Le Président de la République a appris avec une grande tristesse le décès de Gaspard Ulliel, emporté trop jeune, à seulement 37 ans, par un grave accident de ski. Acteur de télévision depuis l’enfance, de cinéma ensuite, de théâtre parfois, icône de l’élégance française, il éblouissait tous les objectifs et occupait le haut de l’affiche depuis plus de deux décennies.

Enfant taciturne et solitaire, avec une mère styliste et un père designer, Gaspard Ulliel se voyait plutôt architecte, jusqu’à ce qu’une amie de ses parents lui assure qu’un visage comme le sien se devait aux caméras et aux écrans. Car Gaspard Ulliel avait une beauté d’ange, mais d'ange après la chute, depuis qu’une mauvaise rencontre avec un chien lui avait valu à 6 ans une cicatrice sous la pommette gauche qui prenait tantôt l’allure enfantine d’une fossette, tantôt celle inquiétante d’une balafre. À 11 ans déjà, il décrochait son premier rôle au côté de Sandrine Bonnaire. Il fit ainsi ses gammes d’acteur à l’adolescence, jonglant durant des années entre les cahiers de classe et les feuillets de script, entre les bancs d’école et les plateaux de tournage, lesquels pouvaient du reste se révéler utile à ses révisions, comme lorsqu’il dut faire revivre en studio la révolution de 1789 ou la tourmente des années 1930.

Très vite, ses traits, son talent, sont repérés par les plus grands. À 18 ans, beau viatique pour l’âge adulte, Michel Blanc lui offre son premier grand rôle dans Embrassez qui vous voudrez, où il incarne un jeune homme qui découvre l’amour et la sexualité. Dans son adaptation d’Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet lui confie ensuite le rôle de Manech, le fiancé disparu dans les tranchées que Mathilde refuse de croire mort, et qui lui vaut en 2005 le César du meilleur espoir masculin. Deux ans après, son rôle dans Jacquou Le Croquant de Laurent Boutonnat le révèle aux yeux du grand public. À seulement 20 ans, avec trois nominations aux Césars pour ses trois premiers grands rôles, Gaspard Ulliel devient le chef de file de la nouvelle génération du cinéma français.

Son aura dépassait nos frontières et conquit même Hollywood qui lui ouvrit grand les portes de ses studios avec le rôle d’Hannibal Lecter. Mais Gaspard Ulliel revint vite au cinéma français qui l’avait fait grandir et qu’il aimait par-dessus tout. Lui dont les parents travaillaient dans la mode et qui était depuis des années l’égérie de Chanel et le visage masculin de l’élégance française dans le monde entier, n’eut aucun mal à se glisser ensuite dans la peau et les costumes du Yves Saint Laurent de Bertrand Bonello, où il ressuscitait à l’écran le couturier tenaillé par son génie autant que ses démons. Nous le retrouvions ensuite chez Xavier Dolan dans Juste la fin du Monde où il campait un fils prodigue, qui revient dans sa famille après douze ans d’absence et de silence. 

Gaspard Ulliel aimait ces rôles de composition, où il faut livrer un travail d’orfèvre pour ouvrager les gestes et ciseler la parole, mais il avait une prédilection pour les films d’époque comme ceux qu’il tourna avec Bertrand Tavernier et Pierre Schoeller, et les films plus intimistes, dans l’univers d’un Benoit Jacquot ou d’une Justine Triet. Sur chacun de ces tournages, il a laissé le souvenir d’un travailleur acharné, toujours à l’écoute, très respecté par toutes les équipes car lui-même très respectueux de chacun. Il savait enfiler tous les costumes, se faufiler dans tous les genres, au point qu’il était devenu ces dernières années l’une des incarnations du cinéma français aujourd’hui. 

Le Président de la République et son épouse déplorent la disparition brutale de cet acteur talentueux dont le regard bleu était une signature du cinéma français. Ils adressent leurs condoléances émues à sa famille, à sa compagne, à son fils, et à tous les cinéphiles dont les vingt dernières années ont été scandées par les grands rôles de Gaspard Ulliel.

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