Le Président de la République et Brigitte Macron ont accueilli le Président de la République de Corée, Lee Jae Myung, et son épouse Kim Hea Kyung pour une visite d'État en France du 8 au 9 septembre 2026.
Cette année marque les 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée.
Après la visite d’État en Corée du Président de la République en avril dernier, les deux dirigeants se sont retrouvés pour approfondir leurs convergences dans un contexte international instable et renforceront leur partenariat stratégique.
Les échanges ont permis de réaffirmer l’ambition des deux pays pour mettre pleinement en œuvre leur partenariat stratégique global, de faire le point sur les coopérations engagées en avril et d’ouvrir de nouvelles perspectives bilatérales. Des résultats significatifs sont attendus dans les domaines de la sécurité et de la défense, des technologies de pointe, de l’énergie et de la culture.
Les deux dirigeants ont évoqué également les crises internationales, notamment la situation dans la péninsule coréenne, la guerre d’agression russe en Ukraine et la situation au Moyen-Orient, dans l’objectif d'œuvrer à la stabilité, à la sécurité et au respect du droit international.
Revoir la déclaration conjointe :
9 septembre 2026 - Seul le prononcé fait foi
Déclaration conjointe du Président de la République et du Président de la République de Corée.
Emmanuel MACRON
Merci beaucoup et félicitations à tous les signataires de ces accords.
Monsieur le Président, cher Lee Jae Myung, Mesdames, Messieurs les ministres, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames, Messieurs en vos grades et qualités. Cher Président, je suis très heureux de vous accueillir à Paris aujourd'hui pour votre visite d'État, vous-même, votre épouse et l'ensemble de votre délégation, avec de nombreux ministres et beaucoup d'entrepreneurs et d'artistes que nous avons vus hier.
2026 est une grande année pour la relation franco-coréenne puisque nous célébrons 140 ans de relations d'amitié entre nos deux pays. Cette relation déjà dense, nous avons eu l'occasion cette année de lui donner un nouvel élan. En effet, en avril dernier, j'étais à vos côtés pour une visite d'État à Séoul, et merci infiniment pour votre accueil si chaleureux. Puis, quelques semaines plus tard, vous veniez en France déjà, à Évian, à l'occasion du sommet du G7. C'est donc aujourd'hui notre troisième rendez-vous de haut niveau strictement bilatéral avec cette visite d'État.
Avant d'évoquer les discussions que le Président Lee et moi-même avons eues aujourd'hui, je voudrais rappeler que cette forte relation d'amitié s'est construite avec l'engagement du bataillon français sous le drapeau de l'ONU lors de la guerre de Corée, et n'a cessé de s'enrichir. Je vous remercie aussi infiniment de l'hommage que vous avez rendu ce matin aux anciens combattants et à l'Arc de Triomphe. Notre partenariat est un partenariat de confiance fondé sur cette histoire, des valeurs partagées, des intérêts communs aussi. Nous croyons ensemble dans la démocratie, les droits de l'homme, l'État de droit. Nous croyons ensemble dans le respect du droit international, dans le commerce libre et équitable. Au fond, c'est ce qui a nourri notre choix de rehausser notre partenariat en avril dernier pour en faire un partenariat stratégique global. C'est ce qui nourrit la relation entre nos deux pays et c'est ce qui, dans un moment de recomposition du monde et de bascule, fait que nous sommes convaincus l'un et l'autre que nous avons à défendre nos souverainetés réciproques, nos autonomies stratégiques respectives, et qu'ensemble, nous avons des actions communes à mener pour un Indopacifique apaisé et pour aussi des actions communes en matière de défense, de sécurité, de technologie, d'énergie, qui permettent d'améliorer notre souveraineté, notre indépendance, de coopérer de manière respectueuse et de ne tomber dans la vassalisation d'aucune grande puissance.
Cette « coalition des indépendants » à laquelle nous croyons est parfaitement illustrée par la relation bilatérale entre la Corée et la France. En effet, face à ces crises, nous avons une position commune. Nous constatons l'un et l'autre le soutien actif et désinhibé de la Corée du Nord à la guerre d'agression de la Russie en Ukraine, le soutien dont bénéficie Pyongyang en retour pour ses propres programmes militaires. Nous, nous partageons une vision commune d'un ordre international fondé sur le droit international et le système des Nations unies. Nos deux pays avancent aussi en étroite coordination face aux enjeux de sécurité et de stabilité. La République de Corée sait pouvoir compter sur le soutien constant de la France en faveur de la paix et de la stabilité de la péninsule. Je veux saluer ici votre constance, votre vision pragmatique. Ma conviction est très clairement qu'un chemin est possible suivant les axes que vous avez ouverts.
À ce titre, nous avons aussi longuement parlé des autres crises ensemble et des guerres qui se tiennent, je pense en particulier au Moyen-Orient. Nous avons également une vision partagée, celle qui consiste à défendre la liberté de navigation et le faire dans un contexte apaisé. Donc nous continuerons le travail commun pour proposer des solutions, comme d'ailleurs en avril dernier, nos deux pays étaient ensemble autour de la table lorsque nous avons, avec nos amis britanniques, lancé la première coordination pour une mission internationale ad hoc strictement pacifique pour la réouverture d'Ormuz. C'est dans ce cadre-là que nous continuerons d'avancer, de coordonner nos travaux pour pouvoir œuvrer ensemble à l'apaisement de cette région. En tout cas, les perspectives d'une mission multinationale strictement pacifique une fois un accord trouvé continuent de faire l'objet de travaux intenses.
Cette communauté de vues que nous avons encore pu constater ensemble l'un et l'autre à l'instant a nourri aussi des initiatives conjointes que nous avons décidé de prendre. La mission aérienne Pégase qui fera escale en République de Corée dans les jours qui viennent illustre en effet parfaitement notre volonté commune de renforcer notre relation de défense par des exercices stratégiques réguliers, des coopérations industrielles pour les équipements de défense, des échanges d'informations et l'amélioration aussi de l'interopérabilité de nos armées. Et l'accord révisé sur la protection des données classifiées signé aujourd'hui même entre nos ministères des Armées et de la Défense va contribuer à créer la confiance et la profondeur stratégique dont nos deux pays ont besoin. Vous l'avez compris, c'est donc une communauté de vues sur les grandes questions stratégiques et de défense que nous avons actée.
Mais cette vision-là, cette volonté de renforcer nos autonomies stratégiques ne s'arrête pas là. Nous avons aussi la volonté de prendre des initiatives sur la question de santé, de protection des océans, de gouvernance de l'intelligence artificielle, de protection de la jeunesse en ligne, de résorption des grands déséquilibres mondiaux, initiatives d'ailleurs pour beaucoup qui ont été lancées lors du G7 d'Évian auquel vous avez participé. S'agissant de la santé, la France rejoindra dans les prochains mois l'International Vaccine Institute, initiative de la Corée, et nous allons travailler ensemble pour préparer les grandes échéances comme la présidence coréenne du G20 en 2028 ou le sommet des océans à Busan en juin 2028.
Cette volonté commune d'œuvrer pour un multilatéralisme efficace s'est illustrée également parfaitement lors du Sommet Lumière que nous avons coprésidé à Saint-Paul-de-Vence hier et qui a permis de réunir une soixantaine de pays, organisations régionales et organisations internationales pour bâtir un multilatéralisme culturel, pour défendre la diversité de création, nos cinémas, nos animés et notre animation, nos jeux vidéo, pour protéger nos créateurs, nos acteurs, toutes celles et ceux qui font cette diversité, et pour bâtir aussi une plus grande compétitivité dans le secteur avec des initiatives communes que nous avons annoncées hier, en particulier l'initiative IRIS, le partenariat Lumière, ou ce que nous avons voulu faire ensemble avec d'autres partenaires pour l'éducation aux images et aux écrans.
La dynamique de notre relation s'illustre également par nos liens économiques et industriels. Plusieurs accords signés aujourd'hui le montrent. Le renforcement de nos relations s'inscrit en effet dans notre stratégie de renforcement de nos autonomies et nous voulons bâtir une vision commune et renforcer le lien entre nos acteurs dans les semi-conducteurs, dans l'intelligence artificielle, dans le quantique, en particulier, où nous avons la conviction que, là-dessus nous avons un destin commun. L'accord qui a été signé à l'instant entre Samsung et Mistral AI est de la plus haute importance à cet égard.
Nous avons aussi d'autres initiatives que nous voulons prendre. En matière de minerais critiques et de terres rares également, nous avons la volonté d'avancer, d'aller plus loin et de renforcer aussi nos indépendances. Et en matière de nucléaire civil, nous avons, grandes puissances nucléaires que nous sommes l'un et l'autre, avec des acteurs industriels importants, la volonté d'agir davantage ensemble. D'abord pour conforter et accompagner la dynamique, nous avons décidé de rehausser le niveau de notre dialogue nucléaire. L'accord signé entre Orano et KHNP montre l'importance justement d'un rapprochement dans l'amont du cycle nucléaire. Je veux ici dire combien nous soutenons les discussions entre nos industriels sur la question du traitement-recyclage des combustibles usés et une vision commune d'un aval du futur.
Ce qui s'est fait aussi en termes de propriété intellectuelle à l'instant et ce qui a été signé est de la plus haute importance pour favoriser les accords, là aussi, entre nos différents industriels dans tous les domaines. Nous serons dans un instant avec l'ensemble de nos chefs d'entreprise pour conclure le forum économique. Mais tout ça s'inscrit dans cette dynamique. Nous avons ensemble voulu passer un cap nouveau il y a quelques mois et, sur les technologies de pointe, très clairement, la coopération a pris une nouvelle dimension. Le protocole d'entente dans le domaine de l'IA et des technologies quantiques a été signé aujourd'hui, en plus de l'accord entre nos entreprises, et nous avons la volonté véritablement d'accélérer cela. Je veux ici vraiment remercier toutes celles et ceux qui ont permis cette accélération et cette concrétisation de ce que nous avions affirmé en avril dernier. Et encore une fois, les entreprises qui aujourd'hui ont signé cet accord entre Samsung et Mistral ont permis de passer un cap important dans la relation.L'excellence de la relation bilatérale en matière économique ne s'arrête pas là. Je pourrais citer les autres questions énergétiques, les questions de mobilité. Nous aurons l'occasion d'y revenir.
Enfin, je voudrais citer, pour conclure, l'extraordinaire dynamique des échanges humains et de nos liens culturels. Le cinéma français, la musique française, la création française est aimée dans votre pays comme la K-pop l'est dans le nôtre et comme le cinéma coréen, le Festival de Cannes, qui a confié à l'un de vos cinéastes la présidence il y a quelques semaines, l'a encore montré, aime votre cinéma. Les K-dramas, la K-pop font partie en effet de cette relation bilatérale. Le projet de lancement d'une nouvelle plateforme dédiée aux échanges entre les écosystèmes créatifs de nos deux pays, le France-Korea Creative Lab, qui sera partie intégrante du renouvellement de la lettre d'intention sur la coopération culturelle, permettra de consolider encore ce lien, comme nous l'avons illustré hier. Je dois dire ici que nous avons une même vision de l'importance de la culture et de l'art et une même conviction que c'est un secteur aussi économique à part entière où nous avons à défendre notre exception culturelle à l'un et à l'autre et la capacité à bâtir un modèle unique.
Enfin, pour encourager la coopération scientifique, un accord entre l'Université Paris-Saclay et le Korean Institute for Advanced Study dans les domaines des mathématiques et de la physique a été signé pendant votre visite et, là aussi, marque une étape importante de cette relation qui s'appuiera aussi sur une facilitation des échanges. Nous voulons plus d'échanges entre nos étudiants, nous l'avons réaffirmé l'un et l'autre, et nous voulons plus d'échanges aussi entre nos compatriotes. C'est aussi pour cela que j'ai le plaisir d'annoncer l'entrée en vigueur le 1ᵉʳ octobre de la révision de l'accord bilatéral visa vacances-travail qui permet de bénéficier du programme jusqu'à 35 ans et est un dispositif important pour la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays.
Voilà, je ne serai pas plus long, mais je veux ici dire combien, en quelques mois, nous avons su bâtir des partenariats nouveaux dans beaucoup de domaines d'avenir et que tout ça s'appuie sur une relation extrêmement confiante depuis des décennies. Tout ça, je crois, s'accélère aussi en pratiquant le reste du monde. Nous sommes bien placés l'un et l'autre pour savoir la valeur qu'ont des partenaires de confiance, fiables, respectueux de la souveraineté et de l'indépendance de l'ami, et qui ont une même vision de l'avenir. C'est ce qui lie la Corée et la France, et c'est ce qui fait que le désordre ambiant accélère la conviction que nous avons de devoir et de vouloir travailler l'un avec l'autre.
Merci infiniment, Président, pour cette visite d'État, pour votre présence depuis dimanche dans notre pays et jusqu'à demain soir, et pour la qualité des échanges que nous avons eus et des partenariats que nous avons signés. Merci beaucoup.
Une table-ronde économique a réuni ensuite des dirigeants d’entreprises françaises et coréennes autour de quatre grands axes :
- l’intelligence artificielle et le quantique,
- la transition énergétique,
- la santé,
- la décarbonation des mobilités et de l’industrie.