À l’occasion de la cérémonie d’hommage européen au Président Valéry Giscard d’Estaing, le Président de la République s'est rendu au Parlement européen à Strasbourg.
 
Un an après le décès de l’ancien Président, cette cérémonie, a réuni plusieurs chefs d’Etat, les Présidents et Présidentes des institutions européennes, ainsi que plusieurs personnalités françaises et européennes qui ont travaillé aux côtés de Valéry Giscard d’Estaing.
 
Cette cérémonie a été l’occasion de rendre hommage à l’ancien Président de la République qui n’a jamais cessé d’œuvrer pour une Europe plus forte. Plusieurs étapes essentielles de la construction européenne portent en effet sa marque : création du Conseil européen, élection du Parlement européen au suffrage universel direct, prémisses de l’union monétaire, fondation de l’Agence spatiale européenne, etc. À partir de 2001, il présida la Convention sur l’avenir de l’Europe, engageant d’importants débats et réflexions sur l’évolution de l’Union.


 À l’occasion de sa présence à Strasbourg et à moins d’un mois du début de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, le Président de la République a également rencontré les membres de la Conférence des Présidents du Parlement européen pour en évoquer les priorités.

Retrouvez le discours du Président : 

Retrouvez l'hommage européen au Président Valéry Giscard d’Estaing :

2 décembre 2021 - Seul le prononcé fait foi

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE LORS DE L’HOMMAGE EUROPÉEN AU PRÉSIDENT VALÉRY GISCARD D’ESTAING.

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Chère Madame GISCARD D'ESTAING, 
Monsieur le président, cher David, 
Monsieur le président de la République fédérale d’Allemagne, cher Frank-Walter, merci pour ces mots, 
Monsieur le président du Conseil européen, cher Charles, 
Madame la présidente de la Commission européenne, chère Ursula, 
Madame la présidente, Messieurs les présidents, merci à vous d’être parmi nous, venus du Portugal, de Slovénie, de Grèce, de Bulgarie, 
Mesdames et Messieurs les ministres, 
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, 
Mesdames et Messieurs les parlementaires, 
Chères familles et amis de Valéry Giscard d’Estaing, 
Monsieur le président Nicolas SARKOZY, 
Mesdames et Messieurs, 

Il y a un an, le Président Valéry Giscard d’Estaing nous quittait. Madame, je veux ici vous redire tout le soutien, la considération et les condoléances de la Nation. Après une vie toute entière donnée à la France et à l’Europe, j’ai déjà eu l’occasion, au lendemain de sa mort, de rendre hommage au grand Français qui transforma son pays en le modernisant, en œuvrant aux réformes que vous avez évoquées, qu’il s’agisse de nos institutions, de l’égalité entre les femmes et les hommes, en servant la France corps et âme, en uniforme comme en costume, à tous les âges de sa vie et à tous les échelons. 

Aujourd'hui, c'est avant tout le grand Européen que nous célébrons. Celui qui avait été pris dans la tourmente de 39-45, qui avait participé à la libération de la France et qui avait compris que les armes pouvaient ramener la paix, mais que seule l'amitié entre les peuples pouvait la faire durer. Celui qui, cinq ans plus tard, le 9 mai 1950, apprend la proposition de Robert Schuman de placer la production franco-allemande du charbon et de l'acier sous une autorité commune ; les premiers bans de notre union. Sa promotion de l'ENA est baptisée du nom même de cet espoir qui se lève alors en lui et qui ne le quittera jamais plus :Europe. 

L'un de ses premiers grands discours de député en 1957, est déjà un vibrant plaidoyer européen où se mêlent intimement la raison et le rêve, la nécessité et l'espérance. Ce qu'il appelle lui-même sa foi raisonnée en l'Europe. Sa campagne présidentielle est la première à porter ce projet au cœur de son programme, et son action politique sera fidèle à ses promesses. Il fera tant pour notre Europe. Vous avez, et je vous en remercie, parfaitement décrit ce que nous lui devons. Valéry Giscard d’Estaing rendit notre union plus démocratique, en œuvrant à faire élire au suffrage universel direct le Parlement européen. Cela n’avait rien d’une évidence, tout d’une volonté : la sienne et celle de quelques rares autres chefs d'Etat et de gouvernement d'alors. Ce premier Parlement élu au scrutin universel direct eut sa première présidente, Simone Veil, une autre grande figure de l'Europe, témoin et victime d'un continent déchiré, architecte et actrice de sa réconciliation et de sa reconstruction. 

S'adressant alors aux Français depuis l'Alsace, à quelques jours de cette première élection européenne, Valéry Giscard d’Estaing en rappelait la signification historique, et je le cite : « Vous allez prendre place, non dans la longue file de ceux qui, depuis dix siècles, ont parcouru les routes de l'Europe à la recherche de l'ennemi, les armes à la main, prêts à l'assaut et au sacrifice, mais dans la foule paisible de ceux qui, en votant, feront du même coup de l'Europe le plus grand ensemble démocratique du monde ». Il s'adressa ainsi à eux pour les convaincre, dans un débat français alors particulièrement agité afin de leur montrer que cette élection n'était pas un abandon de souveraineté nationale. C'est aussi ma conviction.

Le Parlement européen, qui nous accueille aujourd'hui en son siège à Strasbourg, est un miracle européen. C'est ici que se rassemblent les représentants de nos peuples, d'ici que procède une souveraineté plus grande, plus forte, capable de peser dans la marche du monde, une souveraineté réellement européenne. C'est dans cet hémicycle que des générations d’Européennes et d'Européens, dans leur différence, ont pris des décisions majeures pour nos vies. Ils ont appris à composer ensemble, ont développé une culture politique commune, ont créé un espace démocratique unique au monde. Cette vitalité démocratique, nous pouvons encore la renforcer et c'est pourquoi je soutiens cette idée des listes transnationales permettant d'unifier ce démos européen, comme aussi la création d'un droit d'initiative parlementaire pour le Parlement européen, dans la continuité aussi de ce que le gouvernement allemand, qui prendra ses fonctions dans quelques jours, défend. 

Valéry Giscard d’Estaing rendit aussi notre union plus large. Vous avez évoqué les pays où il œuvra pour l'élargissement à plusieurs d'entre vous, mais intégrer la Grèce, cher président, le berceau, Madame la présidente, de nos philosophies, de nos démocraties, était un choix de cœur et de valeurs dans des temps si tourmentés pour votre pays, votre peuple ; un choix de civilisation. Il fallait pour lui que l’Europe, ce projet d’avenir, accueille, en son sein, la terre de nos origines. Le pays d’Homère, de Platon, d'Aristote, de Périclès, ce fut fait. Valéry Giscard d’Estaing rendit notre union plus solide et plus solidaire avec l'instauration, vous y êtes largement revenus, du système monétaire européen qui stabilisait les devises, rapprochait nos finances et préfigurait ce qui allait rendre ensuite possible notre euro qu’il lui fallut encore défendre, bien après. 

Valéry Giscard d’Estaing rendit notre union plus étroite, approfondissant notre coopération économique en convergence politique par la création du Conseil européen. En effet, à l'orée des années 1970, dans la brume des difficultés monétaires, de l'effondrement des accords de Bretton Woods, quand la crise du Viêt Nam et celle du Watergate remettaient en question la capacité des États-Unis à garantir la sécurité internationale, Valéry Giscard d’Estaing, avec quelques autres, eut à cœur de fonder l'organisation politique de l'Europe. En tenant à Paris, en décembre 1974, nous en avons revu les images, un sommet pour mettre fin à tous les sommets. Et qu'il s'agisse du Conseil européen ou du G7, nous voyons la force de ces décisions. 

Nous en voyons la force par la durée de ces réunions, de ces formats, ce qu'ils permettent. Nous nous rendons sans doute compte aussi, combien il faut en retrouver la sève inaugurale, c'est-à-dire la force de ces réunions entre quelques décideurs qui parlent en profondeur des choses et décident d’eux-mêmes, peut-être plutôt que de communiqués préparés par tant et tant, déjà écrits et sans doute trop longs. Nous avons beaucoup perdu de cette ferveur inaugurale et je pense que dans les temps que nous vivons, réécoutons comme nous venons de le faire ces moments qui nous disent que : le choix, les décisions claires, ce ne sont pas des longs textes, ce sont nos convictions et la capacité à convaincre nos peuples et à porter ces décisions. Mais il n'est pas grand général qui n'ait que des victoires. Ce rêveur de l'Europe dut parfois affronter une réalité politique plus âpre, parfois plus ingrate. Nommé président de la Convention sur l'avenir de l'Europe au début des années 2000, chargé d'élaborer un grand projet de traité constitutionnel, une Magna Carta de l'Union européenne, il dirigea d'intenses travaux couronnés par la signature 2004 du traité de Rome. Le plébiscite espéré ne fut pas au rendez-vous, car les électeurs français et néerlandais rejetèrent le traité constitutionnel en mai et juin de l'année 2005. Pourtant, ces débats avaient été soulevés. Nombre de chemins défrichés, des jalons posés qui permirent ensuite d'avancer quelques années plus tard, le traité de Lisbonne reprit beaucoup des innovations politiques de ce travail, mais surtout nombre des grandes décisions, des inspirations de ce travail, nous guide encore aujourd'hui et pourrait nous inspirer utilement pour la suite. 

Si Valéry Giscard d’Estaing grava l'identité européenne au cœur de la France, c'est aussi qu'elle était inscrite en deux langues dans le plus intime de son histoire franco-allemande.
Ses premiers mots, il les prononça dans la langue de Goethe. C’était ceux que lui avait appris sa nourrice Bita, car le hasard de la vie, vous l’avez rappelé, Monsieur le Président, le fit naître à Coblence, où son père était directeur financier de l’armée française de Rhénanie, une région que bouleversèrent les deux déchirements fratricides du XXème siècle. 

Des décennies plus tard, ses convictions, plus que le hasard, lui firent faire la connaissance d'un jeune Allemand de son âge dans un cercle de réflexion européen. Quelques années encore après, ils devenaient tous deux ministres de l'Economie et des Finances, avant de parvenir enfin chacun, à trois jours d'écart, comme par une étrange communauté de destins de part et d'autre du Rhin, à la tête de leur pays. Ensemble, avec une confiance totale, une amitié profonde, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing travaillèrent à panser la blessure encore vive de la Seconde Guerre mondiale, à construire le Conseil européen, le système monétaire commun, à rapprocher nos deux nations. Oui. Ce fut un grand couple franco-allemand qui œuvra à rendre notre union plus forte en tissant des liens indéfectibles entre la France et l'Allemagne qui permirent résolument à notre Europe d'avancer. 

Durant toutes ces années, avec beaucoup de compagnons de route ici présents, je salue le Premier ministre RAFFARIN, le ministre BAYROU, qui furent parmi d'autres avec vous, ses compagnons de combat politique et de conviction aussi pour une famille politique qui a structuré la vie de notre Europe et qui l’a faite avancer, n’'a jamais cessé ses combats. 

Et au soir de sa vie, Valéry Giscard d’Estaing éclairait encore nos choix avec une lucidité intacte pour que nous nous épaulions dans la crise financière, pour négocier le délicat divorce entre l'Europe et le Royaume-Uni ou pour appeler à une Europe de la Santé, vous l'avez rappelé, Madame la Présidente, alors que la pandémie de Covid  nous frappait de plein fouet. 

C'est par gros temps, plus encore que par mer calme qu'il importe de convoquer la figure de ce grand capitaine du projet européen. 
Quand la tempête s'est levée, l'Europe a su se montrer fidèle à son rêve et unir ses forces. 

Unis pour acheter des vaccins ensemble, unis pour concevoir notre capacité d'endettement. Unis pour bâtir les plans de relance partagés, car les défis de demain, qui sont au fond déjà ceux d'aujourd'hui, la santé, le climat, le numérique, se feront à l'échelle de notre Union. 

L'incertitude grandissante du monde est un plaidoyer de plus pour une Europe plus forte et les temps que nous vivons ont bien des similitudes, peut-être, en des termes encore plus tragiques, avec la période que nous avons à plusieurs reprises évoquée et qui permit ces avancées profondes. 

Suivant la voie tracée par Valéry Giscard d’Estaing, nous prendrons le chemin d'une Europe soudée, consciente que sa force réside dans la solidarité, une Europe sans naïveté, capable de fortifier ses fondements et de se projeter vers l’avant.

Oui, il a voulu et aimé cette Europe car il a vécu ses divisions et ses guerres. Il a pensé l’Europe, à la fois ses racines, sa civilisation, mais également son destin, car il n’a cessé de la concevoir dans le monde, s’intéressant à la Chine en scrutant les moindres évolutions et la pensant justement face et avec cette Chine et ces États-Unis d’Amérique. 

C’est pourquoi le travail qu’il nous reste, si nous voulons être fidèles à cet héritage, est immense. Continuer d’avancer pour une Europe plus forte, cette Europe qui protège, cette Europe plus souveraine. Œuvrer, oui, comme il l'écrivait lui-même dans Europa, son testament politique, qu’il nous léguait avec l'appui de Helmut Schmidt une fois encore, et ses ultimes volontés pour l'Europe, il s'agit bien de bâtir là l'une des grandes civilisations du XXIème siècle. 

Et ses derniers mots étaient un cri du cœur, nous appelant toutes et tous à la responsabilité : « Nous vous demandons de réussir ». Nous n'avons pas le choix. Et nous y sommes prêts. Je vous remercie.

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