Femme de conviction et de conquête, Yvette Roudy s’est éteinte après une vie passée à faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un droit effectif.
Née à Pessac dans une famille modeste, entrée dans la vie active à dix-sept ans comme dactylographe, elle reprit ensuite ses études et sut transformer son expérience en conscience et sa conscience en combat. En traduisant, en 1964, La Femme mystifiée de Betty Friedan, elle contribua à donner aux Françaises des mots pour nommer une condition trop longtemps tue. Au sein du Mouvement démocratique féminin, puis dans les pages de La Femme du XXe siècle, elle lia dès lors indissociablement la cause des femmes et l’action publique.
Yvette Roudy avait compris que les consciences devaient s’éveiller, mais que les lois devaient suivre. Engagée aux côtés de François Mitterrand, elle fut élue au Parlement européen en 1979. Deux ans plus tard, le Président de la République lui confia le nouveau ministère des Droits de la femme. Ce titre disait déjà la rupture : « la condition féminine » devenait une question de droits.
De 1981 à 1986, elle fit entrer l’égalité au cœur de l’action gouvernementale. Sous son impulsion, la France reconnut officiellement le 8 mars comme Journée internationale des droits des femmes et relança l’information sur la contraception. Elle fit prendre en charge l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale, afin que la liberté conquise par la loi Veil ne demeure réservée à celles qui pouvaient en acquitter le prix.
Avec la loi du 13 juillet 1983, éponyme, elle donna ensuite une force nouvelle au principe d’égalité professionnelle. Accès à l’emploi, formation, promotion, rémunération : les discriminations devaient être combattues dans chaque dimension de la vie au travail. Elle ne cessa jamais de rappeler la République à l’application de ses propres principes.
Après le Gouvernement, elle poursuivit ce combat dans les mandats que lui confièrent les Français. Députée du Calvados, maire de Lisieux de 1989 à 2001, elle porta avec la même énergie l’exigence de justice. Dans l’hémicycle comme dans sa ville, elle demeura une élue de conviction, au parler franc, que les résistances n’impressionnaient pas.
La parité fut l’autre grand chantier de sa vie. En fondant l’Assemblée des femmes, puis en réunissant autour du « Manifeste des dix » des responsables venues de sensibilités différentes, elle contribua à préparer les conquêtes constitutionnelles et législatives qui ouvrirent davantage la vie publique aux femmes. Jusqu’à ses dernières années, par ses livres, ses prises de parole et la Fondation Yvette Roudy, elle continua de soutenir celles qui prolongeaient son œuvre. Le titre qu’elle donna à son dernier ouvrage résumait sa fidélité : Lutter toujours.
Son inlassable faculté d’indignation continuera d’inspirer celles et ceux qui refusent que l’égalité demeure inachevée. Son courage, lui, nous oblige.
Le Président de la République et son épouse saluent la mémoire d’une pionnière, d’une grande figure du féminisme et adressent leurs condoléances émues à sa famille, à ses proches, à celles et ceux qui luttèrent à ses côtés, ainsi qu’aux habitants de Lisieux et du Calvados qu’elle servit.