Le Président de la République et Brigitte Macron se sont rendus au Japon pour une visite officielle du 31 mars au 2 avril 2026. 

Le mercredi 1er avril, le chef de l'État a accordé une interview à la chaîne de télévision publique japonaise NHK.

Puis il s'est rendu à la Tokyo Innovation Base pour une séquence économique sur « une innovation souveraine, durable et partagée », où il a pu échanger avec des chefs d'entreprises japonais. 

Revoir la prise de parole du Président :

1 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Pour une innovation souveraine, durable et partagée : discours du Président de la République au Japon.

Emmanuel MACRON

Messieurs les ministres,

Madame le gouverneur,

Madame, Monsieur l'ambassadeur,

Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,

Chers amis.

Pardon de vous avoir fait attendre, j'étais avec quelques-uns de vos collègues japonais pour continuer les projets d'investissement, de partenariats, d'ailleurs, qui sont importants pour beaucoup d'entre vous, et d'investissements à venir, je l'espère, encore plus importants dans les jours et les semaines qui viennent. Laissez-moi d'abord remercier le MEDEF et le MEDEF international et son homologue du Keidanren, Business France, le METI, JETRO et les ministres ici présents, et le club d'affaires franco-japonais. C'est cet écosystème extrêmement structuré, ce sont vos liens, et c'est tout cet investissement qui nous permet de nous retrouver là aujourd'hui et qui, surtout, traduit déjà la force du lien entre nos deux pays. Et, au fond, je commencerai par là. Plusieurs des projets dont on vient de s'occuper, dont on vient de discuter, sont, je trouve, l'illustration parfaite de ce que la relation franco-japonaise peut faire.

Quand on parle de Carester avec la Jogmec et Iwatani, on voit ce que nous savons faire ensemble sur les terres rares, pas simplement un projet industriel, mais vraiment un projet qui est en train de transformer très profondément notre indépendance en la matière. Lorsqu'on regarde ce que TotalEnergies et Mitsui travaillent ensemble sur la sécurisation des approvisionnements énergétiques, on voit le sens de ce partenariat et de ce que, dans la période actuelle que nous sommes en train de traverser, il signifie. Lorsqu'on voit Neoen, Equans et Toho qui s'engagent dans le déploiement de capacités de stockage par batterie au Japon, on voit là aussi l'importance de cette coopération qui n'est pas simplement énergétique, mais qui permet de transformer la capacité de nos réseaux, la capacité à innover, à fournir justement de manière durable pour nos réseaux de l'énergie.

Quand on regarde CMA-CGM, qui va investir avec les ports de Yokohama, de Kobe, de Tokyo, pour créer la première ligne directe entre l'Europe et le Japon, lorsqu'on regarde ce que Mistral AI fait avec NTT, c'est là aussi bien plus que simplement de l'intelligence artificielle, ce sont à chaque fois des partenariats qui sont au service d'une stratégie que le Japon et la France ont et qui traduisent de la confiance entre des investisseurs et des acteurs, souvent depuis de nombreuses années. Oserais-je ajouter ici que lorsqu'on parle de construction automobile, je vois plusieurs partenaires aujourd'hui de ce secteur, on pourrait ici rappeler aisément que le premier constructeur automobile aujourd'hui en France, c'est Toyota. Donc tout ça vous dit la force des liens qu'il y a entre nos deux pays, et j'arrive devant vous, au fond, devant un parterre qui est déjà convaincu.

Vous avez fait tellement de choses ensemble, on a tellement de partenariats, et ce que je dis d'ailleurs là pour l'industrie vaut pour la recherche, on le verra cet après-midi, Monsieur le ministre, parce que je crois que le CNRS n'a pas plus de partenariats à l'extérieur avec un pays qu'il n'en a avec le Japon. Mais je voudrais vous convaincre qu'il faut faire beaucoup plus et beaucoup plus fort. Je voudrais juste avoir quelques mots, d'abord pour vous dire, pour dire à nos amis japonais, la France et l'Europe, ce n'est pas ce que vous pensez. Et ensuite, je voudrais avoir quelques mots pour vous dire, dans le contexte actuel, au-delà de ce que nous avons fait, de ce que je viens d'illustrer par les partenariats, on doit faire beaucoup plus. Oui, la France, ce n'est pas forcément ce que vous pensez, parce que nous sommes liés par des affinités singulières entre nos deux pays.

Nous avons ces liens, tous ces partenariats que je viens d'évoquer, mais je voudrais ici redire quelques réalités à nos partenaires japonais pour leur convaincre de faire plus. La France, c'est depuis six ans le pays le plus attractif d'Europe. La France, c'est aujourd'hui un pays qui produit une électricité décarbonée, grâce en particulier à sa base nucléaire, mais qui surproduit de l'électricité, là où tout le monde en manque. Plus de 90 térawattheures d'électricité exportés l'année dernière. La France, c'est un pays qui a une stratégie établie d'attractivité, de compétitivité, de production énergétique qui continue de former des talents dans de nombreux domaines, qui a une énergie décarbonée et qui est en phase de réindustrialisation accélérée. Ce sont des sujets sur lesquels on stabilise la stratégie, on délivre, en plus de ce que nous avons fait sur la fiscalité et le droit du travail.

L'Europe est un continent que vous devez aussi regarder tel qu'il est aujourd'hui. Nous avons plein de défis. Mais l'Europe a défini aujourd'hui une stratégie d'accélération de simplification, sur la base de tout un travail qui s'est fait ces dernières années, sur lequel nous sommes en train de prendre des décisions. Simplification pour approfondir notre marché unique, pour aller beaucoup plus vite sur la prise de décision dans de nombreux secteurs ; simplification pour, là aussi, approfondir quand on parle d'énergie, de télécommunications ou de finances et avoir une Europe plus intégrée. Deuxième chose, l'Europe est en train de décider des investissements massifs dans beaucoup de domaines. Nous l'avons fait ces dernières années en sortie de covid. On est en train de le préparer pour le prochain budget où on veut accélérer avec un couple franco-allemand qui croit à cette stratégie à la fois de simplification-accélération et d'investissement.

Nous sommes aussi en train de développer un Made in Europe, on a commencé à le faire, sur le secteur automobile, par exemple, on va le faire dans de nombreux autres secteurs, et de diversification de ces partenariats. Et c'est bien que parfois, l'Europe peut être regardée comme un continent qui est plus lent que d'autres, mais, et je crois que ça a beaucoup de valeur quand je m'exprime ici devant un parterre qui est aussi japonais, la prévisibilité a de la valeur. Et nous, nous l'avons montré toutes ces dernières années, oserais-je dire encore ces dernières semaines, nous sommes là où vous savez que nous irons. Ce n'est pas mal, par les temps qui courent. Croyez-moi. Ça a de la valeur. Parce que quand vous avez des gens qui vous disent : « Nous, on va beaucoup plus vite ». Mais vous ne savez pas si après-demain, ils seront encore à cet endroit, et si demain, ils ne vont pas prendre une décision qui peut vous heurter, sans même vous prévenir, c'est à considérer.

Nous, Européens, on vous explique ce qu'on fait. Parfois, on est peut-être un peu lent, je dirais, on a une culture commune, on veut chercher du compromis, on est à 27, mais on sera toujours là où vous nous attendez. Mon deuxième message, après avoir illustré l'importance des partenariats, c'est de vous dire, regardez la France et l'Europe comme ils sont, on a beaucoup plus de choses à faire ensemble parce que nous avons ces avantages. Maintenant, mon troisième et dernier message, c'est de vous dire, on doit en effet faire beaucoup plus parce que les défis contemporains et l'affinité de nos stratégies justifient qu'on fasse beaucoup plus. C'est d'ailleurs l'une des raisons des partenariats que je viens d'évoquer. On vit un moment de multi-guerres et de multi-crises. Nous avons, entre autres, la guerre en Europe, avec la guerre d'agression lancée par la Russie en Ukraine, et sur ce sujet, je veux dire combien nous sommes reconnaissants à l'égard du peuple japonais, des gouvernements successifs du Japon, d'avoir toujours été aux côtés des Européens et du droit international.

Nous avons maintenant une guerre qui touche le Moyen-Orient, avec des impacts dramatiques, sur l'énergie en particulier, dans toute la région et pour le Japon, et l'Europe se tient à vos côtés. Au fond, avec la même constance, nous sommes là aussi du côté du droit international, du côté de la négociation et du retour de la diplomatie, et nous croyons aux solutions négociées. Et puis on vit, ce faisant, une multi crise, on le voit bien : crise de l'énergie, elle s'accélère là avec ce que nous vivons au Moyen-Orient, crise du commerce international par les surcapacités des sur-subventions chinoises et les tarifs américains, et une tension croissante dans les relations économiques à de nombreux égards. Au fond, la stratégie que nous voulons poursuivre, à laquelle nous croyons, Français, Européens, à laquelle nos amis japonais croient, c'est de bâtir une prospérité du XXIème siècle qui soit équilibrée, de continuer à avancer dans un environnement de paix et de pouvoir le faire en défendant nos valeurs.

Au fond, notre stratégie doit être simple, c'est de se dire : comment on défend le droit international, le commerce libre et ouvert, les valeurs démocratiques, la conviction qu'il faut de la prospérité et de la compétitivité pour nous-mêmes et pour financer nos modèles sociaux, Et comment on est convaincus qu'il faut appréhender, évidemment, le changement climatique, parce que ce n'est pas une donnée de fantaisisme, c'est établi par la science, mais le faire en rendant tout le reste possible. Ces axes-là sont les axes de la stratégie française et européenne et également de la stratégie japonaise. En plus de ça, j'ajouterai que nous n'avons pas envie de dépendre de puissances hégémoniques. Nous pouvons dérouler cette stratégie, nous pouvons avoir des résultats au service d'un tel agenda en nous mettant, si je puis dire, à l'abri d'une volonté hégémonique chinoise ou d'une volonté de plus en plus hégémonique américaine.

Je ne mets pas un signe égal entre les deux. Loin de moi cette idée. Je note simplement que la conflictualité croissante entre les deux principales puissances crée des problèmes pour nous tous réunis. Nous sommes engagés dans un agenda, au fond, de de-risking, mais pour réussir à bâtir la prospérité du XXIème siècle au service d'un ordre international auquel nous croyons, et les quelques valeurs que je viens de dire. C'est l'autonomie stratégique européenne que la France défend depuis près de 10 ans. C'est la résilience économique, la sécurité économique que le Japon défend depuis de nombreuses années, et c'est ça qui crée la synergie entre nos agendas. Au service de cette même approche, nous pouvons et nous devons faire encore bien davantage. Alors, on a commencé, et les partenariats que je citais vont dans ce sens.

Mais au fond, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire : en innovant ensemble, en industrialisant ensemble, en finançant ensemble, on peut réussir à créer des liens plus forts pour réussir ces défis. Au fond, le lien entre le Japon et la France doit être la base d'un lien beaucoup plus fort qu'il faut établir entre le CPTPP et l'Union européenne. Il faut y adjoindre quelques partenaires clés, l'Inde, le Brésil, de nombreux émergents qui ne sont pas dans cet axe-là, mais on voit bien là qu'on a la possibilité de créer une plateforme qui est ce que j'ai pu appeler il y a quelques mois cette coalition des pays volontaires et qui veulent rester indépendants. Cette coalition des indépendants, c'est celle à laquelle nous croyons. On n'a pas envie que nos solutions technologiques dépendent d'une grande puissance qui veut nous vassaliser. On n'a pas envie qu'au fond, nos modèles économiques soient au service d'agendas géopolitiques qui ne sont pas les nôtres.

Pour ce faire, on doit pouvoir faire beaucoup plus ensemble. C'est exactement ce que la Première ministre japonaise porte ici et ce que nous croyons ensemble. Je serai dans quelques heures avec elle pour développer cet agenda et que quand sur les minerais critiques, sur le financement de nos économies, sur la mobilité, sur l'énergie, on développe des projets communs, c'est exactement ce qu'on veut faire. Nous voulons avancer, ce faisant, avec quelques axes, et je vais ici essayer de conclure mon propos en les détaillant, mais ces axes viennent au service, au fond, de cette stratégie franco-japonaise qui croit dans plus de croissance, la décarbonation de nos économies, et une plus grande indépendance de celles-ci. On fait déjà beaucoup en termes de mobilité et de mobilité décarbonée. On veut encore davantage de partenariats dans ces secteurs. J'en ai évoqué quelques-uns.

Nous en avons dans l'hydrogène. On veut aller beaucoup plus vite et plus fort. Nous, Européens, on doit simplifier notre marché et aller plus fortement, mais tous les acteurs ici présents de la mobilité décarbonée, on doit faire beaucoup plus.

2) On veut faire beaucoup plus dans l'énergie et le nucléaire civil. Votre pays est un très grand pays nucléaire civil, historiquement. Il y a eu le choc d'il y a 15 ans, le drame où nous étions là. Vous êtes en train de repartir sur cette stratégie qui est clé dans la décarbonation de l'économie chinoise. La France est un partenaire de cette stratégie. Et ce, dans tout le cycle : l'approvisionnement, les turbines, la gestion des centrales, le démantèlement et l'aval du cycle. Et nous sommes un partenaire, évidemment, dans tout le reste en matière d'énergie, je l'évoquais tout à l'heure, des batteries à l'hydrogène, etc.

3) Le spatial. Nous sommes deux grandes nations du spatial. C'est un domaine dans lequel la compétition est féroce. Elle est féroce, elle est de moins en moins coopérative, et elle est de plus en plus prise par les deux grandes puissances que j'évoquais. Si on croit dans cet agenda, cette coalition des indépendants, le spatial doit être un levier de la coopération franco-japonaise. Nous avons depuis des décennies travaillé ensemble en matière de lanceurs. Nous avons d'ailleurs nos back-up réciproques. Nous avons de plus en plus de lanceurs, de petits lanceurs, lanceurs réutilisables que nous voulons développer. Nous avons une constellation basse orbite qui est un trésor, OneWeb, qui est chez Eutelsat. On veut créer de plus en plus de partenariats avec vous en matière de spatial. Continuer à innover sur les lanceurs, avoir des programmes ensembles satellitaires, réussir à développer une stratégie commune sur l'orbite basse pour ne pas dépendre des solutions, justement, ou chinoises ou exclusivement américaines. En matière de défense et de sécurité, on doit faire davantage. Nous avons à peu près des budgets comparables.

Nous avons des défis qui sont distincts parce que nos aires géographiques ne sont pas les mêmes, mais enfin, de la même manière, nous sommes confrontés à des vrais risques géopolitiques dans nos environnements proches. Quand je regarde les choses aujourd'hui, on a quelques coopérations qui existent en matière de radar, en matière d'innovation. C'est formidable. On doit faire beaucoup plus en matière de défense et de sécurité. Je pense que c'est un axe de la coopération franco-japonaise qu'il faut accélérer. On a ensuite trois domaines dans lesquels nous avons des forces historiques, nous avons des coopérations scientifiques, nous sommes deux grandes nations scientifiques et industrielles, mais on doit donner un coup d'accélérateur. C'est le quantique, l'intelligence artificielle et les semi-conducteurs. Dans ces trois secteurs, la coopération entre nos deux pays et avec quelques autres dans la région et en Europe est absolument fondamentale.

Nous avons là-dessus des leviers par les coopérations existantes et par aussi la force de nos systèmes de recherche et des solutions que nous sommes en train de pousser. En matière d'intelligence artificielle, la France est en train d'ouvrir de plus en plus de datacenters. Pourquoi ? On a des sites qui sont disponibles, on a de l'énergie qui est disponible et décarbonée, les 92 TWh que j'évoquais que l’on exporte, c'est quelque chose qu'on peut mettre sur nos datacenters. On n'est pas comme d'autres pays qui promettent des datacenters, mais qui n'ont pas d'énergie disponible et qui, quand ils font un datacenter, soit sont obligés de le faire avec du charbon, soit sont obligés d'ouvrir des centrales à gaz. Nous, on peut les ouvrir et les raccorder sur, justement, des systèmes qui sont existants. En matière d'intelligence artificielle, on peut ouvrir beaucoup plus, faire beaucoup plus, et c'est une des discussions que j'étais en train d'avoir avec plusieurs investisseurs japonais : on souhaite faire davantage avec vous en matière de datacenter, en matière, justement, de modèles, en matière de services, en matière de robotique, où le Japon est une puissance extrêmement innovante, et ce sera un levier de la réindustrialisation des deux côtés.

En matière de quantique, nous avons une recherche, là aussi, mais beaucoup de start-up qui se sont développées ces dernières années, elles souhaitent accélérer leur partenariat avec justement vos start-ups, vos investisseurs. Et c'est là aussi quelque chose sur lequel ensemble, nous pouvons faire davantage parce que la course est lancée. Là aussi, nous savons que les premiers qui stabiliseront les ordinateurs quantiques de nouvelle génération seront déterminants dans la bataille. La bataille de l'IA, la bataille aussi du cyber, du crypto et dans de nombreux domaines de recherche, de sécurité informatique, là aussi, c'est une course qui est absolument déterminante. Puis, sur les semi-conducteurs, nous sommes deux grandes nations de semi-conducteurs. Nous savons là aussi nos dépendances aux uns aux autres. Il y a des partenaires qui existent dans la région avec lesquels nous accélérons aussi les programmes communs.

Mais c'est pour moi un levier de la coopération franco-japonaise qui est absolument clé. Puis, le dernier point que je voulais mentionner, sur lequel des projets sont en cours, sont annoncés d'ailleurs en ce moment même, et sur lequel nous souhaitons faire davantage, c'est la finance. Parce que pour servir tout cet agenda de transformation, d'innovation, de partenariat, il faut plus d'argent public et privé. Là, il y a une chance qui, à mon avis, est largement sous-évaluée. C'est que la France comme le Japon, l'Europe comme le Japon sont deux grandes terres d'épargne. Il y a plus d'épargne en Union européenne qu'il n'y en a aux États-Unis d'Amérique. Il y a ici énormément d'épargne. 230% du produit intérieur brut japonais est en épargne. Nous avons ça de commun, si je puis dire, entre le Japon et l'Europe, c'est que notre épargne n'est pas suffisamment investie dans le risque et dans les fonds propres.

Mais on a des grands opérateurs, des grands asset managers, des grands private equity, des grands fonds, et je sais qu'il y a en ce moment et lors de cette visite des accords qui seront signés, ce qui est une très bonne chose. Nous souhaitons les développer et les accélérer parce que nous souhaitons mettre l'épargne européenne, française et japonaise au service de cet agenda d'innovation, d'industrialisation et de recherche. Et si nous le faisons proprement, nous réduirons là aussi nos dépendances à d'autres fonds et à d'autres économies, mais surtout, nous accélérerons notre capacité à investir sur cet agenda commun. Voilà les quelques lignes de force sur lesquelles je voulais insister, mais au fond :

1) Nous sommes déjà très forts, et on a des partenariats existants et récents qui montrent la vitalité de la relation franco-japonaise.

2) Regardez la France et l'Europe avec des yeux nouveaux. Nous voulons accélérer, aller de l'avant, et nous avons beaucoup d'atouts, comme vous avez beaucoup d'atouts.

3) Dans ce monde incertain, en crise, en guerre, où les choses se sont encore détériorées ces dernières semaines, nous croyons ensemble à un agenda d'apaisement, de multilatéralisme, de droit international, d'innovation, et nous avons des axes pour servir cet agenda. Si nous savons réaliser des projets concrets sur les quelques lignes de force que je viens de détailler, il y a un très grand avenir pour la relation entre nos deux pays, il y a un très grand avenir pour les investisseurs entre nos deux pays, il y a un très grand avenir pour nos entreprises ensemble.

Voilà, mesdames et messieurs, je ne veux pas être plus long. Je voulais vous dire combien je crois à cette relation, combien je crois aussi à l’agenda que je viens de détailler, parce qu'il n'est pas simplement industriel ou économique. Il est très profondément stratégique. Il est au cœur de ce que la France défend, de ce que l'Europe porte et de ce que le gouvernement japonais, aujourd'hui, porte pour lui-même. En me trouvant devant vous, avant de retrouver Madame la Première ministre dans quelques instants, c'est cet agenda que je viens défendre pour vous dire : les gouvernements seront au service de cet agenda. La France, avec France 2030, avec ses investissements, avec son engagement européen, a fait beaucoup ces dernières années pour un tel agenda. Le Japon est en train de faire beaucoup. Je compte sur vous collectivement pour démultiplier tout cela avec des projets nouveaux, des investissements nouveaux, au fond, un goût de l'avenir commun. Un avenir que nous voyons ensemble, ambitieux, innovant, pacifique, coopératif, mais je crois très profondément à un avenir possible, nourri par l'amitié entre le Japon et la France.

Après un déjeuner avec des personnalités japonaises du monde culturel, le Président de la République a visité le LIMMS (Laboratory of Integrated Micro Mecatronic Systems), hebergé au sein de l'Université de Tokyo, sur le campus de Komaba. 

Le Limms est un laboratoire de recherche international entre le CNRS et l'Université de Tokyo, créé en 1995. 

Une équipe de scientifiques franco-japonais pilotée par le CNRS a développé une méthode cryptographique qui utilise l’ADN comme vecteur.

Cette approche de chiffrement sur ADN, qui a été testé pour la première à Tokyo en présence du Président Emmanuel Macron, permet de générer et de partager des clés aléatoires pour coder des messages, et ce, quelle que soit la distance entre l’expéditeur et son destinataire. 

En fin de journée, le chef de l'État s'est rendu au Palais d’Akasaka pour s'entretenir avec la Première ministre du Japon, Sanae Takaichi.

Revoir les propos introductifs :

Ils ont ensuite procédé à la signature de plusieurs accords avant de s'exprimer devant la presse.

Revoir la déclaration conjointe : 

1 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Déclaration à la presse du Président de la République lors de sa visite officielle au Japon.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup.

Madame la Première ministre, chère Sanae, Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les ambassadrices et ambassadeurs, Mesdames, Messieurs.

Permettez-moi, Madame la Première ministre, chère Sanae, de vous dire la joie d'être au Japon pour cette nouvelle visite et vous remercier pour la remarquable omotenashi que vous nous avez réservée, ainsi qu'à toute la délégation, dans ce palais d'Akasaka, qui est un lieu chargé d'histoire et cher au peuple japonais.

Vous l'avez rappelé, l'amitié qui unit le Japon et la France puise sa richesse dans une histoire longue et nous célébrerons en 2028 le 170ème anniversaire de nos relations diplomatiques.

Mais ces liens, s'ils sont nourris par une amitié profonde, notre culture, notre histoire, sont aussi tournés vers l'avenir et les préoccupations de nos concitoyennes et concitoyens.

Et le choix du mot « exception » dans le partenariat qui nous lie depuis un peu plus de dix ans ne doit rien au hasard. C'est que ce sont bien des voies nouvelles que nous souhaitons ouvrir. Je l'ai d'ailleurs vu tout à l'heure avec des chercheurs japonais et français au LIMMS, qui est le centre de recherche conjoint entre le CNRS et l'Université de Tokyo, le premier lancé par le CNRS il y a trente ans. Plusieurs prix Nobel y travaillent ensemble sur de la cryptologie post- quantique et plusieurs autres technologies.

Demain, nous le verrons ensemble, vous l'avez évoqué, à Astroscale. Et nous aurons l'occasion d'évoquer les coopérations en matière spatiale, entre autres avec l'entreprise française Exotrail, pour ce qui nous liera demain, et de TotalEnergies à Carester, en passant par Framatome, Orano, EDF. Nous avons de nombreux partenariats qui nous lient. Je les ai évoqués ce matin dans le forum d'affaires.

Oui, ce partenariat est d'exception, et la déclaration conjointe sur la coopération bilatérale que nous venons d'adopter pour une ambition renouvelée le redit bien.

Vous avez évoqué un instant le contexte dans lequel interviennent cette rencontre et cette visite. Elle est évidemment troublée, marquée par plusieurs guerres, mais je vais ici redire très clairement quelques éléments qui sont le socle de la relation bilatérale et de notre coopération et que vous venez de rappeler.

D'abord et avant tout, nous croyons ensemble au droit international, à l'ordre international qui repose sur la Charte des Nations unies.

Nous croyons aussi aux valeurs démocratiques que nous défendons.

C'est ce qui fait que, vous venez de le rappeler, nous défendons l'un et l'autre le retour à la paix, le cessez-le-feu, le calme, la libre circulation à travers le détroit d'Ormuz. C'est le fait aussi que, depuis février 2022, avec constance, le Japon se tient aux côtés des Européens pour rappeler l'importance d'une paix juste et durable, et le respect du droit international.

C'est aussi ce qui nous lie dans une stratégie indopacifique.

La France, en effet, par ses territoires ultramarins, sa présence militaire, est présente dans cette région. Nous avons depuis 2018 une stratégie indopacifique, et nous n'avons jamais dévié de cet axe, qui est de faire de cette région un espace libre où la liberté de la souveraineté est pleinement respectée par tous, aucune hégémonie ne prévaut, et qui, dans les domaines sécuritaires, économiques, climatiques, permet d'agir avec tous les pays de la région.

C'est exactement cet esprit qui avait nourri le partenariat franco-japonais dans l'Indopacifique que j'avais inauguré en 2019 avec Shinzo Abe, et qu'il me soit permis en cet instant de lui rendre respectueusement hommage.

La France promeut donc cet agenda de souveraineté, d'autonomie stratégique pour l'Europe, pour l'Indopacifique, qui trouve un écho puissant dans la stratégie de résilience et de sécurité économique que votre pays et vous-même, Madame la Première ministre, défendez.

C'est avec cet esprit-là que nous voulons aborder les guerres en cours, et nous allons l'évoquer dans un instant. C'est aussi dans cet esprit-là que nous travaillons ensemble dans le cadre du G7, qui vise à renforcer justement nos relations et à traduire de nouveaux partenariats pour faire face aux déséquilibres économiques mondiaux, pour faire face aussi à la crise énergétique actuelle. C'est ce qui avait d'ailleurs présidé il y a quelques semaines à la décision prise ensemble de libérer une partie de nos réserves stratégiques pour justement faire baisser les prix du pétrole.

Vous l'avez rappelé, Madame la Première ministre, chère Sanae, c'est fort de ces convergences que nous aurons aujourd'hui plusieurs partenariats nouveaux et que nous approfondissons cette relation. La feuille de route stratégique dans le domaine de la défense illustre ce renforcement de notre partenariat de défense et de sécurité. Nous voulons une plus grande profondeur stratégique. Nous avons acté des exercices communs. Les capacités communes d'achat et le texte signé par nos ministres, en même temps que la réunion au format 2+2, sont une avancée importante pour améliorer nos programmes communs, nos capacités communes, notre coordination renforcée en cas de crise.

De la même manière, nous avons un agenda ensemble de résilience économique.

C'est la base de notre stratégie pour une innovation souveraine, durable et partagée, comme d'ailleurs plus de 350 chefs d'entreprise et représentants de ministères l’ont défendu ce matin.

L'innovation est en effet un levier de cette stratégie, et dans plusieurs domaines, là aussi, nous avançons. À l'occasion de cette visite, une feuille de route dans le domaine des minéraux et matériaux critiques est signée, qui va nous permettre de renforcer notre partenariat pour diversifier justement nos capacités à avoir des pays partenaires et à trouver nos ressources.

Par l'innovation, nous adoptons aussi des techniques communes de séparation de ces terres rares, et c'est le projet Caremag que vous avez cité autour des terres rares, porté par les entreprises Carester et Iwatani, dont la deuxième tranche d'investissement vient d'être annoncée, et qui est, à cet égard, je crois, la meilleure illustration de cette feuille de route. L'innovation s'incarne aussi dans la signature d'un accord conjoint sur la coopération en matière de start-up. Je me réjouis justement du partenariat en la matière dans plusieurs domaines.

Dans le domaine de l'énergie, nous avons adopté également une déclaration.

Dans le domaine du nucléaire civil, nous avons plusieurs partenariats qui se sont scellés lors de cette visite en matière de batteries, en matière de renouvelables, mais le nucléaire civil, nous venons de le voir avec la photo qui a été prise, est au cœur de votre stratégie de décarbonation et de notre stratégie de décarbonation et de souveraineté également.

Et donc nous souhaitons continuer d'aller de l'avant avec des collaborations dans le domaine de l'aval du cycle, du démantèlement, du développement de la filière à neutrons rapides et également de l'uranium. À l'image du projet SF MOX qui porte sur des études de démonstration du multirecyclage du combustible, de l'investissement à long terme d'EDF Cyclife, auprès de la préfecture de Fukui, dans l'initiative innovante d'un recyclage des gros composants métalliques irradiés, mais également par la volonté de construire de nouvelles capacités.

Vous avez rappelé l'importance du projet ITER, et je souhaite que nous réussissions le plus vite possible également à aller ensemble voir celui-ci. Ça permettra aussi à nos parcs de s'affranchir d'imports supplémentaires d'ici 2100. Mais, au fond, nous avons une coopération très large qui est aussi portée par des accords entre nos acteurs industriels, avec la participation aussi du CEA sur les études de recherche et de développement et de Framatome sur la conception du démonstrateur japonais.

Notre volonté commune est de disposer, en effet, d'un réacteur nouvelle génération avant la moitié du siècle, ce qui est une opportunité majeure pour les prochaines décennies et au-delà. Notre partenariat, vous l'avez dit, est également dans le domaine du spatial. Il franchit lui aussi un nouveau cap avec la signature d'un arrangement technique pour la mise en place d'un officier de liaison japonais au sein du commandement de l'espace français, la signature d'un accord de soutien au développement des relations entre les écosystèmes industriels et des coopérations nouvelles dans le domaine de la régulation des activités spatiales. Dans la perspective du sommet spatial international que nous organiserons en septembre prochain en France. Mais là aussi, qu'il s'agisse des lanceurs, des petits lanceurs, des petits lanceurs réutilisables ou des constellations basse orbite, nous avons des perspectives de coopération importantes.

Dans le domaine de l'intelligence artificielle, nous avons une déclaration conjointe qui illustre également notre alignement de vue. Nous croyons dans une intelligence artificielle souveraine et frugale. Nos chercheurs, comme nos entreprises, sont engagés dans ce domaine.

C'est ce que fait, par exemple, Mistral AI dans le domaine des modèles larges. C'est ce que nous souhaitons faire avec vous avec le déploiement aussi de datacenters supplémentaires en France pour avoir des capacités de calcul avec des acteurs japonais. C'est ce que nous voulons faire en matière de recherche et innovation. De la même manière, nous souhaitons avancer, en effet, encore davantage en matière de quantique et de semi-conducteurs.

Nos partenariats scientifiques s'établissent aussi en matière de santé, comme en témoigne la déclaration que nous venons d'adopter, l'accord de partenariats qui vient d'être signé entre l'Institut Pasteur du Japon et le Japan Institute for Health Security, ouverture à l'automne 2026, d'un bureau de l'INSERM au Japon, qui a également été actée. Dans tous ces secteurs, vous le voyez, notre volonté est de continuer les projets communs au service de cette feuille de route par laquelle nous bâtissons, au fond, une plus grande indépendance de nos économies et un partenariat qui a vocation justement à construire, par l'innovation, la réponse pour apporter à nos deux pays plus de croissance, plus de compétitivité, plus de création de richesse, plus de décarbonation et plus de souveraineté.

C'est aussi, fort de cela, que nous souhaitons voir davantage d'investisseurs japonais en France et j'ai renouvelé ce matin l’invitation à l’événement de Choose France pour beaucoup d'investisseurs qui sont déjà pour certains des partenaires historiques et très fiables.

Enfin, la relation franco-japonaise, c'est aussi le lien entre deux peuples, deux cultures. C'est pourquoi le Japon pays d'honneur de l'édition 2026 du Festival de Cannes, sera également à l'honneur du Salon du Livre de Paris en 2028 : l'année de célébration de nos relations diplomatiques. Nous souhaitons faire davantage, je le disais, pour le livre et les mangas, qui sont très populaires. Je rappelais tout à l'heure à Madame la Première ministre : la France, c'est le deuxième pays du manga. Vous êtes indétrônable comme premier pays, mais nous aimons presque autant que vous les mangas. Nos jeunesses adorent ces livres, leurs héros, leurs mythes. Nous souhaitons continuer d'abord à les développer, à les vendre, à lutter contre le piratage, c'est ce que souhaitent nos éditeurs, à développer là aussi les partenariats et à développer également les programmes communs et donc les coproductions audiovisuelles, cinématographiques. Nous souhaitons également, je le disais, sur la propriété intellectuelle, consolider les liens. 2028 sera l'objet de plusieurs initiatives en matière de musée d'exposition, en matière de salon du livre et en matière de série, où, là aussi, le Japon sera à l'honneur des plus grands festivals que nous avons.

Voilà, Madame la Première ministre, chère Sanae, Mesdames, Messieurs, ce que je voulais ici dire en quelques mots. Ce partenariat est en effet exceptionnel.

Il est ancien, mais il est d'avenir. Il est nourri par la tradition, mais il est extraordinairement contemporain.

C'est ce qui fait notre force, et c'est ce qui fait aussi qu'il y a dans la relation entre le Japon et la France quelque chose d'une réponse au désordre du monde : une vision commune, une constance, une affinité et une capacité à faire quand nous avons décidé.

Merci pour l'accueil d'aujourd'hui, pour cette amitié. Je serai très heureux de vous rendre cette hospitalité dans quelques mois à l'occasion du G7 et, je l'espère, d'un moment bilatéral ensemble. Merci chère Sanae.

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