DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Longjumeau (Essonne) - Jeudi 2 février 2012
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers compatriotes,
Je suis venu pour évoquer au fond l'une de vos principales préoccupations. C'est la question du logement.
Le logement marque les étapes d'une vie. Le logement est une préoccupation pour les Français de toute condition, de tout âge. La question de « son »logement est un sujet d'inquiétude, que l'on soit locataire et que l'on se demande si on aura toujours les moyens de payer son loyer, que l'on ait fait le choix d'être propriétaire et que l'on se demande si l'on pourra rembourser son emprunt, ou que l'on soit propriétaire et qu'on se demande si ses enfants, un jour, pourront être dans la même situation.
On dépense désormais plus de 20 % de ses revenus pour se loger.
D'une préoccupation familiale, le logement est devenu une question globale que les Français adressent aux responsables publics. Le logement concerne toutes les familles. Chacun a son idée sur le sujet.
La situation d'aujourd'hui nécessite que nous procédions à une augmentation sans précèdent de l'offre de logement dans notre pays.
Des fondations, comme la Fondation Abbé Pierre, plaident pour une augmentation de la construction de 500 000 logements par an, objectif que j'ai fait mien depuis 2007.
Le logement doit être notre priorité. Nous l'avions décidé en 2007, je vais en dire un mot, mais je pense qu'il faut que l'on change de vitesse et que l'on change également de raisonnement.
Il faut bien le dire, quand on pose la question du changement, et je parle sous le contrôle de Benoist APPARU, tous les professionnels s'inquiètent.
Parce que l'on s'est habitué, dans notre pays, à ce que l'Etat subventionne massivement la pierre, subventionne massivement la personne pour des résultats qui ne sont
pas à la hauteur de ce que nous sommes en droit d'en attendre.
Il y a une situation très particulière dans notre pays. Je sais que cela ne fait pas toujours plaisir quand je dis cela et pourtant c'est la vérité. Dans tous les pays du
monde, quand il y a une crise économique, le prix du logement baisse. En France, quand il y a une crise économique, le prix du logement monte. Et cela n'est pas normal.
Le sentiment d'appauvrissement des classes moyennes vient très exactement de cette situation : avec le même salaire, on peut de moins en moins se loger car le prix du logement augmente. C'est incontournable, c'est une réalité.
Depuis 2007, nous avons développé l'accession à la propriété avec certains résultats puisque la proportion des ménages propriétaires de leur résidence principale est passée de 55,7% en 2004 à 58% en 2010. C'est 600 000 ménages de plus qui sont propriétaires. C'est bien, mais à ce rythme-là on n'arrivera pas à faire de la France une France de propriétaires.
Nous avons démultiplié l'offre de logements sociaux. Entre 2007 et 2011, le gouvernement a financé 600 000 logements sociaux, c'est deux fois le nombre de constructions de logements sociaux entre 1997 et 2001 à l'époque de Lionel JOSPIN. Il ne suffit pas de se dire social pour mener une politique sociale. Nous avons réalisé deux fois plus de logements sociaux qu'à cette époque.
Le problème, c'est que si vous réalisez beaucoup de logements sociaux en plus, mais que les gens y restent une fois qu'ils l'ont obtenu parce qu'ils ont peur de ne pas trouver ce qu'il faut dans le secteur privé, vous ne résolvez pas le problème de la demande qui va sans cesse croissant.
Nous sommes en avance sur les dispositions de la loi SRU puisque les deux tiers des communes ont dépassé leurs objectifs de construction. Indépendamment de cela, nous avons mis 12 milliards d'euros de l'État dans le cadre du plan national de rénovation urbaine pour restructurer 500 quartiers prioritaires, qui concernent 4 millions de personnes. Ce sont des chiffres très importants et pourtant la demande de logements n'est pas satisfaite.
Il y a également le problème des loyers. L'une des premières réformes que j'avais été amené à conduire, c'est d'indexer les loyers sur l'inflation et non plus sur le prix de la construction, c'est-à-dire sur le prix du pétrole. Entre 2007 et 2001, les loyers ont augmenté de 5%, 1,2% par an, moins que l'inflation. Ils avaient augmenté de 18% entre 1998 et 2002. Cette nouvelle politique d'indexation n'a pas bloqué l'investissement locatif et elle n'a pas bloqué la construction.
Je vois que certains proposent aujourd'hui de bloquer les loyers. Je voudrais m'en expliquer parce qu'à deux reprises dans l'histoire de France on a bloqué les loyers. On les a bloqués après les deux guerres mondiales que la France a connues. A deux reprises, le blocage des loyers a provoqué les plus graves crises du logement que le pays n'ait jamais connues. Le blocage des loyers, on l'a connu, on l'a expérimenté après la première guerre et après la deuxième guerre.
Tout le monde se souvient de l'appel de l'Abbé Pierre en 1954, eh bien cet appel de l'Abbé Pierre en 1954 disant « il n'y a pas assez de logements en France », c'est six ans après la décision de la loi de 1948 qui bloquait les loyers et qui faisait fixer le prix des loyers par décret.
Voilà à quoi cela a mené. Les appels magnifiques de l'Abbé Pierre qui appelle au secours parce que des gens dorment dans la rue, c'était à l'époque où la France bloquait les loyers. Si on bloque les loyers, on bloque la construction et on bloque la location. On fait le contraire de ce qu'il convient de faire.
Il est vrai, et je demande à Nathalie KOCIUSKO-MORIZET et à Benoist APPARU de réfléchir à cela, que les Allemands ont mis en place un système pour
bloquer les loyers qui sont supérieurs de 20% à la moyenne au moment de la relocation. Autant je suis opposé au système généralisé du blocage des loyers, autant
s'il y a des abus, c'est le rôle de l'Etat d'empêcher ces abus.
Je pense enfin, avant de rentrer dans le détail des constructions supplémentaires, qu'il faut que nous poursuivions l'objectif de favoriser les économies d'énergie.
Lorsque l'on construit des bâtiments de basse consommation, cela permet, par exemple, pour l'occupant qui est locataire, de faire des économies considérables sur son loyer,
sur le coût de son logement.
Aujourd'hui, la moitié de la construction dans le parc privé et les deux tiers de la construction dans le parc public sont en BBC. Grâce à la ministre de l'écologie, le pays a complètement changé son raisonnement en matière d'économies d'énergie. Comme le dit souvent Nathalie, la meilleure des énergies, c'est l'économie d'énergie.
Cinq millions de ménages ont bénéficié de l'éco-prêt à taux zéro et du crédit d'impôt développement depuis 2007. Au rythme actuel, dans le parc ancien, nous sommes largement au-delà du million de logements qui seront rénovés entre 2012 et 2017.
Maintenant, il faut que l'on passe à une vitesse supérieure sur la construction. Comment faire pour que nous-mêmes, nos enfants aient plus facilement accès au logement ? Il faut massivement développer la construction.
Pour développer la construction, nous allons agir sur deux grands leviers.
Le premier levier, c'est de baisser le coût du travail parce que si le travail coûte moins cher, cela coûtera moins cher de construire des logements. Grâce aux mesures que j'ai annoncées dimanche, dans le seul secteur de la construction, la proportion d'emplois bénéficiant d'allègements de charge dans le bâtiment va passer de 60% à 90%. Ce sont 450 000 salariés supplémentaires pour lesquels le coût du travail va être allégé de 5%. Je demande à tous les promoteurs de bien y réfléchir au moment d'établir les prix de vente et je serai très attentif à cela.
J'ajoute que les emplois du bâtiment ont cela d'essentiel pour la nation française qu'ils ne sont pas délocalisables. Ce sont des emplois en France. Donc si on favorise le développement de la construction de logements, on donne de l'emploi en France. Un demi-million d'employés dans le bâtiment, un demi-million, vont voir leurs charges baisser de 5%. C'est donc un puissant facteur de promotion de la construction.
La politique que l'on dit malthusienne sur le logement a conduit à quoi ? A quelque chose qui est parfaitement anormal, c'est que les prix de l'immobilier ont baissé depuis 2008 chez la grande majorité de nos voisins. En France, ils sont repartis massivement à la hausse et cela je ne peux pas l'accepter.
La France met 41 milliards d'euros dans la politique du logement ! On me dit qu'il faut solvabiliser la demande. Je voudrais dire qu'il y a deux façons de solvabiliser la demande. Il y a les subventions de l'Etat avec le prêt à taux zéro. Et puis il y a une autre façon, faire baisser les prix.
Parce que si l'Etat doit solvabiliser une demande avec des prix qui sont continuellement à la hausse, cela veut dire que l'Etat ne peut jouer qu'avec son déficit. Et il ne le peut plus.
Il y a une autre façon de solvabiliser la demande, c'est de baisser les prix ! La solvabilisation de la demande, cela ne peut pas être simplement à l'Etat de garantir les revenus de gens qui courent après des prix du foncier et du bâtiment et des appartements qui sont toujours plus hauts. Où est-ce que cela va s'arrêter ?
Les prix ont doublé depuis 2000, voire triplé dans certaines zones tendues. La vérité, c'est qu'aucune région n'a été épargnée par la hausse. On voit bien ce que
cette situation est ubuesque. Les prix de l'immobilier ne peuvent pas durablement croître plus vite que le revenu des ménages. C'est très bien pour ceux qui les vendent
mais pour ceux qui ne peuvent plus les acheter, où va-t-on ?
Ces niveaux de prix sont trop élevés et ne peuvent pas perdurer parce que sinon on va aller vers deux France: une France de ceux qui peuvent se payer un logement et
une France de ceux -- de plus en plus nombreux -- qui ne pourront plus se payer de logement. Il faut mettre les pieds dans le plat. La classe moyenne, il y a quarante ans,
pouvait acheter un logement. La classe moyenne aujourd'hui a de plus en plus de mal à acheter un logement. Si l'on ne voit pas cette réalité, c'est qu'on refuse de
voir les choses telles qu'elles sont.
Le défi est donc considérable. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire baisser les prix.
Pour faire baisser les prix, il y a un certain nombre de professionnels - en cela ils ne sont pas différents des autres secteurs - qui me disent : « M. le Président, il n'y a qu'à injecter de l'argent supplémentaire ». De ce côté-là, c'est une constante absolue ... tous secteurs, toutes générations, tous territoires confondus, c'est toujours « il n'y a qu'à injecter toujours plus d'argent ».
Ma réponse est non. Pourquoi ?
Parce que le marché de l'immobilier est en pleine surchauffe. Le secteur du logement a absorbé une masse considérable d'argent au cours des dix dernières années, qui n'a fait qu'alimenter la spéculation.
Je vais vous donner des chiffres qui sont vérifiables. L'encours de crédit à l'habitat a triplé en dix ans, de 290 milliards d'euros en 2000 à 840 milliards d'euros aujourd'hui. Nous ne devons pas inciter les Français à s'endetter davantage. Les ressources du secteur HLM ont doublé : les dépôts sur le livret A sont passés de 100 milliards d'euros en 2000 à 187 milliards d'euros aujourd'hui. Donc ce n'est pas un problème de crédit public parce que tout cet argent n'a fait qu'alimenter la bulle spéculative. L'effort public en faveur du logement est passé de 25 milliards d'euros en 2000 à 41 milliards aujourd'hui.
Je suis bien obligé de dire stop parce qu'on ne va pas continuer la course à l'augmentation des prix effrénée. Ce n'est pas supportable.
Il est vrai que la production de logements a augmenté mais elle n'a pas augmenté dans les mêmes proportions que les prix et les subventions. On construisait 330 000 logements par an en 2000, on est à 420 000 aujourd'hui. C'est 30% de plus.
Mais je vous ai dit : les crédits ont doublé, voire triplé. Donc on double les crédits, on triple les crédits et on a 30% de logements en plus. Qui profite de cela ? Où passe la différence ?
Si les prix de l'immobilier continuent à monter, cela veut dire que nous allons continuer à mettre de l'argent public dans les prêts à taux zéro, mais cela va solvabiliser qui ?
C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, avec le Premier ministre, avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET et avec Benoist APPARU, une mesure extrêmement forte pour réorienter notre politique du logement.
Cette mesure consiste à autoriser 30% de mètres carrés en plus sur l'ensemble des terrains et des constructions existant aujourd'hui.
La question qui est posée est celle-ci : c'est celle de la densification. Souvent, en France quand on parle de densification, on raisonne tours et quartiers épouvantables à vivre. Ceux d'entre vous qui ont été aux Etats-Unis, est-ce qu'il y a en a un seul qui s'est dit à Manhattan - c'est trop dense et ce n'est pas beau ? C'est juste magnifique. Vous savez, c'est cette phrase de Céline dans Le Voyage au Bout de la Nuit, quand Bardamu arrive aux Etats-Unis, chez nous les villes sont couchées, ici elles sont debout.
Quand vous allez dans certains quartiers de Paris, l'île Saint-Louis, la largeur des rues est de six mètres. C'est comme si on voyait chez le voisin et pourtant c'est le quartier le plus cher de Paris et chacun aimerait y vivre. Il est évident que si on raisonne « Tour Montparnasse », on se demande pourquoi on a fait ce truc-là en plein milieu. La question n'est pas de savoir si on est pour ou contre les tours. On est pour les belles tours, on est contre les tours laides.
Mais la question qui est posée, c'est : est-ce qu'on peut continuer à gâcher du foncier en ne construisant pas le nombre de mètres carrés qu'on pourrait construire sur ce foncier disponible ?
Nous avons donc décidé que pour trois ans, pour les trois années qui viennent, sur un terrain où l'on pouvait construire cent logements, on pourrait en construire cent trente, que sur votre pavillon, si vous en êtes propriétaire, vous pourrez construire 30% de mètres carrés de plus.
Si nous avons pris cette mesure c'est aussi parce qu'elle est d'application immédiate.
Naturellement, on va libérer des terrains supplémentaires mais, Mesdames et Messieurs, mes Chers Compatriotes, pour libérer des terrains supplémentaires il y a des procédures, c'est long, cela prend du temps. On a débloqué du foncier pour construire 55 000 logements après 5 ans d'un travail acharné.
Avec la mesure que nous vous présentons, les 30% de mètres carrés en plus, d'application immédiate dès que le Parlement l'aura votée en février, vous pourrez tous, si vous êtes propriétaire, construire 30% de plus, si vous avez un terrain dans une commune, y construire 30% de logements en plus.
C'est donc d'application immédiate. Cela va donner du travail au bâtiment et donc des emplois aux Français. Cela va soutenir la croissance parce que cela fera des salaires en plus et cela va peser sur les prix parce que si l'offre de logement devient plus abondante, l'adéquation entre l'offre et la demande se fera plus facilement. On obtiendra enfin ce que connaissent les autres : une baisse des prix de l'immobilier.
Ce que je ne peux pas accepter, c'est que quand l'Espagne connaît la crise, les prix de l'immobilier baissent et donc le pouvoir d'achat des gens ne se trouve pas éloigné de l'achat potentiel puisque les prix baissent. Aux Etats-Unis, lorsqu'il y a la crise, les prix de l'immobilier baissent, en Allemagne les prix de l'immobilier baissent. En France, il y a la crise et les prix de l'immobilier augmentent. Et c'est ce phénomène-là que nous allons casser en augmentant massivement la production de logements.
Alors je voudrais, j'en parle avec passion parce que je crois que le logement c'est vraiment un problème de la vie quotidienne, que tout ce qui avait été essayé avant cette mesure n'a pas marché.
Je veux m'expliquer sur deux points.
Premier point, l'urbanisme. On dit : « mais alors, vous voulez densifier ». Quand, dans une commune - je parle aux élus - il y a une tour qui est laide, si nous vous autorisons la démolition et une reconstruction avec 30% de mètres carrés en plus, le modèle économique pour financer la démolition et la reconstruction sera possible. Si nous n'autorisons pas la reconstruction avec ces 30% de plus, personne n'a intérêt à engager la démolition. Ce qui est laid ce n'est pas la tour. Ce qui est laid c'est la tour laide. C'est la tour construite dans de mauvaises conditions sans penser à l'urbanisme, sans penser à la qualité de vie des gens qui vivent dedans. Donc je voudrais qu'on ait un autre rapport avec nos règles d'urbanisme.
Aujourd'hui, nos règles d'urbanisme sont tellement compliquées que plus personne n'y comprend rien. Il faut voir d'ailleurs, dans les communes, les spécialistes qu'on doit embaucher pour faire appliquer un plan d'occupation des sols qui est d'une complexité extravagante. Quand je pense que nous vivons sur le principe de « nul n'est censé ignorer la Loi », c'est une plaisanterie. Les maires eux-mêmes - j'ai été maire pendant 20 ans - sont incapables d'expliquer le détail de toutes les mesures qui viennent se surajouter les unes aux autres.
Alors, on est contre la densification et pour autant personne ne parle du Beau. Ce n'est pas parce que le Beau est une affaire individuelle qu'il ne doit pas rentrer dans le débat sur l'urbanisme. Je ne suis pas sûr que des quartiers exclusivement pavillonnaires à perte de vue soient adaptés à une tradition française où l'on a besoin des services publics, où l'on aime nos villes, et où l'on se déplace en transports en commun.
Aujourd'hui, on préfère construire laid mais légal que beau et en marge d'une règlementation qui par ailleurs se préoccupe de tout sauf de la qualité architecturale. On préfère le petit cube, parfaitement légal et normé.
A ce titre, les plus belles réalisations architecturales de notre patrimoine ne seraient passées par aucune des règles de l'urbanisme d'aujourd'hui. A ce compte-là, faites-moi démolir tout de suite la Tour Eiffel. Je ne suis pas persuadé que le château de Versailles corresponde exactement au plan d'occupation des sols de la ville de Versailles. Et que dire de Notre Dame de Paris ! Je ne suis pas sûr que la règle « H=L » s'applique absolument à ses deux grandes tours. Voilà la réalité. Le Grand palais à côté de l'Élysée est massif, spectaculaire et magnifique.
Cette règle des 30% de mètres carrés en plus que nous nous donnons, nous allons l'accompagner d'une modification en profondeur, cher Benoist, chère Nathalie, de notre droit de l'urbanisme, en accord avec les élus, pour sortir au fond d'une situation où celui qui veut empêcher la construction de l'autre réussit toujours, ou celui qui veut que rien ne se fasse a toujours raison par rapport à celui qui veut qu'on fasse quelque chose. C'est le premier élément.
Le deuxième élément, c'est la garantie de la liberté d'administration des communes. Je parle aux élus : vous savez, j'aime bien rentrer dans les détails, je m'en excuse devant vous, pour vous dire combien je crois à la politique qu'on est en train de mettre en œuvre.
Les communes s'administrent librement, c'est la règle. La loi qui sera votée au Parlement va donc prévoir les 30% d'augmentation de mètres carrés de plus. Et ces 30%, on ne vous dira pas « faites des logements comme-ci ou faites des logements comme ça ». On vous dira « faites des logements pour tout le monde. Pas simplement des logements sociaux, des logements pour tout le monde pour que chacun puisse se loger ».
Les communes qui voudront refuser cette possibilité en auront le droit mais ce devra faire l'objet d'une délibération explicite du Conseil Municipal pour en refuser la possibilité. Chacun va prendre ses responsabilités. La loi permettra 30% de plus, les communes pourront refuser cette possibilité mais dans ce cas elles devront en délibérer et en discuter avec leurs concitoyens et voir ce qu'ils souhaitent.
J'ajoute qu'on peut raisonner sur certains quartiers de la commune et différencier les quartiers pavillonnaires où vous voudriez une augmentation d'autres quartiers où vous ne la voudriez pas. Mais ce que nous nous avons voulu au plan national, cela a été une discussion entre nous d'ailleurs, c'est qu'il n'y ait pas de zonage. Pourquoi ? Parce que c'est une maladie française que, chaque fois que l'on a une règle simple, on la complique en disant : « cette règle s'applique partout sauf ici, ici et là » - d'accord, on a compris, elle ne s'applique donc nulle part...
J'ai donc refusé, en accord avec les ministres, le zonage. On me disait : il faut le faire en zone à habitat tendu mais pas en zone à habitat non tendu. Donc les gens vont aller de la zone tendue à la zone à habitat non tendu, qui va devenir une zone à habitat tendu, et on aura créé ce que l'on appelle les effets de seuil, ce qui fait que plus personne n'y comprend rien.
Et je voudrais dire aux élus une dernière chose : attention à ne pas opposer ceux qui ont un logement et ceux qui aimeraient en avoir un.
La question de l'offre de logement est une question essentielle.
Alors en plus de cette mesure, nous allons libérer davantage de terrains publics. Je visitais tout à l'heure, à Mennecy, un très beau chantier, sur un terrain libéré par l'aviation civile, de 130 logements. Avec la règle qui est la nôtre, on pourrait construire 30% de logements en plus.
Un mot pour terminer sur la mise à la disposition des terrains publics. Benoist et Nathalie travaillent dessus et feront des propositions au Parlement. Comment mettre les terrains publics à la disposition des communes plus vite ?
Nous allons proposer aux élus la procédure des baux emphytéotiques. Autrement dit, on va mettre nos terrains à la disposition de toutes les communes qui le voudront. On ne leur demandera pas un centime de fonds propres, on leur louera sur une durée qui peut aller jusqu'à 99 années. Ils n'auront donc qu'à payer la location de ce terrain, amortie avec la construction du bâtiment, et récupérée sur les loyers. Mais l'État gardera la propriété de ces terrains.
J'ai vu qu'on proposait de donner gratuitement à toutes les communes les terrains de l'État. Je ne vois pas au nom de quoi les provinciaux, les habitants de banlieue, devraient subventionner la Ville de Paris, avec l'État qui donnerait à la Ville de Paris ses terrains pour zéro centime... Vous vous rendez compte ! Et si la ville en question décidait elle-même de les vendre à un promoteur ?
C'est le patrimoine national, c'est le patrimoine de l'État ! On ne peut pas le brader, on ne peut pas le donner gratuitement. Avec le système qui est le nôtre, nous allons garder la propriété de ces terrains parce que c'est notre propriété à tous. Nous allons le mettre à la disposition des communes sous la forme d'un bail qui va permettre de construire des logements.
Mesdames et messieurs, je pense enfin qu'il faut que nous revoyons notre fiscalité immobilière parce qu'elle ne correspond plus à la situation d'aujourd'hui. Si un couple, une famille déménagent, s'ils vendent leur maison, ils paient 14% de droits de mutations et de frais de déménagement !
Comment voulez-vous que les Français comprennent ! On leur dit : il faut bouger, il faut changer, il faut apprendre de nouveaux métiers, il ne faut pas hésiter à changer de région, il faut avoir du dynamisme et en même temps, au moment de déménager, on vous prend 14% de frais...
Notre mobilité est totalement insuffisante. Elle l'est en location dans le parc HLM, elle l'est dans le parc privé.
Donc nous allons entamer également le grand chantier de la réforme de la fiscalité sur l'immobilier. Il n'y a aucun autre pays, aucun, où les taxes sur les mutations de l'immobilier, qui vont aux collectivités locales, sont à ce niveau, et c'est au détriment de tout le monde, y compris des collectivités locales.
Je voyais des chiffres, je crois sur la Ville de Paris, les droits de mutation c'était près d'un milliard d'euros l'an dernier, je ne crois pas me tromper en disant cela, un milliard d'euros.
Alors c'est bien beau de dire que les prix de l'immobilier sont trop chers, mais enfin si on prend un milliard d'euros sur l'immobilier pour financer des dépenses, par ailleurs souvent récurrentes, ce n'est pas comme cela que l'on va faciliter la mobilité dans l'immobilier.
Mesdames et Messieurs, j'ai voulu vous parler de la politique de logement. Est-ce que c'est le rôle du Président de la République de rentrer autant dans le détail de la politique du logement ? Moi, je crois que oui parce que c'est une question qui nous préoccupe tous.
D'où notre objectif : 30% de logements en plus, 30% de mètres carrés en plus.
Je le dis aux professionnels qui sont dans la salle, nous sommes conscients de l'importance de votre secteur, mais je ne suis pas dupe de certaines réactions corporatistes. C'est trop commode, cela fait trop d'années que le secteur est sous perfusion d'avantages fiscaux ou de subventions. La France doit réduire ses dépenses et doit réduire son déficit. Cela ne peut pas continuer comme cela.
Les professionnels du bâtiment et les prometteurs, les ministres les ont vus, je les verrai moi-même s'il le faut.
Je leur dis une chose : ne pensez pas qu'à coup de dispositif Scellier, de prêt à taux zéro, de subventions dans tous les sens, le système puisse continuer. Cela n'est pas pensable et ce n'est pas acceptable.
Mon objectif est très clair, c'est que les Français puissent se loger pour moins cher, puissent acheter leur logement pour moins cher en augmentant l'offre de logements, pour qu'il y ait davantage de choix et que ce choix corresponde au pouvoir d'achat des classes moyennes.
La France n'a pas les moyens de faire autrement, le marché du logement n'a pas les moyens de faire autrement. C'est la solution qui a été empruntée dans tous les pays qui ont réussi, c'est la solution que nous voulons pour notre pays.
Je comprends que c'est surprenant, qu'il faut l'expliquer, je ne me lasserai de l'expliquer. Mais sur l'objectif, mes chers compatriotes, Mesdames et Messieurs, que chacun puisse acquérir un logement, que chacun puisse louer un logement, et que pour tout dire les bénéfices n'aillent pas toujours aux mêmes, je pense que cette politique-là que nous mettons en œuvre est juste, qu'elle correspond à la situation de crise que nous connaissons, qu'elle va permettre de relancer la croissance et de faire baisser les prix.
On me dit : « vous ne trouvez pas que c'est un peu compliqué de changer tout comme cela ? ». Quand nous avons fait la réforme des retraites, tout le monde m'a dit : c'est trop tôt et c'est trop rapide. Maintenant on me dit, c'est trop tard. Mon problème n'est pas de savoir si c'est trop tôt ou si c'est trop tard, mon problème est : est-ce que c'est juste, est-ce que cela sera efficace et est-ce que cela correspond aux problèmes qui sont les nôtres ? Est-ce que l'on peut se permettre encore d'attendre l'explosion des prix avant de faire quelque chose, de réagir et de décider ?
Et rien ne peut me faire plus plaisir que de savoir que dans toutes les mairies, les élus pourront en porter témoignage, vous êtes des centaines à téléphoner en disant - à propos, ce qu'a dit le Président dimanche, quand cela s'appliquera-t-il chez nous ?
La plus belle récompense pour mesure décidée par un responsable politique, c'est que tous les Français s'approprient cette mesure et démontrent par les choix qui sont les leurs que cette mesure était pertinente, qu'elle était efficace et qu'elle répondait à la résolution d'une injustice qui est celle d'un prix du logement trop élevé dans notre pays.
Je vous remercie.
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