Le Président Emmanuel Macron s'est rendu sur le chantier des nouveaux réacteurs actuellement en construction sur le site de la centrale nucléaire de Penly, ce jeudi. Pour cette première visite sur un chantier de construction de réacteurs nucléaires dont il est à l’origine, le chef de l’État y a présidé le cinquième Conseil de politique nucléaire (CPN) tenu depuis 2022.
Depuis 2017, le Président de la République a développé une stratégie énergétique qui repose sur trois piliers complémentaires : la relance de la production nucléaire, l’accélération du déploiement des énergies renouvelables et le renforcement de l’efficacité énergétique. Cette orientation a été formalisée lors du discours de Belfort en 2022, qui a acté la relance d’un programme de nouveaux réacteurs et la structuration d’une filière industrielle du nucléaire autour des grands acteurs nationaux.
Ce déplacement a illustré le rôle stratégique du site de la centrale nucléaire de Penly. Déjà doté de deux réacteurs en exploitation, ce site fait partie des trois implantations retenues, avec Gravelines et le Bugey pour accueillir une nouvelle paire de réacteurs du programme EPR2, qui constitue le cœur de la relance du nouveau nucléaire en France.
Lors du Conseil de politique nucléaire, le Président de la République a réalisé un point d’étape sur :
- les trois premières paires de réacteurs EPR2 ;
- l’avancement des projets d’usines de retraitement portés par Orano à La Hague ;
- les travaux liés à la stratégie de fermeture du cycle du combustible ;
- l’état d’avancement des projets de petits réacteurs modulaires (SMR).
Cinquième conseil de politique nucléaire.
Revoir le discours :
12 mars 2026 - Seul le prononcé fait foi
Discours du Président de la République depuis le chantier de la centrale nucléaire de Penly.
Je suis très, très heureux, très fier d'être, avec le Gouvernement, ici parmi vous, d'abord pour venir voir le chantier, vous remercier, et puis ensuite, on va tenir un Conseil de politique nucléaire qui va permettre de prendre des décisions qui vont avancer exactement sur le chemin que vous venez de décrire. Au fond, je voulais simplement vous dire quelques mots, quelques convictions et exprimer notre gratitude. D'abord, moi, je sais collectivement d'où on vient. La France, elle est dans la situation où elle est aujourd'hui parce qu'il y a plusieurs décennies, nos prédécesseurs ont pris des choix courageux, visionnaires, de croire dans le nucléaire, de bâtir le nucléaire en France. Ça a été une extraordinaire force qui nous a permis de résister à beaucoup de chocs, de tenir et d'être à l'avant-garde du nucléaire civil et militaire.
Il y a quelques jours, j'étais aux côtés de nos marins, de nos soldats sur le Charles de Gaulle, c'est aussi grâce à cette technologie qu'on a stabilisée après la Deuxième Guerre mondiale. Ça, c'est la force de la France, c'est notre ADN : pays d'ingénieurs, d'inventeurs, de femmes et d'hommes qui savent bâtir des projets au long cours pour leur indépendance. Le nucléaire, c'est ça. Je n'oublie pas aussi où nous étions il y a 15 ans. Il y a 15 ans, on était 48 heures après Fukushima. Il y a 15 ans, le monde entier se disait : c'est fini pour le nucléaire. Il y a 15 ans, je me souviens aussi, on commençait une période terrible pour le nucléaire français, faite de crises, de chocs. Beaucoup de gens nous disaient que c'était terminé et n'y croyaient plus. Il y a 11 ans, la France avait une loi qui disait qu'il fallait passer de 75 % de production d'électricité à 50 %. On a amorcé cette sortie, etc.
Collectivement, sur les 10 dernières années, on a changé tout ça. Et je dis, c'est notre boulot à tous, collectivement, les élus qui sont là et la grande famille du nucléaire français, par les décisions collectives qu'on a su prendre. Et je veux vraiment remercier le CEA, EDF, Framatome, Orano, l'ensemble des grands acteurs qui font la famille, justement, du nucléaire français et l'ensemble des entreprises qui y contribuent. Eiffage est là, et avec nous, beaucoup d'entreprises aussi qui sont sur ce projet, parce qu'au fond, c'est des projets très technologiques, on le disait, mais c'est de la logistique, c'est des bâtiments, c'est de la métallurgie, etc., etc. Qu'est-ce qu'on a fait ces 10 dernières années ? On a freiné les décisions qui étaient parties. On a dit qu'on n'allait pas aller si vite. On va regarder.
On a ensuite demandé à l'AIE et au RTE un rapport. Ils nous ont dit qu'ils n'allaient pas si vite que ça. Ce n'est pas une bonne idée. On a réparé la filière en démontant ce qui n'allait pas. Je n'étais pas dans les mêmes fonctions, mais je me souviens qu'il y a 11 ans, j'ai nommé Bernard à ce moment-là chez Framatome. Il n'y avait pas beaucoup de gens pour aller chez Framatome, je vous le dis. Il a fait le boulot pendant 10 ans formidablement. Les acteurs de la filière l'ont remonté. On a consolidé. On a fait un investissement énorme, le Grand Carénage. On a augmenté notre sûreté avec le travail de l'ASN. Je n'oublie pas aussi, justement, nos autorités de sûreté. On a renforcé la recherche. On a investi, on a réacquis les compétences, on a su aller au bout de Flamanville, on a su lancer le projet britannique. Et on se retrouve aujourd'hui au poste Grand Carénage. Regardez où on est.
On a, l'année dernière, surproduit l'électricité dans notre pays. On a exporté 90 TWh. Il n'y a pas un équivalent en Europe. Et ça, c'est grâce au nucléaire français. Donc aujourd'hui, 70 % de notre électricité, elle est produite grâce au nucléaire. On tourne au maximum. Il faut continuer d'être vigilant et d'aller de l'avant. C'est comme ça qu'on a l'énergie qui est à la fois la plus décarbonée, pilotable et compétitive d'Europe. C'est une force inestimable au moment où on veut continuer de réindustrialiser, faire venir des data centers pour l'intelligence artificielle, etc. C'est une force. Donc, on a réparé la filière. En même temps, on a mis la science sur la table. Et RTE, avec l'aide de l'AIE et d'autres, ont fait plein de scénarios. En 2021, on a établi un consensus pour le pays qui nous a dit : « Ne soyons pas doctrinaires, regardons la science. » Il y en a qui vous disent : « il faut faire tout nucléaire. » Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas bon non plus. Il y en a qui vous disent : « il faut faire tout renouvelable. » Mauvaise idée.
La stratégie repose sur 3 piliers : économiser l'énergie, donc l'efficacité énergétique, le nucléaire qu'il faut consolider et le renouvelable qui est important sur certains segments pour faire le complément. C'est cette stratégie qu'on a bâtie et annoncée à Belfort en 2022. Et c'est là qu'on décide six nouveaux réacteurs et on en a huit derrière qui arrivent. 2022, décision prise ; 2024, vous commencez le chantier en avance de phase et je salue la réactivité. On est là aujourd'hui tous ensemble sur ce chantier où vous êtes un peu plus de 1 100. Mais je voulais revenir sur ça pour dire tout le chemin qui a été fait depuis 15 ans en matière de nucléaire.
Il y a deux jours, on était là avec vos responsables et toute la famille nucléaire française. On a tenu le deuxième sommet du nucléaire. Et là où, en Europe, il y a encore deux, trois ans, on nous disait « le nucléaire, attention, ce n'est pas bon », on a bâti un consensus, et l'Europe suit et y croit, et on est à la tête de cette alliance pour le nucléaire, et on avance. Et on a réussi à avoir cet objectif de triplement des capacités, parce qu'on sait qu'on n'arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire. Voilà d'où on vient, voilà où on est.
Maintenant, ce que je voulais vous dire, c'est que vous pouvez être fiers collectivement. Vous êtes en train de participer au chantier du siècle. Ici, ce sont les grands travaux du 21ᵉ siècle. À Penly, Gravelines, Bugey, on a les six réacteurs qui sont partis. Ici même, sur ce site, vous serez à haut pic, horizon de 2032-2033, plus de 10 000 à travailler.
On en aura des dizaines de milliers de Françaises et de Français qui travailleront dans des métiers de l'industrie liée au nucléaire et qui permettront d'arriver à la création de ces nouveaux réacteurs. Et entre 2038 et le milieu des années 2040, on va progressivement les ouvrir, puis on va prendre les décisions pour faire les huit suivants, et on va bâtir notre capacité à produire de l'énergie décarbonée, compétitive et pilotable pour nos enfants. Avec ce chantier du siècle, on va faire pour nos enfants ce que nos parents ont fait pour nous. Et on va le faire en continuant d'innover, c'est-à-dire en inventant des réacteurs aussi plus petits, les SMR qu'on porte, etc, et en continuant d'exporter ce savoir-faire. Mais enfin, grâce à ces EPR2, ce sont les séries qu'on bâtit en France.
Je veux vraiment que vous soyez fiers de porter ce projet, fiers de faire partie de ce chantier du siècle, et autour d'EDF toutes les entreprises qui sont partenaires et toutes les entreprises du territoire qui permettent de le faire avancer. Et je veux ici vous dire un immense merci d'y participer, d'y croire, d'avancer, et dire aux élus qui sont là un immense merci, parce que ces projets ne sont pas possibles si on ne bâtit pas sur le terrain du compromis, du consensus, si ce n'est pas accepté. Et vous avez ici à nos côtés des élus qui y croient, qui ont supporté par le passé ces grands projets, qui croient dans le nucléaire et dans l'industrie, dans la création d'emplois, en étant responsables, en expliquant. Ça se fait par des débats transparents, mais ça se fait par cette acceptabilité locale qu'il faut porter.
J’ai beaucoup de reconnaissance pour nos élus, pour les services de l'État sur le territoire, parce que je sais aussi que c'est beaucoup de travail de concertation, c'est beaucoup de logistique, c'est parfois de la nuisance pour nos compatriotes qui vivent à proximité, mais tout ça se fait en bonne intelligence, parce qu'on sait qu'on a un projet. Et on est dans la bonne disposition d'esprit qui est de trouver des solutions ensemble, dans le respect parce qu'on va créer de la valeur pour tout le monde.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire. La France croit dans le nucléaire. Elle fait plus qu'y croire, elle pratique. Elle avance, elle décide. On va prendre aujourd'hui des décisions importantes qui nous permettront de consolider des décisions finales d'ici la fin de l'année, qui vous permettront dès l'année prochaine de rentrer dans le vif du sujet, si je puis dire, et derrière, encore d'accélérer pour nous tous le travail. Je compte sur vous, nos compatriotes comptent sur vous, mais je veux dès à présent que vous soyez immensément fiers de l'aventure à laquelle vous participez, parce que c'est une très grande aventure industrielle, énergétique pour le pays. C'est une immense fierté française. On l'exporte déjà Outre-Manche, on va continuer de l'exporter ailleurs, parce qu'enfin, la France reprend ses grands travaux en matière de nucléaire. Merci à tous.
Vive le nucléaire, vive la République et vive la France.
Ce déplacement est intervenu dans un contexte international marqué par la tenue à Paris du Sommet international sur l’énergie nucléaire, réunissant des chefs d’État et de gouvernement, des organisations internationales, des institutions financières et des acteurs industriels pour promouvoir le rôle de cette énergie dans la transition énergétique et la souveraineté énergétique.