Publié le 17 octobre 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert en l'honneur du Gouverneur de l'Etat de Sao Paulo et Mme Montoro, Sao Paulo, jeudi 17 octobre 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert en l'honneur du Gouverneur de l'Etat de Sao Paulo et Mme Montoro, Sao Paulo, jeudi 17 octobre 1985.

17 octobre 1985 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert en l'honneur du Gouverneur de l'Etat de Sao Paulo et Mme Montoro, Sao Paulo, jeudi 17 octobre 1985. - PDF 193 Ko
Monsieur le Gouverneur,
- Madame,
- Mes premiers mots seront pour vous remercier pour la qualité de cette hospitalité, en ce beau palais, pour la qualité des personnes que vous nous avez présentées, l'intérêt des conversations et le plaisir d'être ensemble.
- Ce dîner vient terminer une journée chargée, mais que je crois utile, que nous avons commencée ce matin par l'hommage rendu au fondateur de l'Indépendance, avant de le poursuivre par une discussion, un débat, qui a duré longtemps mais que j'ai personnellement trouvé extrêmement fécond avec les principaux responsables ou partenaires de la puissante Saint-Paul dans tous les domaines : industriel, agricole, commercial, culturel... et cela a été pour moi extrêmement instructif. Non seulement par les propos tenus, mais aussi par la façon d'être. J'ai senti, à travers cette réunion, la réalité de Saint-Paul dont on sait bien, à l'extérieur, que c'est la force principale, économique en particulier, de l'Amérique latine.
- Comme je le disais tout à l'heure à Mme Montoro, lorsque nous parlions avant de commencer ce repas, j'ai pu voir au cours de ces quelques journées les aspects les plus divers du Brésil et les plus complémentaires. Brasilia, sa géométrie, une certaine forme de poésie dans l'urbanisme, mais d'une poésie rigoureuse. Le pouvoir central, ses charmes et ses difficultés. Saint-Jean du Roi, le rendez-vous manqué et cependant tenu, puisque c'est au début de cette année même que M. Tancredo Neves m'avait convié à venir le voir dans sa ville. Là, c'était la ville de province, historique, préservée, avec sa riche bibliothèque, son encyclopédie des premiers jours, sa collection complète - la seule au monde - du Moniteur. Une société qui a su s'ouvrir sur l'extérieur, recevoir de l'extérieur, mais en sachant demeurer elle-même. Et naturellement la maison qu'aimait, où a vécu votre ancien Président, et que son environnement, sa beauté discrète mais forte, reliait au siècle passé, à l'histoire-même du Brésil.
- Rio - mais vous connaissez Rio, je ne vais pas le décrire - disons simplement l'extraordinaire beauté de la nature, à quoi s'est ajoutée une grande, forte et belle ville. Aussi, avec le sentiment que l'on peut à la fois y travailler et s'y reposer - les jardins, les parterres, le gazon, le sable - bien entendu aussi la rude vie pour tous ceux qui vivent là, mais qui ne peuvent pas en user.\
Enfin, Saint-Paul, dont j'ai déjà dit ce que je pensais. Il était facile de pressentir ce que serait Saint-Paul lorsqu'il y a trente-neuf ans, j'y suis venu pour la première fois. Un développement urbain que l'on pourrait croire, à première vue, anarchique, désordonné, et au deuxième degré, on s'aperçoit que c'est simplement de la puissance, de la vitalité, de la vie. On ne peut manquer d'être frappé par cette exceptionnelle cité. C'est bien le Brésil que j'aurais vu, même passagèrement, superficiellement, lorsque j'aurai vu Récife demain. Il me manquera bien des choses et surtout la vraie connaissance de ce peuple, de ce pays, d'autres régions immenses - en particulier, l'Amazonie - mais j'ai toujours pensé que l'on connaissait la géographie, c'est-à-dire le visage de la terre ou bien du premier coup - pas comme dans l'amour, dans le coup de foudre - mais on peut dire par l'intuition, ou bien jamais.
- Il y a deux façons d'approcher une ville : il faut y passer toute sa vie - moi, je le peux difficilement et puis d'ailleurs ma vie est presque faite - ou bien il faut y passer, ne pas trop s'y attarder sans quoi l'intuition se brouille. Bref, j'ai réuni toutes les conditions.
- Je disais donc qu'ensuite ma journée s'est poursuivie à l'Université. Spectacle passionnant £ cela faisait longtemps que je n'étais pas allé dans une université. Ma foi, j'y ai retrouvé exactement le prototype de l'université française avec quelques laboratoires que j'aimerais bien voir dans l'université française - à l'Ecole polytechnique notamment.
- J'ai enfin rencontré des Français, des Français de Saint-Paul, et je les ai trouvés aimant cette ville, attachés à leur vie, à la fois très attachés à leur pays d'origine, mais en même temps très assimilés à la vie du Brésil. Monsieur le Gouverneur, vous avez dit pourquoi, dans votre allocution, tous les éléments se trouvent rassemblés : d'abord, celui de la culture et nous sommes issus de très anciennes cultures, très proches, très voisines. Nous sommes les héritiers de langues romanes. Nous avons vécu à peu près la même histoire, nous avons profité des mêmes révolutions de la pensée ou d'action. Cette identité culturelle, ou plutôt cette proximité, cette parenté - non pas identité - culturelle représente un élément irremplaçable. Et là-dessus, sur cette base culturelle, s'est développée une prodigieuse conquête de l'homme sur la matière. L'homme qui maîtrise la matière, c'est tout de même l'un des chemins les plus sûrs de la noblesse humaine.
- Voilà, monsieur le Gouverneur, je vous remercie de nous avoir offert ce dîner en point d'orgue. Après quoi, nous nous séparerons. Je poursuivrai ma route demain au Brésil, après-demain en Colombie et puis je rentrerai en France. Mais soyez sûrs, monsieur le Gouverneur, et vous madame, que les Français qui m'accompagnent et moi-même, nous garderons un vif et excellent souvenir de cette soirée chez vous.\

Voir tous les articles et dossiers