Interview du Président de la République au quotidien Clarín

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Rubrique : Nation, institutions et réforme de l'Etat

Mercredi 24 février 2016

JOURNALISTE :

Vous êtes le premier Président européen qui atterrira en Argentine depuis 12 ans. Quel est le sens de votre visite ? Allez-vous chercher à donner une impulsion à l’accord Union Européenne – Mercosur ?

LE PRESIDENT :

Ma visite est la première d’un Président français depuis 1997. Elle marque une nouvelle étape dans les relations entre la France et l’Argentine.

Elle intervient l’année même où l’Argentine célèbre le Bicentenaire de son Indépendance. L’Argentine est une République-sœur de la République française. Elle s’est inspirée de l’esprit des Lumières qui a été si généreusement porté par le général José de San Martín. Mais ma visite est résolument tournée vers l’avenir.

250 entreprises françaises sont implantées en Argentine, dans tous les secteurs stratégiques – automobile, énergie, agroalimentaire, distribution, hautes technologies, tourisme, santé… –. Elles sont prêtes à apporter leur contribution à la réussite des projets que l’Argentine souhaitera lancer. Dans cette perspective, la recherche d’un accord commercial équilibré et ambitieux entre l’UE et le Mercosur est importante.

JOURNALISTE :

L’Argentine a besoin de radars, de drones, et d’avions pour pouvoir combattre le narcotrafic croissant et contrôler ses frontières. Ses forces armées sont démantelées, sans frégates ou sans avions. Le France est-elle disposée à collaborer dans ce domaine ?

LE PRESIDENT :

La lutte contre le trafic de drogues est l’une des priorités du Président Macri. Il peut compter sur notre soutien. Aucun pays n’est épargné par ce fléau, qui représente une menace majeure pour la sécurité ainsi que pour la santé des populations.

La France est disposée à répondre à toute demande de coopération de la part des autorités argentines, dans tous les domaines, du démantèlement des trafics de stupéfiants à l’assèchement des flux financiers illicites, en passant par la formation de la police et des autorités judiciaires, ou la fourniture de matériels de surveillance.

JOURNALISTE :

L'Argentine doit sortir définitivement du défaut avec le paiement aux « Hedge funds ». Avec le Club de Paris, la France a aidé l'Argentine à retourner sur les marchés internationaux. Cela est-il de nouveau envisageable ?

LE PRESIDENT :

L’Argentine souhaite retrouver, au prix de grands efforts, le chemin de la croissance. Nous soutenons les démarches de l’Argentine pour aboutir à un règlement du dossier central de la dette, comme nous l’avons toujours fait dans le passé.

Il est normal que l’Argentine, membre du G20, puisse bénéficier de conditions de financement raisonnables, équivalentes à celles d’autres pays émergents, afin de financer ses investissements. C’est également l’intérêt de l’Europe et de la France car le développement de l’Argentine génèrera de nouveaux courants commerciaux.

JOURNALISTE :

La France est le pays qui a le plus de coopération scientifique avec l´Argentine et ses chercheurs. Pensez-vous renforcer ces accords ?

LE PRESIDENT :

La France est le premier partenaire de l’Argentine en matière scientifique et technologique. Deux Prix Nobel scientifiques argentins, Bernard Houssay en médecine, et Louis Leloir en chimie, sont d’origine française. Au début du 19e siècle déjà, le scientifique français Aimé Bonpland cataloguait en Argentine des milliers d’espèces végétales jusqu’alors inconnues des Européens, et réussissait à rendre cultivable le fameux maté, devenu, comme chacun sait, la boisson nationale argentine.

Un nouvel accord en matière scientifique et technique sera signé pendant ma visite. Il ouvre de nouveaux horizons à l’accord-cadre de coopération signé en 1964, en Argentine par le Général de Gaulle. Une nouvelle impulsion sera donnée aux partenariats entre les grands organismes de recherche français et argentins. Je pense, notamment, au nucléaire civil, aux nanotechnologies ou à la coopération spatiale. Les programmes de mobilité entre les grandes écoles et les facultés d’ingénierie, ou en matière d’agronomie et de médecine vétérinaire, seront aussi approfondis. La France est fière d’être la quatrième destination des étudiants argentins à l’étranger.

JOURNALISTE :

L’Argentine a plusieurs puits de lithium. Pouvons-nous espérer des investissements français dans ce secteur ?

LE PRESIDENT :

L'Argentine est dotée de ressources naturelles exceptionnelles. Et pourtant les investissements dans le secteur minier sont plutôt rares, à cause du niveau très bas des cours que l'on observe aujourd'hui.

Le marché du lithium est prometteur, car ce métal entre dans le processus de confection des batteries et des solutions de stockage d'énergie. Il est indispensable pour l’équipement de futures voitures électriques.

JOURNALISTE :

Le gouvernement français est-il disposé à établir avec l'Argentine un partenariat stratégique similaire à celui qu’il a avec le Brésil ? Y a-t-il un nouvel intérêt de la France avec cette partie du monde ?

LE PRESIDENT :

La France voit dans l’Argentine un acteur important sur la scène régionale et internationale, à l’ONU ou au G20. Notre coopération sur les enjeux globaux, comme ceux de la lutte contre le changement climatique, le narcotrafic et le terrorisme, doit prendre une nouvelle ampleur. De même, l’adoption d’une ambitieuse feuille de route économique peut stimuler nos relations commerciales et industrielles bilatérales. Et enfin sur le plan culturel nos deux pays pourront bâtir un partenariat d’envergure au bénéfice de l’Amérique Latine et de l’Europe.

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