Publié le 6 mai 2020

Protéger les acteurs de la création culturelle en cette période difficile.

Comment protéger les acteurs de la création culturelle en cette période difficile ? 

Le Président Emmanuel Macron a annoncé, lors d'une visioconférence avec des artistes de différents champs de la création, que les droits des artistes et techniciens intermittents seront prolongés d’une année au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée (soit jusqu’à fin août 2021). 

Conclusion par le Président de la République d’un échange, en visioconférence avec des artistes de différents champs de la création.

6 mai 2020 - Seul le prononcé fait foi

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La création artistique est quelque chose d'essentiel qui est apparu peut-être encore plus fortement à nos concitoyens durant cette période. Je crois que la nécessité de la culture est d'autant plus forte que nous sommes, en France et plusieurs d'entre vous l'ont rappelé, c'est-à-dire dans un pays qui a bâti son identité profonde sur cette capacité à, penser la culture, la place de ses artistes et le rôle que la culture dans la construction de ce qu'est la part d'universalisme mais aussi le projet français. 

Alors, je ne reviens pas sur ce que les ministres ont dit et le ministre de la Culture aura l'occasion en détail de revenir à l'issue de cet échange par un point avec la presse sur tout ce qu'il a très bien rappelé, le travail qui a été fait, les dates d'ouverture mais ce qui est important, c'est quand même que le 11 mai, toujours avec une très grande prudence parce que je le dis souvent, la glace est fine et on ne peut pas dire on rouvre tout. 

Mais le 11 mai, beaucoup de choses pourront reprendre : les musées en évitant les grands brassages. C’est pour ça qu’il y a des contraintes. On va devoir vivre avec ce virus. On doit rouvrir des choses, mais on doit faire attention à ce qu'il ne recircule pas à pleine vitesse. Alors après, ça se décline avec des mesures très techniques. Mais la finalité partagée, c'est ça. Et donc, on doit pouvoir rouvrir les librairies, les musées, sans qu’il n’y ait trop de brassage, les disquaires, les galeries d'art. Rouvrir aussi, justement, les lieux de création que sont les théâtres pour commencer à pouvoir faire fonctionner et répéter avec les contraintes et les bonnes règles de distance. Et puis, on aura un point fin mai parce qu'on aura ce recul de 3 semaines et début juin, on va regarder comment les choses se passent et comment on peut réussir à réarticuler les choses avec le public et en effet, il va falloir, là aussi, inventer de nouvelles formes et je dirais c'est le mariage du bon sens si je puis dire et de l'innovation, c’est ce que vous savez faire, c'est le cœur même de votre métier et on va inventer d'autres formes d'être public. Mais il faut que les lieux de création revivent. Il faut, et ça a été admirablement dit par beaucoup d'entre vous que les artistes puissent recréer et être ensemble. Il faut qu’on puisse à nouveau toucher des publics même s’il va falloir, ça a été dit dans cette période intermédiaire sans doute réussir à inventer un autre rapport avec le public, public moins nombreux, des captations, des interactions différentes, en ne perdant rien aussi de l'unicité de ces moments qui vivront différemment et où il y aura là aussi, je vais y revenir un accompagnement parce qu'évidemment, ce sont des moments qui ne se construiront pas dans le même, pardon de ce terme mais modèle économique que ce qu'on avait l'habitude de voir où il fallait remplir une billetterie. 

Puis, progressivement, on va, collectivement, construire une visibilité. Alors moi, j'entends la demande de visibilité. Qu'est-ce qu'on sait dire ? Que durant cet été, on ne fera pas de grand évènement qui rassemble. On l'a déjà dit, le Premier ministre l'a dit, plus de 5 000 personnes et c'est ce qui a conduit évidemment à faire annuler les festivals et c'est le cœur du problème pour beaucoup de celles et ceux qui ont à travailler. Mais ça n'empêchera pas cet été d'avoir des formes de création avec parfois des publics réduits, ces captations, mais aussi des formes de création en lien avec l'éducation et ça, je veux y revenir. C'est pour moi très important. Et moi, j'attends beaucoup de vous là-dessus. Et puis la question, vous l'avez posé, c'est celle de la saison prochaine. Il va falloir l'inventer. Moi, je ne sais pas dire où sera cette épidémie pour la saison prochaine. Ce que je sais dire, c'est qu'on doit vous aider à construire les conditions, de répéter, la préparer. Mais peut-être qu'il faudra la penser, l'inventer différemment. Est-ce qu'on pourra revenir aux saisons habituelles ? Je ne sais pas du tout. Et donc, il faut qu'on se mette en situation de penser dès maintenant et je dirais en étant acteur et moi, je partage toute l'information que j'ai avec vous. On a à créer sous contrainte extrême et donc il faut qu'on réfléchisse à comment on le fait, sous quelles conditions et comment évidemment, on permet aux compagnies, aux théâtres, aux créateurs, aux compagnies de danse, de cirque comme de théâtre, aux artistes, aux producteurs aussi aux tournages, de rendre ça viable avec ces contraintes-là. Il faut qu'on imagine plusieurs formes parce que soit ça disparaît complètement cet été soit on peut tout-à-fait se retrouver mi-août avec des spécialistes qui nous diront : c'est très dur. On ne peut pas rouvrir les salles à plein. Il faudra peut-être le faire différemment. On va tous collectivement s'adapter. Je vous parle très franchement. 

Mais on doit tous collectivement, non plus être en situation de subir tout de ce virus. On a subi beaucoup, on a fait un choix unique dans la vie de notre nation et que beaucoup d’autres nations ont fait, c’est ce fameux confinement. Là on rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là et la peur sera là dans la société. Elle ne va pas disparaître. Mais le seul moyen qu’il ne nous dévore pas c’est de l’enfourcher. Et ça doit être ça notre travail ensemble. Ce n’est pas que des lois, ce n’est pas que de l’administration. C’est là où le génie français doit se faire. Et partout, ce que je dis là est vrai partout dans la société. Comme on a eu peur on est je trouve trop collectivement dans un débat qui oublie le bon sens et la créativité. Et le génie français c’est le bon sens et la créativité. Nous on n’est pas fort en normes pour tout le pays, il y a des pays qui sont beaucoup plus forts que nous là-dessus. Nous on n’est pas fort pour ça, donc on se débat. Non ! Le bon sens et la créativité. Et donc ça doit on le construire ensemble pour la saison prochaine. Mais en tout cas ce que je veux dire, et je vais enchaîner sur le 2ème point c’est qu’on sera là pour l’accompagner parce que, vous l’avez compris, on a eu la phase d’urgence, et là vraiment les ministres vous ont dit tout ce qu’ils ont fait et on est parmi les pays qui en font le plus. On compare souvent les chiffres, il ne faut jamais oublier quand on se compare à certains voisins comme les Allemands qui n’ont pas le régime de l'intermittence, ils n’ont pas des régimes équivalents et donc la France est un pays qui a tout fait, et on doit s’en féliciter, pour justement dans cette phase d’urgence, réussir. 

Devant nous, je disais on a 2 étapes : cette résistance/résilience, je ne sais pas combien de temps elle durera et la refondation. Et moi j’ai bien aimé ce que plusieurs d’entre vous ont dit en disant moi je ne sais pas s’il faut un monde d’après, parce que le monde que je connais qu’on a quand même contribué à créer il n’est pas si mal. Je suis assez d’accord avec vous mais il y a des tas de choses qu’on a envie de changer aussi et c’est une opportunité ce temps suspendu. Mais soyons clair, cette refondation elle a commencé dès maintenant. On est déjà en train de l'inventer. Et ce temps de résilience/résistance sera fécond en ce qu’il nous permettra, quand on aura plus de liberté, de ne pas oublier tout ce qu'on aura appris dans cette période, de traumatismes ça a été très bien dit, mais aussi d'autres façons de faire. Alors pour réussir dans ce temps de résistance et de résilience, je crois que ce qu'on doit faire c'est en quelque sorte assumer de protéger. 

Et je le dis là dans la philosophie que je viens de dire, pour moi ce n'est pas protéger pour anesthésier, ce n'est pas protéger pour dire il n'y a plus rien à faire, c'est protéger pour redonner de la confiance et se projeter. C'est un peu un pacte de confiance que j'ai envie de faire avec le monde de la création, mais je crois avec toute la nation. Et donc c'est vrai que si on faisait comme d'habitude on calculerait, on essaierait de mettre au cordeau et il faut le faire quand on essaie de bâtir les choses. Mais là il faut qu'on arrive à libérer toutes ces énergies créatrices en redonnant de la confiance et de la visibilité. J'y reviendrai parce que moi j'attends aussi, je vais attendre beaucoup de vous. Je vous ai entendus, c'est unanime et je l'ai entendu, il y a le sujet de l'intermittence. 

Je crois que c'est Catherine qui disait que ce mot était bizarre ou Norah, parce que ça ne correspond pas à ce que vivent celles et ceux qui sont dans la culture, qu'ils soient artistes, techniciens. Au fond, c'est de dire on a quelques heures de travail qui sont reconnues parce que c'est vrai que les heures qu'on compte pour l'intermittence ne représentent pas tout ce qu’un artiste ou un technicien fait en dehors de ce temps où il est devant un public. Mais ce qui est clair c'est que beaucoup ne pourront pas faire ces heures. Il y a eu cette neutralisation que Franck Riester a évoqué qui était importante. Moi je veux qu'on s'engage à ce que les artistes et techniciens intermittents soient prolongés d'une année au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée, c'est-à-dire jusqu'à fin août 2021. C'est très compliqué, c'est très exorbitant du droit commun. Donc il faut que le ministre de la culture et la ministre du travail y bossent ensemble. Ma conviction en faisant ça c'est que je vais donner, c’est cette fameuse année blanche, je vais donner suffisamment confiance pour que quasiment on n'en ait pas besoin. Je vais vous dire pourquoi, c’est parce que je pense qu'on va donner par ailleurs avec beaucoup de projets les heures qui permettront de créer et à tous ces artistes et ces techniciens de ne pas activer ces dispositifs. Mais ce que je sais c'est qu'il y a une précarité immense sinon et une forme d'effondrement, comme cela a été dit, psychologique, en tout cas de perte de confiance qui fait que sinon on n'y arrivera pas. Et donc sur l'intermittence avançons dans ce dispositif qui est en effet unique et OK, on y va, on s'engage. 
Sur les artistes auteurs : ils bénéficieront de l'exonération de cotisations pour quatre mois. Mais il faut, comme les ministres l'ont dit, les ministres de l’Economie et de la Culture, qu’ils puissent mettre en œuvre justement tout ce travail pour permettre l'éligibilité au Fonds de solidarité pour les TPE et les indépendants. Il a été très doté, il faut vraiment que tous les acteurs soient là. On a besoin que les régions viennent contribuer de manière efficace à ce fond. Mais il y a un besoin de simplicité et d'accès, et donc, ça a été dit, il a plein de contrainte administrative mais je pense que si les ministres se mettent ensemble, en mettant peut-être, un guichet, une petite équipe dédiée, ce serait formidable. 

La troisième chose c'est tous ceux dont on a besoin pour préserver la diversité culturelle française. On a des associations, des entreprises culturelles dont l'activité est empêchée ou dégradée et qui vont pouvoir bénéficier des dispositifs d'accompagnement au-delà de la fin de la période de confinement. Ça c'est absolument indispensable parce que la reprise d’activité, ce ne sera pas une activité normale. Et donc, compte tenu de la fragilité de beaucoup de structure, ce n'est pas quelque chose qu'on peut leur faire assumer. Et donc, il y aura des aides, ça a été dit, les ministres y sont revenus, qui vont continuer, qui seront adaptés. L'Etat sera également présent avec un apport en fond propre avec la Banque publique d'investissement et l’IFCIC. Quel est le but ? Ça a été très bien dit tout à l'heure. Je pense à Catherine, quand elle a repris la parole aussi qui était de dire, pour que les petits festivals, les petites structures puissent véritablement bénéficier de cela et ne soit pas fragilisée et ne soit pas au risque d'être rachetée par des grandes majors ou des grandes structures. On va mettre en place tous les dispositifs pour les accompagner en capital, en activité, pour que les indépendants puissent rester indépendants. Parce que c'est un monde pour sa diversité qui a besoin de cette indépendance. Et donc toutes ces structures indépendantes, de tissu de festival qui fait la richesse de notre paysage culturel. On doit le protéger là-dessus. L’IFCIC fait ce travail tout au long de l'année, mais on va encore l'aider, l'encourager avec la Banque publique d'investissement. Et je veux le dire aussi parce qu'on a le Centre national de la musique qui vient d'être créé et qui est très fragilisé par la période. Et donc, je veux qu'on puisse sécuriser là-dessus et qu'on puisse le redoter à hauteur de 50 millions d'euros et que le ministre puisse porter avec le CNM tout ce qui est indispensable à cet égard. Et je pense qu'on a besoin, là aussi, je fais un appel à toutes les collectivités territoriales, on a besoin que les régions, que les grandes villes, les métropoles puissent s'engager autour de cela parce qu'elles sont souvent les partenaires de ces associations et de ces festivals et qu'elles nous accompagnent dans cette bataille. 

Sur les tournages le ministre l'a dit, il y a tout un travail qui a commencé à être fait pour que les choses puissent reprendre. Alors, c'est évidemment très compliqué à reprendre. Ça dépend des cas, cette distance physique, toutes les règles, c'est énorme. Et puis les limites en nombre. J'en ai bien conscience. Donc, ce sera très dur de reprendre des tournages de manière concrète, sauf quelques exceptions avant la fin mai. Après, quand on verra un peu plus, on pourra adapter, je l'espère, si les choses avancent bien en juin et juillet. Mais ce sera du cas par cas, quasiment. Donc, il faut qu'on puisse là aussi aider les artistes, les structures, les producteurs et donc on va mettre en place un fonds d'indemnisation temporaire. Et là, il faut qu'il y ait un travail qui soit fait avec le ministre, le CNC, pour qu'il y ait aussi des régions, des partenaires privés et ça a été très bien dit, il faut qu’il y ait les assureurs, les Sofca. Il n'y a rien qui soit impossible. Et donc, vous l'avez dit à très juste titre et donc on va les engager et les mettre devant leurs responsabilités. Il y a un écosystème qui vit quand même du monde du cinéma tout au long de l'année. Et donc, il faut que les assureurs, les banques, les Sofica viennent avec nous pour nous aider et mettre en place ce fonds, ce fonds d'indemnisation temporaire, qui pourra au cas par cas pour les séries, pour les tournages qui doivent être annulés ou reportés, à nous aider à indemniser. On n'y arrivera pas tout seul. Mais nous, on va enclencher, mettre au pot. Et ça, c'est le travail que le ministre va mettre en place avec en particulier le CNC et tous les acteurs pour qu'on puisse avancer. 

Ça, c'est se protéger et accompagner pour pouvoir créer dans cette phase de résistance, résilience. Après, vous l'avez dit, on doit à la fois ne pas se refermer. Moi, je crois beaucoup à ça : défendre notre universalisme à la française et en même temps savoir défendre ce qui est notre spécificité. On est dans cette tension, cette dialectique permanente à laquelle je crois. Moi, je n'ai jamais cru à une mondialisation heureuse, ouverte, où tout le monde vivait dans un bain heureux et j’ai toujours défendu ce que j’ai appelé la souveraineté européenne, mais je crois à l’ouverture, à un universel, ce qui permet de faire circuler les intelligences, les créations, les sensibilités. Et il ne faut pas que la réaction de ce qu’on est en train de vivre soit en effet, vous l’avez très bien dit tout à l’heure, un repli sur des productions qui sont uniquement nationales et une disparition de ce qu’est l’Europe, ce serait une catastrophe. Et donc, dans cette période, on doit mettre encore plus d’énergie, moi, je vais le faire au niveau européen et utiliser, en quelque sorte, la journée du 9 mai comme une journée de la création européenne, mais il faut encourager, densifier et relancer justement, nos coproductions européennes et une Europe de la culture encore plus forte dont on a besoin. Moi, je vais en tout cas veiller à ce que nous, évidemment, on ne se retire d'aucune coproduction, mais engager nos partenaires européens à le faire. On a besoin de ça. 

Mais dans cette phase-là, on voit bien que le monde va un peu se fragmenter. Et donc, on a besoin aussi de défendre ce qu’est cette exception française, cette force de création européenne. Et vous l'avez très bien dit, on a besoin de défendre une créativité à l'européenne. Il y aura des grands prédateurs : chinois, américains avec d'autres modèles, d'autres sensibilités. Donc dans cette phase, moi, je veux ici m'engager très clairement devant vous, à ce que, justement, les plateformes soient assujetties aux obligations de financement des œuvres françaises et européennes dès le 1er janvier 2021. La directive SMA le permet, le ministre l’a dit, on va passer plus vite, plus en force. Vous l'avez demandé tout à l'heure et je m'y engage à ce que cette directive SMA soit transposée avant la fin de l'année. Je souhaite que le ministre, avec le CNC, puisse constituer une task force de négociation pour agir très rapidement, régler tous les sujets qui avaient encore en suspens et pour qu'on puisse aller très vite et très fort là-dessus parce que ce sera une contribution de ces plateformes à notre création. Ce sera une protection aussi de notre écosystème. 

On doit aussi, dans cette période, réussir à protéger nos catalogues d'œuvres cinématographiques françaises de toute la revente à des acheteurs non-européens. Ce modèle européen, il faut aussi le protéger dans ce modèle de création contemporain. C’est la directive SMA qui nous y aide beaucoup. Ça va être tout l'arsenal qu'on a avec aussi le ministre de l'Économie et des Finances. Ça doit être la protection de nos catalogues. Et puis, face à la concentration en cours au niveau mondial portée par des géants américains chinois, l'échelle de notre riposte doit être vraiment industrielle et européenne. Et là je sais que la ministre du Travail, le ministre de l'Economie et des Finances, le ministre de la Culture sont très attachés à ce qu'on dise : on doit vraiment structurer ces filières, réussir à rendre plus forte notre capacité à créer et donc avoir aussi une approche, qui est pour une partie de de ces familles de création, je dirai aussi économique. Il faut assumer la créativité qu'on a d'un côté et la capacité à structurer une force de frappe économique de ces industries culturelles et créatives auxquelles nous croyons. Il y a eu un très gros travail qui a été fait avec l'ensemble des métiers, justement, et de ces industries culturelles et créatives. Et donc, on doit assumer dans ce contexte et au niveau européen aussi, de peut-être mieux structurer les choses, renforcer encore les financements. 

Vous l'avez compris, moi, je suis prêt dans cette période à ce qu'on engage encore plus, y compris d'un point de vue budgétaire, et là, vous l'avez très bien dit, de toute façon, c'est le budget de la nation. Donc, il est toujours financé quelque part. Mais parce que je pense que c'est une partie de notre réponse à la crise et qu’elle est vitale, morale, aussi économique, comme on le voit dans tous les secteurs. Et donc il faut l'assumer. Mais je l'ai dit et ça contribue à la fois de la résilience et de la refondation, il faut qu'on arrive dans cette période. Et c'est un peu cette idée de pacte que moi je vous propose et de confiance, qu'on arrive à enfourcher ce fameux tigre tous ensemble. C'est que moi aussi, j'attends beaucoup du monde culturel. Au fond, dans cette période qui commence, et c'est pour ça que je n'aime pas cette idée “d'année blanche”, parce que ce serait l'idée d'une année qui ne fait rien, je reprends le principe pour que ça soit clair pour tout le monde et que ça rassure les intermittents, j'ai adoré l'idée tout à l’heure, je ne sais plus qui l’a dit d’année bleue ou d’année rose. C’était peut-être une référence à Picasso, mais au fond, moi, je fais confiance à tous les intermittents. Et il se trouve que moi, j'ai besoin de gens qui savent faire des choses, inventer, pour nos jeunes. Et je vous livre le problème tel qu'on va l'avoir dans la vie de la nation. Nous avons des écoles qu'on va progressivement rouvrir. Et on va organiser le temps de l'école totalement différemment dans les semaines qui viennent. C’est maintenant ! On ne va pas à un truc pour l'année prochaine. Et on va devoir mettre du sport, de la culture à l'école. 

On va avoir besoin d'intermittents, de créateurs, d'artistes, de très grands artistes d’ailleurs qui ne sont pas intermittents et d'intermittents qui sont créatif. Et c’est partout en France. Et c'est maintenant. Et donc, moi, si vous êtes d'accord, j'aimerais qu'on active entre les ministères cette plateforme très concrète, mais où des intermittents à qui on vient de donner, on dit voilà, on vous donne, mais s'ils sont prêts à s'engager là-dessus, mais même peut-être qu'ils feront leurs heures d'ailleurs par ce biais. Mais on en a besoin et c'est un engagement de l'État avec les villes. C'est du temps périscolaire, mais qui sera payé par l'État avec l'Éducation nationale. Parce qu'on a besoin de s'occuper de nos jeunes, en particulier dans les milieux les plus modestes, quand les familles ne peuvent pas être là pendant ce temps de reprise scolaire. C'est maintenant. Et donc ce qu'on avait commencé avec l'éducation artistique et culturelle qui était une vraie déjà, un vrai début de révolution. On avait remis beaucoup plus d’éducation artistique et culturelle cette rentrée en musique et lecture. Utilisons cette période où l'école se réouvre pas pareil pour faire une révolution de l'accès à la culture et à l'art. Et moi, je veux dire, j'ai entendu vos messages. On est des « créatures sociales », on a besoin ça. Et donc moi chiche, on a besoin de vous à l'école. Ce sera des petits groupes de 10 enfants. Mais si vous êtes prêts à donner une, deux après-midis par semaine, on va le structurer, trouver des bonnes façons administratives. Moi, je m'en fiche, je ne suis pas le pro des formulaires et ça ne m'intéresse pas, mais on va trouver les moyens de les comptabiliser. Mais on a besoin de ce souffle et d'aider nos enfants et en même temps, de redonner une raison de vivre à des tas de femmes et d'hommes dans notre pays qui portent la culture, qui y croient, qui en ont besoin. Et quand je dis des femmes, des hommes, qu'ils soient artistes, qu'ils soient techniciens ou autre. Ce moment jusqu'à juillet est essentiel. Ensuite, on va devoir sans doute réinventer notre été, dans la vie de la nation. On va devoir réinventer un été différent de, peut-être d'autres, d'autres, d'autres formes de colonies de vacances qui sont à repenser. J'ai voulu dire très simplement, on a des millions d'enfants, de jeunes, d'ados qui ne pourront pas partir loin en vacances, qui d'ailleurs, souvent, quand ils étaient issus de l'immigration, venant de familles binationales, avaient pour habitude de partir pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois au pays et qui ne pourront pas le faire ; souvent dans les quartiers les plus pauvres, dans nos banlieues ou dans d'autres quartiers de la République. On leur a déjà demandé un effort énorme avec ce confinement. Ils pourront parfois, parfois pas revoir, retrouver cette forme de respiration qui était dans leur temps et de manière, de façon pour toute la nation, on ne pourra pas vivre ces vacances comme d'habitude. On doit en faire un été apprenant et culturel. 
Et donc, là aussi, on ne pourra pas faire les festivals, on le sait bien, les grands festivals, on a d'ailleurs donné le confort pour les annuler. Mais rien ne nous interdit d'inventer autre chose dans des formes plus petites, avec pas de public ou moins de public, avec des groupes différents, mais avec des jeunes qui pourront venir. je veux rien n'empêchera à mon avis, sauf si vraiment ça repart complètement et ça on le saura début juin. Moi, je suis prêt et on doit l'accompagner dans sa vocation, à dire cet été, mais on vous accompagne évidemment financièrement pour pouvoir le faire, mais pour qu'on ait des jeunes de Neuhoff par exemple, qui puissent venir par 15, assister à une répétition. On va changer leur vie si on arrive à faire ça. Il y a des tas de trucs que vous avez déjà fait le reste de l'année. On doit collectivement organiser partout sur le territoire cette forme d'impulsion. On donne la possibilité aux artistes, à leurs équipes, d'inventer différemment cet été aussi apprenant et culturel. Et nous, on sera là en accompagnement parce que tout ce que j'ai dit pour protéger va permettre aux artistes de le faire sans se poser la question du modèle économique, puisqu'on aura donné cette visibilité. C'est l'engagement que j'ai pris. Mais on doit en faire une opportunité extraordinaire de chantiers de création durant tout cet été. 

La troisième chose que j'attends de nous après le, justement l'éducation artistique, artistique et culturelle, cet été qu'on doit inventer.  Je veux qu'on lance un grand programme de commandes publiques. Que ce soit d'ailleurs pour les métiers d'art, le spectacle vivant, la littérature, les arts plastiques, enfin l'ensemble des familles ici représentées. Et moi, je pense en particulier aux jeunes créateurs de moins de 30 ans, parce que vous l'avez très bien dit, quand on est une structure solide, un festival installé, un artiste qui a réussi, on peut se sortir de cette période dès qu’on a ces dispositifs. Mais le défi, c'est quand on est un jeune qui sort du conservatoire, qui sort de l'école, qui est en train de démarrer. Et donc moi, je pense qu'il faut qu'on arrive à lancer un grand programme de commandes publiques. Alors on doit l’inventer, il faut l’inventer avec vous, il faut l'inventer avec les artistes dans ses critères, sa manière de le penser. Mais qu'on mette le paquet et qu'on invente un grand programme de commandes publiques pour les jeunes artistes qui permettra justement de développer très fortement les choses. 

L'autre point, c'est qu'on doit inventer une saison hors norme. Je le disais, je ne sais pas comment est la saison qui est à venir, mais on doit collectivement l'inventer, la penser et peut-être la penser, surtout si on a des contraintes en termes de public, en renouvelant les publics, c'est-à-dire qu'on doit essayer, s'il y a moins de monde, peut-être qu'il faut essayer d'aller chercher des gens qui ne viennent jamais et leur proposer justement pour les salles qui auront ces contraintes. Et ça, vous savez infiniment mieux que moi le faire. On doit vous donner cette liberté, cette capacité à le faire vous, collectivement. Mais je pense qu'on doit en faire une opportunité peut-être de fracturer les choses et faire de la limitation des jauges, au fond, une capacité à inventer de nouveaux rapports, ça a été très bien dit tout à l'heure dans l'échange, pour aller chercher d'autres gens. Au fond, et c'est là où il y a une continuité entre la crise dans son urgence, l'état de résilience et la refondation, on voit bien qu’on doit utiliser le fait d'être artiste en France pour inventer et améliorer encore ce qu'est cette capacité à penser, à faire vivre la culture dans notre nation. C'est à la fois un défi qui nous est posé, on assume avec les ministres de porter ce cadre, mais je dois dire que ça va être une opportunité, du coup, de penser, de porter des initiatives nouvelles. Et donc ce que je voudrais qu'on arrive à faire, durant cet été, et pour moi, le point de rencontre doit être fin août, début septembre, c'est de penser ce temps de refondation. 

Le ministre a beaucoup travaillé, il a plein d'idées avec les échanges qu'il a eus ces dernières semaines. Vous en avez aussi, on voit bien celles qui sont là. Là, on a dressé un cap pour les prochaines semaines, les prochains mois, puisque j'ai essayé de vous dire comment moi, je voyais cette phase, ce que j'attends aussi de toute la famille culturelle dans les semaines à venir pour les jeunes, l'école, pour l'été et pour la reprise. Mais si on veut penser plus large, on à, on a besoin, au fond, de faire monter toutes les idées très concrètes, d'utopies concrètes, de projets. Ce n'est pas un plan qu'on va mettre sur la table, en quelque sorte, maintenant. Ce n'est plus comme ça que ça se fait. Et donc ce que je voudrais qu'on lance collectivement, là maintenant, c'est tout ce qu'on voudrait transformer, faire réinventer de notre culture et des formes d'art et d'expression artistique dans notre pays. Je ne sais pas si on doit parler d'un plan, parce que ce n'est pas quelque chose qui vient du haut, c'est au fond une ambition partagée, mais une volonté très concrète de de consolider, ce qui est formidable et qui démontre son énergie, de réinventer des choses qui ne fonctionnaient plus, d'en inventer de nouvelles et, au fond, de refonder véritablement une ambition culturelle pour le pays. Et moi, je voudrais qu'on utilise, au-delà ce que je vous ai déjà demandé en actions concrètes, cet été pour faire remonter ces idées, ces initiatives, ces utopies concrètes, et qu'à la fin de l'été, on ait un point de rencontre qui permette de porter cette ambition. La nation en a besoin, j'en suis profondément convaincu, et nos concitoyens ont tous besoin de cela, et c'est très concret. 

J'assume ce grand écart entre une forme d'idéalisme qui peut paraître naïf, mais que je crois résolu, et une forme de pragmatisme de la réponse économique et sociale. Je repensais, et je l'évoquais avec quelques uns l'autre jour, aux phrases que Simon LEYS avait sur Robinson Crusoé. Je l'ai parfois évoqué en disant que les vrais idéalistes sont des grands pragmatiques. Le jour d'après il doit nous faire penser, on le pense déjà, à notre vulnérabilité, etc. Mais Simon LEYS, il a cette formule, il dit : "quand Robinson part, il ne part pas avec des grandes idées de poésie ou de récit, il va dans la cale chercher ce qui va lui permettre de survivre », du fromage, du jambon, des choses très concrètes, c'est l'aspect confiance que j'ai dit tout de suite, pour pouvoir ensuite inventer quelque chose et créer. Il y a, dans l'enseignement de Robinson, quelque chose de ce qu'on vit. Robinson, quand le naufrage est là, il ne se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage, sinon, d'ailleurs, nous n'aurions jamais écrit le récit de ses miracles. Il prend d'abord du jambon, du fromage, mais il a en lui cette capacité à réinventer une histoire unique. 

Je crois qu'on a ça, donc je ne suis pas tellement un théoricien du drame. C'est très dur ce qu'on vit, évidemment, je l'ai dit, chacun a ses mots, une forme ébranlement, de doute, de choses terribles, mais on a en nous une forme de résilience et de capacité à se réinventer. C'est ça qu'on doit s'offrir. On doit se l'offrir à nous-mêmes. Il y a à la fois ce grand pragmatisme et cet idéalisme. 

Voilà ce que je voulais vous dire en conclusion de notre échange. Je voulais vous remercier infiniment d'abord d'avoir préparé cette discussion et d'avoir accepté d'échanger. Elle vous appartient maintenant sur ce que vous avez dit. Ça vous appartient dans ce que vous voulez en dire à l’extérieur. Et si vous voulez le rendre public, on l’assumera. Ce que je dis là, moi, est public. Et le ministre, ensuite, fera un point très détaillé de ce qu’on va lancer, et les ministres aussi. 

Ce que je vous propose, c’est qu’on puisse avoir un temps de rendez-vous, là, dans quelques semaines, un peu au début de l’été, parce que je vous invite à faire, le petit groupe improvisé qu’on a fait, poursuivons-le parce que c’est quand même quelque chose qui est non institutionnel. Il y a un énorme travail qui est fait avec l’ensemble de vos représentants. 

Il y a d’ailleurs, moi je pense aussi aux métiers d’art, au monde du patrimoine, beaucoup de familles qui n’étaient pas forcément autour de la table aujourd’hui, avec lesquelles on travaille, et je ferai d’autres rencontres. Mais cet échange, poursuivons-le. Ayons un point de rendez-vous au début de l’été. Mais agissons dès maintenant et pensons à l’après. Voilà, je ne fais pas plus long. 

Merci infiniment. Et courage ! Merci.

Le Président de la République lancé un appel à la mobilisation : « utilisons cette période où l'école ne rouvre pas de manière habituelle pour faire une révolution de l'accès à la culture et à l'art. On a besoin de ce souffle. Imaginons un été apprenant et culturel. »

Retrouvez les détails des annonces par le ministre de la culture Franck Riester :

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