Ce mardi 21 avril 2026, le chef de l'État a présidé une cérémonie de remise de décoration collective en l'honneur des forces de polices intervenues dans le Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015. 

Le Président de la République, a remis les insignes de la Légion d’honneur à cinquante-neuf policiers de la Préfecture de police, de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI) du RAID et de la BSPP ayant donné l’assaut et neutralisé les assaillants et à deux présidents d’associations de victimes (Life for Paris et 13ONZE15).

Le chef de l’État a exceptionnellement souhaité que cette cérémonie de décoration collective soit partagée avec les autorités politiques et préfectorale impliquées lors du drame.

Ainsi, Sébastien Lecornu, Premier ministre ; François Hollande, ancien président de la République ; Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur ; Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice ; Manuel Valls, ancien Premier ministre ; Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre ; Anne Hidalgo, ancienne maire de Paris et Michel Cadot, ancien préfet de police de Paris ont remis les insignes aux récipiendaires aux côtés du Président de la République.

Revoir la cérémonie :

21 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Discours du Président de la République à l’occasion de la cérémonie de remise collective de décorations.

Emmanuel MACRON

5 mois après les commémorations des attentats de Paris et de Saint-Denis, nous voici de nouveau réunis plus de 10 ans après. 10 ans après les attentats les plus meurtriers que notre pays ait connus. Paris se souvient, la France se souvient.

À toutes les victimes, à toutes les familles, la nation demeure fidèle. L'élan de solidarité ne faiblira jamais. L'horreur a forgé une mémoire collective, mémoire douloureuse dans l'exigence de justice et de vérité, mémoire qui nous unit dans le souvenir des filles et des fils de France. D'autres attentats, malheureusement, ont frappé notre pays avant et après. Évidemment, parler du Bataclan, c'est parler du 13 novembre, du Stade de France à Saint-Denis, des terrasses parisiennes. Mais nous n'oublions aucun lieu, aucun visage, aucune histoire brisée. Je serai dans quelques semaines à Nice, le 14 juillet prochain, pour continuer à porter cette exigence de mémoire et de reconnaissance, 10 ans après.

Mais le Bataclan, ce 13 novembre, par ce qu'il a représenté, par la violence de ce qui s'y est déroulé, par la nature même de l'attaque, mais aussi par les modalités d'intervention policière et de neutralisation des assaillants, demeure un événement hors norme. Force est de constater que dans notre mémoire collective, Denis Peschanski dirait dans ce moment de thérapie collective, le Bataclan occupe une place singulière. C'est pourquoi la nation se devait aujourd'hui d'honorer les siens. À l'époque, les autorités étaient légitimement concentrées sur l'immédiateté, l'ampleur de la tâche qui était immense. La France basculait dans l'état d'urgence qui allait durer. Quatre policiers avaient été décorés.

Aujourd'hui, suite à un travail minutieux, en accord entre tous, ce sont 59 femmes et hommes policiers et deux présidents d'associations, 61 récipiendaires, mis à l'honneur et tous élevés dans l'ordre de la Légion d'honneur.

Parce que cette nuit-là, dans l'obscurité absolue, quelque chose de plus fort que la peur s'est levé. Pendant que la terreur frappait, des femmes et des hommes ont fait le choix d'agir, de sauver, de protéger. Au Bataclan, l'assaut n'a pas été une opération comme les autres, il a été un assaut de survie. Les premiers policiers, arrivés avec leurs seules armes de service, ont fait face à la violence de guerre. Ils savaient le déséquilibre, ils savaient le danger. Ils l'ont bravé pour l'enrayer, puis le neutraliser. Guillaume Cardy et Grégory, arrivés très rapidement, membres alors de la BAC 75 Nuit, ont tiré les premiers et neutralisé l'un des trois terroristes postés sur la scène. Plusieurs de leurs camarades sont ensuite rentrés dans la salle pour commencer à évacuer les victimes. Ils devront être pleinement reconnus, comme je l'ai demandé au ministre de l'Intérieur cet automne, et je sais qu'il y travaille. Je souhaite que cela soit fait dans l'année.

Je pense aussi à Didi, le responsable de la sécurité du Bataclan présent dans la salle, et à son équipe qui ont géré la situation de l'heure mieux possible avec de simples talkies-walkies face à des kalachnikovs. Puis sont venues les colonnes d'assaut Alpha, Bravo, face aux terroristes, celles qui pénètrent là où règnent la mort et le chaos, celles qui ne disposent ni du temps ni du droit de douter, BRI en tête, RAID en appui. Chaque pas était un risque, chaque porte une menace, chaque seconde une décision. Et pourtant, ils ont progressé sous le feu des terroristes.

Il en a fallu du courage, celui de tous ceux qui ont fait leur devoir sans bruit, sans reculer. Et il faut le dire aussi, parmi les 63 policiers qui ont franchi le seuil du Bataclan pour neutraliser les assaillants, beaucoup ont avancé en pensant qu'ils n'en reviendraient pas. Certains ont écrit quelques mots, un message, un adieu, et pourtant, ils ont continué, portés par le courage d'une chaîne humaine, opérationnelle, républicaine, où chacun a tenu sa place. La chaîne d'intervention et de décision a tenu bon. Avec un préfet, Michel Cadot, qui donna l'ordre de tir.

Je salue les autorités de l'époque, le président de la République, François Hollande, le Premier ministre, Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Je salue leur sang-froid, leur courage, celui de se rendre sur les lieux avec l'évidence du moment et de prendre les décisions qui allaient suivre en cellule interministérielle de crise, dans un Conseil des ministres nocturne, dans les premières heures comme dans tous les jours qui ont suivi. La République a tenu par leurs décisions. Je salue leurs collaborateurs qui agirent dans l'ombre et dont certains sont présents avec nous.

Nul n'oubliera, en salle de crise à Beauvau, les secondes qui suivirent l'annonce du premier bilan victimaire. 30 secondes de silence. Mais à la conscience de la gravité de la situation succéda sans délai la poursuite de l'action et très vite le début de l'enquête avec la DCRI en pointe et sous la conduite du procureur Molins. Je veux là aussi rendre un hommage à tous nos services enquêteurs et nos magistrats. Il n'existait pas alors de parquet national antiterroriste, mais c'est là aussi un héritage du Bataclan. Cette année 2015 s'achevait sur cette bascule après avoir débuté par Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hyper Cacher, se forgèrent alors les premiers jalons de 10 années de lutte contre le terrorisme, de transformations profondes qui nous réunissent, autorités d'hier et d'aujourd'hui, héros, victimes, Républicains. Car ces transformations concernent également le suivi et l'accompagnement des victimes.

Aussi, je suis particulièrement heureux de pouvoir remettre les insignes de Chevalier de la Légion d'honneur aux deux présidents d'associations de victimes des attentats du 13 novembre, qui menèrent et débutèrent un combat, Arthur Dénouveaux pour Life for Paris et Philippe Duperron pour 13onze15. Comment surmonter la mort de son enfant ? Comment oublier les images et les heures de terreur ? Vous l'avez fait en œuvrant pour les autres, en n'oubliant rien, et durant ces dix années, en donnant beaucoup de votre temps et de vos vies aux côtés de toutes celles et ceux qui mènent ce combat de chaque jour pour l'aide aux victimes, et qu'ils en soient remerciés.

Grâce à vous tous ici, il faut le dire avec force, ceux qui nous haïssaient n'ont pas eu le dernier mot. Les terroristes du 13 novembre ont été terrassés sur le moment par la force, mais au long cours par la force d'âme qui anime celles et ceux qui puisent au plus profond de leur volonté, parce qu'ils savent que la cause qu'ils défendent est la plus juste des causes, celle de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, celle de la République française. Aujourd'hui, nous rendons hommage aux partisans de la vie. Tous ne sont pas décorés et pourtant tous font partie de cette réponse collective. Des milliers d'intervenants ont agi cette nuit-là et dans les jours qui ont suivi. Chacun a sa place, a contribué à ce que la France ne vacille pas, à ce que la France tienne et la France a tenu droite et digne.

En ce jour, la République choisit de distinguer celles et ceux qui ont été au cœur de l'intervention directe, ceux qui ont affronté le danger au plus près. Certains l'avaient été depuis 2015, les autres le sont aujourd'hui. La reconnaissance d'une nation fidèle, dans la concorde nationale, aux côtés du Président, Premier ministre, ministre de l'Intérieur, préfet de police et maire de Paris d'alors. Je vous remercie tous d'être à nos côtés en ce jour.

La France ne cèdera rien au terrorisme car s'il n'y a pas de sens à la douleur, il y a un sens à la mémoire, il y a un sens à la reconnaissance, il y a un sens à la transmission. En vous décorant, la République fait œuvre de vérité, à vous, qui avez avancé quand il fallait avancer, à vous, qui avez tenu quand beaucoup vacillaient, à vous, qui avez agi dans l'obscurité pour ramener la lumière. La nation dit avec gravité, respect et reconnaissance : Merci.

Aux valeureux, la France à jamais reconnaissante.

Vive la République ! vive la France !

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