pas le sien. Donc nous faisons en sorte que non seulement les parents puissent être parfaitement impliqués dans cette dissuasion, puissent saisir les autorités, nous faisons en sorte de condamner les passeurs, et ceux qui se livrent à ce type de transport, un Algérien vient d’être expulsé parce qu’il se permettait justement d’enrôler des jeunes dans le djihad, et nous faisons une surveillance d’Internet. Par ailleurs, il y a un travail qui doit être mené dans les établissements scolaires, qui doit être mené pour faire de la contre-propagande par rapport à ces activistes et à ces extrémistes. Merci Madame d’intervenir au nom des quartiers, merci de le faire comme vous l’avez fait, parce que les quartiers ne sont pas des quartiers de djihads, les quartiers sont des quartiers de la République française, et vous en avez exprimé ici toute l’exigence.

Jean-Jacques BOURDIN

Merci Rachida. J’ai deux, trois questions encore…

François HOLLANDE

Allez-y…

Jean-Jacques BOURDIN

Avant une dernière que je me réserve, mais j’ai deux, trois questions, celle de Georges, le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales, avant la fin de votre quinquennat ?

François HOLLANDE

Je l’avais proposé dans la campagne, il n’y a pas de majorité aujourd’hui pour voter ce texte…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous dites non ?

François HOLLANDE

J’y viens. C’est-à-dire, il faut une majorité non pas simplement celle de l’Assemblée nationale, non même pas simplement celle du Sénat, il faut une majorité des trois cinquièmes parce qu’il faut changer la Constitution. Je n’ai pas voulu introduire ce texte avant les élections municipales, parce qu’on nous en aurait fait le reproche, ce texte sera de nouveau proposé après les scrutins pour que dans la préparation de ceux qui viendront dans six ans, il puisse y avoir cette réforme. Et chacun, là aussi, aura à prendre sa responsabilité.

Jean-Jacques BOURDIN

Et la PMA ?

François HOLLANDE

J’ai dit que là-dessus, nous avions fait voter une loi, après de longs débats, et parfois du fracas, cette loi, maintenant, est la loi de la République, sur la PMA, le comité d’éthique est saisi, et il donnera sa réponse, mais vous savez que ce n’est pas aujourd’hui inscrit dans le programme de travail du gouvernement.

Jean-Jacques BOURDIN

François HOLLANDE, ça fait une heure que nous sommes ensemble, je vous ai posé de multiples questions, vous avez entendu les auditeurs, franchement, vous n’avez aucun regret sur ces deux premières années, franchement ?

François HOLLANDE

Mais j’ai toujours…

Jean-Jacques BOURDIN

Aucun regret ?

François HOLLANDE

Mais si, j’ai des regrets, j’aurais pu aller plus vite, j’aurais pu alerter les Français sur la gravité de la situation davantage, j’aurais pu parfois réagir plus promptement par rapport à certains débats qui auraient dû être clos plus rapidement, je pense par exemple à la loi sur le mariage, je pense que ça a été trop long, et que nous aurions dû faire voter ce texte dans un délai plus court. J’ai des regrets par rapport à des dispositifs qui auraient dû être appliqués avec plus de force, mais je ne suis pas un président qui doit être dans le regret, il y a deux ans qui viennent d’être passés, des actes majeurs ont été posés, je suis un président qui doit être dans le rebond, dans la réplique, dans la réponse, dans la réaction, et donc dans la réussite. Ce qui compte, je ne veux pas du tout occulter ces deux ans, au contraire, elles ont été majeures ces deux années, pour poser les réformes essentielles, mais maintenant, je veux qu’il y ait des résultats, des résultats qui ont tardé à venir, compte-tenu de la gravité de la situation, mais qui sont possibles. Et donc je vais tout faire pour qu’ils soient perceptibles par les Français le plus rapidement possible. Je veux que ce quinquennat puisse être un quinquennat de réformes et de changement, que nous allions le plus vite possible. Je n’ai rien à perdre, je vous le dis franchement…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous n’avez plus rien à perdre…

François HOLLANDE

Je n’ai rien à perdre…

Jean-Jacques BOURDIN

Plus rien à perdre…

François HOLLANDE

Mais, ce qui compte, c’est que le pays ait tout à gagner, moi, je n’ai rien à perdre, j’ai été élu par les Français, c’est un honneur considérable qui m’a été fait, c’est une chance formidable qui m’a été donnée, donc pendant toutes les années, pendant chaque minute de mon mandat, je vais me battre pour que la France réussisse. Je n’ai pas d’autre objectif. Je ne suis pas né comme ça en me disant : je vais être président et puis j’essaierai de l’être encore davantage. Je veux que l’on se dise : ce passage, ce moment, ces cinq ans, nous verrons s’il y a lieu d’en faire davantage, ça a été pour le pays le moment où il a fait ses réformes, où il a fait ses choix, où il a permis que nous nous redressions. Là, en ce moment, c’est le doute, l’inquiétude, parfois la défiance. Moi, ce que je veux à la fin, c’est que les Français se disent : eh bien, on a eu raison d’avoir confiance en nous, parce qu’on est un pays, un grand pays, on est la France, ça vaut sur la scène internationale, sur la scène européenne, ça vaut pour la France. Chaque fois qu’on a des atouts, on en a plein, vous avez entendu les Français, ils se plaignent, et en même temps, ils ont envie de travailler et de réussir. Je veux que la France se dise qu’elle a eu toutes ses chances pendant ces cinq ans.

Jean-Jacques BOURDIN

Merci François HOLLANDE d’être venu nous voir ce matin. Et c’était exceptionnel, 8h30-9h, interview en face à face, et 9h-9h30 avec les auditeurs, qui étaient tout heureux d’ailleurs de pouvoir dialoguer avec vous. J’espère que nous répèterons…

François HOLLANDE

Oui, que ceux qui n’ont pas pu poser leurs questions continuent de le faire, et je leur répondrai au moins par écrit…

Jean-Jacques BOURDIN

Bien, merci beaucoup François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Merci à vous. »

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