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Fait partie du dossier : Sommet Africa Forward au Kenya.

Le Président de la République s'est rendu au Kenya du 10 au 12 mai 2026 dans le cadre du Sommet Africa Forward.

Le Sommet « Africa Forward : des partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance » vise à accentuer les échanges économiques et les investissements et à consolider les réponses communes face aux grands défis globaux. 

Cette première journée du Sommet était consacrée à la jeunesse. 

À leur arrivée à l'Université de Nairobi, le Président Emmanuel Macron et le Président kenyan William Ruto ont participé à une première séquence intitulée « Future Makers ». 

Revoir les échanges :

22 juin 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Discours du Président de la République à la séquence jeunesse Africa Forward Future Makers.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup.

D'abord, merci, Président, de nous accueillir, pas simplement à Nairobi, mais dans ton alma mater et dans ton université. Merci à l'université de nous accueillir et vraiment à ces mots d'accueil très forts et à tous. Moi, j'avais plutôt envie de continuer à écouter. Je deviens un vétéran dans cette mission. Ça fait neuf ans que je me bats pour essayer de changer beaucoup de choses du rapport entre la France et l'Afrique, l'Europe et l'Afrique. C'était magnifique de vous écouter tous les quatre, parce que vous avez très bien parlé. En vous écoutant, je me disais : au fond, il faut les laisser faire.

C'est tout.

Je vais vous dire quelques convictions.

La première chose, pourquoi il fallait changer ce continent ? Normalement, ce type de sommet aurait commencé par une rencontre entre les dirigeants français-africains ou européens-africains, et les dirigeants européens, français, seraient venus et auraient expliqué aux dirigeants africains et après peut-être à la société civile vaguement : « On a bien regardé votre situation, voilà ce qui est bon pour vous, on va vous aider ».

Je crois que c'est plus du tout ce dont l'Afrique a besoin et ce qu'elle veut entendre. Le Président l'a très bien dit hier. Il dit : « Nous, on ne veut plus ça, on n'a pas besoin que vous nous aidiez ». Et ça tombe bien parce que nous, on n'a plus totalement les moyens non plus, si on est lucide. En plus, ça crée plein de tensions. On a toujours des polémiques à la maison. Les gens disent : vous les aidez, puis après, on a déjà tellement de problèmes, etc.

Non ! L'Afrique est en train de réussir. C'est le continent le plus jeune au monde, c'est le continent qui a le plus de croissance au monde. Donc juste l'Afrique a besoin d'investissements pour être plus souveraine, Kate l’a très bien dit et nous, on a envie d'être des partenaires d'égal à égal parce qu'en fait, on a exactement le même combat à mener en Europe. En vrai, c'est exactement ça qui se joue. Et on commence ce Sommet Africa Forward en vous écoutant, vous la jeunesse du continent africain, nous dire : « Voilà mes rêves, mes ambitions, ce que je suis déjà en train de faire ». Nous, on vient en disant : « OK, nous, on a des investissements à faire, c'est intelligent pour vous, c'est bon pour nous, on le fait ensemble ».

Et nos défis sont jumeaux. Nos défis sont exactement ceux que vous avez décrits, qu'il s'agisse de technologie, d'IA, de paiement, ou qu'il s'agisse, comme on dit aujourd'hui, d'industrie culturelle et créative, ou de récits. Vous l'avez très bien dit, Aicha, tout à l'heure.

Quel est notre défi commun, Europe et Afrique ? C'est de ne pas dépendre.

Il y a une opposition entre les entrepreneurs et les consommateurs.

Les solutions sont conçues aux États-Unis ou en Chine. Lorsqu'on parle de l'intelligence artificielle, beaucoup d'entre nous, aujourd'hui, sommes des consommateurs. Nous avons une bataille partagée au niveau de l'investissement pour construire l'autonomie stratégique pour l'Europe et l'Afrique. Si nous travaillons ensemble, nous serons d'autant plus forts. Donc nous avons besoin d'infrastructures. C'est le défi que nous devons également relever en Europe pour augmenter les capacités. Si nous voulons construire une infrastructure, nous devons investir ensemble et c'est le défi auquel est confronté le Président Ruto.

C'est le défi de l'énergie.

Aucune infrastructure n'est possible sans l'énergie. Nous devons construire des infrastructures renouvelables et nucléaires afin de déployer l'électrification pour les foyers et les entreprises en Afrique. Mais afin d'augmenter les capacités, nous devons relever ce premier défi. Lorsque nous parlons de l'infrastructure, nous parlons vraiment de la souveraineté. Ce partenariat avec FoxConn constitue un exemple parfait de ce récit de souveraineté partagé. C'est une entreprise africaine, européenne et taïwanaise. Nous tous, nous devons confronter ce défi de la souveraineté et réduire notre dépendance.

Donc, nous devons travailler sur l'infrastructure.

Il en va pour WEGA et pour les systèmes de paiement. Je vous salue pour ce que vous avez fait avec le système que vous avez bâti. Je pense que vous êtes les leaders en matière de paiement.

Le deuxième défi, nous devons confronter ces défis ensemble. Il s'agit du talent. En Europe et surtout en France, nous formons notre talent. Nous devons créer de l'emploi pour ce talent et veiller à ce que ce talent reste. Il y a quelques années, des talents qui travaillaient sur l'IA à la Silicon Valley étaient français. Maintenant, ces Français reviennent parce que nous devenons les leaders de l'IA en Europe. Le défi est le même en Afrique.

Vous avez raison, nous devons former davantage. Je suis fier de ce que nous faisons ici au niveau des investissements et au niveau de la collaboration avec l'université afin de construire de nouveaux partenariats avec les meilleures universités. C'est ce que nous souhaitons faire à travers le continent. C'est-à-dire créer du talent, les former ici dans des systèmes éducatifs robustes. Nous espérons que ce talent restera afin d'aider le développement du continent.

Nous allons prolonger nos partenariats avec les universités africaines et nous allons accélérer également notre investissement. J'aimerais remercier les entreprises d'avoir appuyé ce travail. Orange va annoncer les 50 centres numériques, avec un million de jeunes Africains qui seront formés d'ici 2030.

Il y a quelques années, nous avons lancé Digital Africa afin de relier les systèmes numériques. Cela fait partie des capacités de formation pour votre talent, mais cela nous permet de rester ce talent.

On le sait très bien, c'est le vainqueur qui écrit l'histoire. Tout le travail qu'on est en train de faire, d'ailleurs, on y reviendra dans la journée avec les sessions culturelles et sur les restitutions culturelles, c'est qu'on est en train aussi de réinventer ce partenariat équilibré avec le continent africain par la restitution des œuvres culturelles, par le changement de ce récit. Mais il y a un récit contemporain à écrire. Ce récit contemporain, c'est très juste s'il est fait par d'autres, soit avec un regard backward-looking, soit avec des gens qui ne connaissent pas, en tout cas, s'il n'est pas fait par les Africaines et les Africains. Il n'y a aucune chance que cette histoire soit la bonne.

C'est aussi une question de souveraineté, parce que ce regard, c'est celui qu'on laisse aux générations à venir, c'est celui qui permet de démultiplier notre force. C'est l'histoire qu'on est en train de faire. Celle qui vous donne encore plus de capacité à entraîner. C'est celle qui, vous l'avez dit parfaitement, Jean Wilfrid, qui va attirer les investissements. Si j'ai la bonne histoire, le bon récit, j'ai de l'influence, je vais attirer des gens qui vont participer à mon histoire. C'est du soft power. C’est une capacité aussi importante que les infrastructures ou que les talents. J'ai besoin d'énergie, d'infrastructures, de talents et du bon récit. Ce récit, c'est ce qui nous tient, c'est ce qui fait que la culture est inséparable de la technologie et de l'économie. Si on sait bâtir ce bon récit, ou ces bons récits, parce qu'il n'y en a sans doute pas un seul pour le continent africain, mais s'il est fait par les Africaines et les Africains, s'il est diffusé comme il se doit, alors l'effet démultiplicateur est énorme. L'exemple du Bénin est un parfait exemple parce que c'est une réussite durant les dernières années remarquable, qui est passée par la culture et par l'économie. Je suis très impressionné par ce que le continent est en train de faire.

Il y a un panafricanisme positif. J'ai adoré ce que vous avez dit sur la marque, mais on a souvent mis le panafricanisme autour de discours qui étaient très négatifs, revendicatifs, un peu revanchards, un peu anti- ceci ou cela. Il y a un panafricanisme qui est celui de votre génération, qui est positif, qui veut juste conquérir tout, bâtir son continent, soulever ses défis, attirer les investissements du monde entier et dire : moi, je suis là, j'ai envie de bâtir, je n'ai pas envie qu'on m'impose des solutions qui viennent d'ailleurs. Je veux développer mon pays, mon continent et choisir.

Nous, notre rôle, ce n'est pas de faire de l'aide, c'est juste de dire : « nous, ça nous plaît, on veut faire ça aussi ». Parce que nous aussi, vous l'avez dit, la France, elle a toujours été comme ça. C'est une nation qui s'est toujours vue comme plus grande qu'elle-même, parfois en faisant des choses qu'on ne ferait plus aujourd'hui, je l'ai dit et répété, mais parce qu'on rêve plus grand, parce qu'on a construit cette histoire pour nous-mêmes.

C’est ce qui fait qu'il y a deux raisons qui font qu'on a envie d'être avec vous aujourd'hui et que ce Sommet est très important pour nous.

La première, on veut, nos entreprises, le gouvernement français, on veut investir à vos côtés parce qu'on est sûrs que ça va marcher et que l'histoire africaine est une grande histoire, que quand on regarde Europe-Afrique, c'est une évidence et que ce combat pour la souveraineté technologique, de l'IA, du quantique, des talents, des récits, il est commun. Si vous échouez, on n'a aucune chance.

On n'a aucune chance.

Si vous échouez, votre jeunesse quittera, on aura plein de tensions migratoires. On veut que vous réussissiez parce que c'est bon pour la France et pour l'Europe. Il y a une histoire positive à bâtir, totalement inédite, qui est cette histoire du XXIème siècle où vous allez bâtir votre récit, on va défendre le nôtre et on va le faire main dans la main.

La deuxième chose, c'est qu'on a destin lié.

On a destin lié.

Ce que vous avez décrit, Marwa, et ce que vous avez dit comme, en fait, histoire très belle, et ça m'a fait plaisir d'entendre ça, c'est qu'il y a des millions et des millions de jeunes en France qui sont des diasporas comme vous. Pendant trop d'années, on leur a dit : excuse-toi d'être d'une diaspora, excuse-toi d'être ceci ou cela, ou fais oublier un peu. Non. Vous êtes 100 % Françaises, 100 % Algériennes. Accumulez-les, redoublez-les, on en a besoin, parce que c'est un accélérateur pour nous, Français, d'avoir des jeunes comme vous qui sont françaises et algériennes, françaises et centrafricaines, et qui ont envie de dévorer le monde, de conquérir plein de choses, mais qui sont avec nous.

C'est très important pour moi.

Soyez fiers de cette diaspora, soyez totalement françaises et totalement africaines. Et moi, c'est aussi pour ça que je suis là, parce que dans notre pays, et je le dis pour nos amis Kényans qui, peut-être, ne le savent pas assez, mais il y a des millions et des millions de nos jeunes qui sont totalement Français et totalement Africains. C'est une immense chance pour le pays.

Voilà, je vais m'arrêter là. Mais, vous, les bâtisseurs d'avenir, c'est vous qui allez bâtir cet avenir. Je suis extrêmement ravi de voir combien vous avez des solutions et la fierté que vous décrivez quand vous parlez de votre avenir. C'est la raison pour laquelle je suis ici. Je crois en l'avenir de l'Afrique et en l'avenir de vos pays.

Je suis le Président d'un pays qui veut faire partie de cet avenir. Nous voulons investir ici. Nous voulons être fiers de notre passé et de notre avenir. Mais il faut avoir un partenariat généreux, équilibré et lucide, d'égal à égal.

C'est par cette manière que nous allons encadrer et bâtir notre avenir.

Je vous remercie.

Les deux dirigeants ont ensuite découvert des oeuvres d'art immersives réalisées par des artistes issus du programme « Creation Africa », avant de participer à une deuxième séquence « Africa Forward : Creation in Motion ». 

Revoir la séquence :

22 juin 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Prise de parole du Président de la République lors de la séquence jeunesse « Africa Forward : Creation in Motion ».

Emmanuel MACRON

Ce que vient de dire Marie-Cécile est très juste.

Ça partait d'un constat très simple. Le patrimoine culturel, ce qui permet de décrire l'histoire, [c’est] ce qui permet à la jeunesse africaine de connaître son histoire, ses racines.

Partant de là, on voit bien que quelque chose ne pouvait pas fonctionner.

On ne peut pas dire à une jeunesse : « si tu veux savoir d'où tu viens, qui tu es, il faut que tu ailles au bout du monde pour pouvoir le comprendre ». Et encore, tout ça est dispersé.

Ce que je m'étais engagé à faire en novembre 2017 à Ouagadougou, c'était de dire qu'on doit enclencher ce travail de restitution, parce que beaucoup de ces œuvres doivent revenir dans les pays où elles sont nées et où elles avaient d'ailleurs un caractère qui était souvent sacré, religieux, beaucoup plus complexe que celui ensuite qu'on lui a donné.

C'est vrai, des 26 trésors d'Abomey comme du « tambour parleur » ou du « sabre ». On pourrait parler aussi de ce qui a été fait avec Madagascar. Le travail ensuite a été fait, parce que je veux quand même rendre hommage à tous ceux qui l'ont permis, vos travaux ont beaucoup inspiré tout cela, professeur.

Mais Bénédicte Savoie et Felwine Sarr ont ensuite fait un travail, et c'était un peu ce dialogue, justement, de deux intellectuels, européens, africains. Ils ont fait tout ce travail pour dire : « comment on peut faire ces restitutions ? », « Quel en est le cadre ? ». C'est là qu'on a posé les bases intellectuelles de ce qui vient d'être parachevé.

Ils ont dit deux idées fortes — c'est un travail formidable que je vous invite à aller lire — mais ils ont dit deux choses très fortes. D'abord, il y a beaucoup d'œuvres qui ont été volées, pillées. Là, on a arraché ces œuvres, elles doivent être restituées. Ce qui donne un statut différent à ces œuvres de celles qui ont parfois été achetées, ou qui ont circulé, ou qui ont pu être données.

Je crois que c'est un cadre déjà juste, pour commencer.

La deuxième chose importante qu'ils ont dit, c'est : « ça doit enclencher le retour d'un dialogue ». Donc il faut qu'il y ait les conditions pour les préserver dans les pays où elles reviennent. Pas question de renvoyer des œuvres dans des pays où il n'y a pas de conservateurs, de curateurs, ou des bonnes conditions pour les recevoir.

On a enclenché tout ce travail. Je dirais que c'est vrai qu'un des pays qui était le plus près était le Bénin, pour beaucoup de raisons évoquées, l'expérience de 2006. Ça a été un moment formidable et très émouvant. Il y a eu tout ce travail donc qui a été fait, qui a été continué à travers les différents pays. C'est ce que vous avez évoqué, Madame la ministre, pour la Côte d'Ivoire, et ce qui a été rappelé pour le Sénégal.

Ensuite, Monsieur Martinez, qui a fait tout un travail méthodologique pour aller beaucoup plus dans le détail, et pour nous permettre de dire : au-delà du cas par cas, on doit bâtir une loi-cadre, quelles doivent en être les règles ? Et cette loi-cadre a été votée il y a quelques jours, elle a été promulguée il y a deux jours. Donc maintenant, elle s'applique.

Je voudrais un peu réconcilier les deux positions, même si je ne les crois pas si différentes, en vérité. Ce qui a été dit sur l'universalisme. Je pense que c'est tout à fait vrai ce qu'a dit Marie-Cécile. Il ne peut pas y avoir d'universalisme s'il n'y a pas un retour juste et si ces œuvres qui ont été pillées dans les conditions définies ne reviennent pas, et qu'on ne bâtit pas justement des musées particuliers sur le continent africain. Beaucoup dans des pays du Sud n'en ont pas eu, [et] ont souvent subi ces pillages, pour pouvoir, en quelque sorte, réhabiter leur propre histoire, se réapproprier leur propre histoire, et, ce faisant, former des conservatrices et des conservateurs inspirés des artistes pour pouvoir complètement repartir et se régénérer.

Une des choses sublimes qu'on a vécues, d'ailleurs, qui est une illustration de ça, a été ce qui a été fait par le Bénin en retour, qui était dans notre Saison Africa 2020, quand des artistes béninois sont revenus et ont, en quelque sorte, réinventé, avec des œuvres contemporaines, sur la base des 26 pièces de trésor d'Abomey qui avaient été rendues. C'était très beau parce qu'on a vu comment des artistes d'aujourd'hui, formidables, [et] plusieurs sont dans cette salle, pouvaient être inspirés par le patrimoine qu'on leur rendait et [pouvaient] créer des œuvres qui racontaient quelque chose à des publics français ou du monde entier, qui parfois ne connaissaient pas le patrimoine original, mais ça nourrit l'art contemporain. On rétablit quelque chose d'une circulation, d'un dialogue, d'une compréhension mutuelle.

Mais il y a un autre point important, c'est que, pour autant, moi, je n'ai jamais voulu dire : « on se débarrasse de tout l'art africain ou de tout l'art du Sud qu'il y a dans les musées du Nord ». Parce que je pense que c'est aussi très important de continuer d'avoir dans nos musées des pièces quand elles ont été parfois offertes, qu'elles ont circulé, qu'elles sont arrivées dans les bonnes conditions, qu'elles s'inscrivent dans un parcours et une démarche de nos musées, et qu'elles dialoguent avec d'autres musées du Sud. Ce qui va avec l'universalisme, c'est de permettre d'avoir, en quelque sorte, un universalisme qui se construit dans le Sud, par ces musées qu'on est en train de bâtir, ces conservatrices, ces conservateurs, ces artistes, mais aussi de garder des pièces que nous avons, lorsqu'elles sont dans un cadre approprié, dans les musées français, américains, britanniques ou autres.

Je n'adhère pas totalement à la démarche qui consiste à dire : « on renvoie tout comme s'il fallait se débarrasser d'un passé qui était trop compliqué ». La condition, c'est qu'on continue d'être aux côtés des pays qui sont en train de construire leurs musées, de le développer, de développer leur réseau de conservatrices, de conservateurs qui ont leurs artistes et que ce dialogue se noue. Parce qu'en effet, il y a une chose à laquelle je tiens et qui a inspiré cette démarche et qui est à la racine de notre dialogue pour ce Sommet, c'est que nous avons la conviction d'appartenir à une même aventure et une même démarche. C'est de ne pas être renvoyé, en effet, à des identités ou à des passés qu'on ne pourrait jamais digérer. C'est très important. Alors ça passe par des gestes de rétablissement, de circulation, par des gestes d'hospitalité réciproque, mais ça doit continuer à être inspiré par une vocation universaliste au Bénin, au Kenya, au Nigeria, comme à Paris, à Berlin ou à New York. Et ça, c'est très important, à mes yeux, parce que c'est ce qui permet ce dialogue universel et ce qui évite la nouvelle fracture des cultures.

J'ai voulu lancer ça en ayant lu et écouté beaucoup d'entre vous, et aussi parce qu'il y avait une jeunesse à Ouaga qui, en fait, quand elle écoutait ce discours, n'y croyait pas du tout.

Je vais être honnête avec vous, ils disaient : « d'accord, OK, il est venu nous faire un speech à l'université, c'est très sympa, puis il va repartir chez lui, ça ne se fera jamais ».

Je dois reconnaître que ça ne s'est pas fait simplement. Si vous n'aviez pas été là, beaucoup d'entre vous, à vous battre pour qu'on continue d'avancer jusqu'à cette loi votée à l'unanimité, ça ne se serait jamais fait.

Parce qu'il y avait beaucoup de résistances.

Mais ce que je veux aussi vous dire pour que vous le mesuriez, c'est que cette loi était rejetée par beaucoup il y a neuf ans. Madame la ministre de la Culture est là, elle a porté ce texte dans ses derniers pas, il y a beaucoup de nos parlementaires, je suis très heureux qu'ils soient là, elle a été votée à l'unanimité.

Ce qui dit quelque chose aussi quand même du changement des esprits. C'est-à-dire qu'il y a des femmes et des hommes dans nos parlements qui, il y a neuf ans, disaient : « c'est terrible, on ne va pas faire ça ». Ils disaient : « c'est de la repentance », c'est les mots à la mode. Dès qu'on ouvre quelque chose avec les pays africains, on nous dit : c'est de la « repentance », « vous n'allez pas nous emmerder avec tout ça, c'est le passé, ne revenons pas dessus, débrouillez-vous ». Non. Tous sont revenus et tout le monde a voté ensemble. Faire cette démarche, ça réconcilie aussi des femmes et des hommes qui ne pensaient pas forcément pareil.

C'est très important, je veux que vous le mesuriez pour nous en France, parce que - Marie-Cécile en est l'incarnation entière - on a des millions de nos compatriotes qui ont cette histoire-là et qui, alors, pour certains d'entre eux, ont la chance de pouvoir aller dans les musées, en effet, en France. Mais tout le monde n'a pas la chance de pouvoir aller au musée. Il est formidable, et je vous invite à y aller, au musée du Quai Branly, au Louvre ou ailleurs.

C'est quand même très important que des jeunes d'Abidjan, de Cotonou, ou d'ailleurs sur le continent, puissent voir les grandes pièces qui ont fait leur histoire, leur patrimoine culturel, leur imaginaire, qui ont nourri d'ailleurs aussi leur religion, bien souvent, et qui retournent dans leur lieu. Mais ils retournent, comme ça a été dit, avec ces décennies passées parmi nous.

Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant, mais c'est formidable, c'est la création à venir.

C'est vous qui allez faire vivre tout ça, c'est nous.

On va continuer, c'est juste le début d'une aventure.

 

Interlocuteur

Pourquoi la restitution ? Vous en avez fait une bataille personnelle dès le départ. C'était impossible. Vous l'avez dit, le discours de Ouagadougou en 2017. Au Bénin, on est tous en transe de joie quand on vous entend prononcer ces mots. En France, on ne peut pas dire que ça ne vous a valu des concerts de louanges. Ce n'était pas électoralement intéressant.

Qu'est-ce qui a fait prendre conscience de l'importance de ce combat pour la jeunesse ? Aujourd'hui, on voit que tout va changer avec cette restitution, mais personne ne pouvait le savoir en 2017.

Pourquoi vous l'avez fait ?

 

Interlocuteur

Comment faire en sorte que ces restitutions ne rendent pas seulement des objets, mais créent aussi du lien, un dialogue et un regard nouveau entre les jeunesses africaines, voire les jeunesses françaises, les jeunesses africaines, voire européennes ?

 

Interlocuteur

La vidéo qui a suivi votre intervention de tout à l'heure s'intitule « Emmanuel Macron, de Ouagadougou à Nairobi ». Ma question, c'est après Nairobi. Ceci est véritablement historique. Comment voyez-vous la suite quand vous n'y serez plus pour veiller au dialogue et aux possibilités que cette loi-cadre ouvre ?

 

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup.

J'ai eu la chance, il y a une vingtaine d'années, quand j'étais un jeune fonctionnaire, d'aller en stage au Nigeria. Il y a beaucoup de nos frères et amis nigérians qui sont là.

Je me suis passionné pour la culture, l'histoire, pour le vaudou, d'ailleurs, c'était évoqué tout à l'heure, et je me suis aperçu que c'était très difficile, au Nigeria, d'avoir un musée ou un lieu pour comprendre...

En bon français, si je puis dire, je me suis dit : « il faut aller dans quel musée pour comprendre tout ça, dans quel endroit » ? Il y avait des gens pour me raconter, il y avait des livres à me donner, souvent d'ailleurs écrits parfois par des intellectuels nigérians. Mais ils étaient toujours allés travailler à Londres, aux États-Unis. Puis après, on m'a dit : « si tu reviens en France, il faut aller… » - le musée du Quai Branly commençait, il y avait le musée Dapper, etc- « il y a des formidables collections. Tu verras, il y a l'émission de Michel Leiris, ils ont ramené des objets ». A ce moment-là, j'ai quand même conçu la forme d'injustice, parce que je me suis souvenu de moi, enfant, et la chance que j'avais quand mes parents me disaient, pour expliquer notre histoire, qu’on allait dans le musée de ma ville, à Amiens, [et qu’on] voyait une partie de notre histoire gallo-romaine et autre. C'était la grande sortie, on pouvait aller au Louvre.

On voyait quand même quelque chose, encore, d'une violence postcoloniale, à ce qu'on ne puisse pas avoir accès à ça.

Parce qu’on me dit : « tu veux aller voir ces objets ? Va à 5 000 km de chez toi. »

C'était fou.

J’ai après lu, écouté beaucoup.

Je me suis nourri, d'ailleurs, de beaucoup de vous tous. Quand je le lance en 2017, je ne le fais pas par visée électorale en France.

Ma grande conviction, c'est que l'avenir pour la France va dépendre de beaucoup de facteurs, mais il y en a deux qui sont clés ; qu'on soit pleinement réconciliés avec notre diaspora. Je pense que notre idée profonde, notre jeunesse, beaucoup de nos compatriotes savent très profondément qui nous sommes. Nous sommes nourris par cette identité plurielle, mais le discours politique le réduit et le refuse. Je pense que cette démarche participe de dévoiler le fait que nous avons une identité plurielle. Je pense que c'est très bon pour la France à moyen terme. La deuxième chose, c'est que je pense qu'on ne peut pas être entendus dans le continent africain pour refonder un partenariat, si on continue, si on continuait sur les anciennes voies, en leur disant : « oui, oui, on va parler d'avenir ensemble, laisse tomber le passé, le franc CFA, on n'en parle pas, les restitutions d'œuvres d’art, laisse tomber, on les garde, ceci, cela, tout ce qui est mauvais, on ne le rouvre pas. »

Ça n'existe pas.

Dans un couple, si on ne rediscute pas des choses qui n'ont pas été, il y a peu de chances qu'on construise. Comme je crois que la capacité de la France et de l'Europe à bâtir avec l'Afrique est déterminante pour notre avenir, je pense que les restitutions sont une promesse pour la suite. Ce qui me permet, pour votre question, de revenir.

Je pense que c'est le début d'un échange.

D'abord, il va y avoir beaucoup d'autres restitutions qui vont continuer sur la base de cette loi-cadre, et après, dans le dialogue, beaucoup d'autres questions vont se poser. Parce que je voulais crier dès à présent. Il y a plein de pays d'intellectuels, d'artistes, de conservatrices et de conservateurs qui vont revenir avec des projets de restitution qui ne sont parfois même pas dans la loi-cadre. C'est sûr.

C'est très bien, parce que ça va être un dialogue intellectuel. Ça, ça a presque au moins autant de valeur que la restitution elle-même. Parce que ça veut dire qu'il va y avoir un questionnement constant dans les pays du continent africain de se dire « et ça, où c'est, où ça se trouve ? » de reconstituer une histoire et un fil, et dans les pays européens, américains, parfois d'ailleurs asiatiques aussi, pour quelques-uns de se dire : « quelles démarches on entreprend et comment on continue cet échange ? ». Je crois que cet échange, au-delà de l'échange académique, intellectuel et de recherche, parce que le déplacement de ces œuvres fait partie de leur histoire, raconte différemment une histoire aussi entre le continent africain et le continent européen ou d'autres continents. Ça va être comment les artistes se réapproprient tout ça. Je pense que c'est le début d'un chemin extrêmement fructueux, prolifique, auquel je crois beaucoup.

Et professeur, pour répondre à votre dernière question, c'est aussi pour ça qu'en effet, « de Ouagadougou à Nairobi », on a fait beaucoup de chemin tous ensemble. C'est votre mobilisation collective. Pour moi, c'est incroyable d'être là parmi vous, parce que je revois beaucoup de visages que je n'avais pas vus depuis des années, beaucoup de gens qui se sont battus, et même au-delà, et de choses qui sont advenues. C'est très émouvant. Mais je crois qu'on a construit quelque chose d'irréversible et d'inarrêtable parce que ce ne sont pas seulement des décisions, ce sont des mouvements.

Quand bien même arriverait en France quelqu'un qui voudrait revenir sur les restitutions, je pense qu'il n'y arriverait pas. D'abord parce qu'il y a un Parlement qui a voté à l'unanimité, et parce que ça a eu tellement de puissance que ce n'est pas possible de revenir en arrière. Même tous les gens qui font souffler les vents mauvais, qui voudraient aller vers le repli, trop tard. Ne vous emballez pas. Trop tard.

Tous ensemble, on a construit quelque chose qui est une force très profonde sur le plan culturel, intellectuel, d'innovation économique, politique, qui ne s'arrêtera pas. Pour ma part, je serai toujours là, à continuer à me battre à vos côtés, dans d'autres oripeaux, avec d'autres habits, mais au combat avec vous pour faire avancer cette cause et surtout la puissance d'innovation qu'il y a derrière.

Un grand merci.

Je pense que cette discussion était extrêmement importante.

Je voudrais ajouter que depuis Ouagadougou et Montpellier, nous avons lancé toute une série d'initiatives qui sont très importantes. Au-delà des restitutions de la Saison Africa 2020, et je vous demande d'applaudir très chaleureusement N'Goné Fall.

C'était le Covid à l'époque, si vous vous souvenez, mais pour la première fois à Paris, endroit symbolique en France, nous avons pu réunir des innovateurs, des artistes, pour qu'ils puissent échanger et créer ensemble.

La Saison Africa 2020 a été un énorme pôle de créativité et d'innovation pour l'art, les technologies, la culture, l'économie et ceci partout dans des endroits symboliques avec des artistes émergents et également établis. Ça a complètement transformé les relations entre l'Afrique et la France. Et nous avons créé, avec MansA [Maison des Mondes Africains], cette série de relations avec Paris, Nairobi et dans d'autres endroits également. Nous avons promu des artistes de France, français, du continent africain. Je vous invite d’ailleurs à visiter ce qu'a fait MansA à l'université. C'est une vitrine idéale de cette création africaine. C'est le balbutiement, le début de cette Saison Africa 2020. Nous avons lancé très clairement toute une série d'initiatives extrêmement importantes, et des milliers d'artistes ont porté ce projet partout sur le continent africain.

Il y a plus de 1 000 artistes aujourd'hui qui travaillent sur le continent africain. Ce sont des artistes français et africains au sein de Create [Création Africa] et grâce à l'Institut et de ses équipes, avec l'aide de nos ambassades, de l'Alliance française également parfois, nous avons pu organiser des résidences d'artistes dans le cadre du programme et nous en créerons d’autres dans la ville du Cap et au Bénin, merci aussi, Marie-Cécile, pour ça. C'est un processus en cours pour vraiment soutenir ce programme de création.

Nous avons un autre bébé. Alors, nous ne sommes plus en attente de la naissance. Il existe.

À Montpellier, on a décidé de créer MansA. Pour établir des liens encore plus forts entre le continent africain et la France. C'est pour ça que nous avons décidé de lancer toute une série d'initiatives.

Avec la Cinémathèque Afrique, on va élargir le programme pour faire poindre l'accès à tout le portefeuille de films africains sur des plateformes, en France, TV5Monde, bien entendu, ou pour des chaînes internationales. On va élargir l'accès [à la Cinémathèque Afrique].

Je remercie vraiment très chaleureusement toutes les équipes, parce que ça va permettre à de nombreuses personnes d'avoir accès au catalogue de films africains, avec d'autres partenaires : l'Arabie saoudite, le Luxembourg, la Belgique, et d'autres partenaires. Le Centre National du Cinéma, le CNC en France a un programme d'un million d'euros afin d'investir dans le cinéma africain et la créativité africaine.

Nous allons également soutenir un certain nombre d'initiatives privées. On a des partenariats entre la Côte d'Ivoire et la France qui travaillent ensemble, Madame la ministre, pour soutenir et suivre certains programmes, et non pas seulement pour créer des cinématiques, mais également pour former davantage de personnes au cinéma et pour leur permettre de faire grandir le cinéma sur le continent africain.

Nous avons donc toute une série d'initiatives pour le continent africain pour la Cinémathèque d'Afrique, le programme avec le CNC, et également des initiatives privées comme celle mentionnée par Abderrahman.

Enfin, à Montpellier, nous avons déclaré que nous allions lancer une maison des arts africains et des cultures, et c'est devenu la MansA, la maison, « The place to be » l'endroit où se trouver.

Il y a MansA et d'autres endroits qui soutiennent la création en Afrique.

Maintenant, nous allons lancer une nouvelle phase.

Nous travaillerons ensemble, étroitement, avec la mairie de Paris, le ministère de la Culture, afin de promouvoir dans les endroits les plus emblématiques : le Théâtre de la Ville à Paris, le Théâtre du Châtelet, le Palais de Chaillot, le Comptoir de Paris, tous les endroits les plus célèbres, pour promouvoir les programmes de MansA, voir des artistes et des Africains et Français qui se produisent ensemble dans les endroits les plus prestigieux.

Nous voulons également qu'il y ait un endroit spécifique consacré à cela.

Vraiment un endroit où les gens peuvent se réunir et créer.

Je souhaite remercier le ministre de la Culture, l'équipe du ministère de la Culture, du ministère des Affaires étrangères et toutes ses équipes. Car nous avons trouvé un endroit, Avenue d'Iéna, très près de la Tour Eiffel. Ce sera un endroit unique en ce genre.

Il y avait une présence franco-allemande. Aujourd'hui, il y aura une présence franco-africaine, et c'est MansA qui permettra avec nous de créer ce lieu. Je souhaiterais, bien entendu, soutenir le travail de Liz et de son équipe et la féliciter, parce que c'est vraiment une combattante.

Ce sont tous des combattants. Mais ce ne serait pas possible sans tous les bailleurs de fonds et sans une immense mobilisation.

Les bailleurs de fonds seront co-présidents Meridiam, le Docteur Rabiu également.

Ce sera une équipe franco-nigérienne, une équipe franco-africaine. C'est un appel à l'action pour vous également.

On a besoin de votre aide, [de] vos fonds pour rendre ce projet possible et encore plus grand. C'est le début d’une nouvelle phase et d’une nouvelle ère et nous ne nous arrêterons jamais.

Merci beaucoup.

Il s'en est suivi une séquence « Africa Forward : Sport for Sustainable development ».

Revoir les échanges : 

22 juin 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Prise de parole du Président de la République lors de la séquence jeunesse Africa Forward : Sport for Sustainable development.

Emmanuel MACRON

Je veux remercier à nouveau le Président William RUTO pour son accueil et mes chers amis et collègues, présidents du Sénégal et du Botswana, d'être avec nous aujourd'hui.

Merci, Makhtar et Patrice, pour vos présentations à l'instant.

Vous l'avez parfaitement dit. D'abord, on est au bon moment, au bon endroit et c'est important de se le dire. Le Kenya est un grand pays de sport. C’est vrai ! Kipchoge and Sawe, faut dire que... C'est quand même le pays où on court le marathon en moins de deux heures. C'est une bonne référence. Grand pays à la fois de marathon, de course d'endurance, mais aussi de football, de rugby à sept. Le continent africain est un grand continent de sport.

Je crois que ça vient d'être rappelé, mais il faut avoir quand même à l'esprit que 2026 : les Jeux olympiques de la Jeunesse au Sénégal. 2028 : la CAN, dans cette région ; Kenya, Tanzanie, Ouganda, ça a été rappelé. Et 2030 : la Coupe du monde en Méditerranée avec le Maroc qui sera partie prenante. Il n'y a pas un continent qui est autant exposé à des grands événements sportifs que le continent africain dans les années à venir, qui a d'ores et déjà autant d'athlètes. Patrice et Makhtar l'ont rappelé tout à l'heure. Quand on parle des grands champions souvent européens, on parle de grands champions qui ont des racines, des origines qui sont partagées entre le continent africain et la France.

Quand on parle des footballeurs, c'est extraordinaire, c'est une chance. On a même parfois exporté nos sélectionneurs sur le continent africain. Claude est là avec moi dans ce déplacement. Il a fait rêver pas mal de générations, et le Président, tout à l'heure, l'a honoré.

Pourquoi c'est très important, ce qu'on fait là ? D'abord, ça a été rappelé, c'est une question d'éducation. Partout où on aide à développer le sport, au-delà des grandes compétitions, [et] c'est pour ça que nos Jeux olympiques de la jeunesse au Sénégal sont si importants, on donne de la capacité d'émancipation et d'éducation à nos jeunes.

On l'a mis au cœur de notre stratégie en France, mais c'est ce qu'on veut pour le continent africain. Parce qu'on apprend à des jeunes les règles, la discipline d'un sport, on leur apprend à être ensemble, on leur donne de la confiance en eux-[mêmes], parce qu'on leur permet justement d'exploiter des talents. Un jeune qui est super bon en marathon ou en course, ce sont des talents qui vont être reconnus. Il n'a pas forcément les mêmes talents sur le plan académique, mais ça élargit justement les choses, ça permet de reconnaître ses capacités, et nos universités, après, le reconnaissent. Ça permet d'attirer beaucoup de jeunes qui s'écartaient de l'école vers l'école, puis des emplois. Enfin, c'est un formidable levier en matière de santé. Il y aura une table ronde aussi en matière de santé demain au niveau des leaders.

C'est-à-dire que le sport est la meilleure politique de prévention. Aujourd'hui, un des fléaux qui rôdent plutôt dans les pays les plus riches, mais c'est vrai aussi dans plusieurs pays d’Afrique, en raison des modalités de nutrition, un des fléaux pour nos ados et nos jeunes adultes, c'est l'obésité. La meilleure prévention, ce n'est pas l'industrie pharmaceutique qui la donne, c'est le sport.

Première chose : sport et jeunesse.

C'est une politique d'investissement dont les retombées positives pour nos pays, nos sociétés sont énormes.

La deuxième chose, c'est une politique d'infrastructure. Ça a été très bien rappelé, c'est que si on veut développer le sport, au-delà de tout ce qui a été dit, il faut des infrastructures, et donc c'est une politique de développement. Ce matin, on parlait d'intelligence artificielle. Hier, on était avec le Président, on parlait d'énergie, de transport. Le sport, pareil. C'est un domaine d'investissement en termes d'infrastructures.

On ne peut pas réussir en sport, Makhtar l'a rappelé, s'il n'y a pas des terrains de basket, même de basket à trois [3*3], s'il n'y a pas un minimum de pistes d'athlétisme, s'il n'y a pas des terrains de football, s'il n'y a pas des terrains de rugby. C’est un formidable levier d'investissement pour le continent africain et ses partenaires, parce qu'il y a besoin de ces investissements-là et de le faire avec les grandes fédérations.

En effet, on a lancé, Makhtar l’a rappelé, il y a quelques années avec l'Agence Française de Développement (AFD), une grande politique d'investissement sportif. On a eu plus de 400 projets qui ont été développés par l'AFD dans 50 pays. On a notre nouveau patron de l'AFD qui est là à nos côtés, M. Lecourtier, et on le remercie.

Je veux rendre hommage aussi à son prédécesseur, Rémy Rioux, qui a porté cette politique pendant les huit dernières années avec beaucoup de force, qui l'a fait avec Makhtar et ses équipes, et donc la Banque mondiale, et qui l'a fait aussi avec les grandes fédérations internationales. C'était assez innovant, et je m'en rappelle, il y a huit ans, un peu après Ouagadougou, on s'est retrouvés à l'Élysée avec la FIFA, avec la NBA, avec la FIBA, les grandes fédérations, surtout basket, football, mais on avait aussi athlé, la NBA, et on a lancé ce programme. De Kigali à Libreville, à travers tout le continent, on a créé ces terrains.

On a investi des centaines de millions d'euros dans ces infrastructures et ces programmes.

On l'a fait avec le groupe Orange, Sonatel, Helios Sports, Winwin Afrique, etc. Beaucoup de groupes, plus ceux que Makhtar a rappelés, qui nous ont permis de développer tout ça, que l’on a accroché avec la formation, justement, de nos jeunes. On a pu engager beaucoup de jeunes dans ces programmes de formation par les infrastructures qui ont été construites à travers le continent. J'ai été très fier, il y a quelques années, d'être à Kigali pour la première compétition en lien avec la NBA de basket et de compétition de basket entre clubs. C'était un formidable moment, là aussi, d'émergence du sport sur le continent africain. Evidemment, ce que fait la CAN, ce que fait la FIFA avec vous, est un formidable levier de développement.

[Une] politique de jeunesse, [une] politique d'infrastructure.

Je voudrais finir en disant : c'est un formidable levier de croissance et de création de richesses pour le continent. C’est encore quelque chose qui est à saisir. Parce que quand on regarde ce que représente le sport et toutes les filières qui vont avec le sport, le marché mondial du sport, c'est 2% du PIB mondial. Quand on regarde sur le continent africain, c'est 0,5 % de son PIB. Ça veut dire une chose très simple, qu'on connaît dans beaucoup de filières, on l'a évoqué ce matin, l'économie du sport n'est pas assez structurée sur le continent africain, elle est souvent encore trop informelle. Premier problème, qu'on a dans plein de domaines.

Et souvent aussi, c'est que vous avez la matière première, mais elle est valorisée dans d'autres continents. Pardon de faire un peu ce parallèle, mais vous avez parmi les plus beaux, les meilleurs sportifs du monde, comme vous avez les plus grandes terres rares et minerais critiques, et ils sont pris dans d'autres championnats, dans d'autres compétitions. Ce n'est pas bon pour le continent africain.

Ce que vous devez faire, ce que vous allez faire, ce qu'on veut faire avec vous, c'est de valoriser ce capital humain pour qu'il devienne de l'informel au formel et pour que ce capital humain qui est sur le sol africain soit pleinement révélé et se révèle dans les clubs et les équipes africaines et n'ait pas à s'exporter à l'autre bout du monde pour créer de la richesse. Vous imaginez, si on aide à croître le produit intérieur brut du continent africain, ce qu'on veut faire, ce que vous allez faire, avec ces investissements conjoints. Si, dans le même temps, on arrive à faire, à révéler ce que doit représenter le sport de 0,5 % à 2 % du PIB, c'est une vraie révolution qui est créatrice de richesses.

Là-dessus, nous, on est prêts à vous aider de manière toute particulière. D'abord, par les investissements qu'on fait, qu'on veut faire, que vont faire l'AFD, nos partenaires avec nous et toutes nos entreprises, et par la structuration de cette filière sport. Il y a dix ans, je n'étais pas président, et même 11 ans maintenant, j'étais ministre de l'Économie. En France, on n'avait pas structuré cette filière. On a lancé, il y a dix ans, on l'a finie, cette feuille de route de la Filière Sport en France, ce qui a permis de nous améliorer et d'exporter beaucoup plus. Olivier Ginon, qui est là aujourd'hui, qui était déjà patron de GL Events, a structuré cette filière pour nous. Il a fait ce travail avec tous les partenaires. En dix ans de temps, on a créé beaucoup plus d'emplois dans notre pays, et tous nos acteurs de la Filière Sport se sont exportés beaucoup mieux. Ce qu'on veut, au fond, faire, c'est faire un transfert d'expertise et se dire, on est prêts à vous dire comment on a fait pour vous aider à le faire.

On a commencé les discussions avec le Sénégal, Président, et je sais que ça a bien avancé. Si on peut aider le Sénégal comme laboratoire, je connais mon frère William Ruto, il va me dire tout de suite si je dis avec le Sénégal, nous, on veut le faire avec le Kenya. J'ai un autre frère là, le Président Boko, qui va me dire : « Chiche, on le fait aussi avec le Botswana ». C’est au fond de se dire comment on vous aide à structurer ces filières pour créer beaucoup plus de richesses, de valeurs et permettre à vos sportifs d'être pleinement reconnus, de mieux gagner leur vie et de la gagner sur le continent africain.

Voilà ma conviction.

Le sport, c'est au croisement de l'éducation, de la santé et de la croissance.

Donc, il faut y aller à fond !

Puis, le Président de la République a observé des démonstrations sportives avec de jeunes sportifs qui bénéficient du programme sport et développement de l’Agence française de développement (AFD).

Il a ensuite pris part à la clôture du forum d'affaires. 

Revoir la clôture :

11 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Discours du Président de la République lors de la clôture du forum d’affaires.

Emmanuel MACRON

Merci, Monsieur le Président. Cher William,

Monsieur le Premier ministre, [chers] ministres, ambassadeurs, chefs d'entreprise.

Je suis extrêmement ravi de pouvoir être présent ici aujourd'hui. Merci beaucoup, Monsieur le Président. Pas seulement pour votre accueil et d'avoir organisé cette rencontre importante, toute première, mais d'avoir co-présidé ce Sommet Africa Forward.

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs.

Nous sommes très heureux avec le Président de pouvoir conclure, même si je sais qu'il y a encore beaucoup de prises de parole. Aliko et plusieurs de ses collègues devaient ici aussi prendre la parole et évoquer la suite. Tout ça va se poursuivre. Mais je voulais ici dire quelques mots, quelques convictions dans le droit fil des propos du Président RUTO, mais déjà que vous puissiez mesurer collectivement ce que représente ce Sommet. Normalement, quand il y avait un sommet Afrique-France, ça s'appelait comme ça, ça ne s'appelait pas Africa Forward, on commençait par les chefs d'État et de gouvernement. Il y avait marginalement l'implication des décideurs économiques, on pouvait faire des forums d'affaires peut-être à part, mais c'était essentiellement dans la main des dirigeants et de manière un peu pré-écrite.

Ce Sommet Africa Forward, tel qu'il a été conçu a mis d'abord la jeunesse au cœur. On était ce matin avec le Président RUTO auprès des jeunes et on a parlé jeunesse, culture et créativité, sport, énergie, santé, digital, agriculture. Vous avez tenu tout aujourd'hui un business forum inédit qui, autour de Inspire and Connect Africa Forward, a permis des rencontres d'affaires, je vais y revenir, mais de porter aussi la voix des chefs d'entreprises, des investisseurs que vous êtes, des dirigeantes et dirigeants d'entreprises de tout le continent de France et d'Europe de manière inédite pour demain notre Sommet, puisque tout ça se continuera avec une représentation de certains d'entre vous qui viendra échanger dans un moment complètement inédit avec les chefs d'État et de gouvernement qui seront présents demain.

Alors pour ça, je veux remercier très chaleureusement d'abord évidemment nos hôtes kenyans, l'université, l'ensemble de vos équipes, Monsieur le Président et des ministères.

Merci infiniment, ainsi que les co-organisateurs BPI France, Business France, Proparco. Tous ensemble vous avez su créer ce moment absolument inédit.

Bravo à vous et merci.

Je veux évidemment remercier à leurs côtés l'ensemble des entrepreneuses et entrepreneurs qui se sont mobilisés, nos organisations professionnelles, le MEDEF, les CCI France internationale, les CCEF, le CIAN ou encore Alpha, tous pour leur mobilisation, nos volontaires aussi pour avoir permis cette journée avec vous et permettre aussi la journée de demain et toute la suite. Un grand merci à toutes et tous.

Africa Forward, Inspire and Connect, [et] c'est pour ça que ce lieu est presque débordant d'énergie : on attendait de 2 000 à 2 500 personnes au début. Vous êtes près de 7 000. Ça ne s'est jamais vu. Il n'y a jamais eu un tel forum d'affaires à ce niveau-là avec autant de participants. C'est une formidable mobilisation avec des grands témoins issus du monde économique, de l'entrepreneuriat, de la société civile, avec des experts de tous horizons qui ont nourri les 32 panels organisés autour de quatre agoras : Build, Produce, Trust, Innovate, et six sessions qui se sont tenues à huis clos. Près de 7 000 participants, plus de 700 rencontres d'affaires organisées. C'est ça, le résultat de ce moment inédit, avec, là aussi, des résultats absolument uniques qui sont en train de changer les choses. Alors vous l'avez dit, Président, et je crois qu'on se retrouve ici ensemble tous les deux, parce que nous portons la même vision. Le partenariat entre la France et l'Afrique a des fondations solides. Beaucoup d'entreprises les portent ici. 64 milliards d'euros d'échanges commerciaux annuels, 50 milliards d'euros d'investissements directs français en Afrique, auxquels s'ajoutent des investissements africains en croissance constante en France, un million d'emplois créés par les entreprises françaises sur le continent, cinq milliards d'euros de transferts annuels de la diaspora. Ne jamais les oublier. Depuis dix ans, notre relation s'est profondément transformée sur la base, justement, de ce que le Président a pu évoquer, et de ce en quoi nous croyons très profondément.

Il y a un regard qui a changé. Le Président l'a dit très bien qu'on est en train de changer, que les entreprises françaises sont en train de changer. Il faut encore accélérer. Que dans les commentaires en France, je ne sens pas toujours assez et je n'entends pas assez que parfois, dans certains pays francophones d'Afrique, je n'entends pas assez. On dit : « la France est en train de disparaître, elle se désintéresse de l'Afrique ».

Non, pas du tout. Mais la relation change, et heureusement.

La France, depuis 25 ans, elle est bousculée en Afrique. Et c'est normal, et c'est très bien. Elle est bousculée pourquoi ? Parce que pendant trop longtemps, trop de monde, il faut le dire, dans les grandes entreprises comme dans les administrations, pensait qu'il y avait un pré carré, en disant : « on est français, tout nous est ouvert ». Fini.

Les Chinois sont arrivés, les Turcs, les Américains, beaucoup d'autres. Et beaucoup d'autres Africains. Ils ont dit : « on est plus compétitifs que vous, on est meilleurs que vous ». Ils ont pris des parts de marché, et des pays qui se sont développés ont donné ces parts de marché à des gens qui étaient plus compétitifs que nous.

Et alors ?

L'Afrique se développe de manière inédite. C'est le continent le plus dynamique au monde. L'année dernière, plus de croissance que l'Asie du Sud-Est. C'est un continent où il y a plus d'un milliard de jeunes de moins de 30 ans. Il faut juste que nous, et c'est ce qu'on fait ces dernières années, Français et Européens, on se réveille.

Et on s'est réveillés.

L'AFD s'est remobilisée avec elle dans ce partenariat avec BPI France tout ce qu'on a fait ces dernières années : les [initiatives] Choose Africa, Digital Africa, nos passeports talents. Tout ce qu'on a fait pour que la jeunesse, nos diasporas, aient beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. On s'est réveillés, on a dit : « on veut reconquérir des parts de marché dans l'Afrique francophone, mais on veut aussi en conquérir dans l'Afrique lusophone, anglophone, parce que l'Afrique n'est qu'un continent, mais pas parce que c'est un droit ou parce qu'on veut être les meilleurs ».

On doit changer la logique, et le Président RUTO l'a dit formidablement.

Ce que demande le continent africain, ce n'est pas qu'on vienne donner de l'aide. Ils veulent qu'on vienne investir. Ils ne veulent pas qu'on vienne expliquer ici ce qui est bon et qui correspond à notre offre, parce qu'on aurait « nous, on est très bons dans tel et tel domaine, on va vous expliquer, vous en avez besoin, vous ne l'aviez pas compris, on arrive ». Ça ne marche plus. Il faut co-construire avec le continent africain et dire : « où est-ce que le business veut se développer dans l'énergie, dans les infrastructures, dans l'éducation, dans l'agriculture, dans la santé ». Ensemble, on co-investit, on co-produit. Cette révolution conceptuelle, c'est celle qu'on a mise en marche ces dernières années.

Quand il y a eu le Covid, on s'est engagés tout de suite. J'ai appelé le Président Moussa Faki à l'époque, de la Commission de l’Union africaine. On a fait ensemble un bureau de l'Union africaine et on a lancé une plateforme pour produire en Afrique des diagnostics, des tests et commencer à produire des vaccins. William s'en souvient, on a lancé des projets ici, on en a lancé en Rwanda, on en a lancé en Afrique du Sud, chez notre frère Cyril, et des entreprises africaines et européennes ont développé ensemble des productions. Parce que le continent africain en avait marre juste de recevoir nos médicaments produits ailleurs, parce que la réalité était la suivante : l'Afrique, c'était 20% des besoins de vaccins, 1% de la production de vaccins. C'est ça qu'on est en train de bouger.

De la même manière, quand on a lancé au Nigeria, avec mes frères chefs d'entreprise que je vois ici, des initiatives nouvelles dans les industries culturelles et créatrices ; dans l'énergie, dans le digital, on l'a fait en coproduction parce que les Nigérians nous ont dit : « c'est bon, nous, on sait faire, mais venez nous aider pour mieux intégrer et être mieux intégrés dans la CEDEAO ». Parce qu'être en partenariat avec des entreprises du monde francophone comme les vôtres, c'est intelligent pour nous pour mieux travailler avec la Côte d'Ivoire, avec le Sénégal et aller plus loin dans l'intégration régionale. Toute la stratégie qu'on mène depuis dix ans, c'est une stratégie de réveil, de changement de regard, de respect, de partenariat mutuel qui dit, un : nos diasporas en France sont une chance. On a des millions de jeunes qui ont des origines africaines. On veut qu'elles se démultiplient ici.

Deux : on veut que nos entreprises françaises, les emplois, les embauches, puissent être en quelque sorte des accélérateurs de croissance sur le continent.

Trois : ce continent a toutes les clés en main. On veut l'aider, on veut co-investir avec lui et sortir de la logique verticale pour être dans une logique d'égalité, partenariale, de co-investissement.

Et quatre : on veut bâtir ensemble ces solutions d'avenir, parce que les solutions d'avenir se feront pour ce continent avec sa jeunesse. On l'a vu ce matin, le Président le rappelait, le mobile payment a été inventé ici et s'est développé beaucoup plus vite en Afrique que sur le continent européen. Nos amis kényans le savent, comme nos amis marocains le savent formidablement eux aussi. Tout ça, c'est ce qui est au cœur de Africa Forward. C'est un changement de regard et un changement de logique.

Je voulais simplement vous annoncer aujourd'hui qu'à travers cette mobilisation, tout ce qui a été fait, il y a des résultats très concrets pour le continent africain. Aujourd'hui, par votre mobilisation et ce qui a été fait, ce sont 23 milliards d'euros d'investissements annoncés pour le continent africain.

23 milliards d'euros. Ces 23 milliards d'euros, c’est 14 milliards d'euros d'entreprises françaises qui sont là. Des grands groupes, des ETI, des PME, qui investissent 14 milliards d'euros sur le continent. Je salue tous leurs dirigeants qui sont présents, qui investissent 14 milliards d'euros, évidemment au Kenya, mais dans tous les pays ici présents, et qui vont créer plus de 250 000 emplois directs en France et en Afrique.

A côté de ça, c’est neuf milliards d'euros d'investissement d'entrepreneurs et d'investisseurs africains en Afrique qui se sont mobilisés. C'est inédit et c'est exactement la plateforme de mobilisation dont nous avions besoin, dont on a besoin et qu'on veut accélérer.

Immenses applaudissements pour vous tous ici pour ce résultat extraordinaire. Je veux remercier les entreprises françaises qui se sont mobilisées, qui sont là. On a beaucoup parlé d'Orange, on a vu tout à l'heure Canal+, on a vu bioMérieux, on a les entreprises qui sont dans le secteur de la santé, Castel et d'autres. Dans tous les secteurs, on a des entreprises, je ne veux pas faire de jaloux. On a des entreprises familiales, on a des groupes cotés, on a des PME. Vous avez joué le jeu de manière extraordinaire. On a des entreprises de tous les territoires qui sont là, qui se sont développées. Je suis très heureux que vous soyez là, aux côtés de grands dirigeants malgaches, béninois, sénégalais, nigérians, marocains, et qu'ensemble vous construisez des projets, parce que c'est exactement ça l'avenir.

Je voulais vous dire que je le conçois aussi dans un rapport totalement réciproque. On a fondé, avec Jean, quelques autres, Tony était là aussi, on pense à Gilbert, à Mike, on a tous les amis qui sont là, le professeur Rabiou était avec nous ce matin pour la villa, et Aliko aussi. On a fondé ce conseil africain franco-nigérian. Le Nigéria était au cœur de Choose France. Il y a deux ans, trois ans, quatre ans, et il le sera encore. Ce que je voulais vous dire dans le rapport bilatéral, c'est que je veux qu'il y ait plus d'investisseurs africains en France aussi. On n'est pas juste là pour venir investir sur le continent africain à vos côtés, mais on a besoin que les grands leaders d'entreprises africains viennent investir en France. C'est ça aussi qui fonde cette relation, maintenant totalement décomplexée, parce que c'est aussi un changement du regard, c'est aussi une réalité. Il y a aujourd'hui des investisseurs, des entrepreneurs sur le continent africain extraordinairement innovants, extraordinairement ambitieux, qui nous aident à changer la France et qui nous aident à créer des emplois industriels dans notre pays. C'est une immense fierté et c'est la clé de ce partenariat réciproque, juste, dont William a parlé il y a un instant.

Un immense bravo pour ces investissements, [pour] ce qui a été fait.

Je voudrais finir en répondant au Président RUTO pour ce qu'il a dit et ce qu'on va faire demain et à Évian. Vous avez à la clé ces dizaines de milliards d'investissements, ce changement de la perspective qu'on a su faire durant ces dix dernières années ensemble, mais on veut aller plus loin. Si on est honnête, quels sont les défis aujourd'hui pour que l'Afrique soit au rendez-vous de sa réussite entrepreneuriale ?

On les connaît.

Un : l'éducation. Franchement, ce qu'a fait le Maroc, c'est une révolution incroyable. Je le dis ici, Monsieur le Premier ministre, ce que vous avez fait sous l'autorité de Sa Majesté le Roi est un modèle pour le continent. Formation primaire, secondaire et universitaire, et c'est là qu'on voit les choses, c'est parmi les meilleurs résultats dans notre école polytechnique, les jeunes qui sortent de chez vous. C'est un modèle extraordinaire. Le Kenya est en train de faire des choses absolument formidables. Le Nigeria est en train de faire des choses formidables. On le voit ici. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a commencé la journée avec le Président, avec un investissement de l'Agence Française de Développement dans l'ingénierie, l'IA, avec Saclay, avec l'AFD, dans cette alma mater du Président RUTO. L'éducation, l'éducation !

Deux : l'énergie. Vous avez cette bataille, on a besoin que le continent africain transforme son énergie.  Il y a des trésors extraordinaires, des trésors d'hydroélectricité. Je pense à la République démocratique du Congo, avec des entrepreneurs qui sont là, des grands projets qui sont en train de se bâtir en RDC. Et au Congo-Brazza[ville]. Je pense aussi aux grands hydrocarbures. L'Algérie a un potentiel de développement extraordinaire, avec là aussi des investisseurs, des entrepreneurs qui peuvent faire de l'Algérie l'un des eldorados de demain pour les transitions par le gaz, pas simplement pour le continent africain, mais toute la Méditerranée.

Vous avez dans beaucoup de vos pays la volonté de développer le nucléaire civil, et on veut être des partenaires de cela. L’énergie est un formidable levier de transformation. Vous avez de grands entrepreneurs de l'énergie ici. On veut être des partenaires de ce développement.

La troisième chose, ce sont les infrastructures. Ça a été très bien dit, les infrastructures du numérique, les infrastructures de transport, les infrastructures d'énergie, le green là aussi, c'est une clé pour développer l'économie de vos pays. C'est une clé pour la souveraineté du continent africain. C'est là d'ailleurs que nous avons exactement le même défi. On a commencé la journée comme ça avec le Président, c'est que nous aussi, nous voulons notre propre souveraineté sur nos infrastructures comme vous. Éducation, énergie, infrastructures, structuration de l'économie, c'est le quatrième défi.

L'un des grands défis de l'Afrique, on le sait, c'est qu'il y a énormément d'emplois qui se créent, mais beaucoup trop dans l'économie informelle. Il faut aider les entreprises du continent africain à se structurer, en améliorant la gouvernance, en permettant de grandir, en permettant ce faisant de payer de meilleurs salaires, d'intégrer le système bancaire et le financement pour permettre à plus de ménages en Afrique, jeunes ou moins jeunes, d'accéder à un logement durable, aux services primaires que sont l'éducation et à la santé et au bon développement. La capacité à faire de l'économie africaine une économie plus formelle, elle est clé. C'est là où on doit aider vos gouvernements, les accompagner dans la structuration de ces stratégies.

Le cinquième et dernier, je suis sans doute incomplet, mais c'est les cinq auxquels je tenais, c'est [que] pour réussir ça, il faut de l'investissement massif, public et privé.

Cette stratégie d'investissement, c'est celle qu'on est en train de mener. Vous avez en quelque sorte fait votre part avec les annonces d'aujourd'hui, les 23 milliards d'euros d'investissements venant de la France, du continent africain pour l'Afrique. Ce que l'on veut faire demain et au G7, c'est structurer un cadre d'investissement pour le continent africain. Il n'y a aucune raison aujourd'hui pour qu'il y ait si peu d'investissements privés qui viennent sur un continent plein d'énergie et de jeunesse comme le vôtre. Dans ce continent, si on veut réussir à monter la chaîne de valeur, qui est le cœur des défis si on veut réussir la montée dans l'économie formelle, l'Afrique est un continent où on ne doit pas simplement extraire les matières et les minerais. On doit les transformer, on doit créer l'industrie. On doit avoir une agriculture intelligente pour la structurer et avoir toutes ces opportunités.

Si nous voulons cela, il faut de l'investissement massif. Pour cela, il faut que l’on arrive à résoudre la question du rating des pays, et de beaucoup d’entreprises, et de la notation. Il faut qu'on arrive à résoudre le traitement du risque pour les investisseurs, souvent non africains, et parfois certains investisseurs africains.

Il y a cinq ans, ensemble, on a lancé à Paris le Sommet pour le financement des économies africaines. On a bâti une stratégie d'émission des droits de tirage spéciaux du FMI pour les réallouer en Afrique. On a réussi notre pari : plus de 100 milliards de droits de tirage spéciaux ont été réalloués sur le continent africain.

Initiative franco-africaine.

Ça a permis avec le FMI de faire quoi ? De développer des projets aux côtés des États de manière clé, il y a eu une dizaine de programmes.

C'était une première étape.

Deuxième étape, à Paris, juillet 2023, William était là. On s'est battus, beaucoup de dirigeants étaient là, le Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P). Et là on a dit : il faut plus de leviers. On était tous les deux à une table ronde avec le président de la Banque mondiale, la directrice générale du FMI, on a dit : « on augmente le levier pour que, quand on met de l'argent du FMI et de la Banque mondiale, cela déclenche à chaque fois le même argent du privé ».

On a complètement transformé l'effet de levier.

Beaucoup plus d'argent privé qui est venu en déclenchement.

Il reste un problème qu'on n'a pas résolu, et on doit le résoudre entre demain et Évian. C'est qu'aujourd'hui, on n'a pas de vrai mécanisme qui garantisse les premières pertes. On doit réussir à traiter la question de la notation de beaucoup d'États africains qui sont souvent sous « B - », parce que le programme MIGA de la Banque mondiale a permis de rendre éligibles à des garanties jusqu'à « B - ». En dessous, fini. Il n'y a qu'une quinzaine d'États africains éligibles. On doit réussir surtout à avoir des vrais mécanismes de première perte.

Il y a beaucoup de mécanismes aujourd'hui qui prennent les deuxièmes pertes, mais ça ne suffit pas. Ce qui fait qu'on a énormément de banques, de fonds d'investissement, d'entrepreneurs, parfois africains, mais surtout non-africains, qui ne viennent pas investir ici. La solution existe et elle existe ici au Kenya, c'est ATIDI. Le président de la BAD est venu me voir il y a quelques semaines, m'a dit : « il faut qu'on regarde avec ça, ça marche, c'est de la première perte ».

Nous, Français, on va co-investir à vos côtés, entrer au capital d'ATIDI pour se mettre aux côtés de nos frères africains et de quelques autres.

On va surtout structurer ensemble, demain, avec nos frères africains et William, le tour de piste qui va nous permettre de faire d’ATIDI la vraie plateforme, le vrai mécanisme de garantie sur les premières pertes pour le continent africain. On va ensemble, tous les deux, aller à Évian, à la mi-juin pour convaincre le G7 d'endosser cela et que toutes les économies les plus riches nous accompagnent pour mettre cette sécurité derrière.

Voilà, mes amis, je ne serai pas plus long, je vais m’arrêter là.

En tout cas, on a senti toute la journée beaucoup d'énergie. Je voulais vous dire combien on est fiers, avec le Président RUTO, d'être à vos côtés et de vous dire que l'avenir, c'est vous qui allez l'écrire. Les plus jeunes, comme les moins jeunes, tous ceux qui portent l'avenir de ce continent, que vous soyez entrepreneuses, entrepreneurs, artistes, académiques, chercheurs ou chercheuses, journalistes, sportifs, et avec ce forum, vous avez, je crois, ouvert une ère nouvelle. Avec ces 23 milliards d'euros d'investissement annoncés aujourd'hui, et tout ce qu'on va lancer, c'est une ère nouvelle qui s'ouvre. Elle s'ouvre aujourd'hui à Nairobi, dans votre alma mater, Monsieur le Président, mon cher William, il n'y aura plus de retour en arrière.

On va ensemble co-produire, co-investir, co-inventer, parce que c'est le sens de la nouvelle relation entre la France, l'Europe, entre nous et le Kenya et tout le continent africain.

Merci beaucoup.

La journée s'est achevée par un dîner officiel avec les chefs d'État et de gouvernement participant au Sommet.

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