Publié le 4 décembre 2020

Le Président Emmanuel Macron répond aux questions de Brut.

  • #écologie
  • #COVID-19
  • #violences conjugales
  • #laïcité

Le Président de la République Emmanuel Macron a répondu aux questions des journalistes et de la communauté de Brut dans une interview diffusée en direct le vendredi 4 décembre.

Le chef de l’Etat a été interrogé sur des thématiques sélectionnées via les commentaires sur les réseaux sociaux du média : laïcité, Covid, écologie, violences faites aux femmes.

Cet entretien a également été l’occasion de répondre aux questions liées à l’actualité récente, notamment dans le contexte des violences de policiers survenues dernièrement.

Revoir l'interview :

Un discours de fermeté à l’encontre des violences dans notre société et un soutien renouvelé aux forces de l’ordre. 

« Quand la police intervient, elle doit toujours le faire dans un cadre déontologique exemplaire. » Le Président de la République a fermement condamné les violences commises. Il a dans le même temps appelé à se méfier des slogans qui visent à décrédibiliser les forces de l’ordre. Le chef de l’Etat a formulé deux exigences : l’exemplarité de la police et « zéro tolérance des deux côtés ».

Le Président de la République a réitéré son soutien aux forces de l’ordre et a souhaité insister sur leur engagement premier, qui est de protéger l’ensemble des citoyens et de servir les lois républicaines. « Vous savez, il y a beaucoup de jeunes et moins jeunes policiers qui appartiennent à la communauté de Brut, qui vous suivent, et ils sont dans la société. Ils s'engagent, ils s'engagent pour servir, pour protéger. Aucun ne s'engage pour prendre des coups ou pour en donner ».

Le chef de l’Etat a annoncé plusieurs axes et mesures pour lutter contre la montée de la violence :
➔ La formation et la médiation pour aider à la désescalade. 
➔ L’encadrement, et notamment l’encadrement intermédiaire sur le terrain. 
➔ La transparence : à partir de juin 2021, le déploiement des caméras-piétons (dont les images seront totalement accessibles, en particulier à la justice et à la hiérarchie) sera généralisé pour les policiers en intervention comme pour les brigades. 
➔ La lutte contre les discriminations : le Président de la République a annoncé la mise en place à partir de janvier 2021 d’une plateforme nationale avec un numéro d’appel pour recenser et signaler les discriminations dans tous les domaines (emploi, logement, éducation, santé, sport, contrôles d’identité). Cette plateforme, qui associera l’Etat, le Défenseur des droits et les associations compétentes en la matière, comme la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), permettra de faciliter les poursuites administratives ou judiciaires. En complément une large enquête sera initiée avec des acteurs associatifs pour améliorer la connaissance des faits de discriminations que peuvent subir certains de nos concitoyens.

Le Président de la République s’est exprimé au sujet de l’article 24 de la proposition de loi « sécurité globale ». Il a souligné l’importance de protéger nos forces de l’ordre en renforçant leur sécurité, et de défendre les libertés, en particulier la liberté de la presse. En tant que garant des institutions, il a cependant rappelé que son rôle n’était pas de s’immiscer dans un texte de loi et a appelé à « laisser ce texte vivre sa vie démocratique ». 

Un attachement réitéré à la défense de la laïcité et aux valeurs de la République.

Le Président a souhaité revenir sur la lutte contre « l’idéologie islamiste » qui est un projet qui prospère « sur nos échecs ». Une lutte qui ne doit pas être caricaturée ou amalgamée « la France n'a pas de problème avec l'islam ». Il a rappelé avec force la définition de la laïcité qui est qu’on peut « croire ou ne pas croire librement en respectant totalement les lois de la République » mais également « qu'en France, on peut en effet critiquer absolument tout, le Président de la République, le Gouvernement, les journalistes, une religion ».

À la question qu’est-ce qu'être Français aujourd’hui en 2020 ? Le chef de l’Etat a répondu « c’est participer à un projet, à une citoyenneté, adhérer à des valeurs : liberté, égalité, fraternité, laïcité ». Le Président de la République a rappelé l’importance d’expliquer « aux enfants de cette République [qu’ils sont] une chance pour elle. Et donc [que leur] histoire individuelle est une partie de notre histoire collective ». Pour cela, il a défendu trois propositions dont deux ont déjà été annoncées lors de son discours aux Mureaux :  
➔ L’apprentissage de l’arabe à l’école : « Quand vous connaissez l'arabe, c'est une chance pour la France. Ça a quelque chose à apporter à notre pays dans la vie de tous les jours pour connaître, la littérature pour l'enseigner à d'autres, pour pouvoir voyager, pour pouvoir commercer, pour rendre le pays plus fort ». 
➔ Un travail sur la réconciliation des mémoires dans lequel s’inscrit la mission qui a été demandée à Benjamin Stora sur la Guerre d’Algérie. 
➔ Le chef de l’Etat a également insisté sur la nécessité de mieux représenter certaines parts de notre histoire collective, et notamment de mieux intégrer l’histoire de la colonisation dans nos programmes, dans nos musées, : « Quand on parle d'identité française, c'est la grande histoire qu'on connaît tous. Mais c'est aussi des tas d'histoires tressées que toute cette jeunesse porte par son aventure familiale. Il faut savoir reconnaître ces mémoires, les partager. La reconnaître dans nos programmes d'histoire, beaucoup mieux qu'on ne le fait, la reconnaître dans nos musées. »
➔ Un appel à la contribution collective a été lancé pour identifier 300 à 500 noms de héros qui « conjuguent la diversité de toutes nos histoires ». 

La crise sanitaire, un « accélérateur d’inégalités » notamment pour les jeunes.

Le Président de la République est revenu sur la période de « contrainte collective inédite » que nous vivons et qui pèse beaucoup sur les jeunes, à la fois fortement limités dans leurs interactions sociales et également victimes de la crise économique et sociale.

Certains dispositifs d’aides sont venus répondre à cette situation d’urgence :
➔ Aides exceptionnelles : 150 euros pour les étudiants boursiers et les 18-25 ans bénéficiant des APL (hors étudiants). Ces aides pourraient d’ailleurs être renouvelées au premier trimestre 2021.
➔ Plan « Un jeune, une solution » pour permettre aux jeunes de trouver une formation, un emploi, une aide répondant à leur situation. Le Président a invité les jeunes à se rendre sur le site https://www.1jeune1solution.gouv.fr pour bénéficier des aides et offres de formation ou d’emploi adaptées.

D’autres mesures ont été mises en place par le Gouvernement depuis 2017 pour répondre à ce sujet sur le temps long :
➔ Miser sur l’apprentissage et encourager les entreprises à prendre des apprentis (400 000 apprentis en 2020) ;
➔ Elargissement du dispositif Garantie jeunes (revenu complémentaire jusqu’à 497,01 euros/mois) ouvert aux jeunes de 16 à 26 ans ;
➔ Le service civique pour permettre aux jeunes de s’engager et d’avoir une expérience enrichissante et utile dans la construction de leur avenir professionnel ;
➔ Aides aux étudiants précaires (repas CROUS à 1 euro, sécurité sociale à 0 euro).

Le Président de la République a exprimé son souhait d’améliorer le système de bourse et d’étendre les aides exceptionnelles pour faire face à la précarité au premier trimestre 2021.

Concernant le RSA pour les jeunes : « Je ne suis pas un grand fan de cette solution » Si le Président a rappelé que les minima sociaux sont un acquis important - le Gouvernement a d’ailleurs depuis 2017 augmenté l’AAH, minimum vieillesse, la prime d’activité, etc. - il a également souligné qu’ils doivent à la fois permettre de « donner de la sécurité et de rentrer dans l'emploi ». La lutte contre la pauvreté doit être une priorité et ainsi se faire « par l'insertion par l'activité économique, par le travail avec les associations de terrain, par de l'accompagnement économique, mais aussi de l'accompagnement humain pour celles et ceux qui sont le plus loin de l'emploi (Territoires zéro chômeur de longue durée) ».

Sur la réouverture des universités en janvier : « On va tout faire pour pouvoir commencer un peu plus tôt en janvier pour rouvrir TD et demi-amphis. ». Le Président de la République a rappelé que les universités avaient fermé car il a été constaté que ces lieux de vie commun pouvoir conduire à une forte circulation du virus. Il faut voir si les chiffres se maintiennent et s’ils continuent à baisser, afin de déterminer si on est capables d’ouvrir avec protocoles sanitaires adaptés (TD, demi-amphis, fermeture de certains lieux de vie commune).

Une stratégie vaccinale par étapes qui doit privilégier la transparence.  

Le Président de la République a rappelé les étapes d’arrivée des vaccins : autorisation des autorités sanitaires européennes de mise sur le marché puis au niveau national pour organiser son déploiement. « A chaque étape, on dira tout ce qu'on sait sur l'efficacité ». Il a également rappelé que la population prioritaire ciblée serait les personnes âgées en EHPAD et les personnels soignants en EHPAD avec des fragilités.

Il souhaite que cette campagne de vaccination s’opère dans la plus grande transparence et a réaffirmé le caractère non-obligatoire de la vaccination : « je crois beaucoup plus au travail de conviction par la transparence qu'à l'obligation » (comité vaccins, collectif citoyens).

« Ce virus nous apprend (…) notre vulnérabilité », les vaccins sont une partie de la réponse mais ne veulent pas dire « zéro covid », nous ne devons par conséquent par relâcher nos efforts.

Pourquoi le Président ne se fait-il pas vacciner en premier pour montrer l’exemple ? « Je ne vais pas du tout faire l'inverse de ce que je recommande pour la population ». Parce que cela n’aurait pas beaucoup de sens vis-à-vis de la stratégie qu’il met en place, axée en premier lieu sur des publics prioritaires dont il ne fait partie, il se fera vacciner lorsque le vaccin aura été prévu en population générale.
 

Un discours pragmatique et des engagements réitérés en matière d’écologie.

Sur la sortie du glyphosate, le Président de la République a reconnu « un échec collectif » dans l’atteinte d’un objectif plus rapide (3 ans) que celui que la France a obtenu pour l’ensemble de l’Union Européenne (5 ans). Ainsi il réaffirmé ne pas avoir changé d’avis : notre agriculture a été pensée à l’échelle européenne, il faut aller le plus vite possible mais il n’est toutefois pas possible d’interdire l’utilisation de glyphosate aux agriculteurs français sans solution alternative à leur proposer, au risque de créer une distorsion de la concurrence avec nos voisins européens.

Le chef de l’Etat s’est engagé à d’ores-et-déjà baisser de 50% leur utilisation dès la fin 2022, grâce à plusieurs mesures : interdiction des autorisations de mise sur le marché de certains usages du glyphosate, engagement des filières, accompagnement des agriculteurs par un crédit d’impôt pour les aider à investir dans cette transition, investissements au niveau européen...

Au sujet de la Convention citoyenne pour le climat, le Président de la République a salué « une expérience démocratique inédite ». Il a rappelé qu’un travail était en cours, toujours dans une logique de dialogue, pour traduire concrètement les propositions formulées. Des mesures ont d’ailleurs déjà été prises, en matière de rénovation thermique des bâtiments par exemple. Il a souhaité insister sur le rôle du Parlement dans l’écriture de la loi à venir et des propositions de la Convention citoyenne. « Je ne vais pas dire [aux parlementaires] « vous devez prendre leurs textes comme si c'était vérité révélée ». - ce sont des parlementaires. Ils font leur job, ils ont une légitimité démocratique ». 

« Je ne suis pas anti-nucléaire » : le Président de la République a eu un discours de vérité sur le nucléaire. S’il reconnaît que nous avons eu raison de réduire la part du nucléaire, le chef de l’Etat a également rappelé que celui-ci permettait à la France de produire une électricité parmi les plus décarbonées du monde. Il a appelé à aller « beaucoup plus fort sur le renouvelable », tout en réussissant à être « meilleur encore sur le nucléaire », pilier essentiel de notre mix énergétique, et qui représente par ailleurs de nombreux emplois.

Un « mouvement de révélation formidable contre toutes les formes de violences faites aux femmes » salué par le Président de la République.

Interrogé sur la place des femmes dans notre société, le Président de la République a rappelé les différentes mesures mises en place pour lutter contre les violences faites aux femmes, et notamment contre les violences intrafamiliales : la création du délit d'outrage sexiste, la simplification des plaintes, la formation des policiers et gendarmes à la prise de plainte des violences faites aux femmes, la création de places d’hébergement supplémentaires (1000 cette année), le port d'un « bracelet d'éloignement ».

Le chef de l’Etat a également annoncé qu’un travail était mené sur la précarité menstruelle avec les associations compétentes, et qu’une réponse très concrète serait apportée au 1er semestre 2021.

« Que cette génération engagée soit une génération du faire, de l’action. »

Le Président de la République a affirmé vouloir être « un allié » sur les sujets qui sont ceux de la jeunesse, « un allié pour lutter contre les inégalités, les injustices, pour essayer d’aller plus fort sur le climat ».

Enfin, le chef de l’Etat a fait part de sa confiance à relever « toutes les batailles », tous les grands débats, à la condition de parvenir « à réinventer collectivement ce que c’est d’être Français, c’est-à-dire ce récit collectif où chacun a sa part d’histoire à raconter ».
 

Voir tous les articles et dossiers