Le Président de la République Emmanuel Macron a présidé la cérémonie d’ouverture du 4e Forum de Paris sur la Paix.

Dans son discours d'ouverture, il a abordé les grands défis globaux d’aujourd’hui, que ce soit la lutte contre les inégalités, le climat, la santé mondiale, ou les droits de l’Homme.

Le Président a ensuite pris part à un panel de haut niveau sur la régulation internationale du numérique. Ce panel était notamment l’occasion de revenir sur les travaux engagés dans le cadre l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace, lancé lors de la première édition du Forum en 2018 et rejoint depuis par plus de 1200 acteurs.

D’autres initiatives internationales pour un espace numérique éthique et responsable ont été discutées, à l’image de l’Appel de Christchurch contre le terrorisme et l’extrémisme violent en ligne, du Partenariat pour l’information et la démocratie, et du Partenariat mondial pour l’intelligence artificielle.

Enfin, il a été question lors de ce panel de protection des enfants et adolescents en ligne. À cet égard, le Président a présenté la nouvelle dynamique retenue par plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, dirigeants de grandes entreprises du numérique et représentants d’ONG pour faire du cyberespace un endroit plus sûr pour les enfants, afin que ceux-ci puissent, en toute sécurité, tirer parti des opportunités que présentent pour eux les technologies numériques.

Revoir le quatrième Forum de Paris sur la Paix : 

11 novembre 2021 - Seul le prononcé fait foi

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN OUVERTURE DU 4e FORUM DE PARIS SUR LA PAIX

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Majestés et Altesses Royales, 
Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, 
Merci au Président Muhammadu BUHARI, à Madame la Première ministre Sheikh HASINA et Madame la Vice-présidente Kamala HARRIS, de s’être exprimés à l’instant. Merci à tous les chefs d’Etat et de gouvernement ici présents, d’être là. Et je le dis avec beaucoup de sincérité parce que plusieurs d’entre vous viennent de régions connaissant aujourd’hui de très grandes difficultés, qu’elles soient aux confins du continent européen, au Sahel, au Nord de l’Afrique, en Asie, en Amérique du Sud ; et vous êtes là, montrant que ce dialogue se poursuit et est indispensable. 

Mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les représentants d’organisations non gouvernementales, chefs d'entreprise et entrepreneurs du bien commun, mesdames et messieurs les organisateurs du Forum de Paris sur la Paix, monsieur le Président, cher Pascal, cher Justin, chers amis.

Je suis très heureux, je vous le disais, de votre présence et de ce qui vient d’être dit par les uns et les autres, chacun avec son regard, avec l’expérience de son pays, de ses valeurs et je crois que c’est dans ce dialogue que peut justement se nourrir une action utile. Le Forum de Paris sur la Paix, Trisha le rappelait tout à l’heure, est né le 11 novembre 2018, le jour du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. En quelque sorte avec cette volonté de tenir la promesse alors faite, “plus jamais cela” et à un moment même où nous vivions collectivement une crise inédite du multilatéralisme. Des accords juste signés étaient remis en cause, les organisations multilatérales voyaient certains de leurs membres éminents s'éloigner et donc nous avons collectivement essayé de bâtir de nouvelles méthodes, chercher de nouveaux acteurs, bâtir un nouveau destin collectif en étant plus efficaces ensemble et grâce à vous toutes et tous, nous avons tenu durant ces années. Et je dois dire, madame la Vice-Présidente, que de savoir les Etats-Unis d'Amérique revenant pleinement dans le club du multilatéralisme fut pour nous tous, une formidable nouvelle. Et donc, merci pour cela parce que je crois que c'est la place, la vocation des Etats-Unis d'Amérique et parce que je pense que pour nous tous, c'est aussi la condition d'une action utile. 


Néanmoins, les enjeux demeurent parfois plus inquiétants encore aujourd'hui qu'hier, et ils requièrent de poursuivre sur le chemin que nous avons essayé de tracer pour tenter d'être plus efficaces et d'avoir des résultats. Je crois comme vous au multilatéralisme, je l'ai dit à plusieurs reprises, mais je crois au multilatéralisme efficace et je crois que la difficulté de la période que nous vivons est double. C'est que ce multilatéralisme a parfois été trahi par certains qui en avaient été les promoteurs et il a été fragilisé, et il faut que nous lui redonnions tous ensemble plus de force, de légitimité. Et dans le même temps, nous nous sommes collectivement habitués à une forme d'inefficacité et je crois que c'est d'ailleurs le drame de beaucoup de démocraties. « Expliquez-moi votre problème, je vous expliquerai comment je ne peux pas totalement y répondre, en tout cas dans un temps qui est humainement utile pour vous. » Et les crises se multipliant, c'est la légitimité même de nos réponses qui s'en trouve attaqué. 

Et donc, redonner une force au multilatéralisme efficace, c'est, je crois, bâtir des réponses concrètes avec de nouveaux acteurs, de nouvelles méthodes, de nouvelles formes de coalitions et se donner des rendez-vous réguliers pour voir où nous en sommes. C'est une méthode de coopération, une méthode qui associe les États, les entreprises, les organisations intergouvernementales, les structures régionales ici présentes également, les ONG, les académiques, les activistes pour bâtir des coalitions d'acteurs comme la COP cherche à le faire sur le climat, comme nous l'avons fait avec le One Planet Summit et comme tous les porteurs de projets qui sont ici présents le font pour des actions éminemment importantes pour lutter contre nos grands défis. Je tiens à les remercier. 

Alors, je voudrais simplement me borner dans ce propos à rendre compte de ce qui a été fait sur les engagements pris il y a un an ici même. Il y a un an, nous avions essayé de définir ce qu'on avait appelé ce consensus nouveau international, ce consensus de Paris faisant écho à un consensus de plusieurs décennies qui avaient structuré un capitalisme financiarisé sur la planète et qui avait mis en place des doctrines qui avaient été utiles pour lutter et sortir une partie d’ailleurs du continent de la pauvreté, mais dont nous voyions alors les limites. Ce consensus que nous avions bâti, nous nous en avions collectivement donné quelques objectifs. 

Le premier : aller au bout de la réponse universelle à la pandémie. Vous y êtes toutes et tous revenus et vous avez décidé de vous exprimer principalement sur ce point. L'année dernière, à la même époque, nous pensions avoir un vaccin. Il était peut-être en train d'arriver et nous avions d'ores et déjà construit une action internationale avec l’accélérateur ACT et l’initiative rappelée tout à l’heure, nous l’avons vu, par le directeur général de l’OMS, cher Tedros, pour lutter contre la pandémie. Depuis un an, beaucoup de choses ont été faites dans tous les pays développés pour vacciner le maximum de la population. Mais en un an aussi, nous avons su convaincre collectivement les pays riches de partager leur vaccin et nous avons largement dépassé le milliard de doses initialement promises par le G7. La clé est maintenant d’aller jusqu’au bout sur le terrain. Vous avez rappelé des chiffres importants madame la vice-présidente et je vous en remercie. Au moment où je vous parle, la France a pu confirmer hier à Madame la première ministre, 2 millions de doses nouvelles via Covax pour le Bangladesh. 

Aujourd’hui, d’ores et déjà, les Françaises et les Français ont chacun livré une dose de vaccin au reste du monde et nous aurons, au premier semestre de l'année prochaine, livré une deuxième dose, ce qui veut dire que nous aurons dépassé l'objectif de 120 millions de doses données. Néanmoins, ces engagements du G7 et du G20 ne sont pas suffisants. Vous avez rappelé les chiffres avec beaucoup de cruauté. On vaccine dix fois moins vite sur le continent africain, dans le Pacifique, dans les Caraïbes, dans certaines régions d'Asie. Il nous faut donc aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. 

Premièrement, en accélérant les dons de doses, pas forcément les milliards qui viendront dans un an, deux ans, cinq ans. Les dons de doses. 

Deuxièmement, nous devons renforcer la transparence sur ces dons de dose sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé pour que tout le monde sache qui donne et où les choses vont. 

Troisième point, nous devons renforcer les systèmes de santé dans les pays les plus fragiles, grâce à notre nouveaupartenariat avec l'Unicef, qui est celui qui permet justement d'accélérer la vaccination sur le terrain, et nous devons aussi collectivement réussir à bâtir une aide renforcée à l'égard des systèmes de soins primaires. Nous y travaillons et je remercie le Président Michel d'être là avec plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne. Nous y travaillons en vue du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne qui se tiendra en février prochain à Bruxelles et qui sera un moment important de la concrétisation de cette solidarité. 

Mais nous devons, et vous l'avez rappelé aussi, accélérer la production des moyens de lutte contre les pandémies sur tous les continents, et c'est pourquoi la priorité est aussi de pouvoir produire des vaccins dans les pays en voie de développement, à revenu intermédiaire et parfois les pays les plus pauvres. Au Sénégal, en Afrique du Sud, au Rwanda, des transferts de technologies nécessaires ont déjà été actés pour permettre l'augmentation des capacités de production. La Côte d'Ivoire est en train d'y travailler et je sais que dans les prochaines semaines, nous aurons aussi un résultat sur ce volet. Mais sur ces sujets, nous ne pouvons accepter une situation où je veux ici vous rappeler les chiffres où le continent africain représente 20 % des besoins de vaccins, quelles que soient les épidémies, et a une capacité de production de 2 %. Il est en quelque sorte à chaque crise, la victime de restrictions, de priorités nationales ou régionales mises par d'autres régions du globe. Et donc il nous faut dans la durée contre ce virus, mais au-delà, contre les autres virus pour lesquels il existe de la vaccination, poursuivre ces transferts de technologies et de capacités de production. 

Et nous devons tous adopter un cadre de conduite clair pour tirer les leçons de la pandémie. Nous en avons discuté dans le cadre du G20. Lever les restrictions aux exportations qui nous ont tant bloqués au cœur de la crise. Améliorer la transparence sur les contrats d'approvisionnement,  obtenir un accord à l'OMC pour que le partage de la propriété intellectuelle ne soit plus une entrave à l'accès équitable, et bâtir un mécanisme solide de prévisions et d'alertes précoces des crises sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé. Chacun doit pour cela, prendre ses responsabilités. 

Mais si beaucoup a été fait depuis un an pour lutter contre la pandémie, nous voyons tout ce qui nous reste à faire et je citais là beaucoup le continent africain. Dans le Pacifique, les mêmes situations étaient connues. Nos amis des Balkans, qui sont ici présents, ont aussi tant souffert de voir leurs pays privés de doses au moment où leurs voisins, à quelques kilomètres, parce qu'ils étaient dans l'Union européenne, pouvaient en bénéficier. Je crois que nous avons tous des leçons à tirer de ce qu'est la véritable solidarité et des perspectives que nous voulons leur offrir. 

Le deuxième engagement que nous avions pris, c’est de réduire les inégalités aggravées par la pandémie mais qui existent au sein de nos pays et entre nos pays. Vous l’avez rappelé avec beaucoup d'éloquence, Madame la vice-présidente, vous l’avez dit aussi, Madame la Première ministre. C’est un chantier immense et c’est celui qui fragilise notre organisation internationale comme nos sociétés occidentales. 

Là aussi, en un an à peine, nous avons, je veux ici le rappeler, beaucoup avancé sur des sujets qui paraissaient il y a un an impossibles. Il y a un an ici même, nous lancions le projet d'émettre des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international pour permettre justement un accompagnement de la sortie de crise. Grâce à l'engagement de la directrice générale du FMI, 650 milliards de droits de tirage spéciaux étaient décidés. C'était il y a un an jour pour jour, nous appelions de nos vœux une solidarité accrue. 

Au mois de mai dernier, beaucoup des chefs d'Etat et de gouvernement africains ici présents étaient là avec d'autres amis et nous avons acté la nécessité de réallouer une partie de ces droits de tirage spéciaux des pays les plus riches vers les pays à revenu intermédiaire et les pays en voie de développement pour pouvoir justement accompagner ce qui est aujourd'hui avant tout une crise économique et sociale liée à la pandémie. La part de l'Afrique sur ces 650 milliards était de 33 milliards. Nous avons donc porté ces initiatives et acté en G20 la réallocation de 100 milliards de droits de tirage spéciaux. Ce qui est le minimum que nous pouvons et devons faire, c'est celui qui couvre un tiers des besoins du continent africain sur la période 2021-2025, tel que chiffré par le Fonds monétaire international. C'est un pas qui était apparemment impossible il y a un an. Nous l'avons fait et acté. 

La France a décidé de réallouer 20 % de ses titres. Plusieurs pays nous ont suivis et c'est ce qui nous permet d'obtenir cet engagement des 100 milliards. Nous devons continuer de travailler ensemble et ce quelles que soient les techniques adoptées par les pays : vente de stocks d'or, réallocation de leurs droits de tirage, ce chiffre au minimum sera tenu. 

La mobilisation des moyens inédits pour la solidarité internationale, c'est une avancée tangible vers une mondialisation plus juste. Et c'est ce même esprit, cette même volonté qui nous a permis une deuxième grande avancée que vous avez rappelée et qui était là aussi impossible à imaginer il y a un an : une taxation des profits des multinationales et notamment des plateformes du numérique au bénéfice de nos concitoyens de tous pays. Cette taxation minimale qui a été endossée en G20 à Rome, est une avancée majeure pour l'égalité mondiale. 

Pour autant, il nous reste là aussi de nombreux chantiers. Je ne pourrais pas tous les citer, mais nous savons qu'il nous faut aller plus loin sur la mobilisation des droits de tirage spéciaux. Nous savons qu'il nous faut aller plus loin aussi en matière d'éducation. Et je ne veux pas ici oublier ce combat, vous l'avez rappelé. La crise a privé d'école pendant des mois un milliard et demi de jeunes garçons et de jeunes filles. Et l'Unesco a chiffré les besoins de sortie de crise. Au moins 11 millions de jeunes filles ne retrouveraient pas l'école, principalement sur le continent africain. Nous devons nous battre pour investir davantage dans l'éducation qui est une cause mondiale à l'Unesco, à l'Organisation internationale de la Francophonie, de manière bilatérale, avec les organisations régionales pour répondre à ce qu’est cette inégalité de demain que nous subissons. La pandémie, le terrorisme ont pour victimes nos enfants. Et mes amis du Sahel qui sont ici présents le savent. Eux, qui, dans leurs pays, subissent chaque jour des fermetures d'écoles à cause de cette politique de terreur. 

Nous avons aussi, sur le plan de la lutte contre les inégalités, à continuer à nous battre sur le sujet qui devient de plus en plus central de la démographie mondiale. Ce sujet, dont les migrations ne sont qu'une conséquence, doit nous conduire à réaménager nos financements, notre pensée même de notre organisation internationale. Nous ne pourrons durablement avoir un Nord qui vieillit de plus en plus en bonne santé et un Sud avec des enfants avec si peu de perspectives. Tout cela ne créera que des tensions si nous ne savons pas mettre au cœur de nos politiques de développement, de nos investissements, la question démographique et les inégalités qu’elle crée. 

Le troisième axe que nous nous étions donné, l’année dernière, pour redéfinir ce consensus, c’est évidemment nos engagements pour le climat et la biodiversité. Là non plus, les mots ne suffisent plus, et les jeunesses de tous les pays nous appellent à faire plus. Demain, la COP26 se conclura, et il ne reste que quelques heures. Alors, je ne serais pas de ceux qui crient victoire trop tôt parce que nous n'y sommes pas encore, mais je ne suis pas non plus de ceux qui veulent battre en retraite trop vite. Et je pense qu'on décourage tout le monde à dire à chaque fois qu'on est face à un échec ou qu'il n'y a plus que des mots. Ce n'est pas vrai, ce n'est plus vrai. Mais il y a toujours et encore plus d'engagement, d'efficacité et d'action à prendre, et je veux ici adresser mon entier soutien aux négociateurs à Glasgow pour la dernière ligne droite. Une fois la COP terminée, nous ferons le bilan par rapport aux deux critères qui comptent : notre capacité collective à éviter le réchauffement climatique au-delà d'un degré et demi, et notre capacité collective à tenir nos promesses en matière de justice climatique, les fameux 100 milliards de dollars pour aider les pays en voie de développement, à revenu intermédiaire et les plus pauvres. Mais d'ores et déjà, regardons ce qui a été possible et ce qui a été fait ces derniers mois grâce à l'engagement de tous ici présents. 

Le G20 a pris il y a quelques jours l'engagement historique d'arrêter d'ici la fin de l'année tout financement international de centrales à charbon. C'est une révolution qui est la succession de décisions structurantes du Japon et de la Corée du Sud au printemps dernier, puis de la Chine. L'engagement sur le méthane qui a été pris à la COP pourrait, s'il est pleinement appliqué, réduire le réchauffement de 0,2 degrés Celsius. Nous avançons sur la prise en compte des liens entre la préservation du climat et la protection des écosystèmes, comme nous l'avons fait sur les forêts tropicales, comme nous continuerons de le faire au travers de nos actions sur les océans avec le sommet de février prochain et sur la Grande muraille verte, cher président ISSOUFOU, sur laquelle plusieurs d'entre nous sommes profondément engagés. Nous avons, durant cette dernière année, réussi à resynchroniser progressivement nos agendas entre la lutte contre le réchauffement et le dérèglement climatique et la lutte pour la biodiversité, combat indispensable. 

Ces derniers jours ont aussi été marqués par une annonce sino-américaine importante qui, je l'espère, marque le début d'avancées qui viendront. Je le rappelais, à la tribune de Glasgow il y a quelques jours : si les deux principales puissances ne se mettent pas d'accord, nous n'arrivons pas à gagner ce combat. Et je salue la discussion à venir entre le président Xi JINPING et le président BIDEN et l'accord qui a d'ores et déjà marqué une avancée à ce point. Nous savons ce qui nous reste à faire. 1,5 degré, pas plus qu'à la fin du siècle, la neutralité carbone en 2050 ; des stratégies nationales revues et rehaussées pour 2030 pour tenir ses objectifs. L'Union européenne a pris ses engagements et les tiendra. Et nous aurons dans les prochains mois avec le Green Deal, à acter les mécanismes, les financements, avec le président MICHEL, la présidente VON DER LEYEN et l'ensemble des collègues ici présents, ce sont des révolutions majeures. 

Mais nous devons continuer d'aider chaque pays à transformer en ce sens son économie. Et à cet égard, l'Afrique du Sud a montré un chemin, un chemin possible, avec un appui technique et financier de plusieurs d'entre nous, de plusieurs organisations internationales. Elle a acté une stratégie de sortie du charbon par le nucléaire et les renouvelables, permettant véritablement d'aller vers une décarbonation de son économie. Ce qui montre que pour les grands émergents, cette stratégie est aussi possible et c'est ouvrir la voie à ce qui paraissait jusqu'alors si peu crédible pour certains. 

Il nous reste pour autant des combats à mener, parfois dans les toutes prochaines heures et les prochains jours, nous devons aller au bout du combat pour le financement climatique et la finance juste. Les 100 milliards de dollars par an ne sont pas une option. Le rapport rendu il y a quelques semaines montre que nous serons au rendez-vous sur la période 2020-2025 avec 100 milliards par an, mais nous avons un retard pour les quelques mois qui viennent. Je sais tous les efforts qui sont faits par votre administration, par vous-même et le Président BIDEN pour obtenir une majorité vous permettant de rattraper, en quelque sorte, le retard des dernières années - et merci de cela. Je pense que nous devons acter de continuer à innover là aussi et s’il manquait quelques milliards pour 2021 et 2022, de continuer l’innovation financière avec le Fonds monétaire international et de les mobiliser par des mécanismes supplémentaires à ce que j’évoquais tout à l’heure : des ventes d’or, des réallocations de droits tirage spéciaux à nouveau. Nous n’avons pas le droit d’attendre et de laisser attendre les pays les plus pauvres. L’Europe avec 27 milliards de dollars de finance climat chaque année fait sa juste part, la France en son sein aussi. 

Enfin, sur le climat, il nous faut poursuivre sur les mécanismes de transparence et de responsabilité. Je me félicite que nous ayons pu, lors de cette COP, finaliser ce que nous avions lancé là aussi il y a un an, pour continuer de faire le suivi de nos travaux communs, un mécanisme de responsabilité supervisé par l'OCDE, Monsieur le Secrétaire général. Le mécanisme IPAC va permettre à l'OCDE d'évaluer chaque année les stratégies climatiques menées par les Etats et de voir si les actions sont au rendez-vous des engagements. C'est un mécanisme de responsabilité indispensable pour notre crédibilité. À l'égard de nos concitoyens et du reste du monde, il nous faut poursuivre sur cette voie et avoir un mécanisme de traçabilité et de lisibilité sur la bonne affectation des 100 milliards de dollars sur la finance climatique. De savoir qui paye, quand et où va l'argent ? Car aujourd'hui, comme je l'ai rappelé, une part non négligeable de ces 100 milliards par an va vers quelques grands émergents, mais trop peu vers certains pays à revenu intermédiaire, aux pays pauvres. Nous avons donc encore des engagements à tenir. Nous aurons dans les mois qui viennent sur ces mécanismes de responsabilité, un travail essentiel et nous aurons à poursuivre notre agenda en matière de biodiversité avec le One Ocean Summit à Brest, avec les initiatives que nous poursuivrons sur la Grande muraille verte lors du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne. 

Enfin, le dernier grand défi que nous avions en quelque sorte porté tous ensemble, c'est ce combat universel pour les droits et les libertés, pour nos valeurs fondamentales, les valeurs de nos démocraties face aux périls qui les menacent. C'était le quatrième grand engagement pris l'année dernière pour ce nouveau consensus. Il n'est pas vrai que le combat pour les droits de l'homme serait relatif à telle ou telle culture ou tel ensemble géographique. Et je veux ici le redire avec beaucoup de force. Les principes dont nous parlons : la dignité des femmes, l'égalité entre les femmes et les hommes, la liberté d'expression, la liberté de culte, la lutte contre toutes les formes de xénophobie et de racisme, d'antisémitisme ne sont pas des valeurs relatives ou régionales, elles sont universelles. C'est le fruit de nos combats existentiels durant le 20ème siècle, c'est parce que certains avaient accepté des discours de faiblesse, expliquant qu'on pouvait y renoncer, que nous avons connu le pire. Nous n'avons pas le droit de répéter cela. Et donc, nos droits, les nôtres, où que nous soyons, régressent à chaque fois que nous détournons le regard et que nous cessons de nous battre pour eux. Se battre pour les droits de l'Homme, c'est se battre pour les droits des femmes partout, comme nous l'avons fait ensemble au Forum Génération Égalité et je veux remercier tous les acteurs de ce forum, certains étant ici présents, pour les engagements concrets qui ont été pris, des financements massifs pour l'égalité femmes-hommes qui ont été annoncés lors de ce forum. 40 milliards d'engagements nouveaux : sur l'autonomisation des femmes ; des engagements pour l'éducation des filles ; les droits de santé sexuelle et reproductive ; la lutte contre les violences ; et le soutien aux combattants de la liberté. Nous n'oublions aucune d'elles et chacun de ces combats est existentiel pour nous. Cela, nous l'avons fait ensemble. 

Ce sont ces combats que nous continuerons aussi à porter en suivant la situation en Afghanistan et ailleurs, car ce qu'il s'y passe, ce qu’il s’y joue, est essentiel pour nous. Se battre pour les droits de l’homme, c’est aider concrètement les pays qui sont en première ligne, en Afrique ou en Asie pour accueillir les réfugiés qui fuient la guerre et les persécutions. La Première ministre du Bangladesh le sait, pour faire face chaque jour à la tragédie des Rohingyas mais plusieurs d’entre vous le savez ô combien, qui vivaient avec des populations déplacées, avec des réfugiés et les crises terroristes, les conséquences de la pandémie, les conséquences des drames climatiques que toutes les régions du globe sont en train de vivre, font que notre planète aujourd'hui vit l'une des heures les plus terribles, celle précisément où nos droits sont bafoués chaque jour parce que des centaines de millions de nos compatriotes, de citoyens du monde vivent déplacés, réfugiés, privés de leurs droits et dans la détresse la plus absolue. Je veux ici remercier toutes les associations qui se battent et les combattants de l'humanitaire. Nous leur devons protection et nous aurons l'occasion en début d'année prochaine, avec le ministre, de tenir dans le cadre de la présidence française, un sommet, justement, une fois encore pour nos humanitaires. Je veux ici les en remercier solennellement. Ils se battent, plusieurs d'entre vous se battent, plusieurs organisations internationales, la Croix-Rouge internationale tout particulièrement et merci de ce combat mené partout à travers le globe. Nous devons continuer l'action humanitaire, nos engagements financiers et c'est un enjeu essentiel pour la préservation même de nos droits. 

Se battre pour les droits de l'homme, c'est défendre les droits des enfants dans les conflits armés, mais aussi dans l'espace numérique où ils sont exposés chaque jour à d'insoutenables violences. Nous évoquerons cet agenda essentiel dans quelques instants. Se battre pour les droits de l'Homme, c'est enfin défendre nos libertés, toutes nos libertés, face à toutes les formes d'autoritarisme, de totalitarisme ou d'extrémisme. Et enfin, c'est aussi se battre pour nos valeurs et nos droits dans le cadre d'un agenda numérique, pour créer un ordre public du numérique et de la paix en ligne. Nous allons dans un instant y revenir et écouter plusieurs engagements qui seront pris mais, des sommets Tech for Good au Global Partnership en intelligence artificielle, en passant par le Christchurch Call, le Paris Call et toutes les initiatives conduites durant ces dernières années, un travail important a été mené. Pour l'information et la démocratie aussi avec Reporters sans frontières et plusieurs d'entre vous. Un agenda démocratique numérique indispensable, c'est aussi cela se battre pour nos valeurs. 

Ces engagements que nous avons pris il y a un an, je voulais vous en rendre compte aujourd'hui pour vous dire tout ce qui a été fait sur ce chemin depuis, malgré la pandémie comme vous le voyez, beaucoup de choses ont avancé et ont tenu. Beaucoup de progrès concrets ont été faits. La difficulté, c'est qu'ils ne vont pas assez vite, qu'ils ne sont pas encore assez justes et qu'il nous faut aussi collectivement avoir cet esprit de responsabilité et d'en rendre compte de manière régulière pour pouvoir dire ceux qui avancent et ceux qui ne progressent pas encore suffisamment et qu'il nous faut relancer. Les quelques axes que je viens de donner seront, pour ce qui est de la France, le chemin de son action pour les prochains mois. Vous l'avez rappelé et c'est dans votre propos tout à l'heure. 

Je rappelais il y a 4 ans la différence entre le nationalisme et le patriotisme. Le patriotisme, c'est aimer son pays en ne cherchant pas à s'opposer au reste du monde. Tous ces chemins, toutes ces actions que nous avons à conduire, n'existent que dans la coopération internationale. Elles n'existent que par des partenariats nouveaux et une volonté d'être efficaces. Mais tout cela est aujourd'hui éminemment fragilisé par de nouvelles crises, de nouveaux bouleversements, tout cela est aujourd'hui bousculé par de nouvelles fractures sécuritaires et géopolitiques qui sont en train de s'installer. 

Et je voudrais simplement finir mon propos en ajoutant un engagement à ceux que nous avions pris. Il nous faut maintenant adopter ces méthodes du multilatéralisme efficace pour relancer un agenda de contrôle des armements, de coopération entre les grandes puissances et de lutte contre la désorganisation du monde car sinon, les grands conflits qui aujourd'hui se préparent, les tensions qui menacent chaque jour d'escalade viendront retarder ces agendas essentiels que je viens d'évoquer. Il nous faudra sur le contrôle des armes, sur la construction d'un multilatéralisme de paix réinventé, sur la gestion des conflits régionaux, comme nous allons demain le faire avec l'Union africaine et les Nations Unies sur la Libye, bâtir aussi des coalitions nouvelles pour régler les crises régionales et construire la paix. 

Vous l'avez compris, depuis un an, nous avons fait beaucoup de choses, mais il nous reste infiniment à faire, alors que tous ceux qui croient au multilatéralisme efficace et à ce nouveau consensus de Paris s'imaginent heureux et convaincus que leur action puisse être décisive. 

Pour ma part, je le suis. 
Merci.

11 novembre 2021 - Seul le prononcé fait foi

INTERVENTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DANS LE CADRE DE L’AGENDA DE PARIS POUR LE NUMÉRIQUE ET LES TECHNOLOGIES

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Merci, Alex. Vous avez sans doute eu le pire rôle de l'après-midi. Non mais vous avez agi parfaitement. Merci infiniment d'avoir organisé notre discussion, merci à tous deux. J'aimerais également remercier tous les participants et participantes de ce panel de discussion, Christophe, et un merci tout particulier à Justin TRUDEAU. Je peux m'imaginer combien cela devait être irritant que d'être interrompu et c'est un excellent partenaire sur toutes ces questions, pas seulement un partenaire social. Je le remercie infiniment. 

Au fond, ce qu'on dit depuis tout à l'heure, et je voudrais conclure en faisant la synthèse de ce qui a été dit précédemment et ce qui vient d'être dit pour nos enfants, c'est un travail qu'on a lancé en effet depuis plusieurs années, qui s'est structuré ces quatre dernières années parce qu'on a tous fait le constat d'une série de paradoxes. 

D'abord, on a quelque chose de formidable, de nouveaux espaces s'ouvrent à travers l'innovation, le digital, etc. Il y a une demande pour l'accès à ces espaces et c'est formidable. En même temps, ces espaces, pour la première fois dans notre histoire, sont conduits par de l'innovation privée, des acteurs privés qui sont devenus des géants privés. Certains d'entre vous sont là pour les représenter et les porter. Et nous n'avons jamais vécu ça parce que normalement, ce qui structurait les créations de nouveaux espaces, c'était la sphère publique. 

Et donc, on a créé des possibles nouveaux, mais qui ne relevaient pas de choix collectifs démocratiquement débattus dans des sociétés démocratiques. Et ça, c'est totalement neuf, ce qui fait qu'on est tous confrontés à des injonctions qui sont contraires. On veut de plus en plus innover. Nos citoyens sont aussi des utilisateurs qui veulent cela et qui commencent à sentir ce déséquilibre. Et on voit bien qu'on a besoin de plus en plus de réguler de l'autre côté parce qu'il n'y a pas de liberté sans ordre public, parce qu'il n'y a pas de liberté sans limites à cette liberté -  même pour le respect de la liberté des autres - sans règles qu'on donne entre les individus, sans possibilité de respecter ce qui sont nos valeurs communes. Or, vous l'avez très bien dit, nous avons créé un espace de possibles extraordinaire et il continue à avancer de plus en plus vite. 

Mais aujourd'hui, au fond, on est en train de s'apercevoir que les grands acteurs ne savent pas tout garantir sur leurs propres algorithmes. Aujourd'hui, on est en train de s'apercevoir qu'en effet, les acteurs du pire utilisent ces opportunités pour faire le pire, qu'il s'agisse du terrorisme, qu'il s'agisse d'agresser nos enfants ou de les manipuler, et autre. Nous sommes face à ce dilemme qui est assez historique, c'est qu'on n'a pas envie d'arrêter tout ce que, justement, les plateformes, le numérique, l'innovation, l'intelligence artificielle peuvent donner à l'humanité de progrès, mais on voit bien qu'on ne peut pas laisser ces moyens à la main de ceux qui les utilisent pour le pire. Et donc, on doit créer quelque chose de nouveau. 

L'approche qu'on a adoptée, qui est très Forum de Paris pour la Paix, c'est en effet, vous l'avez tous très bien dit : multi-stakeholders parce que on s'est aperçu que justement, on avait des acteurs - il y a tous les États qui doivent être concernés – mais plus on élargit, plus on est efficaces. Vous l'avez très bien démontré à l'instant, parce qu'on a des entreprises qui sont là et qui sont maintenant mondiales et qui sont des acteurs incontournables, parce qu'on a une réflexion académique, parce qu'on a des activistes, parce qu'on a des intellectuels, parce qu'on a des associations qui se sont organisées. Et donc, c'est par ce dialogue permanent entre les gouvernements, les compagnies, les communautés, les académiques qu'on peut réfléchir et avancer. 

Et au fond, il faut assumer deux types de batailles. D'abord, il faut assumer de commencer, je prends la formule à mon ami Pascal LAMY, il faut assumer de commencer par le gazeux pour aller vers le solide. Et donc, on part de choses qui paraissent très générales et généralistes, mais qui posent le problème, et on les structure peu à peu pour faire du droit de plus en plus dur et aller au solide. Je sais bien la frustration, quand on commence comme ça, beaucoup d'observateurs disent « vous êtes sympathiques, vous faites des déclarations, ça ne dit rien. » Ce n'est pas vrai, et on l'a démontré ces quatre dernières années. Mais on a besoin de commencer par l’état gazeux. 

La deuxième chose, c’est qu’en même temps, ce gaz doit être parfait, c'est-à-dire qu’il doit de plus en plus s’étendre parce que, en même temps qu’on doit solidifier ce qu’on arrive à faire, on doit avoir de plus en plus d’acteurs qui rejoignent. Et donc, c’est ce qu’on est en train de consolider et c’est un peu ce bilan que je voulais faire avec vous sur tous les sujets qui ont été posés. 

En 2018, on a donc lancé le Paris Call for Trust and Security in Cyberspace. Et donc cet appel de Paris était très gazeux pour beaucoup de gens. C'était un appel très généraliste avec beaucoup de principes, mais il a posé les règles pour la première fois d'une bonne gouvernance entre les acteurs. Il compte 1 200 supporters et aujourd'hui, on a eu deux annonces très importantes - merci infiniment madame la Vice-Présidente, chère Kamala  parce que ça, c'est une extension du domaine extraordinaire, le fait que vous rejoignez le Paris Call. On change la nature compte tenu de ce que représente votre pays, compte tenu du fait que tant d'entreprises structurantes sont incorporées dans votre pays. Certaines entreprises, Brad SMITH l'a très bien dit, avaient rejoint avant le gouvernement fédéral, mais ça va changer beaucoup de choses. De même du fait que la Commission européenne ait décidé de rejoindre les Etats membres. Donc vous voyez, on étend, mais cet accord a permis d'établir des principes justement pour à la fois assurer sécurité, stabilité, meilleur environnement. 

En même temps, on va plus loin. Ce qu'a annoncé Justin TRUDEAU est un point très important. Son initiative pour la connectivité, la formation, la justice s'inscrit dans les principes du Paris Call, mais elle permet d'aller un cran plus loin, elle l'approfondit. Et nous-mêmes, en européen, nous sommes en train d'aller un cran plus loin. Et grâce à ces valeurs de l'Appel de Paris, ce sont les fameuses directives DMA DSA rappelées par la présidente von der Leyen : on va réguler à la fois les services et les acteurs économiques et d'ailleurs en déclinant dans du droit qui devient plus dur - on est entre le liquide et le solide - mais s'inspirant de ces mêmes principes de l'Appel de Paris, on va décliner des régulations pour la première fois à l'égard de ces acteurs. Ça c'est notre premier pilier et nous voyons que depuis quatre ans, on l'a étendu et aujourd'hui, avec une annonce massive et on est en train de le préciser, de le consolider. 

La deuxième grande initiative qu'on a prise en 2019 avec la Première ministre Ardern qui était avec nous tout à l'heure, c’était après la terrible attaque de Christchurch contre une mosquée. On s'en souvient tous. On a lancé le Christchurch Call. Vous avez décidé de le rejoindre il y a quelques mois et le fait que les Etats-Unis nous rejoignent était là aussi vraiment un immense changement. 

On a bâti une régulation contre les contenus terroristes en ligne. Et ce n'était pas acquis. Je me souviens très bien moi, à l'été 2017, on n'était pas nombreux à le défendre. On était avec la Première ministre Theresa May après les attaques terroristes à Londres. On était quelques Européens, et on n'était pas suivi. 

En 2019, il y a eu le Christchurch Call, on a été suivi. On a obtenu quelque chose, un vrai engagement de l'industrie qui était la golden hour : le retrait en une heure de tout contenu terroriste. Et l'industrie joue le jeu. Nous-même, quand nous avons vécu des attentats, parfois certains réseaux ont enlevé ces contenus avant même que nos régulateurs, nos plateformes de régulation ne les voient. Donc ça a une efficacité ce qu'on a fait avec l'Appel de Christchurch en mai 2019. 

Et on a continué à le faire et ça a permis d'ailleurs là aussi, une loi européenne à la fin de l'année dernière, fin 2020, qui a inscrit dans le droit dur européen la golden hour. Et on progresse là aussi et on a avancé. Maintenant, on sait où est notre défi sur ce sujet qui est au fond aux confins de l'Appel de Paris, de l'Appel de Christchurch, c'est qu'on avance beaucoup plus vite et plus fort contre la lutte des contenus haineux en ligne et que soient beaucoup plus efficacement interdits et stoppés tous les contenus qui sont antisémites, racistes, xénophobes, etc. C'est dans nos appels, mais c'est ce qui sera en particulier dans la directive dite DSA en européen. Ça, c'est un travail qu'on doit faire vraiment avec les Etats-Unis d'Amérique aussi pour réussir à mettre cette régulation en marche. 

La troisième grande initiative, ça a été le GPAI, le Global Partnership for Artificial Intelligence, lancé en 2019 dans le cadre du G7. Plateforme commune Canado-française, Justin en a très bien parlé tout à l'heure, Joanna aussi, et c'est vraiment une avancée énorme parce qu'on va pouvoir mettre sur pied la base éthique technologique avec des intellectuels, des académiques, des indépendants qui réfléchissent pour la planète à l'intelligence artificielle. 

Et si je devais l'expliquer très simplement pour tout le monde pourquoi c'est si important, c'est la même chose que le GIEC pour le climat. Pourquoi le climat ? Parce qu'on a des chercheurs indépendants du monde entier qui nous expliquent ce qui est en train de se passer. Et du coup, il ne peut plus y avoir de débat. On ne dit pas : ils sont manipulés par untel ou untel. Et donc, l’intelligence artificielle révolutionne tellement la médecine, la gestion des données privées/publiques qu’il nous faut avoir une tierce partie neutre avec les meilleurs au monde pour nous dire comment ça bouge, c’est ça. 

Et donc, le rapport qui est donné aujourd’hui, le rapport d’experts et les travaux que vous êtes en train de faire et je veux remercier aussi le ministre Champagne qui, au nom de Justin était avec vous, est une étape importante. Et donc là, on rentre dans le dur. On a des rapports, c’est ce qu'on a annoncé en 2019, on va avancer sur l'intelligence artificielle. 

La même année - c'est la quatrième initiative en 2019 - on a lancé le Partenariat pour l'information et la démocratie avec Reporters sans frontières, Christophe le rappelait, pour promouvoir véritablement le cadre d'une information démocratique transparente qui correspond à nos valeurs, mais sur l'internet. Et pour pouvoir dire : ceci est de l'information, ceci n'en est pas, ceci que vous avez sur les ondes avec la même apparence que ce qu’on a tous dans nos démocraties, c'est de la propagande faite par un régime qui, lui, n'est pas démocratique, mais utilise nos règles apparentes. C'est construire, on l'évoquait hier avec la Vice-Présidente Kamala HARRIS, s'est construire au fond, les anticorps à la désinformation. C'est exactement ça, ce partenariat. Et avec ce qui a été fait durant ces deux dernières années, le Forum, l'Observatoire des bonnes pratiques, on est entre le gazeux et le liquide pour reprendre la métaphore. 

Maintenant, sur Information et démocratie, il faut qu'on arrive à passer des régulations un peu plus dures pour permettre de dire que telle pratique n'est pas conforme, en effet, à ce qui a été défini. Donc, vous voyez tout le chemin qui a été fait, je veux qu'on le mesure collectivement. Il est inédit parce que ce combat est inédit. 

Et on ajoute aujourd'hui une cinquième branche, une cinquième flèche, en quelque sorte à l'ensemble de ces initiatives, c'est grâce à ce que vous avez préparé, ce qu'on fait ensemble, véritablement tout le travail sur la protection de l'enfance. On se bat beaucoup dans nos pays contre le harcèlement scolaire, le harcèlement en ligne, mais aussi ce que vivent nos enfants et la violence à laquelle ils sont confrontés, la pédocriminalité. Les ministres qui sont avec nous sont ici très engagés. 

Mais on s'aperçoit exactement de la même chose que pour le reste, c'est-à-dire que même si on se bat contre le harcèlement scolaire à l'école, la vie commence avant 9 heures du matin et continue après 17 heures. Et si vous ne traitez pas le sujet des réseaux, ce monde numérique, pour des enfants, des adolescents, des jeunes adultes, la souffrance qu’ils peuvent subir, les harcèlements, mais aussi la désinformation, le contenu, l'apprentissage vicié de l'amour ou du respect de la vie par la pornographie Sans être guidé, tout ça s'effondre. Et en quelque sorte, ça devient un formidable environnement ou de harcèlement ou de déduction. Et donc on a besoin, là aussi, de remettre de l'ordre public, en quelque sorte, du contrôle de l'engagement. 

Vous l'avez très bien dit d'ailleurs, Président, vous l'avez tous relayé. Ça passe par de l'accès, de la formation, de la régulation, de l'éducation. Si on veut réussir ce travail avec nos enfants, on doit améliorer ce que beaucoup ont dit. L'accès de tous les enfants au numérique, aux contenus, aux services, parce que c'est aussi une manière d'apprendre, c'est une inégalité face au numérique qu'ont vécu nos enfants et qui ont créé des inégalités qui sont terribles pour eux. C'est que certains avaient des écrans avec des contenus, d'autres non - les plus pauvres dans nos Républiques, dans nos quartiers et ceux qui sont dans les pays les plus pauvres. Donc, on doit d'abord faire ça si on veut protéger les enfants pour qu'ils apprennent, les aider à avoir accès aux bons savoirs dans le numérique. 

Ensuite, on doit réguler les contenus et les formes d'autorisation, pour dire : un jeune de 8 ans, de 10 ans, de 15 ans - et vous avez parfaitement décrit un des défis qui est d'harmoniser l'âge entre nous. Il n'est pas armé, il n'a pas appris la même chose, il ne peut pas être exposé à tous les contenus sans règles - et donc, ce qui est une série d'opportunités pour aider à apprendre devient terrible et devient un instrument pour des prédateurs ou un instrument pour apprendre le monde à l'envers ou avec les pires travers si on ne met pas ces règles. 

Et puis, il faut éduquer, c'est-à-dire que dans l'espace-temps, dans nos systèmes éducatifs, il faut apprendre à nos enfants à justement être dans les réseaux, à avoir accès à ces nouvelles pratiques. C'est pourquoi cette cinquième flèche, c'est vraiment l'appel à l'action pour les droits de l'enfant dans l'environnement numérique qui est signé aujourd'hui, qui a été travaillé étroitement avec l’UNICEF, que je remercie, et qui a été signée avec plusieurs États, plusieurs ONG, plusieurs plateformes. Et merci de l'avoir rejoint et d'avoir dit avec beaucoup de force, votre engagement. 

Cet appel, c'est une toute première étape. Maintenant, il faut convaincre de plus en plus d’États, de gouvernements, d’entreprises, de collègues et, qu’on arrive à aller plus loin. Et je pense que le rendez-vous d’ailleurs du sommet des démocraties doit être une étape importante à cet égard, il faut qu’on essaie de pousser avec nos amis Américains en ce sens. On prend quels engagements ? D’abord, que cet appel nous conduise tous à aller vers la définition de droits de l’enfant dans l’environnement numérique et donc oui, qu’on harmonise des règles, des normes au niveau européen et mondial pour véritablement définir les mêmes règles et les droits qu’on donne à la fin et, qu’on ait l’engagement des grandes plateformes des acteurs du numérique et des gouvernements pour le faire. Ensuite, qu’on mette des vrais régulateurs et des vrais moyens de contrôle. C’est aussi important. Beaucoup m’ont dit hier et beaucoup de formidables intellectuels et penseurs qui étaient avec nous hier soir disaient : vous passez parfois des règles sur le numérique qui sont très bien mais la mise en œuvre, leur bonne application est très dure et vous n’êtes pas toujours au rendez-vous. C’est vrai. 

Sur les enfants, on n’a pas le droit d’attendre. Donc, sur ce sujet, c’est aussi un point sur lequel nous devons avancer et nous devons nous poser les questions dans les semaines qui viennent tous ensemble sur la base de cet appel, de ce que nous sommes prêts à faire pour préserver nos enfants des violences, des abus, de la haine, des contenus illicites. Y compris le recours au contrôle parental installé par défaut, y compris des choses auxquelles on n'était pas habitué, mais qui sont indispensables parce qu'il y a des endroits qui sont interdits aux enfants dans la vraie vie, parce qu'aucun de vos enfants ne va au bar tout seul et ne peut avoir accès à de l'alcool, aucun de vos enfants ne va au coffee shop, ne peut aller dans des lieux de prostitution parce qu'il y a des contrôles parentaux et des règles qui marquent cette interdiction. Elles sont très faibles aujourd'hui dans cet environnement. Et donc, on doit se poser ces questions et aller au bout de celles-ci et on ne peut plus attendre. 

Voilà les quelques mots que je voulais dire. Je ne veux pas être plus long, je voulais vraiment vous dire qu'avec ces cinq flèches, on a déjà beaucoup fait mais aujourd'hui, ce qu'on lance pour nos enfants est un axe absolument essentiel et c'est le combat de beaucoup d'associations, de beaucoup d'entre vous. 

Depuis beaucoup d'années, moi, j'ai appris énormément, mais pour avoir échangé avec des enfants encore, il n’y a pas longtemps que vous étiez là, je peux vous dire que la souffrance qu'ils vivent, quand on les laisse tous seuls face à ça est telle que nous n'avons pas le droit de ne pas bouger et donc, c'est vraiment pour moi cette 5ème flèche qui vient compléter tout ce formidable travail. Merci infiniment d'avoir été là. Merci beaucoup de votre action. Merci Alex pour l'animation des débats.

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