Le Président de la République a reçu ce mercredi 9 mars, au Palais de l’Élysée, le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol PACHINIAN, à l’occasion du 30ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et l’Arménie.

À l’issue de leur entretien, ils se sont rendus au Centre de conférences ministériel pour conclure l’événement « Ambitions France - Arménie », réunissant des représentants des collectivités locales, des entreprises, des ONG et des associations de la société civile franco-arménienne dont l’engagement contribue à nourrir la relation économique, culturelle, scientifique entre nos deux pays. Inscrite dans le cadre de la Feuille de route économique franco-arménienne signée le 9 décembre dernier par les deux gouvernements, cette rencontre a également été l'ocasion pour le Président Emmanuel Macron d'annoncer la création d'un fonds de concours dédié à l'Arménie.

Revoir les discours du Président Emmanuel Macron et du Premier ministre de la République d'Arménie Nikol Pachinian :

9 mars 2022 - Seul le prononcé fait foi

Discours de clôture de l’événement « Ambitions France - Arménie » du Président de la République :

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Merci beaucoup monsieur le Premier ministre, cher Nikol. 
Mesdames messieurs les ministres, 
Mesdames messieurs les parlementaires, 
Mesdames, messieurs les Ambassadeurs, 
Mesdames, messieurs. 

D’abord, pardon, nous vous avons fait attendre. L’actualité était lourde et avec monsieur le Premier ministre, nous avons taché de couvrir quelques-uns des sujets du moment et je veux d’abord remercier Jean-Baptiste LEMOINE avec l’ensemble des équipes d’avoir organisé ces premières rencontres qui ont rassemblé les principaux acteurs de la coopération entre l’Arménie et la France. 
Et je dirais qu’il y a deux raisons à ce que nous les organisions maintenant. L’une grave et l’autre heureuse. L’une grave c’est évidemment le contexte. Je vous ai fait défaut il y a quelques semaines, le CCAF, et je le regrette. J’étais alors en négociation entre la Russie et l’Ukraine, ça parait être dans un tout autre monde aujourd’hui. On avait encore des espoirs. Maintenant, la guerre est là et je le dis ici avec beaucoup de force. La guerre qui est revenue en Europe par l’agression russe ne doit pas nous faire oublier les autres guerres et ne doit pas nous faire oublier les autres lieux de déstabilisation et c’est aussi pour cela que je pense qu’il est très important de tenir aujourd’hui cet événement, ces rencontres et de continuer d’avancer parce que la situation demeure préoccupante et nous en avons parlé avec monsieur le Premier ministre parce que ce qui se passe évidemment en Ukraine aujourd’hui n’est pas sans conséquence dans le reste de la région et n’est pas sans conséquence pour l’Arménie. Donc nous y sommes extrêmement vigilants. Et je voulais aussi, en étant là avec monsieur le Premier ministre dire haut et fort qu’une actualité ne chasse pas l'autre et que le conflit d'aujourd'hui ne nous fait pas oublier celui de l'automne 2020, parce que les choses ne sont pas non plus réglées et j'y reviendrai, il y a aussi beaucoup à faire. 
La deuxième raison, elle est plus heureuse. Vous y êtes revenu, monsieur le Premier ministre, cher Nikol. C'est le 30ème anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Nous voulions, en effet, dresser un état des lieux des coopérations qui nous lient, mais surtout donner un nouvel élan et nous voulions susciter des rencontres entre vous, tous les artisans de la coopération bilatérale et faire naître de nouveaux projets et c'est le cœur de cette rencontre et cette journée. Alors, je me souviens, à l'automne 2020, vous l'évoquiez, la France s'était mobilisée. La France aurait voulu faire plus et nous avons conscience aussi du courage et de l'esprit de résistance dont vous avez fait preuve alors. Mais nous nous sommes mobilisés pour la solidarité et l'action humanitaire et pour apporter une aide d'urgence à l'Arménie. Et je veux ici de nouveau remercier les principaux acteurs de celle-ci, Youri DJORKAEFF au premier chef qui a pris place à la tête de cette équipe de France - bon anniversaire je crois Youri, il n'y a pas de hasard dans la vie, il n'y a pas de hasard - et qui a accepté de remettre le maillot, si je puis dire, et d'aller au combat pour porter cette aide. Mais l'ensemble des acteurs, le ministre les citait et je ne serai pas exhaustif, mais l'Assistance publique des hôpitaux de Paris, cher Martin, les Hospices civils de Lyon qui ont joué un rôle central et chacune et chacun d'entre vous, plusieurs acteurs ici présents qui se sont alors mobilisés, soyez-en remerciés. 
Après cet effort humanitaire, nous avions souhaité mettre en place des coopérations plus profondes, plus pérennes pour aider l'Arménie sur la durée. Alors, plusieurs actions ont déjà été menées, qui sont le fruit de travaux engagés depuis plusieurs années. Je pense à la création de l'Institut français d'Arménie. C'était le souhait du regretté Charles AZNAVOUR et dans quelques semaines, chère Christine AZNAVOUR, il va commencer à fonctionner et c'est aussi le fruit d'un engagement, d'un travail. Et je suis extraordinairement heureux que vous soyez là aujourd'hui et que les choses continuent d'avancer. Nous allons également engager un important programme de formation, de préservation, de valorisation du patrimoine culturel et religieux arménien conduit par l'Institut national du patrimoine, cher Charles, les acteurs académiques et culturels ont été rappelés et cités par le ministre et je veux ici qu'ils soient toutes et tous remerciés pour leur engagement et leur travail. Je souhaite aussi que nous puissions continuer à avancer et nous savons tous les blocages qui existent depuis un an - et je dois dire que je partage un peu votre impatience sur certains sujets - et donc je souhaite que l'Unesco puisse apporter tout son soutien et son expertise pour préserver tout le patrimoine de la région, en dehors des considérations politiques - je le dis en termes très diplomatiques, j’avais envie de le dire plus clairement mais je pense que ce serait contreproductif. C’est pourquoi, j’ai encouragé le Président ALIEV et le premier ministre PACHINIAN à recevoir la directrice générale de l'Unesco pour engager le dialogue nécessaire. Aujourd'hui, tout est bloqué pour des raisons politiques au sein de l’Unesco qu'on ne peut pas accepter. L'un et l'autre ont témoigné de leur engagement, et donc, je sais pouvoir compter sur la directrice générale et je vais faire mon maximum pour qu’on puisse débloquer cette situation. On doit avancer et réussir à faire. ALIPH aussi est engagé et continuera de l'être. 
Nous avons également défini une feuille de route économique franco-arménienne jusqu'en 2026. Aujourd'hui, c'est un pas supplémentaire, au-delà de tous ces rappels, qui est fait. Vous venez de le dire, monsieur le ministre délégué, nous recensions 150 projets bilatéraux. Plus d'une soixantaine ont été apportés lors de ces rencontres de toutes tailles, dans tous les domaines. Il y en a aujourd'hui plus de 200 qui sont sur la table et les ateliers de cet après-midi l'ont montré. Que ce soit dans la santé, la culture, le patrimoine, l'éducation, la francophonie, la jeunesse, le sport, l'économie. Nous continuons d'aller de l'avant et de porter des projets très concrets. Et je veux saluer l'ensemble des acteurs qui se sont mobilisés : société civile, organisations publiques, associations, collectivités territoriales. Aussi pour porter plus loin ces travaux, pour donner aussi un cadre à ces coopérations multiples, j'ai souhaité que nous puissions créer un fonds de concours dédié à l'Arménie. L'Etat amorcera ce fonds de concours et je vous encourage toutes et tous, en particulier les collectivités territoriales, à se saisir de cet instrument et à pouvoir l'amender. Beaucoup de collectivités souhaitaient, on le sait bien, pouvoir apporter des projets à l'Arménie, au Haut-Karabagh aussi. C'était pleinement légitime et parfois des questions de cadre juridique ou institutionnel. Avec ce fonds de concours, nous allons donner un cadre stable, identifié avec, je dirais, l'appui plein et entier de l'Etat, la diplomatie française, et nous pourrons ainsi abonder, mener des projets et avoir plus de vélocité et d'efficacité dans les projets communs que nous souhaitons faire avancer. 
Cet événement Ambitions France-Arménie prend une dimension encore plus particulière et je le disais à l'instant dans mon propos introductif, car encore une fois, la région vit un traumatisme majeur qui aura des conséquences sur nous tous, sur nos économies, sur notre sécurité et sur nos vies. Et l'Arménie sait mieux que quiconque ce que représentent les ravages de la guerre. Je disais à l'instant que ce qui se passe en Ukraine n'est pas sans conséquence et on le revoit avec à nouveau des violences, avec à nouveau des événements inquiétants qui réapparaissent. Nous voyons aussi les liens qui existent entre ces situations quand on commence à parler avec légèreté à nouveau de génocide et quand on commence à installer des discours politiques qui reposent sur des révisionnismes historiques. Et l'Arménie sait qu'on ne peut pas parler avec légèreté de ces sujets. Elle sait que l'on ne doit pas accepter que l'on travestisse l'histoire pour servir des buts politiques. La France le sait aussi et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons instauré la journée de commémoration du génocide arménien, le 24 avril, qui fait désormais partie, vous le savez, des commémorations républicaines pour ne jamais oublier. 
Mais alors que cette guerre déclenchée par la Russie déstabilise votre environnement immédiat, monsieur le Premier ministre, je veux ici vous dire l'engagement de la France, l'engagement de la France pour ramener la paix en Ukraine, mais aussi pour continuer d'encourager une stabilité durable dans le Caucase. Vous savez pouvoir compter sur le soutien indéfectible de la France et c'est le sens du sommet virtuel que nous avons tenu avec Charles MICHEL vous-même et le Président ALIEV, le 4 février dernier. Alors, je sais bien, nous obtenons à chaque fois des résultats, des petits pas, dans la bonne direction, ça peut paraître insuffisant, mais il faudrait aller beaucoup plus loin. On ne négocie pas seuls. Et si les choses étaient faciles, l'automne 2020 ne serait pas arrivé. Il faut de la constance. Il faut rassembler la communauté internationale, il faut mettre la pression. C'est ce que nous continuons de faire, alors nous allons continuer. Nous en avons longuement discuté à l’instant, à titre bilatéral, avec l’Union européenne, au titre de notre coprésidence du groupe de Minsk, de travailler à la libération des prisonniers arméniens, de soutenir les travaux sur la délimitation de la frontière, de travailler au désenclavement de la région, à la sauvegarde du patrimoine et au règlement de la question du Haut-Karabakh car cette question n'est pas réglée. Et c'est bien un traité de paix et dans la durée qui doit être construit. Le co-Président français du groupe de Minsk se rendra d'ailleurs bientôt dans la région. 

Par ailleurs, l'Union européenne a fixé un cap ambitieux de reprise, résilience, réformes dans le cadre de l'accord de partenariat global de 2021 à 2026, qui s'appuie sur 1,6 milliard d'euros de subventions et d'investissements fléchés. Et il s'agit de faire émerger en Arménie une économie innovante, d'améliorer les infrastructures ferroviaires et routières dans le pays, dans toute la région. C'est cohérent avec votre stratégie, c'est cohérent avec les partenariats bilatéraux qui existent déjà avec les projets développés par nos entreprises. Vous en avez rappelé l'importance tout à l'heure et donc, cette coopération aussi avec l'Union européenne continuera de se développer. Ce que nous allons poursuivre, c'est un chemin de normalisation. Il est plus difficile aujourd'hui que jamais. Je le dis avec à la fois beaucoup d'engagement, mais de lucidité. La guerre revient en Europe, mais il y a plus que des velléités, des plans résolus, de changer les équilibres profonds à l'Est de l'Europe et dans le Caucase, et donc ce sont ces plans qu'il nous faut contrecarrer. Il faut le faire avec un engagement qui sera le nôtre, mais en engageant nos partenaires européens, l'Union européenne. 
Les prochaines semaines et les prochains mois doivent aussi être consacrés à clarifier d'un point de vue géopolitique, la vision que nous avons de notre partenariat oriental. Et je le dis ici aussi avec beaucoup de franchise au moment où l'émotion après ce qui s'est encore passé à Marioupol est immense. Les sujets d'élargissement de l'Union européenne ne peuvent pas être regardés au cas par cas. Et l'Union européenne est face à un défi aujourd'hui géopolitique, qui est de savoir comment penser ce qui était jusqu'alors sa politique de voisinage pour rebâtir de nouveaux équilibres. Mais la question de l'Ukraine ne peut être séparée de celle de tous les partenaires du Partenariat oriental, à l'exception de la Biélorussie, qui a choisi une autre voie, et des Balkans occidentaux. Ce défi, dans les semaines qui viennent, nous aurons à le régler en Européens. Car l'Union européenne doit devenir cette puissance de stabilité sur le continent. Stabilité là où certains pouvoirs autoritaires décident le révisionnisme historique, décident les rêves d'empire et de revenir sur des frontières qui étaient établies, mais puissance aussi parce que la volonté de stabilité n'existe pas si on décide de regarder les autres faire. 
Ce sont deux révolutions, vous l'avez bien compris que l'Europe a à faire pour elle-même, mais c'est le moment que nous sommes en train de vivre. C'est ce que nous avons commencé de vivre lorsque vous avez eu à vivre la guerre. Et que nous avons tous été, je dois bien le dire ici, au secours, mais impuissant. C'est ce que nous sommes en train de vivre en Ukraine et c'est ce que nous ne voulons plus vivre. Tout cela implique pour notre Europe aussi des choix profonds. 
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire aujourd'hui. En tout cas, les temps sont graves et un peu lourds, mais vous avez aujourd'hui montré que la détermination de femmes et d'hommes qui ont leur cœur, leur famille entre l'Arménie et la France, qui sont les enfants de cette histoire multiséculaire que rappelait monsieur le Premier ministre, mais qui est aussi une histoire de combat, de fidélité et d'amour. Vous montrez qu'il n'y a aucune fatalité et que les projets doivent continuer d'avancer dans tous les domaines qui sont les vôtres. Aujourd'hui, d'autres projets ont réussi à advenir, nous les accompagnerons dans la durée et ce que je veux vous dire, c'est que l'événement d'aujourd'hui n'est pas un événement au hasard, vous l'avez compris, mais n'est pas simplement non plus une occasion unique. C'est le début d'un processus qui va renforcer notre coopération bilatérale, renforcer notre engagement au côté de l’Arménie, renforcer notre volonté de faire ensemble. Donc ces projets adviendront, mais chaque année, il nous faudra en faire monter de nouveaux, chaque année il nous faudra évaluer les progrès, voir les échecs, et réussir à avoir un agenda exigeant pour conjurer la fatalité, mais surtout pour avancer sur l’ambition qui est la nôtre, celle de la paix dans le Caucase, celle d'une Arménie en paix, souveraine, stable, ce qui est votre projet monsieur le Premier ministre, et celle d'une amitié franco-arménienne qui n'a plus rien à démontrer, mais qui sera encore renforcée de ces mois et de ces années si difficiles parce que nous avons, ensemble, démontré notre amitié et notre volonté de faire. Merci d'être là, monsieur le premier ministre, et merci à toutes et tous pour votre travail et votre engagement. Vive l'Arménie ! Vive la France ! Et vive l'amitié entre nous !

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