Le professeur François Gros, figure de proue française de la biologie contemporaine et codécouvreur de l’ARN messager, nous a quittés le 18 février à l’âge de 96 ans. 

Né en 1925 à Paris dans une famille juive, il se réfugia à Toulouse pendant la guerre, changeant plusieurs fois de noms, comme autant de frêles boucliers contre les persécutions nazies. Alors qu’il se destinait à la médecine, il s’inscrivit par erreur à la Faculté des sciences de Toulouse avant de rejoindre la capitale et, avec elle, les bancs de la Sorbonne.

Cette étourderie de jeunesse permit d’écrire quelques-unes des plus belles pages de la science au siècle dernier. Infatigable explorateur du vivant, François Gros, fut de toutes les grandes aventures de la biologie des cinquante dernières années. Il étudia d’abord les antibiotiques naissants en y consacrant sa thèse de doctorat et ses premières années de recherches à l’Institut Pasteur, où il entra au sortir de la guerre. Il y impressionnait ses aînés, au premier rang desquels Jacques Monod, prix Nobel de Médecine en 1965, qui conseilla à ce jeune chercheur de partir pour les Etats-Unis afin d’approfondir ses connaissances et de découvrir de nouvelles approches. Ce premier voyage devint une odyssée scientifique, celle de l’ARN messager, qu’il mit en évidence à Harvard en 1960 au sein de l’équipe de James D. Watson – une technologie qui, quelques soixante années plus tard, est utilisée dans les principaux vaccins contre la Covid. 

Fer de lance de la « révolution moléculaire » en biologie, pionnier du séquençage et de la cartographie génétique, son talent précurseur conduisit François Gros aux fonctions de directeur général de l’Institut Pasteur, de 1976 à 1981, où il succédait à son mentor Jacques Monod.  Conseiller scientifique de deux Premiers ministres, Pierre Mauroy et Laurent Fabius, il avait aussi l'oreille de François Mitterrand et fut l’une des chevilles ouvrières de la loi d'orientation et de programmation de la recherche de 1982.

En 1979, les portes d’un autre prestigieux institut s’ouvrirent à ses lumières lorsqu’il intégra l’Académie des Sciences, dont il fut le secrétaire perpétuel de 1991 à 2000. Il occupa aussi jusqu’en 1996 la chaire Biochimie cellulaire du Collège de France, où ce passeur de flambeau transmit ses savoirs et sa flamme à des générations d’étudiants.

Le Président de la République salue la mémoire d’un pionnier de la biologie contemporaine, dont les travaux et l’engagement permettent aujourd’hui, avec les vaccins ARN messager contre la Covid, de sauver des millions de vies. Il adresse à sa famille et à ses proches ses condoléances attristées.

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