Hubert Reeves avait débuté sa carrière dans le langage silencieux des étoiles, avant de devenir le passeur éloquent de leurs mystères. Il s’est éteint le 13 octobre, à l’âge de 91 ans.
 
Né à Montréal en 1932, enfant, il reçut de son père un exemplaire de l’Encyclopédie de la jeunesse. L’ouvrage nourrit l’insatiable curiosité d’Hubert Reeves, et lui donna le goût des sciences. D’abord séduit par la beauté des mathématiques, il se tourna vers l’étude de la physique à Montréal, puis intégra l’université de Cornell aux Etats-Unis, où il décrocha son doctorat en 1960. À l'apogée de l'ère de la conquête spatiale, il prit la décision de combiner la théorie et la pratique, en devenant conseiller de la NASA.
 
Mais alors que les regards étaient tournés vers le ciel et les promesses de conquête des astres, Hubert Reeves, lui, rêvait d'Europe. En 1964, il s'octroya une année sabbatique pour enseigner la physique nucléaire à l'Université libre de Bruxelles. Pourtant, c'est la France qui capta définitivement son cœur et son esprit. L’année suivante, il s'installa à Paris où il embrassa une carrière prolifique : conseiller scientifique au Commissariat à l'énergie atomique et directeur de recherche au CNRS, où il entreprit des recherches dans le passé de l’Univers. Aux côtés de l’astrophysicien Jean Audouze, ils élucidèrent les mystères des origines de trois éléments légers, le lithium, le béryllium et le bore, créés lorsque des rayons cosmiques brisent des noyaux de carbone, d’oxygène ou d’azote présents dans l’espace.
 
La publication, en 1981, de son premier livre Patience dans l’azur, au titre inspiré d’un poème de Paul Valéry, démontra qu’Hubert Reeves était non seulement capable de contribuer, par ses recherches, à la science fondamentale, mais d’en démystifier les subtilités pour le grand public. Grâce à sa plume et à ses récits imagés, l'astronomie devenait une poésie accessible à tous, qui révélait les histoires cachées du cosmos. Son étoile, dès lors, ne cessa de briller. Conférences et ouvrages de vulgarisation se succédèrent, avant que l’émission « La Nuit des étoiles », diffusée sur Antenne 2, dans les années 1990, ne lui confère une notoriété nationale, ainsi qu’une place de choix dans le quotidien et le cœur des Français. Depuis 1999, un astéroïde porte son nom.
 
Après l’espace, les talents de pédagogue d’Hubert Reeves furent mis au service de la sauvegarde de la Terre. Scientifique émérite et vulgarisateur exceptionnel, Hubert Reeves fut également un infatigable défenseur de la nature. Dans la lignée des géants français de l’écologie, comme Théodore Monod, il incarnait un engagement pour l’environnement moderne, empreint de science et d’humanisme.  A la tête de l'association « Humanité et biodiversité », discret, déterminé et infatigable, il éclaira le chemin vers une compréhension plus profonde des enjeux environnementaux, bâtissant des passerelles entre le monde de la science, l'opinion publique et les sphères des décideurs publics, qu’il sensibilisa, en pionnier, à ces enjeux cruciaux.
 
Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’un savant et d’un pédagogue qui savait transformer la science en récit, le récit en poésie, et la poésie en engagement. Leurs pensées vont à son épouse, à ses enfants, et à tous ceux qu’il guida sur les chemins de la connaissance de l’univers, et de la prise de conscience de la fragilité de notre monde.

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