Publié le 22 novembre 2020

Décès de Noëlla Rouget.

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Elle marqua son temps comme la résistante qui fit gracier le collabo, la déportée qui tendit la main à son bourreau. Courageuse combattante de la liberté et figure de la miséricorde absolue, Noëlla Rouget, décédée à 100 ans, lutta toute sa vie contre l’esprit de haine et de vengeance. 

Noëlla Rouget, née Peaudeau, vint au monde le jour de Noël 1919, dans une famille de fervents catholiques. Elle reçut de ses parents un prénom qui exprimait la foi qu’ils lui transmirent. À cette croyance en Dieu, la jeune fille mariait une indéracinable croyance en l’humanité, en l’amour, en son pays, qui s’avéra plus forte que l’oppression, que les camps de la mort et que la colère. 

Elle avait 20 ans quand elle vit la France plier sous la férule nazie, les bottes allemandes battre le pavé d’Angers, et qu’elle décida de leur résister. Les sacoches de sa bicyclette transportèrent d’abord des tracts clandestins qu’elle imprimait et distribuait, puis, très vite, des messages, des colis, des armes même, qu’elle faisait transiter pour le mouvement gaulliste Honneur et patrie et pour un réseau des services d'espionnage britanniques. L’homme dont elle tomba amoureuse, Adrien Tigeot, était lui aussi un instituteur et un résistant, mu par les mêmes idéaux. Mais cette France du courage et de la liberté était tapie dans l’ombre d’une France asservie. En juin 1943, les bans de leur mariage étaient à peine publiés que les fiancés furent dénoncés et arrêtés. Adrien Tigeot fut torturé et fusillé dans les jours qui suivirent. Noëlla Peaudeau, elle, fut déportée en enfer, à Ravensbrück. 

La terrible machine à broyer les êtres ne put anéantir la jeune femme. Elle revint du camp de la mort squelettique, tuberculeuse et hâve, mais vivante. Alors qu’elle était verfügbar, employée aux tâches les plus dures, elle avait su s’accrocher à sa foi, à l’amitié et à l’exemple de ses sœurs de déportation, les résistantes Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion ou Denise Vernay, comme aux poésies de Du Bellay qu’elles récitaient ensemble pour retrouver, au fond de l’horreur, un peu de la beauté du monde. 

Longtemps, Noëlla Peaudeau chercha à oublier ces années d’effroi, à faire le deuil de son fiancé disparu. Elle aima à nouveau, devint Noëlla Rouget, repeupla sa vie en fondant une famille. Elle avait pour viatique la lettre que lui avait écrite Adrien avant d’être fusillé : « Sois heureuse, très heureuse, fais-le pour moi ». 

Mais au bout de 17 ans, le passé a soudainement ressurgi. Il avait un visage, impassible et arrogant. Un nom, Jacques Vasseur. L’homme était français, membre de la Gestapo, responsable de 310 déportations et de 230 morts. C’était à lui que la jeune résistante devait son arrestation, sa déportation, la torture et la mort de son fiancé. Mais parce qu’elle était contre la peine capitale, contre l’esprit de vengeance, seule parmi 200 témoins, elle appela à commuer la peine de mort en peine de prison. Elle n’hésita pas pour cela à adresser une supplique au général de Gaulle. Lorsque la grâce présidentielle fut obtenue, elle écrivit régulièrement à Vasseur en prison, sans jamais obtenir de son bourreau le moindre signe de repentance. Cet acte de pardon, d’autant plus impressionnant qu’il se heurta à l’incompréhension hostile de ses contemporains et à l’impénitence du coupable, était la marque d’une immense générosité d’âme, d’un humanisme à toute épreuve. 

Le Président de la République salue une partisane de la liberté qui donna aux valeurs de fraternité et de pardon leur incarnation la plus haute. Il adresse à sa famille et ses proches ses condoléances émues.


 

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