Le Président de la République s'est rendu à Chypre ce lundi. Il a rencontré à Paphos Nikos Christodoulides, Président de la République de Chypre et Kyriákos Mitsotakis, Premier ministre de la République hellénique.
Ce déplacement visait à témoigner la solidarité de la France avec Chypre, Etat membre de l’Union européenne et partenaire stratégique de la France, qui a été frappé, la semaine dernière, par plusieurs drones et tirs de missiles. Il a permis également de renforcer avec nos partenaires européens la sécurité autour de Chypre et en Méditerranée orientale, en vue de contribuer à la désescalade dans la région.
Cette visite a également été l’occasion pour le chef de l’État de souligner l’importance de garantir la liberté de navigation et la sécurité dans la région, notamment grâce à l’opération maritime Aspides de l’Union européenne.
Enfin, elle a permis de coordonner nos efforts afin d’assurer la sécurité des ressortissants européens dans la zone et accompagner les opérations de rapatriement.
Revoir la déclaration :
9 mars 2026 - Seul le prononcé fait foi
Déclaration conjointe du Président de la République avec Níkos Christodoulídis, Président de la République de Chypre et Kyriákos Mitsotákis, Premier ministre de Grèce.
Merci beaucoup monsieur le Président. Cher Nikos,
Monsieur le Premier ministre, cher Kyriákos,
Mesdames et messieurs,
Cher Nikos, merci de nous accueillir et je suis heureux d'être aujourd'hui à Chypre. Et alors que la situation de crise en Iran, de guerre en Iran, affecte l'ensemble de la région, venir ici à vos côtés avec le Premier ministre de la Grèce, et vous dire que lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée et que la défense de Chypre est évidemment une question essentielle pour votre pays, pour votre voisin, partenaire et ami la Grèce, mais aussi pour la France et avec elle l'Union européenne.
Nous sommes liés les uns et les autres par des partenariats stratégiques et les déploiements qui se sont faits ces derniers jours, notre présence tous les trois, côte à côte, aujourd'hui dit la force de ces partenariats, leur robustesse et que vos compatriotes peuvent véritablement y croire et savoir que derrière ces textes signés, il y a la solidarité de nations et leur engagement armé.
Donc le premier objectif de ce déplacement à vos côtés est de marquer la pleine solidarité avec Chypre qui a été la cible la semaine dernière de plusieurs drones et tirs de missiles. C'est ce qui nous a conduits à déployer une section de défense antiaérienne Mistral et à déployer immédiatement la frégate Languedoc qui ont pu être déployées et l'un et l'autre dans le courant de la semaine dernière. Je veux saluer la mobilisation également de nos amis grecs. Vous avez cité les frégates grecques qui signent aussi la force du partenariat entre nos deux pays, le partenariat industriel, il y a un peu de Lorient qui est ici présent au large de vos côtes, au fond. Et je salue également les collègues européens qui se sont mobilisés et qui ont pu joindre cet effort. Au-delà de cette présence, comme vous le savez, le groupe aéronaval avec le porte-avions Charles de Gaulle est désormais à proximité de Chypre pour contribuer à la posture de défense d'ensemble et assurer celle-ci dans la durée.
Le deuxième objectif que nous poursuivons est aussi de coordonner nos efforts et nous l'avons évoqué tous les trois à l'instant, pour assurer la sécurité de nos ressortissants et des ressortissants européens dans la région et accompagner les opérations de rapatriement et prévoir, consolider aussi toute opération d'urgence qui s'imposerait.
Troisième objectif est aussi de réassurer tous nos partenaires. Et nous avons les uns et les autres pu échanger avec plusieurs pays qui ont été attaqués ces derniers jours. Je veux redire ici notre soutien aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, avec lesquels nous sommes liés par des accords de défense, mais également la Jordanie, l'Arabie saoudite ou l'Irak, qui ont été déstabilisés, frappés, auxquels nous avons apporté des éléments de soutien. Au-delà de pays qui, heureusement, sont préservés de ces attaques, mais avec lesquels j'ai pu également m'entretenir, comme vous-même, je pense à l'Égypte. Et en vous rejoignant ce matin, j'ai à nouveau, comme vous l'avez fait ces derniers jours, pu échanger avec aussi le Premier ministre d'Israël. Notre objectif est de nous tenir de manière strictement défensive aux côtés de tous les pays qui sont attaqués par l'Iran dans sa riposte, d'assurer aussi notre crédibilité et de contribuer à la désescalade régionale.
Enfin, ce que nous voulons faire, c'est d'assurer la liberté de navigation et la sûreté maritime. En Méditerranée orientale, où nous nous trouvons, en Mer Rouge, de Suez à Bab-el-Mandeb, dans le cadre en particulier de l'opération dite Aspides, qui est une coalition qui existe déjà, dont le quartier général est en Grèce, qui est coordonnée en ce moment par la Grèce. La France y apportera sa contribution avec, dans la durée, deux frégates qui seront dédiées à cet effort.
Nous sommes en train de mettre en place, et nous l'avons évoqué à l'instant aussi, une mission purement défensive, purement d'accompagnement, qui doit se préparer avec des États européens et non européens, et qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, qui permettra l'escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz, ce qui est essentiel au commerce international, mais également à la circulation du gaz et du pétrole, qui doit pouvoir sortir à nouveau de cette région. Nous préparons cette mission avec nos partenaires. Elle se fera en bon ordre, et nous avons commencé à l'évoquer aujourd'hui. Elle a pour but d'être strictement pacifique, défensive, d'accompagner, mais elle est essentielle, justement, là aussi, à nos économies et notre économie mondiale.
Enfin, nous sommes vigilants, et je le dis depuis cette pointe avancée orientale de l'Union européenne dans la région, à la situation du Liban. Le Liban, en effet, depuis que le Hezbollah a pris la responsabilité et a commis la faute majeure d'attaquer Israël et de viser Chypre, le Hezbollah a déclenché une réaction israélienne. Israël, aujourd'hui, par ses opérations terrestres et ses frappes, a répondu, évidemment, à l'attaque du Hezbollah. Cette situation est évidemment très préoccupante, et au fond, notre objectif est simple. Le Hezbollah doit cesser toutes frappes depuis le sol libanais, car il met en danger toutes les Libanaises et tous les Libanais. Israël doit ensuite cesser au plus vite son opération militaire et ses frappes sur le Liban pour permettre à la souveraineté et l'intégrité territoriales du Liban d'être recouvrées, et aux forces armées libanaises seules légitimes d'assurer la sécurité de leur sol.
C'est ce que nous avons veillé les uns et les autres à redire ces derniers jours. J'ai pu, chaque jour, l'évoquer avec le président Aoun, et je veux redire ici à nos amis libanais notre soutien, et nous œuvrons pour que le calme puisse revenir, que cette désescalade puisse se faire, et pour que les forces armées libanaises soient en situation, justement, de pouvoir ainsi opérer.
Afin de porter cet effort, au-delà des positions qui sont déjà les nôtres dans la région, au-delà de ce qui a été livré en système de défense dans les différents pays avec lesquels nous sommes liés par des accords et de ce qui a été fait pour Chypre, la présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale en mer Rouge et, justement, au large d'Ormuz, mobilisera huit frégates, deux porte-hélicoptères amphibies et notre porte-avions. Elle permet aussi de mobiliser et d'attirer avec elle la contribution de plusieurs autres pays européens, et je veux saluer ceux qui, d'ailleurs, ont suivi notre porte-avions Charles de Gaulle depuis l'Atlantique jusqu'à la Méditerranée. Plusieurs collègues européens ont fait le choix de continuer à nous accompagner. Cette mobilisation de notre marine est inédite. Elle se fait évidemment avec la mobilisation aussi de nos forces aériennes et terrestres dans la région, et elle manifeste la volonté de la France de contribuer à la désescalade, à la sécurité de nos ressortissants, à la sécurité de nos partenaires et à cette libre navigation et cette sûreté maritime à laquelle nous voulons, par ce biais, œuvrer.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais ici rappeler. Nous aurons d'autres initiatives à prendre dans la semaine. Nous allons continuer de travailler aussi sur les questions énergétiques, qui sont extrêmement importantes, et les questions économiques. Un G7 finance s’est tenu aujourd'hui. Il y aura une réunion demain en marge du sommet à Paris sur le nucléaire qui se tiendra entre ministres de l'Énergie, et j'ai souhaité qu'on puisse mobiliser au niveau du G7 une coordination étroite pour piloter au mieux les sujets énergétiques. Et par les initiatives que nous prenons, nous allons, je l'espère aussi, contribuer à la désescalade indispensable.
En tout cas, je remercie à nouveau le Président et le Premier ministre de m'accueillir aujourd'hui, redire ici notre soutien à Chypre, à tous les pays de la région, redire combien c'est important pour notre Europe, et alors même que Chypre assure la présidence de l'Union européenne, dire que l'autonomie stratégique des Européens et l'unité d'une Europe qui sait se défendre, en fait, l'Europe de la défense, que nous appelons nos vœux, ne sont pas simplement des mots, des concepts maintenant que nous avons élaborés, des instruments et des financements que nous avons mis en place, ce sont aussi des femmes et des hommes engagés, ce sont aussi des capacités militaires déployées et c'est, au fond, la solidarité en acte de nos nations. Pour toutes ces raisons, je suis très heureux et très fier d'être à vos côtés aujourd'hui et de pouvoir dire aux Chypriotes notre soutien réel. Merci,
Le Président Emmanuel Macron s'est ensuite rendu sur le porte-avions Charles-de-Gaulle afin de remercier les marins de la manœuvre qui a été opérée il y a quelques jours.
Il a notamment rappelé le cadre de ce déploiement :
- Protéger nos compatriotes : ils sont 400 000 ressortissants à vivre dans la région ;
- Protéger nos alliés et nos amis : ceux avec qui nous avons des accords de défense ;
- Préserver la liberté de navigation et participer à la sûreté maritime de manière pacifique et défensive.
Revoir le discours :
9 mars 2026 - Seul le prononcé fait foi
Déclaration du Président de la République à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle.
Monsieur le Chef d'Etat-major des armées,
Monsieur le Chef d'Etat-major de la Marine,
Monsieur le Chef d'état-major particulier, amiral, commandant, je suis heureux de vous retrouver tous et de pouvoir vous dire quelques mots.
D'abord, pour vous remercier de la manœuvre qui vient d'être opérée il y a quelques jours. Je sais que vous étiez partis depuis fin janvier, que vous aviez déjà mené plusieurs exercices en Atlantique Nord, et compte tenu des frappes décidées il y a un peu plus de huit jours par Israël et les États-Unis d'Amérique, des frappes en réponse de l'Iran et de la déstabilisation de toute la région, j'ai en effet pris la décision et demandé au CEMA et au CEMM de pouvoir vous donner instruction de faire route pour rejoindre la région. Peu de marines sont capables de faire ce qui a été fait, et vous l'avez fait à vitesse soutenue, je le sais, et dans une manœuvre exceptionnelle, et je voulais avant toute chose vous en remercier.
C'est une grande fierté pour moi d'être à nouveau parmi vous, de vous retrouver dans ce hangar et d'être à nouveau sur le Charles de Gaulle avec l'ensemble du GAN. C'est aussi une fierté de le faire avec l'ensemble de nos moyens français et de vous voir coordonnés de manière parfaite avec plusieurs Européens. Nous avons vu les frégates néerlandaises, espagnoles, maintenant italiennes, bientôt grecques, qui vous rejoignent.
Alors pourquoi cette manœuvre et quel est le cadre dans lequel vous allez opérer ? Pour vous en dire quelques mots avec malgré toute la prudence d'usage, parce que le cadre est encore mouvant. D'abord, pour protéger nos compatriotes. Dans la région, nous avons plus de 400 000 ressortissants qui vivent et il était important de ramener des moyens pour pouvoir, en cas de rapatriement, de difficultés, être à la manœuvre. Et le GAN, avec l'ensemble de ses moyens, plus ce que nous sommes en train de rapporter ici, en Méditerranée orientale, nous permettra d'être à l'initiative et de le faire aussi en lien avec les autres Européens et de ne pas subir.
La deuxième chose, c'est de protéger aussi nos alliés, nos amis, ceux avec qui nous avons des accords de défense. Depuis le premier jour, on a envoyé des moyens, système Mistral, Rafale, etc. C'est important de pouvoir être aussi aux côtés des pays de la région avec lesquels nous avons des accords de défense et qui peuvent être fragilisés par ce qui se passe, et de pouvoir opérer l'ensemble de la manœuvre et, tout particulièrement, le faire pour Chypre, ce sera le début de votre mission. La Languedoc est arrivée il y a quelques jours, système Mistral aussi, et de le faire pas trop loin du Liban qui est aussi sous très forte pression.
Puis la troisième chose, c'est de pouvoir coordonner une manœuvre plus large, elle aussi totalement pacifique, défensive, mais qui est notre responsabilité, qui est dans ce cadre très désorganisée, de pouvoir préserver la liberté de navigation et participer à la sûreté maritime. C'est important pour beaucoup de pays qui sont alliés et c'est important aussi pour les intérêts de la France, en particulier pour la liberté du commerce, pour permettre au pétrole et au gaz de pouvoir circuler, parce que nos compatriotes vivent déjà les conséquences de ce qui se passe. Donc nous aurons à opérer des manœuvres en Méditerranée orientale, vous allez les orchestrer au premier chef, de pouvoir aussi participer aux opérations en Mer Rouge et de Suez à Bab-el-Mandeb, de continuer de faire ce que nous avons plusieurs fois fait ces dernières années, qui est de préserver cette liberté de navigation, dans le cadre en particulier de la mission ASPIDES, et de concevoir aussi une mission ad hoc, au moment voulu, elle aussi pleinement défensive, pour pouvoir restaurer, quand les conditions seront permises, la circulation et l'ouverture calibrées dans le détroit d'Ormuz, mission qui nous est familière et qu'on a pu accomplir avec d'autres il y a maintenant quelques décennies.
Voilà le cadre, si je puis dire, dans lequel nous nous inscrivons. La France est là pour protéger les siens, pour être aux côtés de ses alliés et de ses amis qui sont frappés, et pour pouvoir participer à des missions ô combien essentielles, de liberté de navigation et de sûreté maritime. C'est dans ce cadre strict que nous opérons. Nous ne participons pas à un conflit en cours, mais nous opérons dans ce cadre.
Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix, aux côtés de ses amis, celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres Européens, et c'est exactement ce que nous allons consolider dans les jours, les semaines, peut-être les mois qui viennent, avec le degré d'incertitude que les événements font porter sur la situation.
Voilà ce que je voulais vous dire en vous disant ma confiance, ma reconnaissance pour la manœuvre tout particulièrement des derniers jours, mais aussi les exercices que vous avez préalablement conduits, et pour vous dire aussi ma confiance pour les jours, les semaines, les mois qui viennent. La mission est exigeante, mais je vous sais à la hauteur de celle-ci, et tout particulièrement dans cette année un peu particulière pour notre Marine nationale, mais également avec l'ensemble de nos aviateurs, nos soldats et toutes celles et ceux qui concourent à la mission du GAN. Merci à tous.
Avec ma confiance, vive la République, vive la France !
Pour finir sa visite, le Président de la République a fait une déclaration à la presse pour rappeler les objectifs de la présence militaire française en mer mediterranée orientale, en Mer Rouge et plus précisement au Détroit d'Ormuz.
Revoir la déclaration :
9 mars 2026 - Seul le prononcé fait foi
Micro-tendu du Président de la République à bord du porte-avions Charles de Gaulle.
Journaliste
Bonjour, Monsieur le Président. Vous avez détaillé tout à l'heure à Chypre l'étendue des moyens déployés par la France dans la région. Le Charles de Gaulle, concrètement, quelles vont être ses missions ? Et vous avez cité la Mer Rouge, le détroit d'Ormuz, concrètement, à terme est-ce que le Charles de Gaulle a vocation à débloquer le détroit d’Ormuz et à aller en mer rouge ?
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup d'être là. D'abord, j'ai beaucoup de reconnaissance pour l'ensemble de l'équipage. Vous savez, on est aujourd'hui sur notre porte-avion. Le Charles de Gaulle, il était, il y a quelques jours, à Malmö, donc, en Atlantique Nord, à mener des opérations en lien avec nos partenaires. Et la frégate qui est derrière nous, la Bretagne, était, il y a quelques semaines, au Groenland pour assurer les missions qu'on lui avait données, être aux côtés de nos alliés pour la sûreté et la sécurité dans cette région. Ça montre notre capacité de projection quand on le décide.
Il y a, en effet, quelques jours, j'ai pris la décision de demander au groupe aéronaval de venir en Méditerranée orientale. Pourquoi ? Parce qu'il y a maintenant une semaine, la guerre a commencé dans la région. Les frappes d'Israël et des États-Unis d'Amérique sur l'Iran, les répliques de l'Iran et les bombardements de beaucoup de pays de la région, beaucoup étant liés à nous-mêmes. Et donc, faire revenir le porte-avions avec l'ensemble des frégates qui l'accompagnent, avoir l'ensemble de ses forces, c'est à la fois pour nous une évidence et ce qui va nous permettre d'agir.
D'abord parce que nous avons des ressortissants dans la région. On a, ces derniers jours et encore ces dernières heures, permis à beaucoup de nos compatriotes de passage en vacances ou les plus vulnérables de revenir, à travers des rotations militaires, des avions affrétés et l'ouverture d'avions de compagnie aérienne de la région. Néanmoins, nous pouvons être confrontés à des situations d'urgence et il est important de pouvoir opérer. Donc, le porte-avions, avec aussi les portes hélicoptères amphibies, nous allons en déployer deux au total dans l'ensemble de ces opérations, et les frégates vont nous permettre, en lien avec les autres Européens, d'organiser, de prévoir, de planifier des opérations d'évacuation de rapatriements s'il devait y en avoir. Ça, c'est la première chose, protéger nos compatriotes dans une région qui s'est embrasée.
La deuxième chose, c'est que nous avons des accords de défense avec beaucoup de pays qui sont aujourd'hui attaqués. Alors, on a réagi tout de suite, on a envoyé des rafales, des systèmes de défense antiaérien. Vous étiez ce matin à Chypre, on a vu les systèmes Mistral, on a envoyé plusieurs autres, à Chypre évidemment, aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, à l'Arabie saoudite. On envoie aussi des systèmes en Jordanie ou en Irak, pour les aider à se protéger. Et l'ensemble des moyens maritimes que nous sommes en train de déployer vont peut-être participer à ces missions purement défensives. On est aux côtés de nos amis et nos alliés.
Et puis, la troisième chose, c'est la liberté de navigation et la sûreté maritime. C'est de permettre la libre circulation de ce qui fait le commerce international et de ce qui fait aussi la circulation du pétrole et du gaz. Là-dessus, avec notre porte-avion et les moyens qui se déploient autour, on se donne des options pour pouvoir intervenir le moment voulu. D'abord, donc, assurer la libre circulation en Méditerranée orientale. C'est pour ça que, dans un premier temps, il rejoindra la frégate Languedoc, qui depuis plusieurs jours est déployée au large de Chypre. Ensuite, la circulation en mer rouge du canal de Suez à Bab-el-Mandeb. Et là, nous avons une mission qui est structurée parmi les Européens, qui s'appelle la mission Aspides. Donc, cette mission, nous y déléguerons environ deux frégates. En tout cas, on a prévu dans la durée de pouvoir faire cela. Elle est coordonnée par nos amis grecs et on est avec les Italiens, les Grecs, les Néerlandais et plusieurs autres. Elle permet d'escorter les bateaux. Aujourd'hui, les portes-conteneurs qui passent ne sont pas menacées. Il y a 18 mois de cela, ils l'étaient et on escortait ces portes-conteneurs. On se met en situation de le faire s'il y avait une reprise de l'hostilité, en particulier parce que là, ce sont les houthis, qui, comme vous le savez, sont des groupes terroristes proches de l'Iran, qui pourraient reprendre leurs activités.
Et puis, le troisième théâtre important pour la liberté de circulation, c'est le fameux détroit d'Ormuz. Il est aujourd'hui de fait fermé. C'est partie des choses que j'ai demandées hier au Président Pezechkian, le président de la République islamique d'Iran. Aujourd'hui, les frappes ne permettent pas d'envisager une réouverture à court terme. C'est un théâtre de guerre. Mais quand les circonstances le permettront, ce que nous sommes en train de concevoir, c'est au fond une mission intergouvernementale, c'est-à-dire avec plusieurs pays. On a plusieurs Européens qui sont prêts à le faire avec nous. On a les Indiens avec qui on en parlé. On a d'autres pays asiatiques qui sont frappés par les conséquences de ce qui se passe. L'objectif, ce serait, quand il y a une baisse de ces conflits, de manière totalement pacifique, de pouvoir escorter des tankers, des portes-conteneurs et de rouvrir la route du gaz et du pétrole en sortie d'Ormuz pour aller alimenter les marchés mondiaux, et puis la route aussi des portes-conteneurs pour alimenter beaucoup de pays de la région qui, aujourd'hui, sont en train de manquer de certaines denrées ou de certains éléments.
Journaliste
Et là le Charles de Gaulle pourrait intervenir ?
Emmanuel MACRON
C'est une mission, par exemple, qu'il a accomplie, en tout cas son prédécesseur, il y a maintenant 40 ans, dans ce qu'on a appelé la guerre des tankers. Il ne le ferait pas seul, ça se ferait avec plusieurs autres pays et ça se ferait dans un moment où, en tout cas, le cadre doit être clair avec les parties prenantes. Ce n'est pas dans une mission offensive, c'est dans une mission d'accompagnement. Au moment où je vous parle, les conditions ne sont pas remplies, mais nous nous mettons en situation de pouvoir le faire en temps voulu.
Journaliste
De manière générale, monsieur le Président, est-ce que vous êtes surpris, vous avez parlé hier avec le président iranien, par la ténacité de la réponse iranienne et puis côté américain, israélien, là aussi, vous avez des échanges fréquemment. Est-ce que vous pensez, dans les échanges que vous avez avec eux, que cette guerre est partie pour durer ?
Emmanuel MACRON
Nous nous mettons en situation de pouvoir durer et je pense que rien n'indique que cette guerre cessera dans les jours à venir. Donc, cette guerre, je pense, durera à coup sûr, dans cette phase intense, en tout cas, plusieurs jours, peut-être plusieurs semaines. Et tout dépend aussi de la clarification que les uns et les autres font sur leur objectif final et, au fond, ce qu'on appelle l'effet final recherché. Je ne pense pas qu'on puisse avoir des changements profonds de régimes, de systèmes politiques uniquement par des bombardements. Par contre, si l'effet final recherché est de neutraliser des capacités balistique, une marine, c'est possible dans un temps de quelques semaines.
Pour la France, quel est l'objectif ? Nous, nous ne faisons pas partie de cette offensive. Nous, notre objectif, c'est d'abord de protéger nos ressortissants, je vous l'ai dit, et nous nous mettons en situation de pouvoir les protéger pour des semaines, des mois, si c'était nécessaire. Ensuite, c'est d'être aux côtés des pays qui sont nos alliés, nos amis, s’ils devaient encore être sous la pression et sous le feu. Et c'est tout particulièrement ce qui, pour la Méditerranée orientale, est clé, de nous mettre en situation aussi d'aider le Liban qui est sous une forte pression aujourd'hui.
Et puis, la troisième chose, c'est d'assurer ces missions, dans la durée, de liberté de circulation et de sûreté maritimes. Donc, voilà, si je puis dire, nos objectifs. Ils sont clairs. C'est dans ce cadre-là que nous opérons et nous nous mettons en situation de pouvoir durer et d'avoir le maximum d'options à notre main. Et cela, la France peut le faire parce qu'elle a un groupe aéronaval comme celui-ci, parce qu'elle a les frégates qui l'accompagnent et parce qu'elle sait agréger autour d'elle des partenaires européens. C'est notre force.
Et je veux remercier les partenaires européens qui sont avec nous. Comme je vous le disais, au moment où je vous parle, nous aurons fini dans les 48 prochaines heures les déploiements. Nous aurons dans cette région, c'est-à-dire Méditerranée orientale, Mer Rouge jusqu'au détroit d'Ormuz, huit frégates, deux porte-hélicoptères amphibies et le porte-avions Charles de Gaulle, avec évidemment tous les moyens aériens qui l'accompagnent. C'est trois Hawkeyes, vingt Rafales, trois hélicoptères qui sont ici sur le porte-avions.
Journaliste
Pour mesurer l'intensité du conflit, est-ce qu'on continue d'intercepter des drones au-dessus des pays du Golfe ? Combien en a-t-on interceptés ? Et puis, est-ce que, selon vous, on est rentrés dans une guerre asymétrique ?
Emmanuel MACRON
Écoutez, il y a eu des interceptions qui ont continué ces derniers jours. Il appartient aux pays concernés de donner les chiffres qu'ils veulent donner. Nous le faisons, nous, dans le cadre des partenariats qui sont les nôtres. Et on continue aussi d'apporter les systèmes de défense anti-aériens. Je ne qualifierais pas plus que cela la situation. Il y a des risques d'escalade aujourd'hui qui existent, en tout cas. C'est clair. Des risques d'escalade géographique, des risques d'escalade quand je vois que, ces derniers jours, des infrastructures ont été touchées, en particulier des usines de désalinisation, en plus des moyens aussi de production d'hydrocarbures. Donc, tout cela montre que la situation demeure extrêmement volatile. Elle est fragile.
C'est aussi pour cela qu'au-delà de ces missions strictement défensives que la France assure et auxquelles elle contribue avec ses partenaires, nous voulons coordonner les choses au niveau économique. La France, comme vous le savez, depuis le 1er janvier, à la présidence du G7, s'est tenue aujourd'hui une réunion des ministres des Finances. Demain, une coordination se fera entre ministres de l'Énergie. J'ai proposé qu'on ait une coordination entre chefs d'État et de gouvernement pour pouvoir, là aussi, essayer d'optimiser les choses avec nos réserves stratégiques, avec des prises de décisions coordonnées, d'essayer d'atténuer l'impact sur les prix du gaz et du pétrole, autant que nous le pouvons. C'est important parce que, pour beaucoup de nos compatriotes qui nous écoutent, l'impact de cette guerre se fait déjà ressentir dans les prix à la pompe et se fera ressentir aussi sur les prix du gaz dans les semaines qui viennent.
Journaliste
Piocher dans les réserves stratégiques, c'est la solution que vous privilégieriez ?
Emmanuel MACRON
D'abord, il y a une coordination à faire. Il est important, au-delà du G7, même plus largement, que les pays coopèrent. Toutes les mesures de restriction de l'export créent des problèmes parce qu'elles disloquent un peu le marché mondial et donc elles créent des emballements de prix. Par notre coordination, qu'on puisse réduire la volatilité et les effets de spéculation. Et ensuite, les pays du G7 ont en effet des réserves stratégiques. Elles sont faites pour ça, pour piloter les choses dans les moments de tension. Donc, il faudra le faire avec les éléments objectifs qui nous seront donnés par l'Agence internationale de l'énergie et en étant coordonnés. Mais je pense qu'on s'oriente, en tout cas, vers des mesures techniques de cet ordre.
Journaliste
Ultime question. Qu'est-ce que vous pouvez dire aujourd'hui aux Français ? Il n'y aura jamais d'opération offensive dans ce conflit, menée par la France, même si des pays alliés nous le demandent et sont attaqués beaucoup plus massivement par l'Iran.
Emmanuel MACRON
Aujourd'hui, je peux dire aux Français que la France, dans ce grand désordre de la région, opère avec calme, méthode, au service de la protection de ses ressortissants, en partenariat avec ses alliés et de manière strictement défensive, et au service de la liberté de circulation, pour défendre, au fond, nos intérêts propres, nos ressortissants, notre sécurité et l'accès aux ressources dont on a besoin et l'économie mondiale, et puis pour être à la hauteur de nos responsabilités, c'est-à-dire aux côtés de nos partenaires et de ceux avec qui on a des accords de défense. Pas plus.
Journaliste
Et on ne sait pas comment la guerre peut évoluer ?
Emmanuel MACRON
Il y a le lot d'incertitudes qui va avec un tel conflit. La France n'a pas déclenché ce conflit, elle n'y est pas partie prenante. Mais nous agissons là comme puissance de paix, puissance d'équilibre. On défend les nôtres, on est aux côtés de nos alliés. Voilà le cadre strict dans lequel nous opérons aujourd'hui.
Journaliste
Merci, Monsieur le Président.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup et je remercie à nouveau tout l'équipage du Charles de Gaulle d'être là et d'avoir fait cette manœuvre qui est historique, de s'être redirigé depuis l'Atlantique Nord jusqu'à la Méditerranée dans un temps record. Il y a peu de marines qui font ça au monde, vous pouvez être fiers de la Marine nationale qui va fêter dans quelques semaines ses 400 ans. Merci beaucoup.
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