Publié le 13 juillet 2020

Discours en l’honneur des défilants du 14 juillet 2020 depuis l’Hôtel de Brienne.

Servir les Français. C’est ce que nos soldats, marins et aviateurs font au quotidien, avec honneur, avec abnégation, parfois au prix de grands sacrifices.

Écoutez le discours du Président de la République en l’honneur des défilants du 14 juillet :

Discours du Président Emmanuel Macron en l’honneur des défilants du 14 juillet 2020 depuis l’Hôtel de Brienne.

13 juillet 2020 - Seul le prononcé fait foi

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Madame la ministre des Armées, 
Madame la ministre déléguée, 
Mesdames et messieurs les ministres, 
Madame la présidente de la Commission de la Défense nationale de l'Assemblée nationale, Monsieur le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Monsieur le chef d'état-major des Armées, 
Mesdames et Messieurs les officiers généraux, 
Officiers, sous-officiers, officiers-mariniers, soldats, marins, aviateurs et gendarmes, 

Il y a 3 mois, au plus fort de cette crise sanitaire exceptionnelle que nous vivons encore, l'espoir de se retrouver et de se réjouir ensemble à l'occasion du 14 juillet paraissait une lueur bien lointaine et fragile. Beaucoup en doutaient. Pourtant, nous y sommes. Il nous faut rester vigilants mais la vie a repris son cours. Et nous voilà ce soir réunis et heureux de l'être, ici, à Brienne, en cette veille de fête nationale, comme chaque année et demain sur la place de la Concorde, où les armées seront à l'honneur, comme chaque année. 

Les armées seront à l'honneur, car elles sont au cœur de la République et procèdent de la Nation. Elles en sont tout à la fois le glaive et le bouclier. Et même si nous fêterons cette cérémonie dans des conditions particulières qui vous priveront des applaudissements des Françaises et des Français sur les Champs Elysées, je peux vous assurer que nos concitoyens qui vous aiment ne manqueront pas de penser à vous, de vous exprimer leur fierté, leur gratitude pour votre engagement au service de leur défense et de la paix. 

Mais demain, exceptionnellement, les armées et c'est votre grandeur, sauront aussi céder la première place aux femmes et aux hommes en blouse blanche qui se sont battus, Monsieur le ministre, et qui continuent à se battre, en Guyane notamment, où vous étiez hier en compagnie du Premier ministre et du ministre des Outre-mer. Mais aussi en nombre d'endroits de notre pays qui continuent à se battre, oui, pour faire rempart dans la crise sanitaire exceptionnelle qui nous a frappés et qui continue de nous affecter. 

Tous ensemble, nous rendrons un hommage mérité à celles et ceux, professionnels ou volontaires, qui se sont mobilisés dans tous les secteurs, en première ligne en dépit du danger, en deuxième et troisième ligne, à l'arrière, pour permettre à la vie publique, sociale et économique de continuer, pour permettre, au fond, à notre nation de tenir. Demain, aussi, nous entourerons les familles endeuillées de ceux qui ont perdu la vie dans ce combat. 

Autour de vous, soldats, marins, aviateurs, autour du personnel médical, autour des forces de sécurité, autour de tous ceux qui ont mis leurs forces, leurs compétences, leur humanité dans cette bataille contre le virus, cette cérémonie sera le symbole de l'engagement de toute une nation. Elle sera aussi le symbole de notre résilience et de la capacité des Français à affronter les épreuves en étant unis et solidaires, à l'exemple de cette solidarité d'armes qui vous lie indéfectiblement lorsque vous êtes en opération. 
Oui, ces valeurs de fraternité, d'engagement, de courage, d'abnégation que nous avons vues partout s'épanouir avec une vigueur nouvelle autour de nous durant ces derniers mois, les armées les incarnent au plus haut point, au quotidien.

Servir vos compatriotes, agir en tout temps et en tout lieu, prendre des risques et côtoyer le danger, donner votre vie pour la défense du pays : cette année encore, beaucoup de vos camarades ont accompli leur mission jusqu'au sacrifice suprême sur les théâtres extérieurs, sur notre sol, en métropole et dans nos outre-mer. 31 militaires de nos armées ont été tués à l'ennemi ou sont morts en mission opérationnelle. 
Leur vie donnée pour la patrie nous oblige et je veux ce soir leur rendre un hommage solennel. 
Aux familles, dont beaucoup sont parmi nous, qui pleurent un mari, un père, un fils, je veux assurer que la France n'oublie pas ceux qui sont tombés pour elle. Je souhaite vous exprimer la pleine compassion de la Nation, mais aussi son immense reconnaissance pour ces vies données, pour ces exemples laissés. Nous sommes infiniment fiers de ce qu'ils ont été et infiniment redevables pour ce qu'ils ont fait.

La France n'oublie pas non plus ses blessés, ceux qui portent dans leur corps ou leur esprit les stigmates des durs combats que mènent nos armées. Quel que soit le contexte, vos missions sont toujours exigeantes et périlleuses. 
Quand on sert les armes de la France, il n'est pas d'entrainement anodin. Il n'est pas d'opération sans danger. Vous le savez mieux que quiconque. La présence, ce soir, de certains d'entre vous qui avez été blessés au cours de cette année, qui pour certains portez un handicap définitif, nous rappelle à notre devoir le plus impérieux, celui de vos chefs militaires, celui de tout le ministère : vous soutenir et vous accompagner sur le chemin de la reconstruction, vous aider dans la durée à recouvrer votre santé physique et morale. C'est parfois un nouveau et long combat à livrer pour vous, pour vos familles, mais vous pouvez compter sur tous vos frères d'armes, aussi. 

Ce soir, je veux aussi avoir une pensée toute particulière pour ceux qui sont aux avant-postes de notre sécurité, vos camarades des trois armées, directions et services qui sont actuellement déployés en mission opérationnelle, sur terre et dans les airs, sur la mer et sous les mers, sur les théâtres extérieurs comme sur le territoire national et ses approches aériennes et maritimes. Dans quelque temps, d'autres prendront la relève, puis d'autres encore. Il sera alors venu le temps pour vous, élèves des écoles militaires de la gendarmerie, de l'armée de terre, de la Marine, de l'armée de l'air, du Commissariat des armées, du service de santé des armées, vous qui poursuivez votre formation d'officiers, de sous-officiers ou de militaires du rang, de prendre pleinement part à la défense de la Nation. Je sais que vous vous préparez avec ardeur pour être opérationnels, en vous inscrivant dans nos belles valeurs républicaines et dans l'exigence d'excellence professionnelle de vos aînés, afin d’être disponible pour servir la France et les Français en tout temps et en tout lieu. 

Servir les Français, c’est ce que vous faites au quotidien avec honneur, avec abnégation, parfois au prix de grands sacrifices, toujours réactifs lorsqu’il s’agit de protéger nos concitoyens. Et c’est tout naturellement que, face à l’irruption violente de la pandémie au cœur de notre pays, face à la crise sanitaire sans précédent qu’il a eu à affronter, que vous avez immédiatement répondu présents. Avec l’opération RESILIENCE, lancée dès les premiers jours du confinement, vous avez pris toute votre part dans l’effort collectif et fait honneur aux attentes, et même, aux espoirs, des Français. Vous avez été fidèles à votre vocation profonde, celle d’être, dans la tourmente, le dernier rempart de la nation et le ferment de sa résilience. 

Alors, ce sont deux mots simples que je veux vous adresser : merci et bravo. 
Merci à vous, Madame la ministre, chère Florence PARLY, pour votre implication personnelle dans la mobilisation immédiate de tout le ministère des armées qui a été un pilier majeur de notre résilience face à cette crise et dont l’engagement se poursuit comme je l’évoquais, en particulier en Guyane. Et merci à vous aussi Madame la ministre, chère Geneviève DARRIEUSSECQ. Vous avez constamment permis, avec la ministre, de franchir des montagnes. 
Merci à vous également Monsieur le chef d’état-major des armées, Messieurs les chefs d’État-major d’armée, Monsieur le délégué général pour l’armement, Madame la secrétaire générale pour l’administration, pour avoir impulsé à l’ensemble des armées, directions et services placés sous vos ordres un tel dynamisme et un tel élan – nous l’avons tous constaté – pour soutenir la continuité des services publics. 
Vous avez protégé, accompagné, innové. En mettant vos ressources et les moyens du ministère au service des Français, de la Corse à Mulhouse, des Antilles à Mayotte, les armées ont été au rendez-vous. Et je veux encore saluer les soignants du Service de Santé des Armées ainsi que leur directrice et tous ceux qui les ont appuyés et qui, à leurs côtés, ont permis de soulager le secteur hospitalier civil. Une vingtaine d’entre eux sont encore récemment partis renforcer la Guyane. Nos médecins et infirmiers militaires ont fait et font, une fois de plus, honneur à leurs glorieux anciens et aux armées françaises. 

Agilité, ingéniosité, réactivité, tels sont les mots d’ordre que vous aviez donnés, Madame la ministre. Cela s’est parfaitement concrétisé et l’ensemble du personnel militaire et civil du ministère s’est impliqué, totalement, dans un esprit de solidarité que je tiens à nouveau à souligner. 
Agilité, avec l’opération RESILIENCE que vous et le chef d’état-major des armées m’avez proposée, dès les premiers jours, pour fédérer l’ensemble des actions conduites par les armées en soutien au combat national contre l’épidémie. 
Ingéniosité, avec de très nombreuses initiatives qui, dans l’ombre, ont porté tous leurs fruits en matière d’innovation, de tests, d’expertise technique, notamment sur les masques grand public, ou de soutien aux petites et moyennes entreprises. 
Réactivité, car la mobilisation des armées a été immédiate. Vous vous êtes adaptés au terrain, vous avez trouvé des solutions adaptées aux problèmes qui se présentaient tout en assurant la poursuite de la totalité des opérations et des missions en cours. 
Grâce à votre engagement sans faille, cette crise n’a, à aucun moment, affaibli les conditions de notre sécurité. Sur tous nos théâtres d’opération, pour toutes nos priorités, les armées ont continué d’être présentes. 

Au Sahel, après une fin d’année 2019 qui avait été cruelle et douloureuse, ce premier semestre 2020 a permis d’obtenir des résultats très significatifs et particulièrement encourageants. J’étais il y deux semaines en Mauritanie pour faire le point avec nos partenaires du G5 Sahel, six mois après le sommet de Pau. J’ai constaté une dynamique nouvelle qui s’est enclenchée et qui doit se poursuivre. La lutte contre le terrorisme, le soutien aux armées sahéliennes et notre coopération, le retour de l’État et de l’administration et notre politique de développement : ces 4 piliers définis à Pau se déploient pleinement. 

Sur le plan diplomatique, la mise en place de la Coalition pour le Sahel avec les pays du G5 et l’Union européenne témoigne de notre volonté partagée non seulement de poursuivre ensemble la lutte contre le terrorisme mais également de coopérer toujours davantage avec la communauté internationale. 
Si l’opération Barkhane accueille déjà des contingents européens, elle sera demain encore plus européenne, avec le déploiement de la task force Takuba qui regroupera des unités de forces spéciales de plusieurs pays européens. 

Sur le plan militaire et opérationnel, notre stratégie porte ses fruits. 
Le renforcement de Barkhane décidé en début d’année, la coordination accrue avec les forces sahéliennes, la concentration des efforts communs vers la zone des "trois frontières", aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, ont permis de bousculer, de disperser l’ennemi, et notamment l’EIGS, aujourd’hui très affaibli. Le travail de nos armées, de nos services, que je remercie ce soir de concert, a permis des avancées notables, des victoires reconnues. 
Je vous en félicite car je sais que c’est le résultat d’un engagement exceptionnel dans des conditions particulièrement éprouvantes, où votre rusticité, votre endurance, votre combativité, mais également votre maîtrise des technologies les plus modernes ont fait la différence. Je vous félicite également d’avoir entraîné dans ce combat de longue haleine nos partenaires du Sahel et tout particulièrement la Force conjointe, qui, aujourd’hui, avec nous, tient tête à l’ennemi en dépit de ses attaques meurtrières. 

Mais la mission confiée aux militaires français n’est pas seulement de combattre. L’une des spécificités de nos armées est cette capacité à œuvrer au profit direct des populations, en coopération avec les autorités locales, en partenariat avec les acteurs de terrain. Ainsi, vous contribuez à la réussite de nombreux projets concrets de développement, à l’image de ces colonnes foraines qui marquent le retour des services essentiels aux populations. C’est la confiance qui revient, c’est la stabilité, c’est le gage d’une victoire durable face au terrorisme. Oui, au Sahel votre mission est de combattre par la force des armes mais aussi de rassurer, d’aider les populations à se réapproprier leurs espaces de vie, de soutenir les autorités à réinvestir les lieux d’où les terroristes les avait chassées. 
Le retour des Etats dans le Sahel doit continuer à être un objectif de notre action. 

Les sommets de Pau et de Nouakchott ont apporté une dynamique que vous avez concrétisée sur le terrain par ces résultats opérationnels probants. Cette dynamique, nous devons la confirmer, la pérenniser. C’est tout l’enjeu des mois qui viennent, qui doivent nous permettre de faire la différence, de passer un cap. Et je sais pouvoir compter sur vous. J’aurai, en fin d’année, à nouveau à prendre des décisions sur notre engagement, sur ce théâtre d’opération. 

Nos grands enjeux c’est aussi l’axe indo-pacifique, défini il y a bientôt 3 ans, où nous sommes présents, où nos concitoyens vivent, où nos armées sont déployées et où les impératifs stratégiques, la liberté, la souveraineté, dans l’océan pacifique et l’océan indien, sont une clé du jeu contemporain des grandes puissances. Là aussi, nos priorités se sont redéployées. Là aussi, vous avez su tirer les premières conséquences des engagements que j’avais pris et nous aurons durant les mois qui viennent à poursuivre ce travail stratégique, décisif. 

Le théâtre méditerranéen est pour nous, aujourd’hui et dans les mois qui viennent, une autre priorité. Plus encore, c'est un enjeu crucial pour l'Europe aujourd'hui et demain car cette mer commune est un pont entre l'Europe et des zones de tensions qui ne cessent de s'intensifier, de s'imbriquer, de se rapprocher jusqu'à venir menacer la France, comme nous l'avons vu avec le Levant et les attentats organisés depuis le sol de la Syrie. 
S'agissant de la Libye, je veux redire ici combien sa stabilisation est fondamentale pour la sécurité de l'Europe et du Sahel. C'est pourquoi j'appelle à la reprise immédiate des négociations et d'un dialogue politique, en vue d'un cessez-le-feu. Nous devons en finir avec les arrivées massives d'armes, de mercenaires, dans ce pays. Nous le répétons depuis 3 ans, depuis les sommets de La Celle-Saint-Cloud et de Paris : il n'y a pas de solution militaire en Libye. Seule une solution politique à laquelle nous avons constamment contribué est possible. 

La zone Méditerranée sera le défi des prochaines années, tant les facteurs de crise qui s'y conjuguent sont nombreux : contestation des zones maritimes, affrontements entre pays riverains, déstabilisation de la Libye, migrations, trafics, accès aux ressources. Un jeu de nouvelles puissances s’y noue aussi. 
L'Europe à y redéfinir son rôle et sa place sans naïveté, sans complaisance, ce qui suppose de savoir réinterroger la cohérence de nos grandes alliances. Sur ce point, je me suis déjà exprimé avec clarté, je crois. Ce qui suppose de demander à chacun la cohérence de ses actions. Mais ce qui suppose pour nous, Européens, d'être clairs et exigeants : la Méditerranée ne peut construire une paix durable sans nous, nous ne pouvons accepter que notre avenir soit construit par d'autres puissances. 
Nous parlons là de notre voisinage, de notre sécurité, de notre stabilité. C'est pourquoi j'appelle au développement d'une véritable politique européenne pour la Méditerranée. C'est à mon sens une nécessité et une urgence. En effet, face au rapprochement des zones de tension, face à des événements qui menacent tous les pays européens, l'autonomie stratégique doit résolument se concevoir dans un cadre européen, se construire sur une culture opérationnelle commune, une cohérence capacitaire d'ensemble, une base industrielle et technologique européenne. 
C'est tout le sens de l'action que nous menons depuis 3 ans avec l'Initiative européenne d'intervention, avec le Fonds européen de défense qui se met en place, avec nos grands projets industriels et militaires. 
Rappelez-vous, il y a 3 ans, tout cela, on nous disait que c'était impossible. Et nous sommes en train de le faire. Nous avons convaincu nos partenaires, nous avons convaincu l'Union européenne. L'Europe doit continuer d'avancer pour bâtir cette autonomie stratégique pleine et entière, pour pouvoir se protéger elle-même. Oui, l’Europe doit, plus que jamais, être notre cadre d’action et notre horizon. Nos forces, nos atouts, nos capacités doivent s'additionner et s'agréger autour de nos intérêts communs et prioritaires. 
La pandémie de coronavirus nous l'a montré dans le champ médical et sanitaire. Et je veux ici remercier l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg et la Suisse de nous avoir si généreusement prêté main forte au plus dur de la pandémie. Plus de 160 malades français ont ainsi été pris en charge par vos pays. Cette crise sanitaire a également mis en exergue les dépendances que nous avons à l'égard de pays étrangers dans certains domaines, et il me semble que le temps est venu de développer un véritable projet de souveraineté européenne dans les domaines les plus stratégiques, comme je l'ai rappelé dans mon intervention sur la stratégie de défense devant l'école de guerre, le 7 février dernier. 

Avec nos partenaires européens, nous devons collectivement rester maîtres de notre destin. L'évolution du contexte international que la revue stratégique de 2017 avait dessiné, prend forme sous nos yeux. Je dirais même que le scénario s'accélère. L'Europe fait face au retour des puissances, à la désinhibition des comportements, au recours à la force et à l'intimidation, tandis que le multilatéralisme est affaibli et que notre allié américain semble s'interroger sur ses objectifs stratégiques. 
Dans ce contexte, nous devons poursuivre l'effort initié pour renforcer et moderniser notre outil de défense en gardant comme boussole le temps long de l'Histoire, afin de préserver la France de mauvaises surprises. Ensemble, nous devons apprendre des crises. C'est le cas, bien sûr pour la crise pandémique, dont j'entends faire tirer tous les enseignements pour accroître la résilience de l'Etat et de notre nation. Et c'est vrai de tout le reste. 

Alors, comptez sur moi, je tiendrai le cap comme je l'ai fait depuis 3 ans dans le cadre de la Loi de programmation militaire, afin que vous puissiez toujours avoir les moyens d'accomplir vos missions. Aujourd'hui comme demain. D'autant qu'en matière de défense, demain, vous le savez, se prépare aujourd'hui. 
Là aussi, si je me retourne sur les 3 années qui viennent de s'écouler : il y a 3 ans, nous avons fixé les grands objectifs. Il y a 2 ans, nous avons signé cette loi. L'année dernière, nous l'avons confirmée. Et nous la confirmons encore. Et je salue ici la vigilance et l'engagement de vos ministres, mais aussi, les parlementaires, la Présidente et le Président des commissions compétentes à l'Assemblée et au Sénat, qui n'ont de cesse de vérifier, de contrôler, mais aussi de s'engager et de s'assurer que le Gouvernement tienne les engagements pris par la Nation. 

Nous pouvons être fiers de ce que nous avons fait ensemble depuis 3 ans pour la remontée en puissance de nos armées. Regardez le chemin parcouru. 
Il s'est d'abord écrit avec des mesures à hauteur d'homme qui portent déjà leur plein effet et vous accompagnent dans votre quotidien, comme celui de vos familles. 
Le Plan Familles, que j'ai souhaité souple, local, au plus près du terrain, dont près de 80 % des actions sont désormais réalisées, a prouvé toute sa pertinence durant la crise sanitaire. Nous continuerons de le développer. 
Le programme hébergement est un autre exemple de ce qui a été initié par Madame la ministre. Près d'un milliard d'euros sont consacrés à la réhabilitation des logements militaires, qui augmentent en nombre et en qualité. 
Dans le domaine de la condition militaire, le nouveau chemin qui s'ouvre, c'est aussi la consolidation et l'amélioration de votre système de retraite et celui des rémunérations. 
Je veux sur ce point rassurer ceux qui seraient encore inquiets. Je crois pourtant avoir toujours été très clair : les pensions militaires de retraite sont un élément fondamental de la condition militaire. Elles ont un rôle majeur dans l’attractivité de la fonction militaire et dans la soutenabilité d’un modèle d’armée jeune, disponible en tout temps et en tout lieu, ce modèle singulier qui fait notre force, que nous voulons tous préserver et même renforcer car il permet à la France de jouer son rôle, de tenir son rang dans le concert des nations. 
La politique de rémunération — qui a très peu évolué depuis 50 ans malgré la professionnalisation et la réforme du statut général des militaires de 2005 — doit également être adaptée pour répondre aux nouveaux enjeux de société, pour attirer et conserver les talents dont nos armées ont besoin, combat essentiel pour les années qui viennent. Ce projet de Nouvelle Politique de Rémunération des Militaires est inscrit dans la Loi de programmation militaire et je tiens à ce qu’il soit conduit dans le souci constant de renforcer la condition militaire et l'attractivité du métier des armes dans la société de demain. 
Sur ces sujets si importants, j’attends que la concertation déjà bien établie – et c’est tant mieux – continue. Je sais les chefs d’État-major, le Conseil supérieur de la fonction militaire et les CFM d’armée très mobilisés pour faire connaître à la ministre les préoccupations et les attentes de la communauté militaire. 
A tous, je donne rendez-vous début décembre : comme je m’y étais engagé, je recevrai les membres du CSFM à l’Elysée, à l’occasion de l’anniversaire des 50 ans de sa session inaugurale. 

En matière de modernisation et d’innovation, nous avons aussi beaucoup avancé ensemble depuis 3 ans. Les réussites sont avérées dans tous les domaines : depuis la mise en service de nombreux équipements individuels qui facilitent votre engagement et le rendent plus efficace, jusqu’au tir d’essai à la mer d’un missile M51, depuis le SNLE LE TEMERAIRE le 12 juin dernier, nouvelle démonstration au plus fort de la crise pandémique de la crédibilité technique et opérationnelle de notre capacité de dissuasion. C’est une prouesse, on ne le dit pas assez : nous avons été au rendez-vous jusque dans les détails, dans une période ô combien difficile pour les préparations. Je vous en félicite. 

Je veux aussi citer d’autres exemples emblématiques : 
-    L’armement des drones Reaper qui accroît notre capacité de combats au Sahel.
-    Le programme SCAF qui a franchi des étapes décisives avec notre partenaire allemand et l’intégration de l’Espagne. Les travaux du démonstrateur débuteront dès l’année prochaine. 
-    L’arrivée dans les temps en fin d’année dernière des 92 premiers véhicules Griffon qui permettent aujourd'hui un premier régiment de l’armée de terre d'en être entièrement équipée. 
-    L'installation à Toulouse du commandement de l'espace, dont j'avais annoncé la création ici même il y a un an, qui s'accompagne des premières formations au contrôle des satellites militaires et d'un élargissement des coopérations internationales dans le domaine des opérations. 
-    Le lancement, il y a un an presque jour pour jour là aussi du SNA de nouvelle génération Suffren qui poursuit aujourd'hui ses essais en mer. 

Le chemin que nous avons à suivre, c'est de continuer à innover, à investir dans les technologies de rupture et dans l'intelligence artificielle, c'est de prendre en connaissance de cause les décisions structurantes pour l'avenir et le format de nos armées, comme le choix du successeur du porte-avions Charles-de-Gaulle, le renouvellement des composantes de la dissuasion, la définition de l'avion de chasse et du char du futur, tous ces défis qui vont structurer les prochaines décennies de nos armées, notre capacité à tenir notre indépendance, notre souveraineté. 

Nous nous sommes mis en capacité de les relever ensemble et nous saurons les relever avec les industriels du secteur de la défense, à qui je veux ce soir adresser un message de soutien, mais aussi d'exigence. 
Soutien car l'Etat ne se défausse pas quand il s'agit d'aider les filières en difficulté. La ministre des Armées a déjà annoncé, aux côtés du ministre de l'Economie, un plan de soutien à la filière aéronautique ambitieux, et d'autres actions seront retenues dans le plan de relance que j'ai demandé au Gouvernement de préparer. 
Exigence aussi, car être un fournisseur des armées engage et oblige. Il appartient aux industriels de défense qui concourent à la défense du pays et que l'Etat a toujours accompagnés de tout mettre en œuvre en lien avec la DGA et les armées, pour tenir les délais et atténuer les impacts de la crise sanitaire sur les cadences de livraison. Il en va de notre sécurité. 

Le ministère des Armées est un ministère de rupture et de continuité. 
Le ministère des Armées est un ministère de rupture s’il doit diriger les luttes d’aujourd’hui, il lui faut aussi anticiper les combats de demain, qui, dans une certaine mesure, seront radicalement différents. 
Mais à cette nécessité de rupture qui suppose d’anticiper, d’investir, d’innover, s’ajoute un besoin de continuité. Car construire un outil militaire adapté aux défis du monde qui vient se construit sur le temps long et nécessite tout à la fois ambition et constance de l’effort. 

C’est pourquoi, je veux ici vous remercier madame la ministre des Armées, et à vos côtés madame la ministre déléguée à la Mémoire et aux Anciens Combattants, pour le chemin parcouru. Avec les militaires, qui, plus que les autres, s’attachent à leurs ministres et sont particulièrement heureux de cette continuité, je veux vous redire toute ma confiance et ma reconnaissance. 
Je veux également remercier vos chefs d'état-major, au premier rang desquels le général d’armée François LECOINTRE. Je leur renouvelle toute ma confiance. 
Je voudrais aussi souhaiter, avec un peu d’avance, bon vent et belle mer à l’amiral PRAZUCK qui va quitter, fin août ses fonctions de chef d’État-major de la marine. Amiral, vous avez été à la tête de la Marine ces 4 dernières années. Dans les mers calmes comme dans les zones de grand frais, vous avez tenu fermement la barre avec autorité mais aussi avec une grande bienveillance pour vos équipages. J’ai pu le voir à plusieurs reprises, avec un engagement jamais démenti et cette culture de l'excellence. Alors, je veux saluer aujourd'hui le résultat obtenu et je veux vous remercier. 

A tous, enfin, je veux renouveler mes remerciements pour le travail accompli et mes encouragements pour celui qui reste à faire. 
Notre pays va devoir se reconstruire après cette crise inédite. Ce sera long, ce sera difficile, mais je sais qu‘au sein de votre ministère, madame la ministre, il y a la force d'âme qui convient à ces défis. 
Je sais que parmi vous toutes et tous ici présents, comme parmi nos Anciens combattants qui continuent de nous accompagner et auxquels nous devons tant, il y a cette force d'âme dont le pays a besoin. 
Alors, dans ce moment qui s'ouvre, je sais pouvoir compter sur vous comme vous pouvez aussi compter sur moi. 

Vive la République et vive la France !

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