Avec la disparition d’Hervé Algalarrondo, la presse française perd l’une de ses plumes les plus talentueuses et obstinées.

Hervé Algalarrondo débuta sa carrière de journaliste à « France-Soir » puis au « Matin de Paris », avant de rejoindre le « Nouvel Observateur » au début des années 1980. Recruté par Claude Perdriel, il créa le « Téléphone rouge », rubrique d’informations confidentielles du magazine. Cet enfant de la gauche suivait en particulier la droite, alors dans l’opposition. Figure du « Nouvel Obs » pendant plus de trente ans, il en incarna constamment une certaine idée du style, de la camaraderie, des relations tourmentées et lucides avec le socialisme au pouvoir.  

Le journaliste publia à cet égard des essais intempestifs, qui interrogaient les rapports de la gauche au peuple, sur les questions d’insécurité et d’immigration. Ses illusions perdues ne lui ôtaient rien de sa ténacité d’enquêteur ni de son acidité d’essayiste. Auscultant sans cesse la société, il s’intéressa aux violences conjugales (Qui a tué Audrey ?), ou plaidait, avec Daniel Cohn-Bendit, pour des majorités de coalition afin de surmonter les blocages de la politique française. 

Cet observateur sans cesse étonné des coulisses du pouvoir en écrivit aussi le roman-vrai, dans L’Archer du Pont de l’Alma. Fièrement Picard, il entremêla, autour de la ville d’Amiens, les origines d’un écrivain et d’un Président de la République dans Deux jeunesses françaises.

Hervé Algalarrondo avait encore publié un roman érudit et sensible sur Roland Barthes (Les Derniers jours de Roland B.) qui l’inspirait tant. Comme lui, il déconstruisait les mythologies de la société politique et interrogeait les fonctions du langage du pouvoir. 

Le Président de la République salue cette voix engagée mais toujours libre de la presse française, qui savait penser contre lui-même. Il adresse à ses proches, à ses camarades de journalisme et à ses lecteurs, ses condoléances sincères.