Vingt ans après son assassinat, le chef de l’État a présidé une cérémonie d’hommage en l’honneur d’Ilan Halimi au palais de l’Élysée, ce vendredi 13 février 2026.

Le Président de la République a rendu hommage à la mémoire d’un jeune Français victime d’un crime antisémite et, à travers lui, à l’ensemble des victimes de l’antisémitisme, rappelant que cette lutte est un combat permanent que mène sans relâche la Nation.

 

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13 février 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Cérémonie d'hommage à Ilan Halimi.

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue.

Ilan Halimi avait la vie devant lui, une famille aimante, sa mère, Ruth, ses sœurs. Des amis présents et des rêves. Des rêves comme on en a à 23 ans, et le sourire de ceux qui regardent l'autre comme une promesse.

Ilan Halimi était Juif. Et c'est parce qu'il était Juif, que depuis 20 ans, il manque à tous.

C'est parce qu'il était Juif qu'il subît un supplice innommable, calvaire de 24 jours venus du fond des âges.

Tout est effroi dans l'horreur barbare qui s'est nouée il y a vingt ans : l'enlèvement d'Ilan, pensé, prémédité, organisé. Sa séquestration dans une cave à Bagneux. La croyance que parce qu'il était Juif, il aurait de quoi payer d'invraisemblables rançons. L'absurdité des préjugés antisémites, la mécanique de la torture, la négation de son humanité.

Tout est effroi. La barbarie des assassins, la cruauté des complices, le pacte de lâcheté de ceux qui ont fait semblant de ne pas voir. Tout est effroi. Et cet effroi ne peut s'atténuer, car en 20 ans, la barbarie antisémite n'a pas reculé. Au contraire, elle n'a cessé de se régénérer.

Barbarie de ceux qui, profanant une stèle, dégradant les lieux érigés en sa mémoire, arrachant son arbre, ont voulu tuer Ilan Halimi une seconde fois. Barbarie des terroristes d’Otzar Hatorah qui ont emporté en 2012 Myriam Monsonégo, Jonathan, Arié et Gabriel Sandler ; des djihadistes de l'Hypercasher qui ont assassiné en 2015 Yohan Cohen, Yohav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada.

Barbarie des meurtriers de Sarah Halimi, de Mireille Knoll, de René Hadjadj et je n'oublie pas Sébastien Selam.

Barbarie hors de nos frontières des assaillants de la synagogue de la Ghriba, de celle de Heaton Park. Barbarie des assassins de Bondi Beach.

Oui, en 20 ans, et malgré l'action résolue de nos policiers, gendarmes, magistrats, professeurs, élus, l'hydre antisémite n'a cessé de progresser. Prenant sans cesse des visages nouveaux, elle s'est immiscée dans l'intimité de nos sociétés, dans chaque interstice, elle aussi accompagnée trop souvent par ce même pacte de lâcheté, ne pas dire, refuser de voir.

L'antisémitisme islamiste, celui qui est à l'origine du pogrom du 7 octobre, et que tente de déployer sur notre sol des prêcheurs de haine qui, dans le champ physique, comme dans le champ numérique, avec parfois des médias étrangers complices, entendent faire régner la terreur.

L'antisémitisme d'extrême gauche, qui veut substituer à la lutte des classes une supposée lutte des races, dans de glaçants amalgames, et qui le dispute à celui de l'extrême droite et ses clichés sur la puissance et la richesse.

L'antisémitisme qui utilise le masque de l'antisionisme pour progresser à bas bruit. Celui qui s'appuie sur la critique de la politique menée par Israël pour décrédibiliser, assigner, nier le droit à l'existence de l'État hébreu, et finit par nier le droit des Juifs eux-mêmes à vivre. Celui-là même qui, dans une inversion historique vertigineuse, entend faire des Juifs des génocidaires de manière inacceptable et odieuse.

L'antisémitisme numérique qui, dopé par les algorithmes et l'inaction coupable des plateformes, gagne des hommes ordinaires, corrompt notre jeunesse et, se démultipliant, harcèle des milliers de nos compatriotes jusque dans leur intimité, hante les jours et les nuits, les rêves et les imaginaires.

Toutes ces expressions contemporaines de l'antisémitisme qui se recomposent et se combinent avec ses formes plus anciennes rendent possible l'inacceptable banalité du mal. Oui, une jeune fille qu'on surnomme « la Juive » dans une boucle d'étudiants, un élu que l'on traite de « sale sioniste » dans une manifestation, des militantes féministes juives qu'on met de côté dans les cortèges de la Journée internationale du droit des femmes le 8 mars, des classes où l'on renonce à enseigner la Shoah, trop sensible, trop dangereuse, une synagogue incendiée à Rouen, une autre attaquée à La Grande-Motte, un rabbin agressé en pleine rue à Orléans, un autre, cher Elie Lemmel, agressé à deux reprises en seulement une semaine.

Tant et tant de tentatives de déshumaniser nos compatriotes juifs, tant et tant d'insultes, de coups, de menaces, d'angoisses, tant et tant que les statistiques des actes antisémites, en forte hausse depuis le 7 octobre, n'enregistrent qu'imparfaitement. Car ces chiffres disent déjà l'inacceptable, mais ils occultent le quotidien intenable, les insultes, les regards, les humiliations qui excluent et oppressent.

La France s'oublie quand elle laisse se développer en son sein ces barbaries du quotidien qui font le lit des plus grands crimes. La France s'oublie quand certains de ses enfants sont contraints de changer de nom sur leur application, de retirer leur mezouzah, de cacher leur kippa ou de mentir sur leur identité.

La France s'oublie quand certains de ses enfants hésitent à sortir le soir de peur, me disait il y a quelques jours encore un jeune lycéen, de devenir le prochain Ilan Halimi.

La France s'oublie quand l'angoisse l'emporte sur la protection républicaine, la solitude sur la solidarité, le sentiment d'abandon sur la fraternité.

C'est pourquoi la lutte contre l'antisémitisme est le combat de chaque Français. Parce qu'on ne saurait effacer les Français juifs de la photo de famille de la République, parce que lorsque dans la patrie un Juif est en danger, c'est la patrie elle-même qui est en danger. Et de cela, je veux que nul n'en doute aujourd'hui, ici.

Quand des questions se posent, quand les doutes affleurent, quand la peine prend le dessus, n'oubliez jamais cela. Votre place est ici, pas simplement parce que c'est votre pays, mais parce que la France a besoin de vous pour rester elle-même.

Beaucoup, beaucoup a été entrepris par les gouvernements successifs en matière de sécurité des lieux de culte, de formation des forces de sécurité et des magistrats, d'éducation, de diplomatie, avec l'adoption de la définition de l'antisémitisme telle que reconnue par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste. Souvent, face aux agressions, aux insultes, nos compatriotes se lèvent, s'interposent, s'indignent. Mais la mobilisation doit redoubler.

Pour lutter contre le poison de la haine numérique, la France demandera solennellement des comptes aux grandes plateformes et des résultats mesurables dans le retrait rapide des contenus haineux. Si les engagements ne sont pas tenus, nous activerons le droit européen qui prévoit des amendes significatives, et j'ai saisi la présidente de la Commission européenne en ce sens. N'en déplaise à certaines puissances qui voudraient nous donner des leçons, dans la France des Lumières, le free speech s'arrête à l'antisémitisme et au racisme. Nous demanderons des comptes et exigerons des résultats.

Trop souvent, les peines délivrées contre les auteurs de délits et de crimes antisémites semblent dérisoires. Trop souvent encore, le caractère antisémite des délits comme des crimes peine à être reconnu. Nous renforcerons la formation en ces matières de nos magistrats. Et pour faire la transparence et la vérité, je souhaite que soit mis en place un suivi précis des peines et des sanctions. Sur cette base, le Gouvernement et le Parlement travailleront à un renforcement de la pénalisation des actes antisémites et racistes.

Nos élus sont les sentinelles de la République et doivent le rester. La justice est saisie concernant les déclarations de certains d'entre eux et l'autorité judiciaire fait son travail en toute indépendance. Pour l'avenir, je souhaite qu'une peine d'inéligibilité obligatoire soit instaurée pour les actes des propos antisémites, racistes et discriminatoires.

[Applaudissements]

L'école, la justice, les élus, la mobilisation doit être générale, celle de l'État, du Gouvernement, de l'ensemble des services, celle de tous dans la République.

Mesdames et messieurs, il y a eu trop de mots, il y a eu trop de morts. L'heure est à l'action et à une intransigeante mobilisation patriotique et républicaine. Celle qui s'inscrit dans les pas de Zola, Jaurès, Clemenceau et Picquart qui défendirent Dreyfus. Et se tiendra le 12 juillet prochain, pour la première fois, la journée de commémoration pour Alfred Dreyfus que nous avons décidée.

Celle qui aime Robert Badinter, son humanisme et son goût de la liberté.

Celle qui aime Marc Bloch, qui sera panthéonisé le 23 juin et aimait à dire qu'il ne se revendiquait Juif que face à un antisémite.

Celle qui se reconnaît en De Gaulle, qui emporta avec lui la République, loin de l'antisémitisme d'État de Vichy, Pétain et Laval.

Celle de tous nos combats contemporains auxquels nous ne céderons rien.

Ilan Halimi avait la vie devant lui. Le chêne que nous plantons ici à l'Élysée ne rendra ni les années fauchées, ni le vide laissé. Mais par lui, le souvenir d'Ilan vivra dans le cœur et l'esprit de tous les occupants de ces lieux, comme un rappel et comme une exigence.

Que nous dit surtout cet arbre, Ilan en hébreu ? Que la place de ce combat contre l'antisémitisme est ici, parce que ce combat est existentiel pour la France et pour la République. Car comme le clamait l'Abbé Grégoire, en actant l'entrée des Juifs dans la citoyenneté française : « La France sans les Juifs est un arbre sans tiges ». Et que la République est indéracinable, tout comme son souvenir ici, désormais. Et qu'ils pourront bien tenter de tous les arracher, ils ne viendront jamais à bout de la sève républicaine et de l'esprit français, car à la fin, il en restera toujours un et il suffit d'un seul. Et que chaque Française, que chaque Français se le dise : il est ce dernier homme qui porte l'honneur de tous et qui doit reprendre tous ses combats.

À Ilan Halimi, à sa famille, à toutes les victimes d'antisémitisme, à vous tous, je fais le serment que dans ce combat, la République vaincra, car la République, c'est vous, c'est nous, c'est à chaque seconde, celle ou celui qui se bat pour la dignité de l'autre. Alors oui, nous vaincrons.

Vive la République, vive la France.

Alors que plusieurs arbres en mémoire d’Ilan Halimi ont été tronçonnés ces derniers mois, le chef de l’État a souhaité, à l’issue de son discours, en accord avec la famille, qu’un chêne soit planté dans le jardin du Palais de l’Élysée, marquant ainsi l’enracinement de la mémoire d’Ilan Halimi dans la République et sa protection par la Présidence.

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