Yaacov Agam est un de ces artistes sur lesquels la mort n’a longtemps eu aucune prise. Sa joie de vivre et les couleurs qui en étaient la manifestation tangible le mettaient à l’abri de cette immobilité qui lui ressemble si peu.
Né en Terre Sainte en 1928, c’est aussi là qu’il s’est éteint le jour-même de l’équinoxe d’été, le 21 juin dernier. Ce jeune homme de 98 ans restera à jamais vivant, lui qui fut l’un des pionniers de l’art cinétique, beauté du mouvement, scintillement des couleurs et modernité heureuse d’un courant artistique profondément européen.
L’Europe fut son terrain de jeu et d’invention, pour ce fils de rabbin formé à l’Ecole des Beaux-arts Bezalel puis à l’Ecole d’arts appliqués de Zurich où il fait ses premières touches d’artiste, s’apprêtant à transformer la peinture en expérience vivante, mouvante et extatique. Européen, il le restera toujours lui qui, sur le chemin des Etats-Unis, s’établit à Paris, une ville qu’il a couvée de son regard rieur dès le début des années 1950. Il fréquente l’atelier de la Grande Chaumière, puis la galeriste Denise René qui lui présente ses pairs, Victor Vasarely, Pol Bury. « Le Mouvement » est né. L’aventure de l’art cinétique ne fait que commencer. Yaacov Agam, ou tout simplement Agam, proposait d’aller plus loin qu’un regard passif sur des œuvres picturales. Le regard transforme l’œuvre, la fait sienne, s’en nourrit, s’en abreuve, comme son père de la source talmudique. La couleur est sa prière, le mouvement sa dévotion. André Breton, le Pape des surréalistes, se passionne pour cet art magique et donne ses titres à ses premières œuvres.
Agam eut d’autres fées, il souleva des enthousiasmes durables. En 1971, le Président Georges Pompidou lui commande une antichambre pour ses appartements privés de l’Elysée. Ce salon est une plongée, une immersion complète dans un monde de couleurs, de formes et de mouvement. S’y déclinent 900 nuances de couleurs, jusqu’au tapis réalisé par la Manufacture des Gobelins. Si le Président Pompidou n’eut pas le temps de voir l’œuvre achevée, et que celle-ci fut finalement transportée au Centre Pompidou, elle constitue toutefois le point originel de l’art contemporain au cœur du Palais de la République, et de ce dialogue toujours fécond entre le patrimoine et l’avant-garde qui est la meilleure définition de notre histoire de l’art.
Des Fontaines musicales de La Défense à la grande sculpture d’acier Toute-Direction installée à La Roche-sur-Yon, Yaacov Agam a ponctué la France de formes cinétiques dont la joie est communicative, lancée comme une contre-attaque à tous les immobilismes.
Yaacov Agam, artiste de France mais enfant d’Israël à qui sa ville natale de Rishon LeZion a consacré un musée. C’est là-bas qu’en recevant le très prestigieux prix Israël, en avril dernier, il avait eu ces mots : « La créativité est le fondement du judaïsme ».
Le voilà à présent immobile, mais ses œuvres, elles, continuent à se mouvoir au rythme de notre regard. Telle est l’éternité de Yaacov Agam. Le Président de la République et son épouse adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.