Le Président de la République Emmanuel Macron s'est rendu à Bangkok, au Royaume de Thaïlande, du jeudi 17 au vendredi 18 novembre 2022, dans le cadre de sa participation au Sommet de l’APEC. 

Au premier jour de sa visite, le Président Emmanuel Macron a visité le Centre d’art de la Fondation Jim Thompson, emblématique des liens qui unissent la France et la Thaïlande, de la diversité des partenariats que la France met en œuvre dans la région Indopacifique. Il s'est ensuite rendu au stade Rajadamnern où il a rencontré deux Français Antoine et Victor Pinto, deux champions de muay-thaï. 

Le Président a ensuite prononcé un discours devant la communauté française de Thaïlande : 

17 novembre 2022 - Seul le prononcé fait foi

DISCOURS DU PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON À LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE RÉSIDANT EN THAÏLANDE

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Madame la ministre, 
Monsieur l’ambassadeur, 
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, 

Je suis très heureux de vous retrouver et très heureux d’être parmi vous, même si j’ai déjà, un peu plus tôt dans l’après-midi, croisé une partie, je pense, de vos enfants du lycée français, les plus jeunes. Je suis donc ici parmi vous, pour les rencontres bilatérales et un déplacement bilatéral qui a commencé ce matin, mais aussi pour le sommet de l’APEC, puisque la France a l'honneur d'être le premier pays européen invité à participer à ce sommet. C’est pour nous une chance, un honneur, au cœur aussi de notre ambition Indo-Pacifique. 

La Thaïlande, vous la connaissez toutes et tous mieux que quiconque, et je veux, en commençant mon propos ici, vous dire que si je peux être là, défendre nos couleurs, essayer de pousser nos intérêts, porter une ambition géopolitique dans la région, c’est parce qu’il y a vous ; c’est-à-dire des femmes et des hommes qui font vivre la relation bilatérale par leur engagement, leur activité, les emplois qu'ils créent ici, les investissements qu'ils font, les formations qu'ils prodiguent, la recherche qu’ils conduisent, les coopérations artistiques, les exemples sportifs qu'ils portent. Et donc j’ai pu depuis ce matin, au gré des rencontres, voir une partie de nos fiertés. Tout cela, c'est ce qui nous permet d'avoir cette union forte, cette intimité que je veux encore renforcer. 

La première de ces forces, c'est cette communauté française. Votre nombre est signe de l'attachement des Français à la Thaïlande ; plus de 14 000 compatriotes résident en Thaïlande, au registre des Français de l'étranger. Donc ça c'est, si je puis dire, déclaré par la police, mais généralement, en la matière, c'est plutôt le chiffre des manifestants qui est le vrai, et donc c'est à peu près le double, me dit-on. Et en l'espèce, s’y ajoutent les centaines de milliers de touristes, près de 800 000 en 2019 avant la pandémie, qui visitent ce pays chaque année. Car les Français, en effet, aiment la Thaïlande. Et cette présence, cette force, elle s'appuie sur une histoire qui vient de très loin. Nous en avons vu quelques traces ce matin, pour celles et ceux qui m'accompagnaient, dans ce que Louis XIV avait voulu initier avec le Royaume de Siam et la première ambassade envoyée à Versailles et conduite par le ministre Kosa PAN, devenu un épisode quasi légendaire de cette relation et qui ensuite a continué de faire des petits avec les jalons de notre histoire qui ont marqué toujours un attachement particulier. Un appétit tout particulier aussi, avec, à la fin du 19ème siècle, la chaire de Siamois créée à l'École des langues orientales, futur Inalco ; l'apparition des premiers dictionnaires de franco-siamois au début du 20ème siècle, et un lien qui ne s'est, au fond, jamais défait, jusqu'à être incarné par les attachements nombreux et multiples depuis plusieurs générations dans la famille royale. 

C'est cette antériorité aussi, cette intimité, qui fait que la Thaïlande est devenue en 2008, Etat observateur à l'Organisation internationale de la Francophonie, que je rejoindrai dans la nuit de vendredi à samedi. Cette francophonie que vous portez toutes et tous en Thaïlande et que notre enseignement, aussi, rend plus fort chaque jour. Et donc en venant à votre rencontre aujourd’hui, après l’épreuve de la pandémie, je voulais d’abord en vous ayant dit combien vous comptez pour cette relation, rendre hommage à la vitalité de notre communauté française. 

Elle bénéficie d’abord, je l’évoquais rapidement, d’un solide ancrage au sein de la société et de l’économie thaïlandaise, avec notamment la chambre de commerce franco-thaï, les conseillers du commerce extérieur, la french tech, le club VIE, plus de 300 opérateurs économiques français employant 60 000 salariés qui sont implantés en Thaïlande, dont 200 entreprises appartenant à des investisseurs français résidant dans le royaume et une centaine de filiales de grands groupes français ou de PME. Et je veux ici aussi citer les entrepreneurs, les artisans, les commerçants indépendants français très nombreux dans ce pays, et dont l'activité contribue au rayonnement de la France. Je voudrais également saluer tous ceux, également nombreux en Thaïlande, qui sont engagés dans le secteur associatif au sein d'organisations non-gouvernementales qu’ils œuvrent pour l'enfance, le droit des femmes, la santé des populations déshéritées, le sujet des océans, les réfugiés arrivés de Birmanie où se déroule le drame que nous connaissons. Sur tous ces sujets, vous portez nos valeurs, vous représentez nos ambitions, et vous faites vivre la relation. À cet égard, je ne veux pas oublier non plus nos compatriotes qui travaillent auprès de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l'Asie et le Pacifique, et les nombreuses agences onusiennes, dont les bureaux régionaux sont basés à Bangkok, ainsi que l'action des centres de recherche Cirad, l'IRD, FAO, l’IRASEC et plusieurs autres qui font vivre, là aussi, l'excellence scientifique, culturelle, académique de notre pays. Elle est connue, elle est reconnue, je peux vous le dire. 

J'ai été tout à l'heure avec le Chairman de CP et il me parlait de nos innovations et de ce que font nos groupes - nous étions ce matin ensemble auprès d'acteurs culturels - il nous parle de nos grands musées, de nos écoles, de nos centres de recherche. Et je souhaite enfin adresser un message amical à tous ceux qui ont fait le choix de prendre aussi leur retraite en Thaïlande, et en même temps, d'être actif au sein de la Communauté française, dans le milieu associatif comme parfois dans le milieu économique aussi. Et donc de l'économie, à la solidarité, à la culture, en passant par le sport puisque tout à l'heure, on était avec les frères PINTO, avec plusieurs de nos jeunes, une partie de notre fierté. Mais les Jeux olympiques de 2024 nous permettront, là aussi, d'honorer nombre de nos sports. Vous faites vivre cette relation et l'excellence de notre pays. 

Il y a aussi parmi les Français de Thaïlande, un extraordinaire sentiment de solidarité. Une valeur qui a été au cœur de la mobilisation des services de l'Etat lors de la pandémie, services auxquels je veux rendre ici hommage. La Thaïlande est en effet un des pays dont nous avons rapatrié en 2020 le plus grand contingent de touristes, grâce à la mobilisation de l'ensemble des équipes du quai, du centre de crise, de beaucoup de partenaires privés aussi dans la société d'assurance ou de voyagistes. Puis vint ensuite le temps de la vaccination, autre moment de solidarité. Et grâce à la collaboration exceptionnelle des autorités thaïlandaises, à la mobilisation de notre ambassade, dont je salue l'engagement, nous avons organisé en Thaïlande la campagne de vaccination la plus importante dans notre réseau à l'échelle mondiale. 4 campagnes de vaccination successives organisées de juin 21 à mai 22 dans 8 villes différentes pour être au plus près de vous, dans des conditions proches de celles dont vous auriez pu bénéficier en Europe, y compris aussi pour ce qui est de la France en termes de gratuité et de qualité de prestation. Et je tiens à cet égard à remercier aussi les nombreux bénévoles, notamment nos consuls honoraires, les chefs d'îlots, les associations qui ont été des relais précieux sur le terrain pour que ce dispositif qui, je crois savoir, a fait l'envie de beaucoup d'étrangers, soit ainsi une réussite. Eu égard au soutien particulier que nous a accordé le gouvernement thaïlandais, j'ai souhaité, comme vous le savez, que la France fasse aussi un don exceptionnel de 1.3 millions de doses de vaccins à la Thaïlande, qui est l'illustration aussi de notre solidarité. Et ce n'a pas été oublié parce que ce matin même, le Premier ministre a tenu explicitement à remercier la France. 

Au-delà de cette reconnaissance de votre rôle, de votre place, de tout ce qui est fait et ce qui a été fait en particulier pendant cette période de crise, la période justement que nous venons de traverser m'offre l'occasion de dire combien les services aux Français de l'étranger sont une priorité de notre réseau diplomatique et consulaire et le resteront. Je mentionnais à l'instant la pandémie, mais notre dispositif a démontré de longue date sa réactivité en Thaïlande depuis le dramatique épisode du tsunami de 2004 dont je veux ici dire que nous n'oublions rien et dont nous avons la mémoire pour ce qu'il a représenté pour ce pays et pour nombre de nos compatriotes. Un dispositif spécifique de secours occasionnel de solidarité, SOS, créé pour soutenir les Français mis en difficulté par les conséquences de la crise sanitaire, a été mis en place dès avril 2020 en miroir aux dispositifs de soutien déployés sur le territoire national. Et je sais que ce dispositif n'a pas permis de régler toutes les situations individuelles — je préviens peut-être des interpellations que j'aurai tout à l'heure — mais il a tout de même donné lieu au versement de près de 4000 aides ciblées en Thaïlande. 

Outre la santé, la solidarité, la sécurité bien entendu, à laquelle nous tenons pour l'ensemble de nos compatriotes, la scolarité est l'une de nos priorités. Je voudrais saluer les élèves du Lycée français international de Bangkok et leurs encadrants qui sont parmi nous. Le Lycée français international de Bangkok est un établissement d'excellence, vaisseau amiral du réseau AEFE en Thaïlande qui compte déjà cinq établissements, accueillant plus de 2 300 élèves était à nos côtés tout à l’heure, et je veux remercier l’ensemble des encadrants, l’ensemble des enseignants, l’ensemble des parents d’élèves, aussi, associations des parents d’élèves. Je sais que l’épidémie a soumis ces établissements à dures épreuves, et leur récupération spectaculaire est le reflet aussi du dynamisme de notre Communauté française, ici, de l'attractivité de notre modèle d'enseignement, également auprès des étrangers, y compris des Thaïlandais. Vous me rappeliez tout à l’heure, Monsieur le proviseur, l'importance de cette attractivité, le fait que dans les petites classes, aujourd'hui, nous avons de plus en plus de jeunes Thaïlandais, d'internationaux qui viennent rejoindre nos écoles. Et c'est d'ailleurs le sens même de la réforme de l’AEFE, que nous avons conduite ces dernières années, de pouvoir également en faire un instrument de rayonnement, d'élargir notre offre, de savoir diversifier l'ensemble de notre offre, à travers le monde, et d'en faire un instrument de rayonnement pour l'enseignement français et l'enseignement du français. Nous devons continuer de nous fixer comme objectif d'augmenter le nombre d'élèves dans ces établissements pour permettre de jouer pleinement ce rôle de creuset du rayonnement de la France et aussi bâtir la pérennité du modèle économique, par cette attractivité. 

Je sais que notre ambassade veillera, en étroite concertation avec la communauté scolaire, à ce que le projet de relocalisation du lycée français international de Bangkok réponde au mieux aux attentes des enfants, des parents et des enseignants. Et, à cet égard, la création en projet d'une école française à Chiang Mai, qui pourrait ouvrir ses portes dès la rentrée 2024, est également l'illustration. De cette volonté que nous avons, de répondre de manière concrète à vos attentes et de continuer à faire avancer la France et le français. Chiang Mai est un haut lieu de la présence française, où nous disposons déjà d'une implantation historique, multiple de la France, en particulier de l’EFEO, de la plus grande bibliothèque française d'Asie et une de nos quatre Alliances françaises de Thaïlande, acteur d'un réseau qui fait un travail remarquable pour diffuser, notamment ici à Bangkok où l'Alliance fêtera dans quelques jours son 110ème anniversaire, notre langue et notre culture. Et donc nous allons poursuivre cet effort, mais que toutes celles et ceux qui, d'ores et déjà font vivre cette ambition, soient ici remerciés. 

Fort de cette communauté française dynamique, de ce modèle de soutien de l'Etat français, nous avons maintenant la capacité d'ouvrir une nouvelle phase de la relation bilatérale, et qui s'inscrira pleinement dans le cadre de notre histoire, mais également de notre stratégie Indo-Pacifique. Et c'est finalement sur ces deux points que je voudrais terminer les propos que je voulais avoir devant vous aujourd'hui. D'abord, sur le plan bilatéral, dès 2018, en recevant à Paris le premier ministre, je souhaitais marquer une volonté de la France d'aller plus loin, de rouvrir un dialogue avec l'Europe, et d'avancer plus fortement. Nous avons travaillé ces dernières années. Il y a eu plusieurs avancées concrètes dans des secteurs comme les satellites et le spatial, et quelques autres, en plus de ce qui existait historiquement. Nous avons signé en février dernier une feuille de route 2022-2024 portant sur nos relations et qui va permettre sur le plan économique, universitaire, scientifique, mais également dans des secteurs de la défense, de la sécurité, des grands enjeux globaux, d'avancer. Les ministres m'accompagnent aujourd'hui. Vous aurez dans quelques mois la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. J'ai déjà prévu une visite du ministre du Commerce extérieur et donc, nous allons maintenant scander les prochains mois d'une très forte présence ministérielle pour faire vivre cette feuille de route très concrète et marquer un engagement. De la même manière que nous avons invité le vice-premier ministre, dès le premier semestre, et j'ai invité le Premier ministre, ensuite, à venir. 

Aujourd'hui même, nous avons signé une autre étape de notre coopération, de ce que j'ai appelé cette « intimité stratégique » plus forte entre la Thaïlande et la France, puisque la Thaïlande a décidé de rejoindre deux initiatives que la France a lancé : l'initiative PREZODE , essentielle en termes de recherche, de prévention des grands risques sanitaires et pour marier notre agenda sanitaire et de biodiversité ; et la Coalition de la haute ambition pour la Nature et les Peuples, qui est là aussi un travail que nous avons lancé, vous le savez, pour préserver notre biodiversité, et en particulier avoir cet objectif de 30 % de protection de nos aires marines et terrestres. Et c'est à cet égard fondamental que la Thaïlande nous rejoint dans ce dialogue stratégique. 

Cette relation bilatérale, elle est évidemment très forte dans des secteurs comme la gastronomie, les produits de luxe, le tourisme et plusieurs autres que vous incarnez. Mais, nous voulons aller beaucoup plus loin dans l'agroalimentaire - on en a parlé très concrètement tout à l'heure - la recherche, l'innovation technologique et la tech plus largement - même s’il y a d'éminents acteurs parmi vous qui sont d'ores et déjà là -, les sciences, la production industrielle, qui sont partie intégrante du génie de nos deux nations, mais sur lesquelles on peut faire encore beaucoup plus et beaucoup plus fort. C'est aussi la raison pour laquelle, à l'initiative de Monsieur L'ambassadeur, nous avons décidé pour 2023, de lancer cette Année franco thaïlandaise de l'innovation, thème qui irriguera tout au long de l'année de nombreuses manifestations économiques, culturelles, scientifiques, grand-public ou spécialisées, mais qui nous permettra d'installer cette nouvelle grammaire de la relation bilatérale, ce qui est pour nous fondamental. 

Donc, vous le voyez, nous nourrissons vraiment des ambitions très fortes qu'on a encore contribué ce matin et ce midi à faire avancer, et je souhaite que nous puissions aller beaucoup plus loin et donc les années qui viennent seront clés pour obtenir des résultats. Parce que l'objectif, ce n'est pas de dire des mots ou de signer des documents. C'est que nous puissions exporter davantage vers la Thaïlande, créer davantage d'emplois et d'investissements ici, créer davantage d'investissements conjoints, faire rayonner encore plus la France et créer plus de richesse et aussi d'intérêts stratégiques communs, en particulier en matière de défense de coopération. Et je remercie aussi les militaires qui la font vivre d'ores et déjà aujourd'hui et qui nous aideront à la développer plus avant. 

Je vous le disais, et je terminerai sur ce point, cette relation bilatérale elle s'inscrit dans une ambition qui est sans doute la justification de la présence de la France à ce sommet de l’APEC, qui est une ambition Indo-Pacifique. Et ce qui pour moi est un point très important, que je veux que vous ayez chaque jour en tête, c’est que vous n’êtes pas simplement des Françaises et des Français qui peuvent paraître loin du pays, venant ici pour quelques années d’une vie professionnelle, universitaire ou académique, ou parfois nés ici ou ayant trouvé l’amour ici. Non, vous êtes au cœur d’une région dans laquelle la France est présente, où nous sommes légitimes et où nous avons une voix et un rôle. L’Indo-Pacifique, pour la France, ce n’est pas un concept, c’est une réalité humaine, historique et contemporaine et d’avenir. L’Indo-Pacifique, c’est 7 de nos 13 départements ultramarins. Ce sont des régions, des collectivités d’outre-mer français, réparties entre l’Océan indien et le Pacfique Sud, qui abritent 60% de notre zone économique spéciale, ce qui très clairement nous rapproche des pays de l’APEC ou de l’ASEAN. Si la France est la deuxième puissance maritime du monde, c’est parce qu’elle est Indo-Pacifique avec ces territoires, parce qu’il y a dans cette région plus de 1 million de Françaises et de Français vivant sur nos territoires ultramarins, parce qu’il y a une présence militaire forte avec nos bases, avec aussi les exercices conjoints que nous conduisons. Et donc, n’oubliez jamais que vous êtes ici des ressortissants dans un pays ami, avec lequel nous voulons avancer, mais aussi d’une puissance Indo-Pacifique de plein exercice et de plein droit. 

Avec aussi une stratégie, que j’ai exposée en 2018, et sur laquelle nous continuons d’avancer, et qui je crois est une voie française pour toute la région : celle du respect et d’équilibre, d’une forme d’équilibre dynamique, qui correspond d’ailleurs, je crois, à la manière dont la Thaïlande voit l’évolution de la région et son intérêt propre. La voix que porte la France dans l’Indo-Pacifique, c’est celle d’une région immense, théâtre d’une confrontation stratégique inédite qui va sans doute structurer les prochaines décennies, et dans laquelle il faut absolument préserver des équilibres nouveaux. Et ces équilibres, ils reposent sur ce que l’ancien Premier ministre australien, Malcolm TURNBULL, appelait “la liberté de la souveraineté”, c'est-à-dire que malgré l’exercice de grandes puissances, toutes les puissances doivent être respectées dans leur souveraineté propre. Et la France porte cette voix par sa présence militaire, ses coopérations, c’est son rôle. 

C’est faire aussi de cette région une région exemplaire sur le plan du développement économique équilibré, sans hégémonie, et sur le plan de l’ambition climatique et de biodiversité. Cet agenda stratégique, économique, climatique, reposant sur une forme d’équilibre dynamique, de respect entre puissances, mais qui a pour but de préserver la paix et la stabilité, c’est une voie française qui, je crois, est cousine d’une aspiration de la Thaïlande et de quelques autres et qui fait que, de la Thaïlande à l’Indonésie en passant par les Philippines et quelques autres, nous avons, je crois, de plus en plus de connivence et donc un rôle croissant à jouer. Cette stratégie Indo-Pacifique c’est aussi celle dans laquelle nous allons inscrire l’ambition que nous avons en Polynésie Française et en Nouvelle-Calédonie pour nos territoires ultra marins avec une très grande symbiose avec ce que vous faites ici. 

Voilà les quelques mots que je voulais vous dire pour vous remercier de faire vivre cette relation. Vous remercier de la solidarité et d’avoir tenu durant cette crise, vous féliciter de l’excellence que vous représentez, mais vous dire aussi que vous êtes au cœur d’une nouvelle ambition à la fois bilatérale et régionale. Et je veux remercier toutes celles et ceux de la restauration et de la conservation du patrimoine, jusqu'au sport, en passant par les initiatives économiques et culturelles, qui m'ont permis d'apprendre aujourd'hui à vos côtés. Je suis toujours extrêmement à la fois curieux et fier de vous retrouver partout à travers le monde, et puis de voir une jeunesse pleine d'avenir qui m'a tout alors interpellé, mais qui m'a rendu profondément fier d'être ce que nous sommes, et d'avoir cette conscience au monde que nous portons. Merci à toutes et à tous. Vive la République ! Vive la France ! Et vive l'amitié entre la Thaïlande et la France ! 


 

Le lendemain, le Président a participé au Sommet de l'APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique).  

18 novembre 2022 - Seul le prononcé fait foi

DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE AU SOMMET DES DIRIGEANTS ECONOMIQUES DE L’APEC

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Merci beaucoup pour ces propos. Vous avez fait une jolie description de la France et de notre leadership, et vous avez mieux que ce que je puisse faire moi-même. 

Vous êtes sans doute nombreux à vous demander pourquoi un Président français participe à un sommet de l’APEC ? Et je comprends tout à fait ce point de vue pour être juste. Alors, premièrement, c'est grâce à l'invitation du Premier ministre de Thaïlande. Donc permettez-moi tout d'abord d’adresser à mon cher ami et à la présidence thaï mes remerciements pour cette invitation, car j'ai effectivement l'honneur d'être le premier président européen à être invité à un sommet de l'APEC, ce qui est formidable. J’y lis un message de confiance et d'amitié, ce qui est très important. Par ailleurs, je souhaiterais ici rappeler la vérité car nombreux sont ceux qui ignorent que la France n'est pas uniquement, bien évidemment, un pays européen, mais également un pays de l’Indo-Pacifique. J'ai conçu cette stratégie lors d'un déplacement en Inde en 2018, et en Australie la même année, puis au Japon en 2019. Mais c'était une façon tout simplement de réconcilier la double réalité de notre pays car certes, lorsque l'on regarde la carte, la France est en Europe, c'est exact. Mais grâce à ses territoires d'outre-mer, la France est autre chose. Nous sommes présents dans les Caraïbes, nous sommes présents dans l'Indo-Pacifique, et nous avons plus d’un million de concitoyens dans ces régions. Nous avons en effet tous ces concitoyens grâce à la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna, l'Île de la Réunion, Mayotte et de fait, la France est le deuxième domaine maritime au monde, avec quelques 11 millions de kilomètres carrés grâce à cette présence, et principalement grâce à notre empreinte dans l'Indo-Pacifique. C'est probablement également l'une des deux raisons pour lesquelles je suis présent ici devant vous. 

J'ai été invité en ces circonstances particulières, à m'adresser à vous sur le thème de la navigation. Comment naviguer dans ce monde turbulent ? Alors d'autres auraient pu sans doute en parler, peut-être même mieux que moi, mais avant d'en venir aux défis et aux réponses que nous avons en ces temps, permettez-moi de vous dire à quel point ce sujet et ce moment précis font qu’il est très important d'y répondre dans cette région. Car d'une certaine façon, les économies de l'APEC sont la matrice de la mondialisation. Nous l'avons vu au cours des trois dernières décennies au moins et durant la crise de la Covid, ces économies ont été très impactées. Et de fait, la région représente les hubs essentiels du commerce international. Singapour, Shanghaï, pour n'en mentionner que deux, sont des ports essentiels, le détroit de Malacca, qui concentre un tiers du trafic mondial de chaque jour. Tout ceci a très largement contribué au partage de la prospérité en Asie et dans le Pacifique. Et je dois dire que cette région est un modèle d’intégration régionale. C’est l’une des régions qui a très largement contribué à la réduction de la pauvreté et ouvert les portes à la prospérité. Ce succès collectif a été rendu possible par le fait que le commerce international était régulé par des règles communes, par des institutions et c'est exactement ce que l’APEC partage avec l'Union européenne, ce que nous avons en commun : l'intégration régionale, des règles communes. 

Après des décennies de croissance, qu'en est-il aujourd'hui ? Nous sommes probablement à un tournant, sans doute face à au moins trois défis. Je vais essayer de ne pas être trop long. J'aurais pu ajouter de nombreux autres défis, mais je me concentrerais sur ces trois-là. Le premier, manifestement, est cette accumulation de crises, et pour continuer à filer cette métaphore marine, je dirais que nous traversons une tempête en mer. Tout d'abord, la guerre. L'agression menée par la Russie contre l'Ukraine, quelques mois à peine après la fin de la pandémie de Covid, eh bien, cette guerre n'est pas juste une crise régionale. C'est une crise mondiale qui en résulte. Je peux comprendre que pour certains dirigeants du monde, certains dirigeants d'entreprises aussi, elle semble très loin. Je comprends parfaitement que cette guerre s'ajoute à de très nombreuses tensions : les tensions et les difficultés avec la Corée du Nord qui pèsent tant sur la région, les tensions entre les deux grandes puissances, la confrontation dans la mer de Chine méridionale. 

Mais ce qui fait que cette guerre est différente, c'est premièrement le fait qu'il s'agit d'une agression à l'encontre des règles internationales. Tous nos pays, tous les pays membres de l’APEC profitent d’une stabilité qui émane de la Charte des Nations unies, de ses règles, de la décision que nous avons prise de respecter, de suivre des règles communes telles que la souveraineté, l'intégrité de nos territoires, de nos frontières. Et si l'on accepte qu'un seul pays puisse décider de s'en affranchir, d'enfreindre ses règles, tout simplement parce que ce pays est ou semble plus fort, eh bien, c'est la fin de la stabilité pour qui que ce soit de par le monde. Il n'y a aucune stabilité possible, aucune paix à moins de respecter ces règles et à moins d’un respect mutuel. 

Bien sûr, cette guerre s'ajoute à d'autres crises, la crise énergétique. Et nous voyons bien également, l'importance de cette région sur les marchés du gaz et du pétrolier. Une crise alimentaire d'abord, les céréales et puis les engrais. Tout ceci a contribué à déstabiliser l'Europe, le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Asie. Mais c'est la raison pour laquelle cette guerre est une telle crise mondiale. J’évoquerai les solutions, et cette guerre, de surcroît, a éclaté précisément au moment où le monde était déjà très perturbé par la crise et la Covid, qui a brisé nos chaînes de valeurs, isolé tant de régions et mis à mal la coopération entre les différentes régions du monde. C’est le premier défi auquel nous sommes confrontés.

Le deuxième défi qui s'y ajoute est la confrontation croissante que nous observons de par le monde, et le fait que notre ordre mondial a commencé à dysfonctionner avant même cette guerre. Et je pense que ce défi est immense pour nous tous, y compris en particulier dans cette région. Selon moi, il y a un lien clair avec ce qui se produit du fait de la guerre : le risque est celui d'une fracture mondiale. Encore une fois, la stabilité résultait de notre commerce mondial, de notre approche mondiale, de notre souhait de partager la prospérité entre tous. Tout cela grâce aux règles communes. Mais maintenant du fait de cette confrontation entre les principales économies, nous avons commencé à observer des dysfonctionnements. Des dysfonctionnements au sein de l'OMC également, disfonctionnements de fait de divergences dans les approches, les réponses à apporter à ces grands défis, les normes et les différences. Nous avons commencé à observer une rivalité dans la façon de gérer tout cela et ceci a bloqué le bon fonctionnement des Nations unies, accru les tensions dans cette région et créé une confrontation, une série de confrontations de par le monde. C'est la raison pour laquelle ces deux principaux défis sont clairement liés, imbriqués car le grand risque de cette guerre est d'ajouter à cette fracture, à cette division entre les deux parties du monde, et d’exercer une pression sur les pays divers et variés pour leur demander de choisir entre la Chine et les États-Unis. Car nombreux sont ceux qui, finalement, aimeraient ne voir que deux grandes puissances, deux camps de par le monde et c'est une grave erreur, même pour les États-Unis et la Chine. Nous avons besoin d'un unique ordre mondial, unique. 

Le troisième grand défi, bien évidemment, est celui du changement climatique. Le changement climatique est un défi pour nous tous. Nous avons eu de la chance de convenir en 2015, grâce à l'Accord de Paris, une stratégie commune. Maintenant, le moment est venu de l'exécuter, mais c'est difficile car nous avons tout un programme, un immense programme pour le changement climatique et la biodiversité. Nous avons commencé à le mettre en œuvre et comme cela a été rappelé il y a quelques minutes, en Europe avec notre Green Deal, le Pacte vert, qui est une énorme transformation pour laquelle nous avons beaucoup œuvré, qui fixe un certain nombre de règles pour réduire de 55 % nos émissions d'ici 2030 et de parvenir à la neutralité carbone d'ici à 2050 en Europe. Mais le monde entier doit être à la manœuvre pour permettre de respecter cet objectif de limitation à plus 1,5°C du réchauffement climatique, car c'est une question de durabilité et d'équité. Et c'est une question, dirai-je, qui n'est pas l'ennemie de la communauté des affaires. C'est au contraire une façon de permettre aux dirigeants d'entreprises, d'œuvrer et de montrer qu'ils sont également des citoyens de ce monde. Ce qu'il nous faut faire maintenant, c'est précisément agir de concert avec le secteur privé afin de résoudre ensemble ces défis, fixant des règles mondiales, liant les organisations régionales, et la coopération entre les secteurs public et privé pour résoudre ces problèmes communs. 

Voilà, la façon dont je résumerai ces trois principaux défis. Bien sûr, je pourrais en ajouter de nombreux, mais voilà où nous en sommes et la description que je ferai de ce monde turbulent. 

Alors comment naviguer ? Comment répondre à ces défis clés ? J'ai commencé à ébaucher quelques solutions, peut-être apporté quelques notes d'espoir grâce à notre stratégie. Alors, si nous souhaitons agir ensemble, que voulons-nous dans ces temps de changements ? Tout d'abord, nous voulons de la croissance, car c'est la seule façon d'apporter la prospérité à nos populations, de résoudre la pauvreté, et de fournir des opportunités aux classes moyennes. Et le défi est le même ici et en Europe. La crise en Europe, soyons clairs, est une crise de classe moyenne, de manque d'opportunités pour nos classes moyennes. Nous avons donc besoin, premièrement, de croissance. Deuxièmement, encore faut-il que cette croissance soit durable pour répondre aux défis du changement climatique. Troisièmement, cette croissance doit répondre aux défis de la transition démographique. Vos pays sont nombreux à encore bénéficier des dividendes de la croissance démographique grâce à leurs jeunesses. Mais d'autres, comme nos pays, sont confrontés au vieillissement de leur population. C'est ce qui se passe actuellement en Europe avec, certes, de nouvelles opportunités économiques, mais il nous faut néanmoins rétablir, rééquilibrer nos modèles économiques, nos modèles sociaux pour répondre à ces questions. Et c'est la raison pour laquelle cette croissance doit être inclusive afin de répondre également aux inégalités et aux risques d'instabilité. 

Alors, pour répondre à ces objectifs dans cette époque difficile et compte tenu des trois défis que j'ai évoqué, nous avons besoin tout d'abord de stabilité, d'investissement, de former des talents et de recherche et d'innovation. C'est absolument essentiel. C’est la raison pour laquelle, ce que nous allons essayer de faire, c’est de fournir ou de contribuer, avec beaucoup d'humilité et de bonne volonté, à une stratégie mondiale et régionale pour parvenir à ces objectifs, pour répondre à ces défis, avec énormément de coopération avec tous. 

La première façon de parvenir à ces objectifs, c'est bien évidemment la paix et la stabilité. C'est la raison pour laquelle le tout premier objectif de la France dans cet environnement est de contribuer à la paix, bien évidemment la paix en Ukraine, et essayer d'obtenir, de lancer une dynamique commune pour exercer une pression sur la Russie afin qu'elle vienne à la table des négociations, et respecte l'ordre international. Et peut-être avez-vous observé que depuis quelques mois, la France est concentrée, non seulement afin de soutenir l’Ukraine, ce que nous continuerons à faire, mais également pour travailler très étroitement avec différents pays comme la Chine, l’Inde, toute la région, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Amérique latine afin de créer un consensus de plus en plus grand pour dire : cette guerre n’est pas uniquement votre problème. Elle engendre énormément de déstabilisations. Mettons un terme à la guerre, respectez l’ordre international, vous, Russie, revenez à la table des négociations, car il nous faut tous ensemble pouvoir travailler sur les questions de déstabilisation, d’économie, etc. Donc, le moment n’est certainement pas venu de mener une nouvelle guerre que je qualifierai de néocoloniale dans la région. C’est ce qu’ils font et c’est une énorme erreur. 

Construire la paix et la stabilité est essentiel et restera notre tout premier objectif. Par ailleurs, afin de naviguer en ces temps difficiles, nous souhaitons également répondre et réparer les conséquences de la guerre. Il nous faut gérer la crise alimentaire. Nous avons donc créé ces corridors de solidarité afin de permettre d’exporter de la région énormément de céréales. 60 % des céréales exportées sont parvenues à l’Afrique, au Moyen-Orient grâce à ces corridors de solidarité mis en place par l’Union européenne et le reste des céréales a pu sortir grâce à l’Initiative de la Mer Noire, supervisée et mise en place avec l’aide du Secrétaire général des Nations unies. Alors, bien sûr, nous souhaitons également pouvoir augmenter la production dans les différentes régions du monde, faire en sorte qu’un certain nombre de pays soient moins dépendants en termes d'engrais notamment. Nous y travaillons avec le FMI et la Banque mondiale. 

Deuxièmement, comment apporter de nouveaux équilibres, une plus grande stabilité au niveau régional ? C’est ce que nous avons essayé de faire ces dernières années et ce qui sera notre défi en Europe pour les années à venir, c’est préserver l'ordre régional afin de prévenir les guerres, générer plus de croissance, d'investissements pour répondre au changement climatique. Voilà ce sur quoi nous devons travailler, avec vous dans la région Indopacifique. Créer un ordre régional, durable, afin que cette situation soit tenable et c'est précisément l'ADN, dirais-je de notre stratégie Indopacifique. Il y a quelques jours, j'ai employé une métaphore en disant que nous étions dans une jungle. Alors permettez-moi de mettre de côté cette métaphore de navigation pour tourner vers celle-ci. Nous sommes dans la jungle et il y a deux éléphants de plus en plus agités et s'ils sont trop agités, ils commencent à se battre et toute la jungle en souffrira. Ils ont besoin de la coopération d'un grand nombre d'autres animaux, les tigres, les singes, tous. Et c’est exactement ce en quoi nous croyons. Notre stratégie Indopacifique consiste à apporter un équilibre dynamique. Comment contribuer à une espèce de stabilité d'équilibre qui ne peut être l'hégémonie entre les mains d’un seul, la confrontation entre deux grandes puissances. Un équilibre dynamique, telle est la philosophie que nous souhaitons promouvoir dans la région et je pense que c’est la meilleure façon de répondre aux défis que j'évoquais. 

Cela signifie qu’une autre philosophie pour l'Indopacifique, dans l'Indopacifique, repose sur la souveraineté, la liberté de la souveraineté, comme le disait mon ami Malcolm TURNBULL. Cela signifie que tous les membres de la région doivent se respecter les uns les autres. Certes, vous êtes en concurrence, nous voulons tous gagner, mais à un moment donné, chacun respecte la souveraineté de l'autre car elle est au cœur de la stabilité. Notre stratégie Indopacifique repose sur la coopération économique, la stabilité stratégique, le respect de l'ordre international et de la souveraineté et l'aptitude à obtenir des résultats concrets sur le changement climatique et la biodiversité. C'est la raison pour laquelle ce que nous avons signé hier avec le Premier ministre de Thaïlande sur la coalition pour la préservation de la biodiversité notamment, est essentielle, pour vous comme pour nous. 

Troisièmement, après la paix et la stabilité, un nouvel ordre régional, nous voulons également être partie à ce nouvel ordre mondial. J'ai évoqué les grands risques de fragmentation de notre monde. Au cours des dernières décennies, nous avions un ordre mondial unique. Il nous faut le restaurer. Il nous faut travailler dur pour avoir des règles communes, mondiales, commerciales et pour l'environnement. Nous avons besoin de reconstruire un multilatéralisme efficace et nous avons besoin de travailler dur contre la mise en place, en parallèle, de différentes formes de multilatéralisme car le résultat en serait la fragmentation du monde et ceci mettrait à mal toutes les opportunités d'investissement et la croissance. Nos règles doivent être mondiales en termes de coopération également. Alors, ce qu'il nous faut faire, c’est travailler dur avec tous les pays de la région et bien évidemment avec toutes les régions, pour reconstruire une OMC efficace, afin de la renforcer tout comme l'OMS, comme nous l'avons fait durant la pandémie et concevons notre ordre mondial également en termes de solidarité Nord-Sud et c'est la raison pour laquelle j'en appelle à une réforme essentielle de la Banque mondiale et du FMI à cette fin. 

Quatrième et dernier point : il nous faut réformer, dirai-je l'ADN de nos économies et changer également dirai-je l’économie mondiale, le capitalisme. Bien sûr, dans votre région, il y a de nombreuses organisations politiques différentes, des modèles différents, mais vous avez néanmoins tous opté pour le capitalisme dans le commerce et nous avons besoin de faire en sorte qu'il soit, dans son ADN, plus inclusif, plus coopératif, et c'est la raison pour laquelle nous avons lancé toutes ces réformes en France. Tel est précisément le programme que nous avons pour l'Union européenne. Mais c'est un programme à partager avec les dirigeants d'entreprises. En résumé, en ces temps de folie, de tempêtes, on ne peut pas changer la mer, il faut renforcer le navire, partager les cartes et fixer le cap avec les différents participants, les différents navigateurs. C'est ce qu'il nous faut faire. Ensemble il nous faut construire une organisation dans laquelle nos entreprises, nos économies tiennent compte dans leurs stratégies d'investissement, du changement climatique, de la biodiversité. 

Cela signifie qu'il nous faudra réorganiser notre organisation, nos normes, notre façon d'apprécier nos projets d'investissement. Nous avons commencé à le faire en Europe avec le Pacte vert et nous souhaitons également y contribuer dans la région en adoptant de nouvelles normes ensemble. C'est une nécessité, si vous voulez connaître mon point de vue personnel. Alors, cela ne signifie pas qu’il faudrait réduire le niveau d'investissement, au contraire. Il ne s'agit pas d'imposer des contraintes aux entreprises, mais il s'agit d'accroître les synergies et la coopération entre les entreprises, les chefs d'entreprises, les citoyens, les dirigeants. 

Permettez-moi de prendre un exemple concernant le changement climatique et de faire référence à ce que l'on appelle les partenariats JET-P pour une transition environnementale juste. Il y a des stratégies, bien sûr, en Europe, en France et ailleurs pour réduire les émissions. Et pour ce faire, il nous faut nous débarrasser du charbon. Si nous parvenons à avoir une stratégie de croissance sans le charbon, nous aurons réussi. Alors, ce que nous avons décidé de faire il y a un an ; en marge de Glasgow, c'est convenir d'une approche pays par pays. C'est une nouvelle organisation. Regardons donc ces grandes économies émergentes. Regardons, tournons-nous vers tous les donateurs, tous ceux qui veulent financer cette transition. Nous avons conçu une stratégie au niveau des différents pays. Nous avons d'ores et déjà conclu un accord avec l'Afrique du Sud en faveur d'une transition pour sortir du charbon et passer au nucléaire. Nous l'avons bien fait il y a quelques jours, avec l'Indonésie également. Il nous faut mettre en place ce type de stratégie avec vos pays. Nous débarrasser du charbon est essentiel et cette stratégie énergétique, en faveur des renouvelables, de l'énergie nucléaire, je sais que parfois ce sujet peut être controversé et sensible sur le point de vue politique et je le respecte. 

Mais permettez-moi de vous dire que la meilleure façon d'avoir une énergie faible en carbone et sans risque d'interruption reste l'énergie nucléaire. Donc les renouvelables, le nucléaire, mais également des moyens de réduire notre consommation et de stocker l'énergie, voilà ce qu'il nous faut développer dans votre région. Si vous souhaitez développer ce type de stratégie, vous avez besoin d'une plus grande collaboration entre les dirigeants d'entreprises, les gouvernements et le reste du monde. C'est exactement la façon de développer cette approche multipartenaire et de répondre au défi climatique, et c'est ce que nous souhaiterions faire avec vos économies. 

Je ne vais pas garder la parole plus longtemps. J'aurais déjà voulu faire plus court. Mais pour terminer, permettez-moi de vous dire qu’en France, nous avons adopté un grand nombre de réformes ces dernières années. Parfois, vous entendrez dire que les choses vont mal, sont difficiles en France, mais c'est le cas partout. La France dispose de nombreux atouts, et ce qui fait que notre pays est assez spécial, c'est que les Français sont très fiers, -parfois, peut-être un petit peu trop, voire un peu arrogants-, mais de fait, nous doutons beaucoup de nous-mêmes, parfois trop probablement. Néanmoins, je pense que nous pouvons avoir confiance en notre avenir car la France dispose de nombreux atouts pour lutter dans ce monde et parvenir à des résultats. 

Nous avons un très bon système énergétique, précisément fondé sur les renouvelables et le nucléaire ; une énergie accessible à bas coût, peu carbonée. Nous avons un modèle social très fort. Nous adoptons énormément de réformes pour réduire le coût du travail, le coût du capital, pour faciliter également notre quotidien et avons de nombreux emplois sociaux. Vous l'avez dit, nous avons connu une reprise plus rapide que dans la plupart des autres pays européens à la suite de la Covid. Et puis, nous avons beaucoup de créativité, qu'il s'agisse de la littérature ou un tas d'autres domaines : la gastronomie. Nous sommes les premiers dans l'investissement en Europe, dans les startups, en technologie et nous avons été les premiers ces trois dernières années. 

Mon message est de vous dire que, en ces temps tumultueux, c'est un très bon moment pour investir en France, en particulier investir dans la France, ici, dans votre région. Comme je vous l'ai dit, la France, de toute façon, fait partie de la région. Donc, non seulement mon invitation n'est pas uniquement d'investir dans la France, en Europe, mais également en Calédonie, à la Réunion, en Polynésie. Tous ces territoires qui sont essentiels présentent énormément d'opportunités. Mais soyez sûrs que nous continuerons à travailler dur dans les années à venir pour mettre en place une stratégie pour l'avenir. J’ai fixé cette stratégie 2030 avec énormément de réformes du domaine de l'énergie, le quantum, les nouvelles technologies, une stratégie pour notre pays et pour notre continent. 

Nous allons continuer à travailler dur pour renforcer l'Europe, pour qu'elle soit coopérative avec le monde entier et nous continuerons à travailler dur pour rester au cœur de cette région et pour être un partenaire fiable, humble et cohérent. Car je pense que, en ces temps difficiles, ce dont nous avons besoin est de partager notre stratégie, faire preuve d'une grande transparence dans la gestion de la réponse à ces défis et de coopérer. Je suis certain que la seule façon d'avoir une partie de jeu de gagnant-gagnant est d'accepter que tous les membres d'une région et toutes les régions du monde puissent contribuer à rendre le monde meilleur. Nous ne croyons pas en l'hégémonie, nous ne croyons pas en la confrontation. Nous croyons en la stabilité, en la coopération, en l'innovation commune et en l'obtention de résultats concrets et positifs pour tous nos peuples partout. 

Je vous remercie de votre attention et vous pouvez compter sur la France ! Merci. 

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