Le Président Emmanuel Macron s'est rendu en République tchéque ce mardi.

Dès son arrivée, le chef de l'État s'est rendu au lycée français de Prague pour échanger avec la communauté française.

Il a souligné l'importance des liens économiques, culturels et linguistiques entre nos deux pays. La France compte en effet 500 entreprises nationales en République tchèque et représente le troisième pays en termes d’investissements en Tchéquie. 

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4 mars 2024 - Seul le prononcé fait foi

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Déplacement du Président de la République à Prague.

Emmanuel MACRON

Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus consulaires,
Madame la directrice de l'Agence de l'Enseignement français à l'étranger,
Madame la proviseure et Monsieur le proviseur, parce que c'est un relais qui se passe,
Mesdames et Messieurs les présidents d'institutions et de recherches, chefs d'entreprises, représentants des forces vives de la nation à l'étranger, représentants du monde économique, culturel, associatif,
Mesdames et Messieurs les agents de l'État à l'étranger, personnels de l'ambassade, de l'Institut, du lycée, du Centre français de recherche en sciences sociales,
Chers élèves,
Chers compatriotes.

Merci d'abord d'être là en pleine période scolaire et pour certains, de vacances scolaires. Je souhaitais en effet, avant de retrouver dans quelques instants le Président puis le Premier ministre, être à vos côtés.
C'est la troisième fois qu'en tant que Président, je viens en République tchèque. La première, c'était à l'automne 2018 pour le centenaire de l'indépendance. Ensuite, en octobre 2022, pour le premier sommet de la communauté politique européenne. Et nous voilà avec plusieurs ministres, avec votre député, mais aussi avec les présidentes et présidents des groupes d'amitié au Sénat et à l'Assemblée, ici, pour bâtir une nouvelle étape, qui est ce partenariat entre la France et la République tchèque, qui structure nos relations bilatérales, mais aussi au sein de l'Union européenne et de l'OTAN.

J'avais reçu il y a quelques semaines le Président PAVEL, c'était le 20 décembre, la veille de ce terrible moment pour le pays, et nous rendrons ensemble hommage tout à l'heure, évidemment, à l'ensemble des victimes du 21 décembre dernier. Mais nous avons décidé ensemble d'une stratégie commune. Le nouveau plan d'action du partenariat stratégique franco-tchèque constituera donc, nous allons le signer tout à l'heure, pour nos deux pays, le fil conducteur de la relation pour les prochaines années.

Alors, ce plan couvre différents axes, du dialogue stratégique à la défense de notre coopération au sein de l'Union européenne, aux enjeux énergétiques et de transport, en passant par notre partenariat culturel, éducatif, linguistique, scientifique et de recherche. Et donc, vous le voyez, à peu près tout ce que vous faites vivre dans la relation sera couverte par cet accord. Évidemment, les questions de défense seront clés dans le contexte que nous connaissons et alors même que nous avons pris ensemble plusieurs initiatives pour soutenir les Ukrainiens face à la guerre d'agression menée par la Russie. Les questions énergétiques seront aussi fondamentales au moment même où la France cherche à apporter une solution en matière de nucléaire civil et nous sommes, là aussi, avec le président d'EDF et le ministre, pour pouvoir justement essayer de participer à l'avenir de la République tchèque en matière de nucléaire. Je sais, pour cette feuille de route que nous allons signer et ce partenariat, pouvoir compter sur Stéphane CROUZAT, qui a remis ses lettres de créance hier même au président PAVEL et qui pourra poursuivre l'excellent travail de notre ambassade à Prague au service de la relation franco-tchèque puisque je vous ai dérobés il y a quelques semaines, votre ambassadeur qui est venu à l'Elysée pour piloter les questions européennes.

Tout ce que nous allons signer et discuter aujourd'hui, bâtir ensemble en matière de nucléaire civil, de défense, de politique européenne, de relations économiques, culturelles et académiques repose avant toute chose, c’est pour ça que je voulais commencer par venir vous voir, sur ce que vous faites au quotidien et depuis plusieurs années voire plusieurs décennies. En effet, je veux vous remercier, ici, pour votre contribution au rayonnement économique de notre pays. La France en République tchèque, ce sont plus de 500 entreprises représentant plus de 65 000 emplois directs et 12 milliards d’euros de chiffres d’affaires l’an dernier. Près de 1 200 entreprises présentes en République tchèque ont au moins un actionnaire français et la France est, ici, le troisième investisseur étranger.

Cette réalité, c’est celle que vous faites vivre, que chaque jour vous rendez plus forte et c’est pourquoi je veux saluer tout particulièrement l’écosystème d’appuis à la relation économique franco-tchèque. L’engagement des conseillers du commerce extérieur de la France, la Chambre de commerce franco-tchèque, l’appui de l’ambassade, Business France, Atout France, les fondateurs et animateurs aussi de la French Tech Prague et l’ensemble des entrepreneurs. Vous contribuez à projeter la réalité de l’ampleur de notre présence économique, de notre dynamisme et de nos objectifs prioritaires, notamment l'accompagnement et la promotion de l'offre française, tout particulièrement en matière de transition énergétique et climatique.

La République tchèque est aussi une destination particulièrement attractive et motivante pour près de 150 volontaires internationaux en entreprises. Les étudiants, dont plus de 1 800 Erasmus français chaque année, ainsi que la mobilité des chercheurs, dont nous encourageons les échanges croisés par diverses bourses et prix scientifiques, montrent la vitalité de ce lien d'étudiants, de chercheurs et de volontaires. Et cette vivacité, cette vitalité entretiennent nombre de projets communs, et la possibilité de continuer à avancer vers l’avenir. Ceci s’appuie sur une communauté française en République tchèque où résident près de 10 000 de nos compatriotes, avec, je le sais, une vie associative très forte, et je veux, ici, féliciter tout particulièrement “Prague accueil” ou l’initiative du réseau “Prague accueil entreprendre”.

C’était ainsi presque naturel de vous retrouver dans ce gymnase, devant ce mur d’escalade que je vois là, derrière vous et devant moi tant le lycée français de Prague en quelque sorte, illustre la vitalité de cette communauté. S’il existe depuis 1919 et l’indépendance de la Tchécoslovaquie un établissement scolaire français à Prague, c’est en 1997 que le Président CHIRAC a posé la première pierre de ce bâtiment, en tout cas de sa part contemporaine. L’inauguration a été faite par Lionel JOSPIN en 1998. Et à l’instant même, nous avons eu le plaisir d’inaugurer les nouveaux bâtiments, près de 800 élèves y sont aujourd’hui accueillis, représentant 40 nationalités. Et je veux féliciter l’AEFE, remercier sa directrice générale qui est à nos côtés, ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques car cela contribue pleinement au projet qui est le nôtre et à la réforme que nous avons faite il y a quelques années. Faire rayonner le français, l’enseignement en français est notre modèle. Le faire pour nos enfants, qui constituent à peu près 40% de l’effectif ; le faire aussi ici les enfants tchèques - c’est 40% de l’effectif - et le monde entier ici présent - et donc vous avez en fait environ 20% des élèves qui viennent d’horizons totalement différents, de nationalités totalement différentes, et fondent les 38 autres nationalités que j’évoquais et qui sont ici présentes.

Le lycée français de Prague est un point de référence pour nos partenaires de la coopération linguistique menée par l’Institut français de Prague qui se traduit par un apprentissage du français, ici, en hausse de 10 % l’année dernière avec plus de 30 000 apprenants - ce qui est une force pour nous au moment même où la France va accueillir la Francophonie au mois d’Octobre. Nous avons créé cette Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts et où nous devons pleinement assumer une francophonie ouverte voyageant dans le multilinguisme. C'est ce que vous faites vivre ici. Et la vitalité retrouvée d’ailleurs du français en République tchèque montre notre contribution collective et elle est indispensable après plusieurs années où le français avait reculé, et donc nous sommes en train de retrouver des couleurs et de la dynamique. Je veux ici saluer aussi les 4 lycées tchèques à section bilingues - dont celui de Prague, tout proche de l'ambassade - qui permettent aussi à plus de 750 élèves tchèques d'étudier l'histoire, les mathématiques et autres disciplines non linguistiques en français et les filières d'excellence que nous avons su développer de part et d'autre. Nous avons des sections tchèques, des lycées Carnot de Dijon ou Alphonse Daudet de Nîmes, qui participent aussi de cette vitalité.

La langue française a toujours été au coeur de la relation bilatérale. Je pourrais remonter à Charles IV de Bohême et à son neveu Charles V le Sage, mais je voudrais avoir un mot particulier en ce moment, devant vous, pour un immense écrivain tchèque qui a épousé le français. C'est Milan Kundera - il nous a quittés en juillet dernier, sa veuve vit toujours à Paris - et je suis heureux d'abord que dans sa ville natale, une bibliothèque porte aujourd'hui son nom, que le regroupement non seulement de ses archives personnelles, mais aussi d'archives multiples, va pouvoir se faire avec une véritable aide française. Et le programme franco-tchèque de Résidence Kundera pour auteur et traducteur permettra de marquer notre fidélité à cet auteur, à ce qu’il a apporté à la pensée tchèque et française et plus largement à notre capacité à voir l'Europe différemment. Et je dois dire que pour beaucoup de Français, lire l'Occident kidnappé ou des textes fondateurs de Milan Kundera, c'est comprendre un peu l'âme qui règne dans cette région. Et je suis heureux, à ce titre, que nous puissions rester fidèles à sa mémoire.

Au-delà de cela, j'aurai l'occasion tout à l'heure de consacrer aussi notre coopération culturelle que j'évoquais. Les expositions croisées entre la Galerie Nationale, le Louvre, le Centre Pompidou cette année et l'année prochaine. Les échanges nombreux entre formation musicale aussi sont la preuve de cette vitalité. J'avais eu l'occasion avec le Premier ministre d'alors en 2018, de lancer plusieurs de ces projets qui sont en train d'aboutir, ce dont je me félicite. Les artistes poursuivent leurs échanges. La Villa Eska, un dispositif de résidence croisée, permettra à des auteurs, mais également illustrateurs des deux pays, d'aller entre Prague et Paris et au-delà de nos capitales, entre nos imaginaires. Et puis, l'Institut français de Prague, mais également les 6 Alliances françaises qui sont ici présentes et en train de se développer, font vivre cette coopération culturelle en Bohême, en Moravie, en Silésie. Le Centre français de recherche en sciences sociales est également un vecteur majeur de circulation des idées de recherche et je veux le dire ici, font vivre aussi cette diversité française.

Voilà, mes chers compatriotes, ce que je voulais ici vous dire. C'est une journée importante parce que nous bâtissons l'avenir, nous signons des accords stratégiques. Nous montrons une communauté de vues et d'ambitions entre République tchèque et France dans ce moment important de notre Europe. Mais ceci n'est possible que parce qu'il y a ce que vous faites vivre au quotidien par l'éducation, la culture, la science, la vitalité économique, et la force de cette relation ensemble, dans sa diversité celle que vous représentez aujourd’hui.

Je le dis dans un moment grave de notre histoire collective. En évoquant de Milan Kundera, je parlais d'une conscience qui avait vécu dans sa chair une Europe coupée en deux. Elle avait été coupée en deux par, il faut bien le dire, la lâcheté, une volonté d'une partie de l'Europe de ne pas voir les difficultés de l'autre, abandonnant en quelque sorte le destin de celle-ci au totalitarisme. Nous abordons à coup sûr un moment de notre Europe où il conviendra de ne pas être lâche. On ne veut jamais voir les drames qui viennent ; on ne veut jamais voir ce qui se joue. Et je crois que nos deux pays ont conscience de ce qui est à l'oeuvre en Europe, du fait que la guerre est revenue sur notre sol, que des puissances devenues inarrêtables sont en train d'étendre la menace, chaque jour, de nous attaquer nous-mêmes davantage, et il nous faudra être à la hauteur de l'histoire et du courage qu'elle implique. Ce sera aussi notre responsabilité aux uns et aux autres et c'est cela aussi que je suis venu bâtir.

Voilà, mes chers compatriotes, ce que je suis venu vous dire en cette journée commençant avant les rendez-vous officiels avec vous, mes remerciements, ma confiance et ma détermination ; et la conviction que vous portez ici, pas simplement une part de la relation bilatérale, mais une part de ce que notre pays porte en lui, cette part d'universel, d'amour de l'Europe, d'ouverture aux autres.

Vive la République et vive la France !

Le Président Emmanuel Macron s'est ensuite rendu au château de Prague pour échanger avec le Président de la République tchèque, Petr Pavel. 

Lors d'une conférence de presse, les deux Présidents ont affirmé leur soutien durable à l’Ukraine face à l’agression de la Russie. 

Revoir la conférence de presse : 

27 mai 2024 - Seul le prononcé fait foi

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Déplacement du Président de la République à Prague.

Petr PAVEL [propos traduits du tchèque]

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs.

Tout d’abord, je m’excuse de ce retard qui prouve que les sujets que nous avons évoqués sont non seulement importants, mais que nous avons pu les approfondir, et j'apprécie énormément que Monsieur le Président MACRON soit venu en République tchèque peu après ma visite en France. Notre débat a été très ouvert et je m'en réjouis.

En effet, historiquement, les relations entre nos deux pays sont très étroites et nous nous retrouvons au cœur de notre époque. En effet, nos positions en ce qui concerne la situation internationale complexe se rapprochent énormément. Nous avons les mêmes points de vue pour ce qui est de l'évolution de la situation en Ukraine. Quelles devraient être les solutions ? À quel horizon ? Par quels moyens ? Nous sommes d’accord que la seule façon est de continuer à soutenir l’Ukraine parce que c’est quelque chose qui en principe est correct. Mais également, nous ne voulons pas que la Russie gagne avec sa vision du monde. Nous voulons vivre dans un monde où les règles sont respectées par les petits et les grands pays et nous voulons bâtir sur ces règles. Si la Russie gagnait en Ukraine, nous serions ainsi vaincus et ce n'est pas le monde que nous voulons. C'est pourquoi il faut continuer à soutenir l'Ukraine.

Nous avons également évoqué les sujets bilatéraux de notre coopération en matière de défense, du secteur de l'énergie, mais cela fera notamment l'objet de réunions avec le premier ministre tchèque. J'apprécie que le débat ait été ouvert et j'espère que nous allons pouvoir poursuivre dans la même ambiance.

Aujourd'hui, à l'Office du gouvernement de la République tchèque, nous allons signer un plan stratégique de coopération entre nos deux pays afin de fixer un cadre pour une coopération renforcée encore plus élargie.

Je voudrais remercier Monsieur le Président de la République de cette visite courte mais très importante. Et j'ai hâte de nous retrouver de nouveau. Je pense que pour la prochaine fois, ce sera au mois de juin de cette année, où nous allons fêter ensemble le débarquement en Normandie.

Merci, monsieur le Président.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup, Monsieur le Président, cher Petr, pour ces mots et l'accueil aujourd'hui.

La discussion que nous avons eue ensemble, en effet, montre la convergence de vue sur beaucoup de sujets essentiels. Vous étiez venu le 20 décembre dernier à Paris ; nous avions eu l'occasion d'échanger longuement sur la relation bilatérale et la situation internationale.

Je me souviens et chacun se souvient ici du jour d'après, si je puis dire et je veux, ici, vous redire les condoléances et le soutien de la France après la fusillade à l'Université Charles. Nous aurons l'occasion tout à l'heure de rendre hommage aux victimes de cette tragédie lors d'un moment de recueillement.

Notre échange, le Président l'a dit, a été très riche. Nous avons évidemment parlé avant tout de la situation en Ukraine pour réaffirmer les objectifs qui sont les nôtres. La Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre. Nous soutiendrons aussi longtemps que nécessaire le peuple ukrainien et son armée. Pour ce faire, nous avons plusieurs actions communes au-delà de ce qui, ces derniers mois, a été structuré comme les différentes coalitions capacitaires, et en particulier la coalition artillerie que la France et les Etats-Unis co-président.

L'initiative prise par la République tchèque en matière de munitions est un complément important auquel nous adhérons et donc nous allons travailler ensemble. Nos ministres vont poursuivre ces travaux cet après-midi ; c'est l'illustration d'un volontarisme et d'un pragmatisme. Aussi, nous avons accéléré et augmenté nos productions en Européens et nous avons livré les stocks qui étaient disponibles. Les besoins de l'Ukraine sont d'un tel niveau qu'il faut aller chercher maintenant au-delà de ce que nous pouvons produire et de ce que nous avons en stock, c'est le sens de cette initiative. Il faut aussi aller chercher vers des pays tiers non-européens des capacités restantes pour faire face aux besoins de court terme en termes de munitions à l'Ukraine.

À côté de cela, nous allons compléter aussi ce travail par des échanges ministériels qui se tiendront cette semaine, qui seront coordonnés par le ministre de la Défense et des Affaires étrangères, et qui permettront d'avancer suite aux discussions que nous avons eues à Paris lundi dernier, afin de consolider une coalition capacitaire en matière de tir de longue et moyenne portée, d'une part, et d'autre part, de pouvoir avancer sur les coopérations auxquelles nous sommes prêts à l'égard des Ukrainiens pour faire différemment. Comme nous l'avons dit, les 5 leviers d'action qui ont fait l'objet d'un consensus dans la discussion de lundi dernier à Paris : sur le déminage, la présence civile à la frontière bélarusse, la question de la Moldavie et de sa protection, et la question de la coproduction industrielle sur le sol ukrainien et d'un soutien cyber. Sur ces actions-là, d'ailleurs, plusieurs coopérations existent déjà et la relation avec la République tchèque est très forte et je vous remercie de la qualité de ce travail commun.

Au fond, ce que nous partageons, c'est la certitude que nous sommes touchés par cette guerre qui est sur le sol européen, que s'y joue une partie de notre avenir et que s'y joue aussi notre capacité à nous défendre de manière autonome dans les cadres que nous connaissons, qui sont ceux de notre histoire, l'OTAN, l'Union européenne, mais aussi en sachant définir les voies et moyens de produire et d'agir ensemble en Européens.

Au-delà de ça, nous avons pu évoquer en effet le partenariat stratégique que nous allons signer avec le Premier ministre, la question du nucléaire civil et des différentes coopérations qui structurent la relation bilatérale.

Mais je veux ici dire combien, sur la question du nucléaire civil, le partenariat qui est le nôtre est, à mes yeux, très fort. Il est aujourd'hui de nature politique. Nous allons signer un accord industriel sur l'uranium tout à l'heure et nous souhaitons aller encore plus loin. La France, vous le savez, est candidate aux grands prospects que la République tchèque aura à décider mais c'est notre conviction que se joue aussi une partie de cette souveraineté européenne qu'on évoquait là. Nous devons apporter une solution au défi climatique et émettre moins de CO2. Nous devons être plus souverains en matière d'énergie, et donc la produire sur notre sol, plutôt que de dépendre de ce qu'on importe. Et nous devons produire une énergie compétitive, pilotable pour continuer à créer des emplois. Le nucléaire répond à cette stratégie et c'est pourquoi nous continuerons aussi d'avancer sur ce point.

Voilà les quelques mots en complément de ce qu'a dit à l'instant Monsieur le Président, que je voulais avoir. Nous avons évidemment également évoqué la situation au Moyen-Orient avec une communauté de vue très forte pour appeler à un cessez-le-feu - en ce qui concerne la France, et c'est vraiment une préoccupation des plus vives sur la situation humanitaire et la nécessité de poursuivre sur la discussion politique et la solution à deux États. Nous avons pu ensuite revenir sur plusieurs autres sujets internationaux avec la même communauté de vue.

En tout cas, Monsieur le Président, merci pour votre accueil aujourd'hui dans ce moment privilégié, un moment grave pour notre continent, j'ai retrouvé de la constance et je dirais, une vraie intimité stratégique, celle que j'avais pu déjà apprécier à Paris le 20 décembre dernier, que je retrouve à Prague aujourd'hui. Merci beaucoup.

Journaliste

Monsieur le Président MACRON, vous avez assumé la semaine dernière une ambiguïté stratégique. Mais cela a aussi permis de lever toute ambiguïté sur le fait que, autour de vous, la quasi-totalité des Occidentaux n'ont, eux, pas d'intention d'envoyer des militaires en Ukraine. Est-ce que vous n'avez pas pris le risque d'envoyer un message de division des Européens et des Occidentaux plutôt que de fermeté ? Et tout à l'heure, vous avez dit qu'il ne fallait pas être lâche. Est-ce un message, une réponse à ceux qui ont critiqué vos propos ?

Et Président PAVEL, est-ce que vous comprenez la position de la France sur cette question ou est-ce que vous estimez que la France est isolée sur cette position ? Merci.

Emmanuel MACRON

Je ne reviendrai pas sur tous les commentaires qu'il y a pu y avoir, ni ne commenterai moi-même mes propos. Ils étaient clairs, assumés et précis.

Mais expliquer que nous n’allons pas nous mettre des contraintes à nous-mêmes, je pense, est absolument nécessaire quand on est engagés à ce point sur la situation qui est celle de l’Ukraine.

Moi, je veux simplement constater que 27 pays se sont rendus à l’invitation de la France lundi dernier, que nous avons pu en tirer des conséquences opérationnelles. Les 27 étaient d’accord pour investir davantage. C’est un message de mollesse ou de fermeté ? De fermeté. Six avaient déjà signé leurs accords bilatéraux, nous avons invité tous les autres à le faire avec l'Ukraine et nous avons décidé de faire davantage. C'est lundi dernier à Paris qu'a été décidé à la fois de soutenir l'initiative tchèque en matière de munitions et la création d'une nouvelle coalition capacitaire pour justement les tirs à haute précision qui sont nécessaires sur le front aux Ukrainiens, comme vous le savez.

Ensuite, nous avons bâti un consensus sur les 5 leviers d'action de coopération avec l'Ukraine que je viens de rappeler et j'ai dit quel était le cadre. Je n'ai pas dit qu'il y avait de consensus encore, mais je considère que c'était important de le faire parce que nous devons tous être conscients que cette guerre nous touche et on n’a jamais envie de voir les choses telles qu'elles sont. Nous devons être lucides. Ça fait deux ans maintenant que nous répétons à longueur de conférence de presse : “La guerre revient sur le sol européen”. Cela fait deux ans que nous avons révélé l'étendue des matériels déjà livrés, les montants déjà livrés. Est-ce notre guerre ou n'est-ce pas notre guerre ? Pouvons-nous nous détourner, considérer que les choses peuvent continuer à se jouer ? Je ne crois pas. Et donc, c'est un sursaut stratégique auquel j'ai appelé et que j'assume pleinement. Il nous faut être lucide sur la réalité de la situation qui se joue en Europe. Les risques qui sont à l'œuvre et ce que nous devons assumer. Je suis convaincu que justement la clarté assumée de ces propos est ce dont l'Europe avait besoin.

Mais allez plutôt demander au Président POUTINE ce qu'il est prêt à ne pas faire. Qui a lancé la guerre en Ukraine ? Vladimir POUTINE. Qui menace, quoi que nous fassions, quoi que nous disions, avec l'arme nucléaire ? Le Président POUTINE. Tournez-vous tous vers lui pour savoir quelles sont ses limites stratégiques. Mais si chaque jour nous expliquons quelles sont nos limites face à quelqu'un qui n'en a aucune et a lancé cette guerre, je peux déjà vous dire que l'esprit de défaite qui rôde : pas chez nous.

Petr PAVEL [propos traduits du tchèque]

Je vais me rallier aux côtés de Monsieur le Président.

Nous sommes tous les deux tout à fait d'accord : l'Europe doit jouer un rôle primordial en ce qui est de l’aide à l'Ukraine et de la menace envers la Russie pour qu'elle ne continue pas dans cette agression. Nous sommes tous d'accord : qui a violé le droit international ?

Si on se comporte dans le cadre du droit international, il ne faudrait pas qu'on se ferme des possibilités de soutien apportées à l'Ukraine, je suis d'accord. Il faut rechercher de nouvelles possibilités, y compris le débat d'une éventuelle présence en Ukraine sous différentes formes, il y a tout un nombre de possibilités. Le débat a été lancé, la dernière fois, c'était les ministres de la Défense au sein de l'OTAN, il y avait également cette réunion de consultation des leaders à Paris et il faut poursuivre. En effet, si nous voulons que la Russie ne réussisse pas en Ukraine, on ne peut pas se contenter de ce soutien qui est fourni aujourd'hui, et je suis tout à fait d'accord, il faut rechercher de nouvelles formes, de nouvelles solutions. Il ne faut pas se limiter là où on n'est pas obligés de se limiter.

Journaliste

Monsieur le Président, pour revenir à la première question sur l'envoi de soldats en Ukraine, faut-il franchir d'autres étapes impensables au début de l'agression, comme l'autorisation de l’utilisation des missiles qui peuvent toucher le territoire russe en profondeur, ou parlant de la France, livraison des avions Mirage ? Et concernant le projet tchèque, de quelle façon la France va le soutenir ? Quel est le bilan actuel ? On finance ces projets ou des projets similaires, est-ce que c'est envisageable pour que ça soit financé, d'utiliser les bénéfices des avoirs russes gelés, même en partie ? Merci.

Monsieur le Président, quelle est la situation actuelle pour ce qui est de ce projet, de cette initiative tchèque ? Quel est le nombre de pays qui ont déjà contribué ? Quel est le rôle que la République tchèque va entamer ? Est-ce qu’elle va coordonner également les fournitures de munitions en Ukraine ? Et pour ce qui est de la question de l'envoi des armées, des soldats, plusieurs pays ont dit « non », mais peut-on éventuellement envisager d'envoyer des équipes techniques qui vont soutenir les systèmes d'armement ou les services de renseignement s’ils sont déjà présents sur le territoire ukrainien ? Merci.

Petr PAVEL [propos traduits du tchèque]

Tout d’abord, j’ai dit qu’il ne fallait pas se limiter. Je n’ai pas parlé de forme concrète de présence et de soutien, il y a tout un nombre de possibilités et le temps est venu de les discuter. En effet, il y a une certaine peur d’évoquer la présence des armées combattantes en Ukraine, ce qui pourrait représenter le fil rouge mais là, nous parlons de différentes formes d’assistance.

On a évoqué, par exemple, la question concernant une éventuelle réaction russe, s'il était plus dangereux de former les soldats ukrainiens sur notre territoire ou sur le sol ukrainien. Je pense que ça revient au même, c'est l'Ukraine qui est le pays menacé et même si on avait une mission d'exercice en Ukraine, cela ne représente aucune violation de droit international. C'est à nous de choisir la forme de l'assistance à apporter en Ukraine, si nous restons dans cette limite de cet engagement non combattant. Et là, effectivement, je pense qu'il faut qu'on ait l'esprit ouvert et qu'on pèse toutes les possibilités qui se présentent. Et il ne faut pas renoncer a priori.

Emmanuel MACRON

D'abord, merci pour votre français qui me touche beaucoup dans un pays où le nombre d'apprenants a augmenté l'année dernière de 10 %, ce qui est une avancée pour la francophonie. Merci d'avoir fait aussi cet effort en tant que journaliste, je voulais vous dire combien j'y suis sensible.

Ensuite, sur votre première question, je souscris à ce qu'a dit le Président à l'instant. Une fois encore, toutes les formes de coopération qui seront utiles et demandées par les Ukrainiens et qui s'inscriront dans le cadre de ce que nous avons décidé, nous le ferons.

La pratique de la France est de ne pas annoncer avant ce qu'elle fait, avec trop de détails - ce qui parfois nous a valu des critiques ou, dans certains classements très médiatisés, d'être mal compris - mais plutôt dire exactement, en temps et en heure aux Ukrainiens ce que nous faisons et l'annoncer après. Parce que c'est une guerre, en vrai, pas une guerre de communication mais elle est aussi informationnelle. Mais enfin, pas pour nos égos, pour l'efficacité sur le terrain, moi, je ne vais pas vous dire en détail ce qu'on fera parce que j'affaiblirais ce faisant l'efficacité de cette aide et le soutien aux Ukrainiens. Mais nous suivrons la même logique et c'est un peu celle qui a pu troubler le débat médiatique.

C'est qu'au fond, nous avons trop tendance, par nos systèmes, à vouloir tout dire, dire exactement ce que nous allons faire et ne pas fairee face à quelqu'un qui lui ne dit rien mais fait y compris ce qu'on pensait impensable ; ce n'est pas ça l'efficacité. Le président l'a rappelé. Et donc, il nous faut ici savoir garder aussi les choses pour soutenir les Ukrainiens avec la plus grande efficacité.

Nos principes sont simples : la Russie ne peut pas, ni ne doit gagner cette guerre. Nous voulons soutenir l’Ukraine, peuple souverain, qui décide encore, jusqu’à preuve du contraire, ce dont il a besoin et les tierces parties qu’il appelle. Il n’y a que les Russes qui pensent que les Ukrainiens n’ont plus le droit de faire ça, ne reprenons pas leurs argumentaires. Ils sont souverains, les Ukrainiens.

La deuxième chose, c’est que nous ne voulons pas d’escalade, nous n’avons jamais été dans la co-belligérance. Mais là aussi, gare aux messages qui rôdent car à chaque étape depuis deux ans, on disait “Si vous livrez des tanks, il y aura des représailles ; si vous livrez des avions, il y aura des représailles ; si vous envoyez des obus de moyenne portée, il y aura des représailles”. Nous l’avons tous fait, après avoir tous dit qu’on ne le ferait pas - je le dis avec beaucoup d’humilité. Le pas d’escalade n’est pas défini par la partie russe, elle est définie par un consensus de tous.

Et puis la troisième chose, c’est que nous devons garder nos capacités pour nous défendre nous-mêmes, dans ce cadre-là, nous continuerons des coopérations très concrètes avec les Ukrainiens sur nos livraisons, nos coopérations, et puis la possibilité de mobiliser des tierces parties. A cet égard, l’initiative tchèque est extrêmement utile, nous la soutenons, nous y participerons. Elle consiste, comme je le disais, à aller chercher des munitions partout où elles sont disponibles, compatibles avec les équipements que nous avons livrés. Et nous avons commencé des travaux qui étaient jusqu’alors, je dirais, conduits séparément, et là c’est un travail de mutualisation de plus grande efficacité, donc nous le soutenons et nous sommes prêts à y contribuer. Les ministres vont nous proposer les voies et moyens de le faire et je pense que, dans ce cadre, cela peut être une mobilisation bilatérale, ça peut être des coopérations avec ces tierces parties, des financements bilatéraux comme des financements européens, ceux de la Facilité européenne de paix qui peuvent être mobilisés pour partie au service de cette initiative.

Sur ce qui est des avoirs russes gelés, la position de la France est simple : nous sommes tout à fait favorables à la proposition de taxer les revenus des avoirs qui sont identifiés et dont le cadre légal a été précisé sur Euroclear, ce qui représente 3 à 5 milliards par an. Nous ne sommes pas favorables nous-mêmes à procéder à des choses qui sont proscrites par le droit international et à ouvrir un débat qui, je crois, affaiblirait l’Europe où beaucoup de ces avoirs se trouvent, mais ouvrirait, si je puis dire, un doute.

Donc je suis pour, là aussi, quand on défend la règle de droit, l’appliquer jusqu’au bout. Par contre, je suis favorable à ce qu’on finance notre effort, y compris avec des financements européens plus innovants, comme l’a proposé, par exemple, la Première ministre Kaja KALLAS, consistant à apporter des garanties budgétaires nationales pour émettre sur le marché de la dette commune afin de financer notre effort industriel et de guerre. Cela fait partie des options que la France soutient. Merci beaucoup.

Les deux Présidents se sont ensuite rendus sur la Place Jan Palach, à proximité de l’Université de Prague, pour y déposer une gerbe en mémoire des victimes de la fusillade du 21 décembre 2023

À l'issue de cette séquence, le Président Emmanuel Macron est allé à la rencontre du Président du gouvernement de la République tchèque, Pietr Fiala, à l'Académie Straka.

Pour marquer l’importance que la France accorde à son partenariat stratégique avec la Tchéquie, ils ont tous deux signé le plan d’action 2024-2028 qui établit les orientations pour le travail bilatéral au cours des prochaines années sur les questions internationales, européennes, énergétiques, de transports, culturelles, éducatives, ou encore linguistiques et scientifiques. 

Plan d’action du partenariat stratégique 2024-2028 entre la République française et la République tchèque.

Revoir la déclaration de presse : 

27 mai 2024 - Seul le prononcé fait foi

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Déplacement du Président de la République à Prague.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre, cher Petr, pour ces mots si chaleureux et clairs et pour l'accueil. C'est pour moi-même et ma délégation un grand plaisir d'être à Prague aujourd'hui, pour la troisième fois dans mes fonctions.

Lorsque, en juin 2022, tu étais venu à Paris, nous avions parlé d'une année franco-tchèque pour l'Europe, point de jonction entre nos deux présidences du Conseil de l'Union européenne qui se succédaient avec, je crois, un travail que nous avons fait durant cette année si décisive en commun et qui a été utile pour l'unité de l'Europe dans un contexte géopolitique que chacun connaît ici.

Nous pourrions parler aujourd'hui d'une année européenne de la République tchèque, puisque ton pays célèbre les 20 ans de son adhésion à l'Union européenne, et quel chemin parcouru ! Ce long chemin a conduit à une relation encore plus étroite entre nous et des avancées absolument uniques dans bien des domaines. Ce qui fait que la République tchèque est aujourd'hui pour la France un partenaire de confiance au sein de l'Union européenne et un allié précieux au sein de l'OTAN.

Nous venons donc de signer le plan d'action pour la mise en œuvre de notre partenariat stratégique. Il a été signé en 2008 et le plan d'action que nous avons signé aujourd’hui structurera la relation et l’approfondira durant les quatre années à venir. Il couvre les questions internationales et de défense, les matières économiques, énergétiques ou de transport, les domaines culturels comme scientifiques, ça a été rappelé, c'est un plan d'action large qui, en effet, va nous permettre de continuer d'avancer.

Le sujet le plus structurant aujourd'hui pour notre Europe et pour l'un et l'autre, c’est évidemment la guerre d'agression lancée par la Russie contre l'Ukraine. Elle a commencé il y a 10 ans. Elle s'est accélérée, intensifiée depuis février 2022. Et sur ce point, nous avons une véritable convergence de vues. Merci d'avoir eu ces mots pour la conférence de Paris lundi dernier, Monsieur le Premier ministre, cher Petr. Elle nous a permis de structurer, je crois, plusieurs initiatives.

D'abord, de rassembler beaucoup de pays autour de l'initiative pour les munitions et la proposition tchèque, et donc, nous allons maintenant accélérer avec nos ministres. Nos services y travaillent ensemble avec plusieurs autres collègues. Elle vient soutenir plusieurs des coalitions capacitaires que nous avions lancées ces derniers mois, en particulier, la coalition artillerie lancée sous la présidence américaine et française.

Ensuite, nous avons acté d’une nouvelle coalition sur les frappes en profondeur et les capacités données à l’Ukraine en la matière pour pouvoir se défendre. Et puis, nous avons acté plusieurs éléments de coopération additionnelle avec les Ukrainiens, qu’il s’agisse du déminage, des actions cybers, de la protection par des civils à la frontière biélorusse, de la protection de la Moldavie et des États vulnérables et de la coproduction industrielle et de la maintenance de plusieurs équipements. Tout ça va très clairement nous amener dans les prochains mois à continuer de soutenir avec force, aussi longtemps et aussi intensément que nécessaire, l'Ukraine pour que la Russie ne puisse gagner. Le soutien à l'Ukraine passe aussi par plus de souveraineté et d'autonomie européenne.

Au-delà du pragmatisme, pour répondre aux besoins militaires ukrainiens immédiats, comme par exemple votre initiative sur les munitions, nous voulons continuer à orienter les nouveaux instruments de soutien militaire de l'Union européenne vers l'Ukraine et plus largement, afin de renforcer la base industrielle de défense européenne. Pour la France, cela passe par une préférence européenne dans les futures acquisitions conjointes de la Facilité européenne de paix comme dans le futur programme européen d'investissements de défense. C'est là aussi une question d'autonomie stratégique.

Au-delà de ce sujet, nous avons évidemment évoqué des sujets bilatéraux, mais qui ont une composante européenne et le nucléaire civil en fait partie. L'un et l'autre appartenons à cette Alliance européenne du nucléaire, qui a beaucoup œuvré pour que, dans les principaux textes européens, dans la structuration de nos marchés de l'énergie, il y ait, je dirais, une forme de neutralité technologique. Il ne faut pas que l'Europe surréglemente et il ne faut pas que l'Europe s'affaiblisse elle-même par le manque de discernement ou des voix dissidentes qui pourraient s'élever. Nous avons besoin, pour avoir une stratégie européenne souveraine décarbonée et compétitive, de moins consommer, d'une plus grande efficacité énergétique, d’énergies renouvelables et de nucléaire. Et donc c'est dans ce cadre-là que nous avons veillé à bâtir ensemble, que nous orienterons les travaux de la Commission, de la BEI et des différentes instances mais que nous voulons aussi bâtir davantage. L'important accord signé par ORANO avec vous aujourd'hui sur l'uranium en est une des composantes. Et comme vous le savez, EDF s'est portée candidate aussi aux projets industriels qui sont les vôtres, mais que nous voulons être — et j'y reviendrai tout à l'heure durant le forum sur le nucléaire civil — aussi des coopérations dans la durée en profondeur, avec un juste retour industriel dans la production, mais un retour industriel dans la durée pour la République tchèque, avec des partenariats d'innovation et de technologie pour les futures générations de réacteurs, et avec aussi un partenariat en matière de régulation et de sûreté.

Au-delà de cela, nos deux pays ont établi des relations étroites dans les domaines des infrastructures routières, ferroviaires et des partenariats publics-privés, et là aussi, je souhaite que nous puissions les approfondir. Et puis sur le plan culturel, nos deux pays sont intimement liés. Je me réjouis de visiter la collection d'œuvres françaises achetées par l'État tchécoslovaque à l'époque, il y a 100 ans, les expositions croisées entre la Galerie nationale de Prague, le Louvre et le centre Georges Pompidou, cette année et l'année prochaine, où les échanges nombreux entre formations musicales sont la preuve de cette vitalité. La Villa Heska, un dispositif de résidence croisée porté par notre pays avec ses partenaires tchèques, permettra à des auteurs, à des illustrateurs aussi, et d'autres artistes, de pouvoir créer dans nos deux pays, passant de l’un à l’autre, et inventer un imaginaire commun et, qui sait peut-être, notamment autour de la bibliothèque de Milan KUNDERA à Brno. En tout cas, vous l’avez compris, ces coopérations artistiques, les coopérations aussi académiques, tout le travail que nous menons pour développer notre connaissance réciproque — je n’oublie pas les formations si importantes à Dijon ou à Nîmes et les sections tchèques, mais également les sections françaises que vous avez développées et le nombre de locuteurs français qui augmente encore dans votre pays, sont pour moi le ciment de la relation à venir. Car je pense à nos successeurs qui signeront le énième plan d’action dans quelques années ici même : il se nourrira de ce que nous avons réussi à faire, mais de ces générations que nous aurons formées. Et je sais ô combien, Monsieur le Premier ministre, c’est l’une de vos priorités, la formation, l’éducation, et cet apprentissage en particulier de l’un et de l’autre.

Merci en tout cas une fois encore pour votre accueil dans ce moment si décisif pour l’Europe. Merci Monsieur le Premier ministre, cher Petr, de cette communauté de vues que nous avons encore pu conforter aujourd’hui dans nos échanges.

Merci beaucoup.

En fin de journée, le Président Emmanuel Macron s'est rendu au Forum sur l’énergie nucléaire avec les acteurs de l’écosystème tchèque en matière nucléaire. 

Il a rappelé que le nucléaire dépassait la simple question énergétique et touchait aux champs de la souveraineté, du climat et de la compétitivité

Son intervention a permis de valoriser les coopérations entre nos deux pays dans plusieurs domaines : nucléaire civil, industrie de défensesécurité énergétique et décarbonation.

Revoir son intervention : 

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