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Publié le 19 novembre 2018

Banquet d'État au Château de Laeken

19 novembre 2018

Discours du Président de la République au château de Laeken

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Bruxelles – Lundi 19 novembre 2018

Sire, Majesté, les paroles que vous venez de prononcer sur la France nous touchent mon épouse et moi-même comme elles touchent le reste de ma délégation, parce que elles viennent de vous, parce que je sais que venant de vous, elles sont sincères, et parce qu'en vous, elles sont exprimées au nom du peuple belge pour lequel les Français éprouvent une fraternelle amitié. Permettez-moi, Majesté, de vous remercier au-delà de ces mots pour votre invitation à me rendre en Belgique en visite d'Etat, 47 ans après celle de Georges POMPIDOU.

J'ai vu dans cette invitation l'expression de qualités purement belges : l'audace, le refus des évidences, l'art de surprendre. Car quand il y a, comme entre la Belgique et la France, pays voisins que peu sépare, pas même un fleuve ou une montagne, une proximité que je qualifierais de familiale, il faut de l'audace pour provoquer la rencontre.

Soyez donc remercié, Sire, de m'offrir ainsi le temps de redécouvrir cette Belgique voisine et amie et de la comprendre dans la plénitude de sa diversité.

Souvent entre voisins et, devrais-je dire entre Européens, nous oublions de nous visiter. Alors il est vrai, vous avez une forme de compensation, parce que, oubliant ces visites, nous pensons qu'elles sont remplacées en quelque sorte par nos rendez-vous réguliers à Bruxelles, et je pense que c'est une erreur, parce que ce faisant, nous oublions de nous connaître, nous oublions de comprendre nos différences, les nuances qui nous séparent, les convergences qui nous rassemblent. a

Aussi ces visites d'Etat, et cette visite d'Etat, aujourd'hui, est-elle l'occasion de réparer cela.

Nous sommes aussi différents que nous sommes proches, et cette différence fait la valeur de notre relation, parfois sa complexité. D'ailleurs, je ne nie pas – je dois le dire – cette fréquente tentation française de s'approprier les réussites et talents belges, nombre d'entre eux sont là ce soir, et je veux les remercier de tisser chaque jour des liens si forts entre nos deux pays - je vous demanderais simplement de ne pas nous expliquer à nous Français que SIMENON, MAETERLINCK ou VERHAEREN ne sont pas Français, parce que nous n'y croyons pas - mais ne voyez pas là une forme d'arrogance française ou de déni de la réalité, mais plutôt une amitié qui embrasse et a décidé de ne plus voir certaines différences.

Derrière cette proximité, il y a une histoire profonde. Depuis les ères romaines et carolingiennes, en passant par le brillant essor du comté de Flandre et de la civilisation bourguignonne, la Belgique s'est construite, vous l'avez évoqué, Majesté, à l'instant, comme un pont entre un monde germanique et latin, un carrefour où les grandes puissances européennes se sont bien souvent – il faut le dire – entrechoquées.

En France et en Belgique, nous avons traversé toutes les histoires d'Europe, et pendant des millénaires, cette histoire fut celle de fracas, de conflits, d'empires qui se déchirent, de rêves de domination, et nous avons, ensemble, commémoré ces derniers jours l'Armistice, et la fin de l'un de ces chocs les plus terribles.

Herve, la première ville martyre de Belgique, Liège, Anvers, Ypres, Passchendaele, la Lys, ce sont les noms de la souffrance et du courage ; des centaines de milliers de soldats sont morts sur le sol belge, 70.000 Français dont la moitié y repose encore, et des Belges bien entendu, mais aussi des Britanniques, des Allemands, des Africains, des Canadiens, des Néo-Zélandais, des Australiens. C'est la souffrance et le courage des populations civiles, qui furent aussi immenses.

Nous devons à ceux qui sont morts pour nous d'être aujourd'hui des femmes et des hommes de bonne volonté, Belges et Français, et d'œuvrer pour une Europe forte et souveraine, nous leur devons, comme nous le devons ensemble à l'Europe, et c'est ce destin commun, c'est cet ancrage qui nous a fait au cœur de l'Europe qui, sans doute, nous oblige plus encore. Et, vous l'avez dit, cette construction unique, dont Bruxelles accueille nombre des institutions qu'est l'Union européenne, est presque une exception dans notre histoire commune. Elle est celle qui a permis ces 73 années de paix jamais connues, et qu'il nous faut défendre, non pas en considérant qu'il faudrait la préserver comme un trésor immobile, mais en considérant chaque jour qu'il nous faut avoir l'audace, l'ambition, la force d'âme de celles et ceux qui l'ont fondée alors que tout les divisait.

Et alors qu'aujourd'hui les vents mauvais renaissent partout en Europe, que les tentations de division, que les peurs prennent parfois le dessus, notre responsabilité, en raison de cette histoire qui nous lie, de cette géographie qui nous rassemble, est plus grande encore, je sais pouvoir compter sur votre Altesse royale, sur le Premier ministre, cher Charles MICHEL, et sur la Belgique entière, qui fut toujours et encore aujourd'hui un laboratoire de l'Europe, un laboratoire paradoxal ancré dans la profondeur historique et toujours à l'avant-garde de celle-ci, car je connais le vif sentiment d'appartenance européenne, profondément ancré dans l'histoire qui demeure un trait d'union puissant dans l'Union européenne, et en a souvent été un moteur incomparable.

Je sais qu'ici aussi, on croit dans cette union comme un espace uni, souverain, prospère, sûr de ses valeurs démocratiques, en nous appuyant sur la jeunesse avec laquelle j'aurais plaisir à échanger demain à Louvain-la-Neuve. Et la Belgique est aussi une terre, parce qu'elle est un creuset d'idées et de créativité, au rayonnement culturel et économique singulier. Le polyptyque de l'Adoration de l'agneau mystique des frères VAN EYCK, dont j'ai pu admirer aujourd'hui la remarquable restauration à Gand, illustre bien ce laboratoire belge que j'évoquais.

Et merci, Monsieur le Bourgmestre, pour votre accueil dans votre ville de Gand, qui est l'un de ces lieux uniques où l'on contemple une part des fondements de cet humanisme européen, l'émergence de la liberté de conscience et de l'esprit critique s'est vécu-là, y est encore perceptible, et il est né d'abord dans les villes d'Italie et de Flandre au 15ème siècle, puis dans l'Europe toute entière.

Dans le même temps, il règne dans votre pays, Sire, à vos côtés, un esprit d'avant-garde qui force l'admiration ; des draps de Flandre aux biotechnologies en passant par le tramway d'Héliopolis et les façades de Victor HORTA, il y a une passion belge de la modernité.

On la voit dans tous les arts, et les nombreux artistes ici présents nous offrent en Belgique, comme en France, l'expérience de cette avant-garde, du théâtre à l'architecture, de la bande dessinée à la littérature, du cinéma à l'économie et l'innovation, toutes ces réussites bouillonnantes que je viens de citer font de chacun d'entre vous les représentants de cet esprit d'avant-garde dont l'Europe a besoin.

Et je crois que c'est ce double ancrage qui est notre force et qu'il ne faut jamais oublier, cet enracinement profond dans cette histoire de notre Europe, et cet esprit d'avant-garde qui nous a toujours fait oser, et dont la Belgique est un formidable exemple. Ce qui frappe aussi un Français arrivant en Belgique, c'est la sociabilité harmonieuse, la culture du compromis qui empreint les hommes et les femmes et crée toujours, peut-être plus que le compromis complexe, un consensus vivant, le consensus vivant, par définition, n'est jamais figé, il n'est par définition jamais totalement pacifié, mais c'est un art constant d'ajustement que – je dois le dire – les Français admirent et dont nous avons beaucoup à apprendre.

Ce qui frappe enfin, c'est la certitude et le réconfort de nous retrouver toujours aux côtés l'un de l'autre.Nous y sommes, et vous êtes beaucoup ici à œuvrer pour cette relation entre nos deux pays, pour cette coopération transfrontalière indispensable, tout particulièrement avec les deux régions françaises que sont les Hauts-de-France et la région Grand Est, et pour y œuvrer aussi sur le plan économique culturel, académique, intellectuel.

Sur la scène internationale, la France a toujours trouvé une alliée dans la Belgique, et je souhaite à ce titre saluer les soldats belges qui, sous la bannière des Nations unies, de l'Union européenne et de l'OTAN, participent à notre sécurité collective, notamment au Sahel. Nos soldats côte-à-côte œuvrent pour notre sécurité au Mali, car lutter contre le terrorisme qui nous frappe à Paris, Bruxelles ou Liège, passe par une action résolue partout où les terroristes se trouvent, mais c'est aussi côte-à-côte dans nos pays que nous avons une lutte efficace renforcée et que nous poursuivrons encore de manière déterminée contre toutes les formes de terrorisme et contre tout contre toutes les formes de criminalité organisée.

Nous savons que nous pouvons compter les uns sur les autres et sur l'engagement personnel de vos Altesses royales pour créer une Europe, un monde plus responsable et plus durable, et je veux ici en particulier saluer la campagne que mène votre Majesté en faveur des objectifs du développement durable et pour la protection des enfants disparus et exploités.

Puissent la France et la Belgique puiser dans la richesse de leur histoire commune pour raffermir l'Europe à un moment si crucial pour notre avenir.

Je lève mon verre à la santé et au bonheur de vos Altesses royales et à la prospérité du peuple belge, à l'amitié féconde entre la Belgique et la France, et à l'Europe que nous aimons ensemble parce qu'elle nous fait plus grands. Merci.

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