Le Président de la République et Brigitte Macron se sont rendus au Japon pour une visite officielle du 31 mars au 2 avril 2026.
Le mercredi 1er avril, le chef de l'État a accordé une interview à la chaîne de télévision publique japonaise NHK.
Puis il s'est rendu à la Tokyo Innovation Base pour une séquence économique sur « une innovation souveraine, durable et partagée », où il a pu échanger avec des chefs d'entreprises japonais.
Revoir la prise de parole du Président :
Après un déjeuner avec des personnalités japonaises du monde culturel, le Président de la République a visité le LIMMS (Laboratory of Integrated Micro Mecatronic Systems), hebergé au sein de l'Université de Tokyo, sur le campus de Komaba.
Le Limms est un laboratoire de recherche international entre le CNRS et l'Université de Tokyo, créé en 1995.
Une équipe de scientifiques franco-japonais pilotée par le CNRS a développé une méthode cryptographique qui utilise l’ADN comme vecteur.
Cette approche de chiffrement sur ADN, qui a été testé pour la première à Tokyo en présence du Président Emmanuel Macron, permet de générer et de partager des clés aléatoires pour coder des messages, et ce, quelle que soit la distance entre l’expéditeur et son destinataire.
En fin de journée, le chef de l'État s'est rendu au Palais d’Akasaka pour s'entretenir avec la Première ministre du Japon, Sanae Takaichi.
Revoir les propos introductifs :
Ils ont ensuite procédé à la signature de plusieurs accords avant de s'exprimer devant la presse.
Revoir la déclaration conjointe :
1 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi
Déclaration à la presse du Président de la République lors de sa visite officielle au Japon.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup.
Madame la Première ministre, chère Sanae, Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les ambassadrices et ambassadeurs, Mesdames, Messieurs.
Permettez-moi, Madame la Première ministre, chère Sanae, de vous dire la joie d'être au Japon pour cette nouvelle visite et vous remercier pour la remarquable omotenashi que vous nous avez réservée, ainsi qu'à toute la délégation, dans ce palais d'Akasaka, qui est un lieu chargé d'histoire et cher au peuple japonais.
Vous l'avez rappelé, l'amitié qui unit le Japon et la France puise sa richesse dans une histoire longue et nous célébrerons en 2028 le 170ème anniversaire de nos relations diplomatiques.
Mais ces liens, s'ils sont nourris par une amitié profonde, notre culture, notre histoire, sont aussi tournés vers l'avenir et les préoccupations de nos concitoyennes et concitoyens.
Et le choix du mot « exception » dans le partenariat qui nous lie depuis un peu plus de dix ans ne doit rien au hasard. C'est que ce sont bien des voies nouvelles que nous souhaitons ouvrir. Je l'ai d'ailleurs vu tout à l'heure avec des chercheurs japonais et français au LIMMS, qui est le centre de recherche conjoint entre le CNRS et l'Université de Tokyo, le premier lancé par le CNRS il y a trente ans. Plusieurs prix Nobel y travaillent ensemble sur de la cryptologie post- quantique et plusieurs autres technologies.
Demain, nous le verrons ensemble, vous l'avez évoqué, à Astroscale. Et nous aurons l'occasion d'évoquer les coopérations en matière spatiale, entre autres avec l'entreprise française Exotrail, pour ce qui nous liera demain, et de TotalEnergies à Carester, en passant par Framatome, Orano, EDF. Nous avons de nombreux partenariats qui nous lient. Je les ai évoqués ce matin dans le forum d'affaires.
Oui, ce partenariat est d'exception, et la déclaration conjointe sur la coopération bilatérale que nous venons d'adopter pour une ambition renouvelée le redit bien.
Vous avez évoqué un instant le contexte dans lequel interviennent cette rencontre et cette visite. Elle est évidemment troublée, marquée par plusieurs guerres, mais je vais ici redire très clairement quelques éléments qui sont le socle de la relation bilatérale et de notre coopération et que vous venez de rappeler.
D'abord et avant tout, nous croyons ensemble au droit international, à l'ordre international qui repose sur la Charte des Nations unies.
Nous croyons aussi aux valeurs démocratiques que nous défendons.
C'est ce qui fait que, vous venez de le rappeler, nous défendons l'un et l'autre le retour à la paix, le cessez-le-feu, le calme, la libre circulation à travers le détroit d'Ormuz. C'est le fait aussi que, depuis février 2022, avec constance, le Japon se tient aux côtés des Européens pour rappeler l'importance d'une paix juste et durable, et le respect du droit international.
C'est aussi ce qui nous lie dans une stratégie indopacifique.
La France, en effet, par ses territoires ultramarins, sa présence militaire, est présente dans cette région. Nous avons depuis 2018 une stratégie indopacifique, et nous n'avons jamais dévié de cet axe, qui est de faire de cette région un espace libre où la liberté de la souveraineté est pleinement respectée par tous, aucune hégémonie ne prévaut, et qui, dans les domaines sécuritaires, économiques, climatiques, permet d'agir avec tous les pays de la région.
C'est exactement cet esprit qui avait nourri le partenariat franco-japonais dans l'Indopacifique que j'avais inauguré en 2019 avec Shinzo Abe, et qu'il me soit permis en cet instant de lui rendre respectueusement hommage.
La France promeut donc cet agenda de souveraineté, d'autonomie stratégique pour l'Europe, pour l'Indopacifique, qui trouve un écho puissant dans la stratégie de résilience et de sécurité économique que votre pays et vous-même, Madame la Première ministre, défendez.
C'est avec cet esprit-là que nous voulons aborder les guerres en cours, et nous allons l'évoquer dans un instant. C'est aussi dans cet esprit-là que nous travaillons ensemble dans le cadre du G7, qui vise à renforcer justement nos relations et à traduire de nouveaux partenariats pour faire face aux déséquilibres économiques mondiaux, pour faire face aussi à la crise énergétique actuelle. C'est ce qui avait d'ailleurs présidé il y a quelques semaines à la décision prise ensemble de libérer une partie de nos réserves stratégiques pour justement faire baisser les prix du pétrole.
Vous l'avez rappelé, Madame la Première ministre, chère Sanae, c'est fort de ces convergences que nous aurons aujourd'hui plusieurs partenariats nouveaux et que nous approfondissons cette relation. La feuille de route stratégique dans le domaine de la défense illustre ce renforcement de notre partenariat de défense et de sécurité. Nous voulons une plus grande profondeur stratégique. Nous avons acté des exercices communs. Les capacités communes d'achat et le texte signé par nos ministres, en même temps que la réunion au format 2+2, sont une avancée importante pour améliorer nos programmes communs, nos capacités communes, notre coordination renforcée en cas de crise.
De la même manière, nous avons un agenda ensemble de résilience économique.
C'est la base de notre stratégie pour une innovation souveraine, durable et partagée, comme d'ailleurs plus de 350 chefs d'entreprise et représentants de ministères l’ont défendu ce matin.
L'innovation est en effet un levier de cette stratégie, et dans plusieurs domaines, là aussi, nous avançons. À l'occasion de cette visite, une feuille de route dans le domaine des minéraux et matériaux critiques est signée, qui va nous permettre de renforcer notre partenariat pour diversifier justement nos capacités à avoir des pays partenaires et à trouver nos ressources.
Par l'innovation, nous adoptons aussi des techniques communes de séparation de ces terres rares, et c'est le projet Caremag que vous avez cité autour des terres rares, porté par les entreprises Carester et Iwatani, dont la deuxième tranche d'investissement vient d'être annoncée, et qui est, à cet égard, je crois, la meilleure illustration de cette feuille de route. L'innovation s'incarne aussi dans la signature d'un accord conjoint sur la coopération en matière de start-up. Je me réjouis justement du partenariat en la matière dans plusieurs domaines.
Dans le domaine de l'énergie, nous avons adopté également une déclaration.
Dans le domaine du nucléaire civil, nous avons plusieurs partenariats qui se sont scellés lors de cette visite en matière de batteries, en matière de renouvelables, mais le nucléaire civil, nous venons de le voir avec la photo qui a été prise, est au cœur de votre stratégie de décarbonation et de notre stratégie de décarbonation et de souveraineté également.
Et donc nous souhaitons continuer d'aller de l'avant avec des collaborations dans le domaine de l'aval du cycle, du démantèlement, du développement de la filière à neutrons rapides et également de l'uranium. À l'image du projet SF MOX qui porte sur des études de démonstration du multirecyclage du combustible, de l'investissement à long terme d'EDF Cyclife, auprès de la préfecture de Fukui, dans l'initiative innovante d'un recyclage des gros composants métalliques irradiés, mais également par la volonté de construire de nouvelles capacités.
Vous avez rappelé l'importance du projet ITER, et je souhaite que nous réussissions le plus vite possible également à aller ensemble voir celui-ci. Ça permettra aussi à nos parcs de s'affranchir d'imports supplémentaires d'ici 2100. Mais, au fond, nous avons une coopération très large qui est aussi portée par des accords entre nos acteurs industriels, avec la participation aussi du CEA sur les études de recherche et de développement et de Framatome sur la conception du démonstrateur japonais.
Notre volonté commune est de disposer, en effet, d'un réacteur nouvelle génération avant la moitié du siècle, ce qui est une opportunité majeure pour les prochaines décennies et au-delà. Notre partenariat, vous l'avez dit, est également dans le domaine du spatial. Il franchit lui aussi un nouveau cap avec la signature d'un arrangement technique pour la mise en place d'un officier de liaison japonais au sein du commandement de l'espace français, la signature d'un accord de soutien au développement des relations entre les écosystèmes industriels et des coopérations nouvelles dans le domaine de la régulation des activités spatiales. Dans la perspective du sommet spatial international que nous organiserons en septembre prochain en France. Mais là aussi, qu'il s'agisse des lanceurs, des petits lanceurs, des petits lanceurs réutilisables ou des constellations basse orbite, nous avons des perspectives de coopération importantes.
Dans le domaine de l'intelligence artificielle, nous avons une déclaration conjointe qui illustre également notre alignement de vue. Nous croyons dans une intelligence artificielle souveraine et frugale. Nos chercheurs, comme nos entreprises, sont engagés dans ce domaine.
C'est ce que fait, par exemple, Mistral AI dans le domaine des modèles larges. C'est ce que nous souhaitons faire avec vous avec le déploiement aussi de datacenters supplémentaires en France pour avoir des capacités de calcul avec des acteurs japonais. C'est ce que nous voulons faire en matière de recherche et innovation. De la même manière, nous souhaitons avancer, en effet, encore davantage en matière de quantique et de semi-conducteurs.
Nos partenariats scientifiques s'établissent aussi en matière de santé, comme en témoigne la déclaration que nous venons d'adopter, l'accord de partenariats qui vient d'être signé entre l'Institut Pasteur du Japon et le Japan Institute for Health Security, ouverture à l'automne 2026, d'un bureau de l'INSERM au Japon, qui a également été actée. Dans tous ces secteurs, vous le voyez, notre volonté est de continuer les projets communs au service de cette feuille de route par laquelle nous bâtissons, au fond, une plus grande indépendance de nos économies et un partenariat qui a vocation justement à construire, par l'innovation, la réponse pour apporter à nos deux pays plus de croissance, plus de compétitivité, plus de création de richesse, plus de décarbonation et plus de souveraineté.
C'est aussi, fort de cela, que nous souhaitons voir davantage d'investisseurs japonais en France et j'ai renouvelé ce matin l’invitation à l’événement de Choose France pour beaucoup d'investisseurs qui sont déjà pour certains des partenaires historiques et très fiables.
Enfin, la relation franco-japonaise, c'est aussi le lien entre deux peuples, deux cultures. C'est pourquoi le Japon pays d'honneur de l'édition 2026 du Festival de Cannes, sera également à l'honneur du Salon du Livre de Paris en 2028 : l'année de célébration de nos relations diplomatiques. Nous souhaitons faire davantage, je le disais, pour le livre et les mangas, qui sont très populaires. Je rappelais tout à l'heure à Madame la Première ministre : la France, c'est le deuxième pays du manga. Vous êtes indétrônable comme premier pays, mais nous aimons presque autant que vous les mangas. Nos jeunesses adorent ces livres, leurs héros, leurs mythes. Nous souhaitons continuer d'abord à les développer, à les vendre, à lutter contre le piratage, c'est ce que souhaitent nos éditeurs, à développer là aussi les partenariats et à développer également les programmes communs et donc les coproductions audiovisuelles, cinématographiques. Nous souhaitons également, je le disais, sur la propriété intellectuelle, consolider les liens. 2028 sera l'objet de plusieurs initiatives en matière de musée d'exposition, en matière de salon du livre et en matière de série, où, là aussi, le Japon sera à l'honneur des plus grands festivals que nous avons.
Voilà, Madame la Première ministre, chère Sanae, Mesdames, Messieurs, ce que je voulais ici dire en quelques mots. Ce partenariat est en effet exceptionnel.
Il est ancien, mais il est d'avenir. Il est nourri par la tradition, mais il est extraordinairement contemporain.
C'est ce qui fait notre force, et c'est ce qui fait aussi qu'il y a dans la relation entre le Japon et la France quelque chose d'une réponse au désordre du monde : une vision commune, une constance, une affinité et une capacité à faire quand nous avons décidé.
Merci pour l'accueil d'aujourd'hui, pour cette amitié. Je serai très heureux de vous rendre cette hospitalité dans quelques mois à l'occasion du G7 et, je l'espère, d'un moment bilatéral ensemble. Merci chère Sanae.
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