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10 mars 2018

Déclaration conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron et de Narendra Modi, Premier ministre de la République d'Inde à New Delhi

10 mars 2018

Transcription de la déclaration conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron, et du Premier ministre indien, Narendra Modi - Hyderabad House

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.
New Dehli – Samedi 10 mars 2018

 

Monsieur le Premier ministre, cher ami, merci beaucoup pour ces mots, vos engagements et merci pour votre accueil.

La visite d’État que nous effectuons avec l’ensemble de ma délégation et un engagement que nous avions pris ensemble au mois de juin dernier, vous l’avez rappelé, lorsque vous avez rendu visite à la France.

Et vous venez parfaitement de rappeler la force des liens historiques qui nous unissent. Vous avez rappelé la présence de nombreux écrivains français et l’inspiration qu’ils ont tirée dans votre pays.

Je veux dire ici que des générations de traducteurs au 18ème et au début du 19ème siècle se sont épuisés à essayer de traduire le Mahabharata, achevant ce travail totalement du sanskrit au français simplement au début du 20ème siècle, mais combien tout au long de ces décennies et, ce, à partir de la fin du 18ème l’imaginaire indien et les grands mythes ont aussi inspiré la pensée occidentale – et en particulier la pensée française – ont inspiré nos lieux et nos auteurs.

Et j’en veux une preuve et une anecdote qui est que – m’a-t-on raconté et il y en a encore la trace au musée Guimet en France – lorsque Georges CLEMENCEAU a essayé de mieux comprendre l’Inde et qu’il s’est rendu dans votre pays, il a été voir plusieurs brahmanes en demandant les secrets et le cœur de la culture.

On a commencé à lui raconter quelques mythes et l’un d’entre eux s’est interrompu en lui disant « vous devriez demander à Emile SENART, il connait ça bien mieux que nous ». Emile SENART était un grand spécialiste de l’Inde et le premier traducteur du sanskrit en français de la Gîtâ.

Ce lien, c’est celui aussi qui a fait que 140.000 indiens sont venus risquer leur vie pendant la Première Guerre mondiale pour la liberté de la France. C’est ce lien qu’ensemble aussi, nous avions consacré au mois de juin dernier.

Beaucoup sont inhumés dans une région qui m’est familière, au cimetière de la Chapelette à Péronne, à quelques kilomètres de la ville où je suis moi-même né. Et c’est APOLLINAIRE dans ses calligrammes qui parlait d’eux en écrivant : ils regardent avec étonnement les campagnes occidentales, ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se demandent s’ils les reverront.

Et la France n’oubliera jamais ce lien et ces vies perdues pour notre liberté. Et c’est en leur honneur – et comme je viens de le proposer au Premier ministre – que l’Inde sera pleinement au cœur des commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale le 11 novembre prochain ; et que nous lancerons à cette occasion l’initiative du Forum de Paris pour la paix qui aura pour mission de faire avancer la paix par une meilleure gouvernance mondiale, en faisant ce que (je crois) nous faisons le mieux ensemble, c'est-à-dire partager une même lecture du monde et un même cadre stratégique.

La confiance entre nous nous protège parce que nos intérêts sont alignés. Ils sont alignés d’abord contre le terrorisme, c’est l’axe structurant de la nouvelle dynamique que nous donnons à notre partenariat stratégique.

Face à la menace d’aujourd’hui, celle du terrorisme islamiste, et concrètement nous avons décidé de consolider des échanges constants et très opérationnels, de faire davantage ensemble sur la lutte contre la radicalisation sur les réseaux sociaux et sur le financement du terrorisme.

Cette confiance, c’est celle que nous voulons aussi avoir pour défendre nos intérêts de souveraineté. Et après 20 ans de partenariats stratégiques, nous ouvrons aujourd’hui ensemble une nouvelle ère, qui est un partenariat stratégique renforcé avec des alliances inédites sur le plan stratégique et opérationnel ; et une conviction profonde, c’est qu’une partie forte de notre sécurité, de notre avenir et de la stabilité du monde se joue dans la stabilité de l’Océan indien.

Et je veux qu’ensemble, nous puissions construire – la France étant une puissance de cet océan et plus largement de cet espace indopacifique à travers sa présence aussi bien dans les deux océans que je viens d’évoquer – ce que nous avons décidé ensemble de faire c’est d’acter une stratégie de coopération, d’échange d’informations, de présence militaire, navale, de renforcement de nos liens, d’escales dans nos bases respectives, de partenariat à travers nos agences spatiales pour mener une action conjointe de surveillance maritime ; et de nous assurer de ce que je qualifierai dans la foulée du Premier ministre australien : la liberté de notre souveraineté.

L’Océan indien comme l’Océan pacifique ne peuvent devenir des lieux d’hégémonie et nous avons une responsabilité forte et c’est ce que nous actons aujourd’hui, pour construire une coopération stratégique en la matière.

C’est également le sens de notre coopération de défense qui est née – et c’était prouvé dans les moments difficiles il y a de cela presque là aussi 2 décennies – par-delà les alternances politiques en Inde comme en France et qui a pris une nouvelle dimension ces dernières années, parce qu’elle est essentielle à notre indépendance stratégique.

Je rappelle ainsi que c’est une entreprise française qui a appuyé une entreprise indienne pour la construction à Bombay des sous-marins Scorpène, dont le premier vient d’être mis en service et participera dans les prochaines semaines à un exercice conjoint avec nos sous-marins. C’est une première mondiale cette construction que je viens d’évoquer, dans le cadre du « make in India ».

Sur les avions de combat de dernière génération dont l’Inde a fait le choix souverain et qui s’inscrit dans ce même cadre, nous devons aussi nous féliciter de la bonne avancée des programmes. Nous sommes d’accord pour les consolider et les amplifier, car il s’agit d’une coopération de long terme mutuellement bénéfique. Et je considère pour moi que le cœur de ce partenariat stratégique de défense est absolument essentiel parce qu’il procède d’une vision profondément commune de la recomposition du monde qui est en train de se jouer. Nous avons donc un contrat de confiance entre nous qui est un contrat de paix.

Le deuxième pilier de la relation, c’est notre même attachement à la justice, aux équilibres, à ce que j’ai qualifié des biens communs de la mondialisation. Vous avez cité, Monsieur le Premier ministre à Davos il y a quelques semaines, le Mahatma Gandhi auquel j’ai rendu hommage ce matin, il y avait une phrase qui a (je crois) marqué beaucoup : there is enough nature for our need but not for our greed.

Et je ne sais pas si on peut stopper le greediness dans la mondialisation, mais on peut collectivement s’engager pour en tout cas avoir des réponses concrètes à notre propre vision justement d’un bien commun essentiel qui est le climat.

C’est dans ce cadre que nous avons décidé, conformément aux Accords de Paris, de mettre très concrètement en œuvre nos engagements en termes d’énergie solaire. C’est ce que nous mettrons donc demain ensemble en place, à travers le Sommet fondateur de l’Alliance Solaire Internationale.

Un très gros travail a été fait de part et d’autres pour rassembler le maximum d’Etats, de partenaires, le maximum de financeur. Et ce qui était une idée, celle de l’Inde au début, devint une initiative et sera à partir de demain une réalité rendue possible.

Nous coprésiderons et je vous remercie d’accueillir et de tenir cet engagement ici, cette réunion qui permettra d’arrêter une feuille de route sur trois points : l’identification de projets, l’accès aux financements, l’accès aux technologies. Nous y reviendrons plus longuement demain, mais je crois que c’est un moment très important non seulement pour l’Inde, pour notre partenariat mais pour la cause que nous défendons sur le plan international.

Cette priorité que nous portons à l’échelle internationale trouve aujourd’hui aussi une déclinaison concrète dans notre coopération bilatérale. Je ne reviendrai pas non plus en détail, comme vous l’avez dit, sur la cinquantaine d’accords et de textes cadres que nous signons aujourd’hui. Mais il y a un fil directeur, c’est que ces textes et nombre de ces accords permettent aussi de manière très efficace de lutter contre le dérèglement climatique dans le cadre de la relation bilatérale.

En matière de transports avec la semi-grande vitesse pour la ligne Dheli/Chandigarh et la mobilité électrique, nos objectifs convergent. Les infrastructures urbaines avec près de 80 entreprises françaises aujourd’hui engagées pour développer les Smart cities à Chandigarh, Nagpur et Pondichéry.

Les énergies renouvelables qui représentent un tiers du portefeuille d’engagement de l’Agence française de développement en Inde, engagement qui sera consolidé. Et nous irons ensemble inaugurer la plus grande centrale solaire de l’Uttar Pradesh, fruit d’un investissement français dans les programmes que vous avez lancés.

Nous investissons ensemble sur l’avenir et le texte cadre qui, sur le plan de l’énergie nucléaire a été signé aujourd’hui, est aussi quelque chose qui permet de réduire la part de charbon et des émissions dans le mix électrique et énergétique est parfaitement cohérent avec cette ambition. C’est le même objectif que nous partageons dans le cadre de nos partenariats spatiaux et d’observation aussi à des fins climatiques.

Cette relation bilatérale, elle est évidemment aussi économique, nombre d’accords le montrent. Nous aurons tout à l’heure à conclure le forum entre nos dirigeants du monde économique qui nourrissent depuis plusieurs années, et je veux ici les remercier pour leur engagement. Une relation extrêmement vivace qui a des grandes forces dans de nombreux domaines, en particulier quelques domaines industriels ou le domaine des technologies ou des services, mais que nous devons encore renforcer, je pense à l’agroalimentaire ou aux petites et moyennes entreprises, j’y reviendrai tout à l’heure.

C’est pourquoi aussi, nous sommes l’un et l’autre attachés aux équilibres du commerce international. Nous partageons la même volonté d’éviter toute guerre commerciale, de préserver les équilibres, d’évidemment défendre nos intérêts dans le cadre international et les règles de l’Organisation mondiale du commerce, mais d’éviter toute escalade qui serait nocive pour nos économies.

Enfin, le dernier axe de notre relation bilatérale, c’est ce que j’appellerai le partage. Nous l’avons évoqué l’un et l’autre, cette histoire qui nourrit notre relation elle doit aujourd’hui se décliner à travers des liens humains, car elle est chaque jour renforcée par ces communautés de femmes et d’hommes qui sont porteuses de sens et d’un lien encore plus fort.

Nous avons ainsi la volonté profonde de renforcer, vous l’avez dit, ce lien. C’est pourquoi je souhaite que le nombre d’étudiants indiens en France soit doublé d’ici 2 ans. Nous signons aujourd’hui un accord de reconnaissance des diplômes, un accord sur la mobilité, nous allons tenir le premier Knowledge Summit franco-indien pour définir justement la feuille de route de notre partenariat scientifique et technologique porté par 500 accords de coopération.

Et là aussi, il s’agit d’investir dans l’avenir de l’Inde, dans son capital humain qui peut aussi beaucoup nous apporter. Et nous avons ainsi décidé de renforcer la coopération en la matière. C’est aussi un renforcement de notre coopération dans les domaines du tourisme, du patrimoine, de la culture que nous allons décider ; et nous mettrons l’Inde à l’honneur du Salon du livre en 2020.

Je souhaite très profondément dire ici que le sens pour moi de ce déplacement, c’est de faire de l’Inde notre premier partenaire stratégique de la région. Et je souhaite que la France soit votre premier partenaire stratégique en Europe et plus largement en Occident pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, parce que nous avons les mêmes intérêts de défense et les mêmes intérêts stratégiques, la même vision du monde, parce que nous avons la même vision sur ces biens communs, en particulier le climat et parce que nous avons cette communauté de femmes et d’hommes qui nous renforcent.

J’aurai l’occasion, vous l’avez dit, au-delà de nos échanges du jour de rencontrer la jeunesse indienne cet après-midi, d’avoir un échange vivace aussi pour expliquer ces idées. Demain, nous aurons l’Alliance Solaire Internationale que l’un et l’autre nous ouvrirons. Je me rendrai au Taj Mahal et nous irons ensemble à Bénarès après-demain avec un grand bonheur pour plonger dans l’une des racines de la culture indienne, vous l’avez évoqué, pour aller inaugurer cette centrale solaire dont je rappelais l’importance, mais pour aussi continuer à décliner ensemble les liens indéfectibles qui nous unissent et surtout cette volonté de faire de ces liens historiques des liens d’avenir et le cœur de ce partenariat stratégique.

Je reviendrai bien évidemment en Inde, mais je veux vous dire Monsieur le Premier ministre, cher ami que vous êtes l’invité permanent de la France. Merci beaucoup.

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