Diplomate, voix de la Palestine en France et en Europe, avocate infatigable des aspirations universelles de son peuple, Leïla Shahid s’est éteinte. Toute sa vie s’est confondue avec l’histoire contemporaine du peuple palestinien, dont elle épousa les espoirs comme les blessures.

Née au Liban en 1949, elle connut d’abord la Palestine par les récits d’exil de sa mère, militante du mouvement national palestinien et partie de sa terre natale au milieu des années 1930. Très tôt, Leïla Shahid fut happée par la cause de son peuple et absorbée par la condition tragique des réfugiés. Le jour de son baccalauréat, la guerre des Six Jours éclata. Elle décida alors de s’engager au sein du Fatah de Yasser Arafat et d’œuvrer dans les camps de réfugiés du Sud-Liban. Alliant l’action à la réflexion, elle entreprit en 1968 des études de sociologie et d’anthropologie, s’intéressant à la structure sociale des camps de réfugiés. Leïla Shahid s’inscrivit ensuite en doctorat à l’École pratique des hautes études.

Là, dans le Paris des intellectuels, des écrivains et des cinéastes, elle rencontra l’écrivain Mohamed Berrada, avec lequel elle partit vivre au Maroc plusieurs années. Toujours fidèle à ses engagements, Leïla Shahid rejoignit en 1982 le Liban aux côtés de Jean Genet, pour témoigner des massacres de Sabra et Chatila. Son engagement pour la Palestine, sa détermination sans faille et sa fermeté tranquille conduisirent Yasser Arafat à la choisir comme ambassadrice de la Palestine à l’étranger, en Irlande, aux Pays-Bas, au Danemark, puis en France de 1993 à 2005. C’est en 1994, après les Accords d’Oslo, qu’elle foula pour la première fois le sol de la Palestine.

Convaincue que le lien entre l’Europe et le monde arabe était décisif, elle choisit ensuite Bruxelles, où elle représenta la Palestine auprès de l’Union européenne. Elle plaida pour le respect du droit international, pour le dialogue avec le peuple israélien et pour une solution juste et durable, de cette voix reconnaissable entre toutes, posée, précise et sans détour. Aux yeux de l’opinion publique française, elle incarna pleinement la défense du peuple palestinien avec une forme d’humanisme intranquille. Elle incarnait aussi la cause des femmes, l’idéal de leur émancipation, la condition des mères face au tragique des guerres.

Retirée officiellement de la diplomatie en 2015, elle ne cessa jamais de défendre son pays, par la culture cette fois – les livres, la musique, le cinéma, les musées – convaincue que l’identité d’un peuple est aussi celle des œuvres de l’esprit. Si la tragédie personnelle lui fit quitter l’arène politique, elle ne cessa de porter l’espoir de la reconnaissance internationale de la Palestine et de l’avènement de la paix et de la dignité dans la région.

Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’une femme qui avait choisi la vie contre les forces de la mort, avec conviction et courage.  Ils adressent leurs condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à tous ceux qui, en Palestine, au Liban ou en Europe guettaient les échos de ses idéaux. 

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