Le Président Emmanuel Macron s'est rendu à la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts, pour le lancement de la journée hors ligne, ce jeudi 16 avril 2026.
Face à l’explosion du temps d’écran chez les 6-17 ans et à l’impact des algorithmes sur nos enfants, le chef de l’État a pris l'engagement d'interdire les réseaux sociaux avant 15 ans.
Pour marquer ce tournant et les alternatives possible, il a lancé la « journée hors ligne » lors d’une rencontre avec 350 élèves franciliens et des classes de la réussite d’Amiens.
Le chef d'État a assisté à plusieurs ateliers : joute verbale, bande-dessinée et théâtre, avant de répondre aux questions des élèves dans le cadre de l’atelier « Radio Château ».
Il a notamment souligné les initiatives menées qui transforment les pratiques pédagogiques et éducatives et les moyens mis en place pour promouvoir et favoriser toutes les formes de déconnexion.
Suite à une lecture de textes littéraires par Laurent Stocker, Morgane Real et James Noël, le chef d'État a rappelé la place centrale de la lecture, comme facteur d’ouverture, d’émancipation et d’égalité des chances.
Revoir les prises de parole :
28 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Déclaration du Président de la République depuis la Cité internationale de la langue française.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup.
Merci pour Malraux et votre lecture. Merci James pour votre poème.
C'est dur de passer après. Je voulais vous dire quelques mots.
C'est assez beau de vous voir écouter les textes qui viennent d'être lus.
Je pense qu'avec tous les ministres, les élus de la République qui sont là, nos préfets, les recteurs, vos enseignants, ça dit quelque chose. Je vais peut-être essayer de vous expliquer pourquoi on est là. Au fond, on a beaucoup de difficultés dans les temps qui courent.
Il y a la guerre dont vous entendez parler, les difficultés du monde, mais pour vivre tous ensemble, il y a deux choses qui semblent nous poser de plus en plus de problèmes, qui semblent faire d'ailleurs souffrir de plus en plus : c'est l'inattention et la solitude. C'est de plus en plus mesuré, dit, décrit, chez les plus jeunes, les enfants, les adolescents, et je devrais dire sans doute chez les adultes aussi.
On a un problème d'attention.
On le voit de plus en plus, d'ailleurs on ne s'écoute plus. Dès qu'on a un débat de société, tous ceux qui sont engagés dans la vie citoyenne et publique le savent : tout de suite ça crie, ça tape dans tous les sens. On n'écoute plus presque les arguments des autres.
Mais le problème qu'on a quand on regarde nos enfants, nos adolescents, c'est qu'à raison du temps qui passe sur les écrans, leur attention leur est volée.
Il s'est passé quelque chose qu'on n'avait pas prévu parce qu'on ne connaissait pas vraiment ces réseaux sociaux il y a 15 ans. On vous a laissé, on a laissé vos générations y rentrer un peu, ce n'était pas le même quartier libre que celui qui vient d'être évoqué. Il n'y avait pas de règle. Donc on vous a laissé un peu dans cette jungle. Et elle vous vole de l'attention ; c'est-à-dire qu'on s'habitue de plus en plus à être sur un écran, à faire défiler des contenus très vite, des vidéos très courtes. On voit que c'est de plus en plus difficile même de regarder un film, de lire un livre, de se poser sur un texte, d'avoir la patience avec les autres.
Problème d'attention. Et celui qui va avec, c'est qu'on a un problème de solitude.
Il y a même des pays, comme le Japon, qui ont créé des ministères pour lutter contre la solitude. C'est un problème partout dans la société. On se sent seul. Et vos générations, de plus en plus. Ça veut dire qu'il y a quelque chose qu'on n'arrive plus à se dire, qui ne passe plus.
Pour répondre à ça, qu'est-ce qu'on doit faire et pourquoi on est là ?
D'abord, on est là dans cette cité internationale de la langue française. Je sais qu'il y a des Picards ici, comme moi, il y a des Parisiens, mais il faut vous imaginer qu'il y a dix ans, ce château-là qui est derrière vous, il était en ruine totale. Il a été refait, il a été repensé, et on a collectivement inventé, avec des experts, des gens très savants, cette histoire de notre langue. A travers les continents, parce que la langue française a voyagé. Vous venez d'avoir une magnifique lecture d'un peintre haïtien, mais au Congo, en Haïti, en Polynésie, on a continué d'inventer le français. Le français est une langue du monde entier.
Mais pourquoi on est dans ce lieu, par rapport à mon problème d'attention et de solitude ?
Parce que la langue, c'est ce qui nous lie.
C'est ce qui nous permet de nous comprendre.
Ces dix dernières années, on a fait de ce lieu un musée. Il faut que vous sachiez que c'est dans ce lieu, ici, au début du XVIe siècle, que François Ier a signé un texte par lequel il a fait du français la langue qui serait celle de l'administration française. Il a unifié le pays par la langue.
C'est ça la France.
Il y a plein de gens qui se posent de manière régulière la question de savoir qu'est-ce que c'est qu'être Français ? Est-ce que c'est une question de religion, de race, d'état civil ? C'est un projet qui se construit par la langue, par le récit, être Français.
Ce sont des valeurs, une histoire, des grandes histoires qu'on a écrites ensemble, des grandes histoires qu'on veut écrire ensemble pour la suite, mais c'est une langue. La langue a fait le pays. Ici, en vous perdant à travers la langue française, [à travers] ces mots, vous revenez aux sources.
Le français, apprendre le français, lire, écrire, faire du théâtre, faire de la BD. J'ai vu tous les ateliers ce matin et je veux vraiment remercier l'ensemble de celles et ceux qui vous ont transmis ce matin, que ce soit les sociétaires de la Comédie française ou mes compatriotes amiénois pour la bande dessinée ou Vîrus pour ce combat verbal, et, évidemment, vos professeurs.
La langue, c'est ce qui vous lie. C’est pour ça que ce qu'on veut faire, c'est premièrement dire : « avant 15 ans, pas de réseaux sociaux ». Parce qu'on sait maintenant que ce n'est pas bon. Il faut être préparé. Il faut plutôt donner du temps pour apprendre, passer du temps avec les autres, se construire.
Ensuite, on voudrait qu'il y ait une fois par mois une journée sans connexion pour « se réhabituer à », et se montrer que c'est possible. Journée durant laquelle, justement, on va lire, échanger, écrire, faire de la bande dessinée, faire du théâtre, passer du temps avec les autres. Parce que c'est très important, parce que c'est justement ça qui permet de refixer son attention et de reconstruire des choses ensemble. Comme ce que vous faites là : être ensemble, écouter un texte, être ensemble, écouter un discours, être ensemble, vous-même dire un texte, comme vous l'avez fait tout à l'heure.
De la même manière, je voudrais que toutes les semaines, on retrouve ce rite à l'école, et ce seront vos enseignants qui vont le trouver : de lire au moins une demi-heure, une heure, et d'essayer de le faire à voix haute. Parce que la lecture à voix haute, c'est un exercice formidable qui permet de prendre confiance en soi, et évidemment le théâtre encore plus, de s'assurer qu'on comprend un texte. Je dis souvent, quand on lit un texte pour soi-même, parfois on passe, on oublie, on est fatigué. Dès qu'on lit à voix haute un texte, on comprend très vite si on comprend les mots ou pas. Ça s'entend au ton. Lire à voix haute pour les autres, c'est super.
Donc la journée sans connexion, une fois par mois. La lecture et la lecture à voix haute chaque semaine. On veut continuer d'encourager vos enseignants, et les ministres y reviendront tout à l'heure et tout au long de la journée, à l'école, au collège, au lycée, de continuer ce travail, de vous ouvrir aux livres, à la lecture, au théâtre, à cette transmission, parce que c'est important pour vous. Parce que c'est important pour aussi faire des citoyennes et des citoyens, puisque c'est le français, notre langue, qui nous fonde. Je parle sous le contrôle d'éminents académiciens, et parce que, vous savez, on est un pays aussi qui a créé l'Académie française qui est l'une des plus vieilles institutions, pour vous montrer l'importance de la langue, quand même. Tout est là, le socle. Ces temps-là sont ceux, je le crois, qui vont vous permettre aussi de vous construire.
Voilà ce que je voulais vous dire. Je ne veux pas être plus long. Mais c'était très émouvant pour moi d'être à vos côtés ce matin parce que j'ai vu l'attention et le soin que vous mettiez à dessiner de la bande dessinée tout à l'heure, à jouer une scène de l'école des femmes ou à dire un texte que vous veniez de découvrir. Vous avez fait attention les uns aux autres. Et c'est exactement ça, être une nation. C'est habiter des textes qu'on a en commun, vouloir en écrire d'autres pour nous, mais savoir s'écouter et respecter ceux qui les disent. Et ça, ça a une immense valeur.
A la fin, vous vous apercevez que chacun de ces textes vous fait sortir de votre solitude. Là où, sur les réseaux sociaux, le chaos des messages ou des vidéos qui vont trop vite me renvoie à ma solitude et m'enferme. Écouter un texte, lire un texte, c'est découvrir qu'il y a quelqu'un qui met des mots sur quelque chose que je ressentais, que je ne savais pas dire.
Il n'y a rien qui peut me lier aussi fort. Comme d'ailleurs s'écouter et se respecter et avoir nos yeux qui se croisent. A cette seconde-là, je ne suis plus seul, tu n'es plus seul. Et en écoutant ce poème ou en écoutant Malraux, tu t'es aperçu quelqu'un qui a écrit il y a des décennies ce texte, peut-être a dit des mots que tu avais déjà pensés.
Face à l'inattention et à la solitude, il y a la lecture, il y a les mots.
Alors chérissez-les, apprenez-les et faites-en le meilleur usage possible. Mais on a besoin de ralentir un peu le rythme et de vous aider à devenir des adultes et surtout des citoyennes et des citoyens, c'est-à-dire des femmes et des hommes qui connaissent les mots, la langue qui a fait notre pays, qui savent les dire et qui savent écouter ceux qui les disent, ce qui est aussi important.
Merci pour votre attention et merci à tous vos maîtres.