Le président de la République française est dépositaire de titres honorifiques qui lui sont conférés par son statut.

Si le grand maître de la Légion d’honneur est le plus connu de tous, d’autres aux évocations historiques plus lointaines demeurent souvent méconnus. 

Le rôle du chef de l’État est défini par la Constitution de la Ve République, notamment dans l’article 5 :

« Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure la continuité de l’État et est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. »

Outre ses pouvoirs politiques et constitutionnels, le chef de l’État est aussi détenteur d’un ensemble de titres honorifiques héritages de notre histoire nationale et témoins de nos relations historiques avec d’autres États.

Certains de ces titres lui sont attribués dès son entrée en fonction. Il devient par exemple grand maître de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, deux des plus hautes distinctions françaises. Ce rôle lui permet de récompenser les citoyens qui se sont distingués par leurs mérites civils ou militaires.

Le Président endosse également, par tradition, la fonction de chanoine d’honneur de plusieurs cathédrales et églises ainsi que celle de protecteur d’académies et d’institutions nationales.

Ces titres, souvent hérités de l’Ancien Régime, n’ont pas de pouvoir exécutif, mais ils confèrent au Président la responsabilité de veiller sur le patrimoine historique et les grandes institutions intellectuelles de notre pays.

Grand maître de la Légion d’honneur

Le président de la République française, en tant que grand maître de la Légion d'honneur, joue un rôle central dans la distinction et la promotion des valeurs républicaines. Cette fonction lui confère l'autorité suprême sur l'ordre national, lui permettant de décerner les insignes aux personnalités méritantes. Le Président veille à ce que les récompenses honorent des citoyens ayant contribué de manière exceptionnelle au service de la Nation, dans les domaines civil, militaire, économique, culturel ou scientifique. En tant que grand maître, il incarne l'excellence et l'intégrité, symboles fondamentaux de l'ordre. Il préside les cérémonies de remise des décorations, marquant ainsi des moments solennels de reconnaissance publique. Il est nécessaire de remplir certaines conditions pour obtenir la Légion d’honneur, distinction prestigieuse et méritocratique, qui reflète les valeurs républicaines de dévouement et d'excellence.

Grand maître de l’ordre national du Mérite

Le grand maître de l’ordre national du Mérite, joue un rôle essentiel dans la promotion des valeurs de mérite et d’excellence. Cette distinction, créée en 1963 par le général de Gaulle, récompense les citoyens ayant rendu des services éminents à la Nation dans divers domaines. En tant que grand maître, le président de la République supervise les nominations et veille à ce que les récompenses soient attribuées de manière équitable et transparente. Il préside les cérémonies de remise des insignes, marquant ainsi des moments de reconnaissance publique pour les lauréats. Le grand maître garantit l’indépendance et la neutralité de l’ordre, en s’assurant que les nominations sont attribuées sans favoritisme. Il peut également proposer des réformes pour adapter l’ordre aux enjeux contemporains. Par son action, il renforce le prestige de l’ordre national du Mérite, tant en France qu’à l’international. Le Président incarne ainsi l’excellence et l’intégrité, symboles fondamentaux de cette distinction. Enfin, en tant que grand maître, il perpétue une tradition historique tout en insistant sur l’importance de la méritocratie et du dévouement au bien commun.

Co-prince d’Andorre

La suzeraineté des Vallées d’Andorre est attribuée en 988 à l’évêque d’Urgell, qui la cède en fief à la maison de Caboet en 1159. Au XIIIe siècle, les comtes de Foix entrent en rivalité avec l’évêque d’Urgell, aboutissant en 1278 à un paréage partageant la suzeraineté entre les deux seigneurs. En 1479, le comté de Foix est intégré au royaume de Navarre, puis en 1589, Henri IV rattache les prérogatives andorranes à la Couronne française. En 1663, l’évêque d’Urgell prend le titre princier, marquant le début de la co- principauté andorrane. Après la Révolution française en 1792, la France refuse la souveraineté sur l’Andorre, mais Napoléon Ier la rétablit en 1806. Les traités de Valençay (1813) et de Paris (1814) confirment la souveraineté andorrane, suivie par les gouvernants français successifs. En 1967, le général de Gaulle devient le premier co-prince français à visiter l’Andorre depuis Henri IV. En 1993, la constitution andorrane établit les co-princes comme chefs d’État indistincts, avec un rôle symbolique et des prérogatives judiciaires. Le 18 juillet 2017, Emmanuel Macron reçoit le chef du Gouvernement andorran et présente un portrait officiel distinct, incluant les drapeaux français et andorrans. Depuis le 31 mai 2025, l’évêque d’Urgell, monseigneur Josep-Lluís Serrano Pentinat, est le co-prince épiscopal.

Chanoine du Latran

Le titre de premier et unique chanoine honoraire de Saint-Jean-de-Latran est un honneur symbolique conféré au chef de l'État français, sans pouvoir religieux ou administratif. Ce titre, hérité de l'Ancien Régime, est lié à l'histoire des relations entre la France et l'Église catholique, notamment avec la basilique Saint-Jean-de-Latran, cathédrale du Pape à Rome. Son origine remonte à 1604, lorsque Henri IV, après sa réconciliation avec l'Église catholique, conclut un accord avec le chapitre de la basilique, échangeant protection et revenus contre ce titre. Transmis symboliquement à tous les chefs d'État français, ce titre a progressivement perdu de son importance avant d'être réinvesti en 1957 par René Coty. Depuis, plusieurs présidents, comme de Gaulle, Giscard d'Estaing, Chirac et Sarkozy, ont pris possession de ce titre, tandis que Pompidou, Mitterrand et Hollande ne l'ont pas fait. Emmanuel Macron a officiellement pris possession de ce titre le 26 juin 2018, comme le montre l'extrait vidéo. Aujourd'hui, ce titre reconnaît le rôle du Président dans la préservation du patrimoine historique et culturel franco-italien, sans porter atteinte à la laïcité. Il symbolise ainsi les liens historiques entre la France et l'Église catholique.

Autres titres de chanoines

Le Président de la République détient plusieurs autres titres honorifiques de chanoine, dont certains sont inactifs, comme celui de proto-chanoine de la cathédrale Notre-Dame-du-Réal d’Embrun. Il est également proto-chanoine de la basilique Notre-Dame de Cléry et chanoine d’honneur de diverses cathédrales et églises, bien que ces titres soient principalement symboliques.

Protecteur du Domaine national de Chambord

Le château de Chambord, construit par François Ier entre 1519 et 1547, est un joyau architectural de la Renaissance, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981. Acheté par l'État en 1930, il devient Domaine national en 2005, placé sous la protection du président de la République. Les chasses présidentielles, héritières des chasses royales, y sont instaurées en 1965 par le général de Gaulle et perpétuées par ses successeurs. Réduites en 1995 sous Jacques Chirac, elles sont définitivement arrêtées en 2010 par Nicolas Sarkozy. Chambord, écrin naturel et architectural, est un lieu privilégié de la diplomatie française. Il accueille des visites de présidents comme François Mitterrand, François Hollande et Emmanuel Macron, conformément au vœu de George Pompidou d'en faire un symbole du prestige de la France. Une visite notable a eu lieu le 2 mai 2019, lors de la venue du président italien Sergio Mattarella, organisée par Emmanuel Macron pour célébrer les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. Chambord reste ainsi un lieu emblématique, alliant histoire, diplomatie et prestige.

Protecteur de l’Institut de France

Le titre de Protecteur, autrefois réservé à l’Académie française, s’étend depuis 2006 à l’Institut de France et ses cinq académies. Fondé en 1795, l’Institut rassemble les élites scientifiques, littéraires et artistiques pour perfectionner les sciences et les arts. Le président François Mitterrand a célébré en 1985 le 350e anniversaire de l’Académie française, rappelant l’ambition de Richelieu. En 2006, une loi a fait de l’Institut et de ses académies des personnes morales de droit public, faisant du président de la République leur protecteur. Ce rôle honore l’engagement de l’État pour l’excellence académique et la transmission des savoirs. Le protecteur veille au développement de l’Institut, préservant ses valeurs et missions. Il participe à des cérémonies officielles, comme le fit Emmanuel Macron en 2024 pour le « Dictionnaire de l’Académie française ».

Protecteur de l’Ordre de la Libération

L’Ordre de la Libération, créé par le général de Gaulle en 1940, est une distinction honorifique française récompensant les contributions exceptionnelles à la libération du pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Unique en son genre, il n’est plus attribué depuis 1946 pour préserver son caractère symbolique. Deuxième ordre national après la Légion d’honneur, il ne comporte qu’un seul titre, celui de Compagnon de la Libération, et un insigne unique, la croix de la Libération. Au total, 1 038 croix ont été décernées à des personnes, 18 à des unités militaires et 5 à des communes françaises. Le dernier Compagnon, Hubert Germain, est décédé en 2021, et un hommage national lui a été rendu. Placé sous la protection du président de la République, l’Ordre perpétue la mémoire des Compagnons et promeut les valeurs de courage et de sacrifice. Ce rôle symbolique renforce le lien entre les générations et assure la transmission de l’héritage historique de la Libération.

Mis à jour le : 19 janvier 2026