Publié le 30 janvier 2020

Discours du Président Emmanuel Macron au Festival international de la BD d'Angoulême.

Retrouvez le discours du Président Emmanuel Macron lors de la Cérémonie des Prix Découvertes du Festival international de la BD d'Angoulême :

DISCOURS DU PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON LORS DE LA CÉRÉMONIE DES PRIX DÉCOUVERTES DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA BD D’ANGOULÊME

30 janvier 2020 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Ministre, messieurs les présidents, monsieur le maire, mesdames messieurs les parlementaires, mesdames messieurs les élus, mesdames messieurs, chers amis, chers élèves qui êtes là.  Merci pour vos mots président, un instant et pour tout le travail qui a été fait durant ces 47 éditions et je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui. Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous faire un long discours, mais je voulais simplement partager avec vous quelques convictions que nous voulons porter avec le ministre. 

Être là pour ce 47ème Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, c'était aussi marquer un soutien, un engagement, une reconnaissance en cette année 2020, qu’avec le ministre de la Culture, nous avons voulu - année de la bande dessinée- faire de l'année 2020, l’année de la BD, c'était reconnaître que la bande dessinée, en effet, est un art majeur dans notre pays et pas simplement à Angoulême, même si Angoulême en est l'épicentre monsieur le maire. Un art majeur parce que - on en parlait ce midi avec plusieurs auteurs et éditeurs- c'est la réconciliation de plusieurs générations. On a tous été élevés avec ces bandes dessinées qui, comme quelques autres éléments, sont valables de 7 à 77 ans. Toutes les générations, tous les milieux sociaux, toutes les géographies et vous l'avez dit à l'instant, je crois que la BD fait partie de ces arts qui fédèrent. Mais la bande dessinée, c'est aussi en quelque sorte le creuset de beaucoup d'autres formes d'art. D'ailleurs, c'est pour ça que très longtemps, ce fut inclassable et c'est encore inclassable. Il y a des gens qui sont doués pour la littérature, d'autres pour les arts graphiques et le dessin. On peut commencer avec la bande dessinée et aller ensuite vers le design, vers le cinéma, vers les séries, ou on peut construire sa vie et sa carrière autour de la bande dessinée, du monde de la bande dessinée, la création d'univers qui sont à la fois graphiques mais aussi de transformation profonde, des scénarios qui ensuite vont aller essaimer dans tous les arts. Et donc, ce rôle fédérateur, cette espèce de capacité qu'a la bande dessinée ainsi à accrocher tous les publics, mais être aussi à la confluence de beaucoup d'autres formes de création, en a fait, pendant très longtemps, une forme d'art inclassable que nous voulons aujourd'hui reconnaître comme un art majeur, au sens où il a toute sa place à l'école, au sein de la création française et en lien avec justement toutes ces familles de création que j'évoquais ici trop rapidement. 

Alors, disant cela, je veux qu'on reconnaisse pleinement et complètement l'excellence de notre bande dessinée. S’il y a le Festival international de la BD à Angoulême, c'est bien parce que la France y a depuis des décennies et des décennies un rôle primordial. On l'a eu. Vous avez évoqué des moments qui ont été plus difficiles où c'était moins reconnu mais on l'a toujours gardé. On a cette amitié particulière et ce lien avec la Belgique mais on a aussi des nouvelles générations aujourd'hui, d'auteurs qui ont su réconcilier des imaginaires avec leurs origines iraniennes, arabes, de l'autre côté de la Méditerranée comme de l'autre côté de l'océan. On a aujourd'hui une véritable capacité à créer en France avec une nouvelle génération qui montre encore la vitalité extraordinaire de notre bande dessinée. Avec une réinvention aussi des formats dans lesquels on avait pour beaucoup, je parle pour ma génération, appris à aimer la BD. D'autres formes de visuels, de narration apparaissent et sont au cœur de la BD contemporaine. Il y a une chose qui est sûre, c'est que la bande dessinée française a toujours été au sommet de son art, n'a pas disparu et reste aujourd'hui une des bandes dessinées au monde parmi les plus vivaces et les plus inventives. On doit beaucoup à cet égard au Festival et à la Cité internationale, au dialogue permanent de nos auteurs, de nos éditeurs et de toutes celles et ceux qui forment justement le monde de la BD française avec la création du monde entier en bande dessinée. C'est pour ça qu’en célébrant, en confortant la BD, je veux avoir un mot d'amitié, de reconnaissance pour vous, président pour le festival, pour toutes celles et ceux qui le font vivre dans l'ombre et y compris quand les années ont été difficiles. Je veux avoir un mot pour la Cité internationale de la bande dessinée, le musée, toutes les équipes et tout cet écosystème. Pour vous monsieur le maire, vos équipes, pour tout le pôle image, pour les écoles, d'ailleurs, de tous les âges qui s'inscrivent autour de cette famille et qui ont fait d'Angoulême cet épicentre que j'évoquais tout à l'heure. Beaucoup de collectivités vous ont rejoint, vous soutiennent chers présidents, au pluriel, puisqu’aujourd’hui, l'intercommunalité comme le département, la région se mettent derrière cette ambition. Mais il y a une vraie excellence ici, un savoir-faire. Il y a beaucoup de femmes et d'hommes qui, depuis des années, œuvrent : auteurs, éditeurs, libraires, professeurs, enseignants, bénévoles et qui ont énormément donné pour qu'on ait cette excellence qui soit ainsi confortée. Je voulais vous remercier parce que ça n'est pas un hasard. C’est aussi le fruit d’une décennie de travail. 

Alors, on va nous, continuer à avancer, je l’ai dit tout à l’heure à monsieur le maire, et je vous l'ai dit, on va vous accompagner, continuer à le faire avec la Cité internationale qui fait un travail formidable. Continuer à pousser en ce sens et aussi aider à ce que de nouveaux locaux soient mis à disposition, pour que vous puissiez sortir des quelques tentes pour gagner des espaces plus stables et qu'au fond, toute l'année, il puisse y avoir ce rayonnement et qu'on puisse donner encore plus de force à la présence de la bande dessinée à Angoulême et au-delà, à tout ce pôle image et la créativité et la formation qu'il y a autour. 

Maintenant, ce moment, cette reconnaissance, elle intervient au milieu et à la confluence de beaucoup d'ambitions que nous portons et sur lesquelles je voulais insister ce soir auprès de vous. Je suis très content qu'il y ait à la fois des élèves, des professeurs, des auteurs, des éditeurs et éditrices, des bénévoles, des engagés parce que c'est exactement le sens de ce à quoi je crois très profondément et ce que nous sommes en train d'essayer de faire. On a souvent opposé l'accès à la culture et la création. Et en la matière, il se trouve que je crois aussi à un « en même temps ». Il faut faire les deux en même temps. L'accès à la culture, c'est d'abord et avant tout la lecture. On parlait des difficultés ce midi avec plusieurs auteurs, autrices, et éditeurs et éditrices. Dans 15 ans, 20 ans, si on ne gagne pas la bataille de la lecture, nos problèmes seront beaucoup plus importants que ceux que nous avons aujourd'hui. Gagner la bataille de la lecture, ça veut dire convaincre notre jeunesse que la lecture, c'est la construction de sa propre émancipation, que c'est l'accès aux savoirs, à la liberté, à l'imaginaire, c'est la construction véritablement du citoyen et de la citoyenne libre. C'est un combat qu'on mène d'abord à l'école. Et je veux ici remercier tous nos enseignants. Et c'est un combat que depuis 2 ans et demi, pleinement réconciliés, les ministères de l'Education nationale et de la Culture mènent ensemble. On a remis dans nos enseignements beaucoup plus fortement l'éducation artistique et culturelle. Et ces deux ministres ont su aussi réengager collectivement un travail pour que la place, le goût de toutes les lectures soient reconsacrées. Depuis des années, des décennies, les enseignants font un travail extraordinaire et je veux ici les en remercier et envoyer tout à l'heure encore des enseignants avec des élèves de primaire qui venaient avec nous à plusieurs expositions. La place du livre à l'école, elle est essentielle. On est dans un monde de tablettes. Il faut évidemment que nos jeunes évoluent au milieu de ces tablettes et du digital, mais il faut, dans le même temps, leur apprendre à garder le goût du livre. L'accès au livre. C'est pour ça qu’on a réintensifié la lecture en primaire, on a installé ce livre donné en sortie de primaire, les Fables de La Fontaine, on fait cette rentrée en musique dont vous avez entendu parler, on a réconforté l'éducation artistique et culturelle à l'école et dans ce contexte-là, la bande dessinée doit jouer toute sa place. Parce que la BD, c'est ce qui permet aussi d'accéder à une forme de création visuelle et littéraire. Mettre la BD dans les programmes, c'est permettre aussi d'accéder à cette création française pour nos jeunes. C'est par son innovation accéder à des grands textes de littérature classique parce que des auteurs contemporains ont décidé de les revisiter, de les dessiner, de les accompagner. Plein de jeunes sont allés, grâce à Tardi, vers Céline. Quelques décennies plus tôt, DUBOUT avait permis d'accéder à MOLIÈRE. Et donc voilà, le dessin, ce dialogue entre les arts permet aussi à notre jeunesse d'accéder aux grands textes comme à la création de la bande dessinée. C'est ça que nous voulons vraiment développer à plein. Et donc, développer l'accès aux livres, la lecture, c'est permettre, en tout cas, c'est vouloir faire encore plus à l'école, ce que nous allons poursuivre avec les ministres dans les prochains mois et les prochaines années. Je sais que beaucoup d'entre vous - et d'ailleurs, beaucoup d'auteurs l'ont fait en rendant hommage à celles et ceux à qui il devaient tant - , beaucoup d'entre vous sont venus à la création, sont devenus des auteurs, des dessinateurs, certains autres des éditeurs, parce qu’un professeur les avaient éveillés à ce goût, parce qu'un maître avait su tendre le livre qu'il fallait à un moment donné et il faut rendre hommage à ces professeurs qui sont aussi et avant tout des passeurs. 

La lecture et l'accès aux livres, à la BD, ce sont aussi nos bibliothèques. Il y a un an et demi maintenant, Erik ORSENNA et Noël CORBIN ont rendu un rapport au ministre de la Culture pour développer, c'était un de mes engagements de campagne, la lecture et l'ouverture des bibliothèques. Vous avez ici une bibliothèque, entre autres, qui est ouvert le dimanche. Ce n'est pas le cas partout. L'une des difficultés qu'on a pour faciliter et encourager l'accès à la lecture, c'est de développer, d'ouvrir davantage de bibliothèques pour permettre le soir, le samedi après-midi, le dimanche que dans la commune, on puisse aller plus facilement à la bibliothèque, à la médiathèque et accéder ainsi pleinement aux livres. C'est pour ça qu'on a développé aussi ce programme d'ouverture des bibliothèques et on continue d'accompagner toutes les communes qui veulent le faire. Plusieurs centaines se sont déjà lancées dans cette aventure qui est absolument essentielle pour aider à développer la lecture et le goût de la lecture. Sans lecteurs, pas d'auteurs. Et puis, il y a le Pass culture. Je ne serai pas complet, mais je tiens beaucoup à cette idée. On s'est inspiré des Italiens. Le Pass culture, c'est dire : un jeune, lorsqu'il a 18 ans - donc c'est pour vous dans quelques années - on lui met à disposition, par une application, 500 euros qui vont permettre d'accéder à la culture, d'acheter des livres, des disques, d'aller au théâtre, d'aller dans un concert, d'aller à l'opéra pour casser justement les barrières, les difficultés de financement. On ne fait pas n'importe comment. On a beaucoup travaillé avec là aussi, celles et ceux qui créent pour guider et permettre d'aller vers les livres qui sont les plus utiles, les plus inventifs, d'aider à aller vers le libraire ou vers les spectacles qu'il y a près de chez soi. Ce Pass culture, on a commencé à le développer et l'expérimentation s'est tenue l'année dernière et on va, à partir du 1er avril, l'ouvrir à la moitié des régions de France. Donc, c'est une vraie extension de ce Pass. Il va permettre de faciliter l'accès à la culture pour les adolescents, les jeunes, et aussi permettre collectivement qu'on organise mieux la culture dans cette dimension d'accès. Je le dis ici, dans cette scène nationale , avec un petit clin d'œil, parce qu'il se trouve que jusqu'il y a quelques mois, celui qui a dirigé cette scène nationale dirigeait une scène nationale dans une ville qui m'a vu naître à Amiens. Je le dis parce que moi, j'ai eu la chance, jeune, qu’un professeur d'école m'emmène au théâtre, que j’en forme le goût et ça a complètement changé ma vie. Il y avait ces théâtres pour le faire et je souhaite ça à tous nos jeunes ici présents. Le pass culture, il est au cœur de cette stratégie d'accès à la culture, d'accès aux livres et donc de tout ce qui aide à lire précisément. Cette stratégie, celle de l'accès, c'est pour moi le premier pilier de ce qu'on va continuer à faire et c'est absolument essentiel, parce que c’est au-delà de votre festival qui est ô combien important, c’est ce que dans tous nos territoires, partout en France, on doit continuer à encourager pour aider à la diffusion de la culture et former des citoyennes, des citoyens libres, permettre à tous nos concitoyens d'accéder librement et plus facilement à la culture. 

Mais en même temps qu’on accède à la culture, il faut continuer de défendre celles et ceux qui la font. C'est pour moi le deuxième pilier. C'est l'aide, l'accompagnement, l'encouragement des auteurs et avec eux, puisqu'on est ici pour parler de bande dessinée, des éditeurs et des libraires, toute cette chaîne, qui fait que le livre, l'album de BD pourra atteindre son public final. On a eu une discussion ce midi et il y a un débat depuis plusieurs mois qui a été d'ailleurs beaucoup porté par des auteurs de bande dessinée. Il y a eu ces débats extrêmement vivaces en Europe pour défendre les droits des auteurs, la condition des auteurs et permettre qu'on protège mieux, qu'on accompagne mieux, qu'on rémunère mieux celles et ceux qui créent, qui inventent des personnages, des histoires et permettent à la bande dessinée d'exister et de se développer. D'abord, je veux vous dire ici que nous avons mené ces combats et nous les avons déjà gagnés pour les premiers. Parce que nous sommes le pays où le droit d’auteur s’est inventé. On l’a fait progressivement. BEAUMARCHAIS a un peu initié cette bataille, Jean-ZAY a eu un rôle extraordinairement important, Maurice GENEVOIX, MALRAUX et donc, on a progressivement consolidé la reconnaissance de ce que l’auteur apportait et qui justifiait une rémunération et une protection de ses droits et on a, je crois pouvoir le dire, exporté ce modèle. Mais il est fragile et il a été menacé au moment de la révolution du numérique. Il y a quelques mois encore, on a essayé dans les textes européens de porter, de défendre notre modèle. On s’est battu. A quelques voix près, on a obtenu la majorité et on a d'ailleurs transcrit en droit français pour protéger tous les auteurs et protéger aussi ce qu'on appelle “les droits voisins”, c'est-à-dire permettre aux auteurs, dessinateurs, aux photographes aussi, aux reporters d'être protégés dans ce qu'ils sont, c'est-à-dire la part de leur activité qui est irréductible et qui ne peut pas, parce qu'elle est d'un seul coup diffusée dans un tuyau et qu'elle se retrouve sur une tablette à un moment donné, elle ne peut pas ne plus rien valoir. C'était le monde vers lequel on allait. Il ne faut pas se tromper. Il y a un modèle complètement différent du nôtre, beaucoup plus anglo-saxon qui consiste à dire : il faut mettre la valeur vers celui qui diffuse. L'argent doit aller chez celui qui diffuse, pas chez celui qui crée. On trouvera toujours des gens pour créer, ça ne vaut plus grand chose. Nous, on pense exactement le contraire et c'est là-dessus que tout notre modèle, en quelque sorte repose et c'est ce qu'on a défendu et ce qu'on continuera de défendre. Ça, c'est pour le droit. 

Après, comment réussir à en vivre, à protéger complètement ce droit ? Qu'il s'agisse du droit moral, du droit patrimonial et comment faire que les auteurs et autrices soient pleinement reconnus, défendus, puissent créer librement, plus facilement ? Je ne vais pas ici être exhaustif, il y a un rapport très important qui ne touche pas que la bande dessinée, mais qui la concerne aussi, qui a été remis par Monsieur RACINE il y a quelques jours au ministre. On en a parlé avec beaucoup d’entre vous et donc on va prendre des décisions. Le ministre est en train de travailler. Il fera les annonces précises, mais il est clair qu'on veut que le Centre National du Livre fasse beaucoup plus et oriente beaucoup plus ses financements directs vers les auteurs. Aujourd'hui, c'est environ 12%. Ce n'est pas suffisant. On veut aussi que les droits sociaux, l'encadrement administratif et juridique des auteurs, soit facilité et simplifié. Il y a des propositions très claires qui sont faites par le rapport RACINE et qui seront, qui sont en train d'être travaillées et seront reprises pour permettre de mieux protéger, accompagner dans leurs droits, dans leur quotidien les femmes et les hommes qui ont décidé de créer et qui, parfois, sont dans des situations de grande précarité. Il faut permettre aussi de mieux organiser ce monde commun que nous avons entre les auteurs, les éditeurs, les libraires parce que quand quelqu'un achète un album, il y a une valeur qui est créée et elle a un prix. Il faut que ce prix soit justement réparti et donc c'est tout le débat qu'on a eu. C'est un dialogue qui se fera entre les parties prenantes mais que l'Etat va faciliter. Il doit permettre de donner plus de visibilité aux auteurs dans le temps, une rémunération plus juste et que l'on repense un petit peu le modèle économique en étant respectueux de chacun, c'est un dialogue qui doit se faire. Je crois que toutes les parties prenantes ont compris qu'il était nécessaire et le ministre s’y est d'ores et déjà attelé. 

Puis, on va continuer d'accompagner les auteurs parce que je veux que la France soit de plus en plus cette terre d'artistes qui est à la fois son histoire et son destin et nous allons continuer de développer des résidences d'artistes. On en parlait. Plusieurs résidences sont ici installées, qui permettent à des auteurs - vous m'avez tout à l'heure offert une œuvre magnifique et je vous en remercie- de créer dans un cadre où ils sont protégés pendant six mois, un an, 18 mois et qui permettent d'avancer dans des moments importants de leur création et je souhaite que l'on puisse continuer de développer ces résidences d'artistes partout sur le territoire, un pays où justement, les artistes sont accueillis, accompagnés où ils vont s'inspirer de l'endroit où ils vivent, où on les aide à déployer en quelque sorte ce qu'ils ont en eux et qui nécessite un peu de quiétude, un peu de protection, parce que je crois que c'est là aussi le rôle de l'Etat. Dans cette politique pour les auteurs et les artistes, je souhaite qu'on puisse aller beaucoup plus loin et là aussi, nous aurons des initiatives fortes en la matière dans les prochaines semaines et les prochains mois. 

Je ne veux pas être trop long et je vais m'arrêter là. Mais je voulais vous dire que parler de tout ça en consacrant la bande dessinée, c'est reconnaître pleinement que la bande dessinée est une forme de création à part entière et cet art majeur que j'évoquais. Nous allons continuer ce qui a été fait depuis un peu plus de deux ans pour permettre qu'on lise de plus en plus, qu'on aille de plus en plus au spectacle, qu'on écoute de plus en plus de musique, qu'on aille de plus en plus au cinéma dans notre pays parce que c'est la vitalité d'un pays libre où le débat critique doit s'enrichir justement de ce dialogue avec les œuvres, où cette liberté de création doit être toujours plus vivace. C'est là la force de notre pays. Ça doit le rester. Et nous allons continuer de mener cette politique ambitieuse à la fois pour la diffusion des œuvres d'art et l'accès aux œuvres d'art, mais aussi pour reconnaître la place des auteurs, leur permettre dans notre pays de vivre plus heureux parce qu’ils y vivront mieux et ça participe aussi d'une politique publique que j'assume. 

L'État n'a pas à tout faire, mais il a à accompagner, à protéger quand il le faut, parce que ça correspond à ce qui est cet art d'être français que j'évoquais il y a plusieurs mois, qui est au cœur de notre politique culturelle, c'est-à-dire cette capacité à créer librement, d'où qu'on vienne et où que l'on soit. Et à le faire pour revisiter le monde, pour participer à l'éducation des enfants et pour porter un imaginaire français, notre pays en a infiniment besoin. C'est pour ça que les Français aiment la bande dessinée, que nous aimons la bande dessinée, c'est ce qui est au cœur de cette année 2020 et de l’ambition que nous avons voulue. Nous l'aimons parce que la bande dessinée peut être, de manière encore plus essentielle que beaucoup d'autres arts, en dialogue constant avec le monde qui l'entoure. Elle est faite de transgressions, elle est faite de blasphème, elle est faite de critique, d'insolence, de réflexion, d'histoire, de dialogue culturel parce qu'elle est au monde et j'assume pleinement que nous soyons au monde. Notre pays est bousculé par des débats qui sont parfois vifs ; par des violences qui sont inexcusables dans la société. Il nous faut les combattre par l'intelligence, par la création, par le dialogue, par justement, cette capacité à éduquer, à apprendre, à créer et à célébrer les artistes. Et c'est ça depuis 47 ans que votre festival réussit à merveille et je vous en remercie. Donc, vive la bande dessinée, vive le festival d'Angoulême ! Vive la République et vive la France ! 
 
[Applaudissements]
 
Franck Bondoux, directeur du festival international de la bande dessinée d’Angoulême
 
Merci, merci à vous ! Dans la continuité de ce que vous venez d'évoquer, c'est-à-dire l'importance d'encourager la création, nous travaillons beaucoup avec le festival en relation avec le ministère de l'Éducation nationale. Nous avons le concours de la bande dessinée scolaire qui est le plus ancien avec le concours de la Résistance que j'ai moi-même tenté de faire il y a très longtemps. Une réussite très relative ! Nous avons évidemment aussi le concours Jeunes talents. Si nous sommes fiers de vous avoir aujourd'hui pour remettre ce prix parce que c'est ce que je vais vous demander. Il atteint maintenant sa vingtième année. Voilà ! 20/20, 20 ans de concours jeunes talents. Ce concours de jeunes talents a permis à des auteurs de s'affirmer. Je vais en citer quelques-uns. Je ne vais pas vous citer les 20, mais des auteurs qui, bien sûr, sont édités, que les éditeurs connaissent bien, les éditeurs maintenant viennent voir toujours nos lauréats, nos lauréates et c'est ainsi que nous avons eu l'honneur de consacrer Jérémie MOREAU, Florence DUPRÉ LA TOUR, Anne SIMON, Simon ROUSSIN, Cécile BIDAULT ou encore Matthias PICARD. Je vais vous demander maintenant, si vous voulez bien, de nous dévoiler le lauréat ou la lauréate de cette édition 2020. Voilà l'enveloppe fatidique.
 
Emmanuel MACRON
Alors, la première lauréate est Adèle MAURY.
 
[Applaudissements] 
 
Adèle MAURY
Bonsoir ! Merci beaucoup pour le prix du concours Jeunes talents. C'est la première fois que j'y participe cette année. J'étudie aux Arts décoratifs de Strasbourg en céramique. Mais j'aime beaucoup le dessin aussi, c’est pour ça que j'ai participé. Alors voilà, j'aurais plein de gens à remercier, mais d'abord, je voudrais juste remercier mes parents d'être venus me voir ce soir. Ça, c'est génial ça. Et mon amoureux aussi, c'est important. Et voilà, je voulais vous dire, parce que là, vous ne vous rendez pas compte de pourquoi j'ai gagné ce prix. C'est grâce à une BD de trois pages qui s’appelle : « Le chien amour » et c'est l'histoire d'un cochon qui va à l'abattoir et qui, de peur d'aller à l'abattoir, il se transforme en chien. A la fin, il est récupéré par un berger et reste chien, mais il redevient rose comme cochon. Alors, c'est l'histoire d'un chien rose. Et voilà, il s'appelle Amour parce que je crois que quand il vous regarde, vous ne savez plus comment vous vous appelez. 
 
Franck Bondoux
Merci ! Si vous voulez faire une photo. (Rires)
 
[Applaudissements] 
 
Franck Bondoux
Incroyable. Les 20 ans du concours Jeunes talents, BD 20 20, 20 ans. Merci.
 
[Applaudissements] 
 
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup de m'avoir accueilli, en tout cas aujourd'hui. Je vais filer. Je vous laisse finir cette cérémonie. Bravo ! Mais ce qu'Adèle a démontré, je trouve que c’est une parfaite illustration de ce qu'on disait. Elle a dit en toute simplicité qu’elle faisait de la céramique et elle semble très douée en dessin, elle est à la confluence de tous les arts. Et c'est formidable que de jeunes artistes comme vous, nés avec le siècle soit aujourd'hui récompensés. En tout cas, je souhaite que vous puissiez inspirer beaucoup de jeunes qui sont là. Merci de votre accueil. Et encore une fois, vive le festival !  Vive la BD !  Merci infiniment à vous !

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