À l’issue du Sommet de la Communauté politique européenne à Erevan, le Président de la République a débuté une visite d’État en Arménie les 4 et 5 mai 2026.
Cette visite s’inscrit dans une dynamique d’approfondissement d’une relation historique et d’amitié entre la France et l’Arménie, ainsi que dans le contexte du rapprochement engagé entre l’Arménie et l’Union européenne.
Le 4 mai, le chef de l'État s'est entretenu avec le Président arménien Vahagn Khatchatourian avant de rencontrer la communauté française en vivant en Arménie.
Revoir le discours à la communauté française :
27 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Discours du Président de la République à la communauté française d'Arménie.
Emmanuel MACRON
Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur l'ambassadeur, Madame, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Madame la consule honoraire, Madame la présidente de la Galerie nationale d'Arménie qui nous accueillait, Messieurs les coprésidents, Mesdames et Messieurs les présidents d'associations, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, chers compatriotes.
Je suis très heureux d'être là, très heureux d'être de retour, d'abord de nous retrouver dans cette magnifique salle des fresques de la Galerie nationale, d'être de retour 8 ans après ce sommet de la Francophonie qui nous avait permis d'être là dans un contexte bien différent, et 20 ans après la dernière visite d'État d'un président français. En 8 années, que d'événements. Et je sais ici tout ce que vous avez vécu, que nous avons traversé. La guerre, avec ses conséquences sur beaucoup de familles et un chemin si douloureux, les mois d'angoisse, la mobilisation en France, le soutien humanitaire, beaucoup sont là qui l'ont organisé en cet automne 2020, et je m'en souviens comme si c'était hier, le soutien de la France, j'y reviendrai, puis un chemin de paix qui s'est d'ailleurs jalonné de la rencontre de Prague en 2022 jusqu'au 8 août 2025, une Arménie qui se tourne vers l'Europe, qui accueille aujourd'hui dans sa capitale plus de 40 chefs d'État et de gouvernement.
Durant toutes ces années, vous avez tenu, et je veux commencer mon propos par vous dire ma gratitude, mon admiration pour ce que représente notre communauté ici. Oui, durant toutes ces années, l'Arménie a été confrontée à une période difficile. Elle a traversé la guerre, elle a reconquis la paix, elle s'est reconstruite et a un taux de croissance extraordinaire. Et la communauté française y joue son rôle pleinement. Nos entreprises, petites et grandes, contribuent à cette expansion économique : Amundi, Veolia, Pernod Ricard, le Bureau Veritas, Yan Group, Mistral, Aramine, Richel, Alan, AXA et tant d'autres. L'Agence française de développement a doublé depuis 2023 son encours en Arménie, porté aujourd'hui à plus de 800 millions d'euros. Et qu'il s'agisse d'eau, de connectivité, d'infrastructures, nous sommes là des soutiens constants de cette période. Et nous avons bâti des relations qui n'existaient pas jusqu'alors. Lorsqu'après 2020, beaucoup ont tourné le dos ou oublié ce qui se passait ici, la France a décidé de construire une relation militaire qui n'existait pas jusqu'alors. L'Arménie reconstruit son armée et nous l'aidons. Nous formons, nous équipons, nous conseillons les soldats arméniens et c'est une innovation de la relation bilatérale des dernières années. On nous l'a parfois reproché dans le voisinage. On nous l'a parfois fait payer dans le voisinage. Et nous avons souvent été seuls parmi les européens à le faire. Mais nous l'avons toujours assumé parce que c'est un effort fait pour pouvoir se défendre et se protéger. Et je voudrais ici, convoquant cette relation, saluer la mémoire du major Arnaud Frion tombé en Irak le 12 mars dernier et qui, quelques mois plus tôt, était ici même et formait ses camarades arméniens.
C'est vous dire que nous envoyons nos soldats les plus valeureux ici pour cette œuvre de formation. Oui, jamais depuis l'indépendance de l'Arménie, les relations entre nos deux pays n'avaient été si intenses, si confiantes. Jamais depuis le tremblement de terre de 1988, la solidarité de la France avec l'Arménie n'avait été aussi active, ni aussi concrète que durant ces dernières années. Et nous vous le devons d'abord. Parce que c'est dans votre diversité, professeurs, entrepreneurs, travailleurs humanitaires, journalistes, artistes, viticulteurs, hommes et femmes de religion, volontaires de multiples organisations françaises et arméniennes, observateurs de la mission européenne, c'est vous qui êtes les artisans de cette relation bilatérale. Je voudrais ici rendre un hommage particulier aux retournants de 1947 et à leurs descendants. Ceux qui avaient tout quitté pour rejoindre, leur avait-on fait croire, l'Arménie des beaux lendemains. Ceux qui, trompés, discriminés, persécutés souvent par le régime stalinien, ont tenu bon, la France au cœur. Ceux que la France n'a jamais abandonnés, la plupart ont pu repartir grâce aux efforts de notre diplomatie. Ceux qui sont restés sont souvent âgés et fragiles. Et je sais que notre ambassade prend soin d'eux. J'ai demandé à ce que puissent être augmentés les secours qui leur sont versés. Ce n'est que justice.
Nous le devons aussi à nos compatriotes d'origine arménienne. Car le peuple arménien n'a pas seulement honoré notre pays de sa confiance et de sa fidélité, il nous a donné des filles et des fils qui ont fait la France et son histoire, qui ont fondé notre mémoire commune. Ils sont, comme le rappelait le grand Charles Aznavour, 100 % français et 100 % arméniens. Nous le savons. Refusant les assignations, ils prouvent que l'on peut être à la fois patriote français et éminemment fidèle à ses origines. Nous le devons enfin à celles et ceux qui servent la France en Arménie, à l'ambassade, à l'Institut français, à l'Alliance française, au lycée français Anatole France, à l'université française en Arménie, au sein de l'AFD d'Expertise France, de l'OFII et bien sûr dans nos armées, représentant avec talent, conviction et dévouement la France en Arménie. Qu'ils soient toutes et tous ici remerciés.
Et puis, puisque je vois certains plus jeunes, je n'oublie pas et je n'oublie jamais nos volontaires internationaux, nos volontaires du service civique, qui jouent un rôle important et, par leur engagement, continuent de tresser cette relation. Je voudrais aussi avoir un mot pour notre action consulaire remarquable et qui s'est encore illustrée par l'accueil de nos compatriotes contraints de fuir l'Iran. Vous avez joué un rôle tout particulier ces derniers mois, et je voulais vous en remercier, et par notre agence consulaire de Goris, ouverte au plus fort des périls, au cœur de la région, qui était alors la plus menacée d'Arménie. Quand ça tirait encore quelques kilomètres, nous ouvrions. Nous ouvrions, nous, à Goris, montrant le soutien à la population, le soutien aux Arméniennes et aux Arméniens, ne lâchant rien. Désormais, flottent les couleurs de la France et c'est notre fierté à tous.
Alors, cette relation est singulière. Et au fond, je voudrais aussi vous dire quelques mots de cette relation d'hier, d'aujourd'hui et de demain qu'on est en train de bâtir par cette visite d'État. Cette relation est singulière parce qu'elle est faite de passion, à la fois parce que les Arméniennes et les Arméniens ont toujours eu un rôle à part. Même lorsque le Royaume de France, on l'évoquait encore hier avec Monsieur l'Ambassadeur, se méfiait des Marseillais s'est parfois arrivé, il donnait un statut particulier aux commerçants arméniens, pour lesquels ils voyaient une seule difficulté, les chicayas marseillais qui auraient pu les gêner dans leur commerce. Puis, notre relation a pris un tour singulier autour du génocide, où notre marine, évidemment, a joué ce rôle courageux, si fort, et où la France a accueilli, en plus des Arméniennes et des Arméniens qu'elle avait déjà, tant de celles et ceux qui fuyaient les routes du génocide, de la terreur, de la misère. Tant de nos villes, de Marseille à Lyon, évidemment en passant par la capitale, les Hauts-de-Seine ne seraient pas totalement les Hauts-de-Seine non plus, sans beaucoup de communes qui ont été nouées par ces communautés, tant de nos villes ont construit des liens si singuliers par cette histoire.
Et puis, ces liens sont venus nourrir le fait que l'imaginaire français a toujours été arménophile, parce que c'était le combat de la liberté. C'était le combat d'un petit pays, d'une civilisation, au milieu de tant d'empires, battu par tant d'empires, et qui, des Perses au tsar de Russie jusqu'à l'Union soviétique, était comme soumise à une fatalité, celle des dominations, mais ne s'y laissait jamais faire. Et donc, ces femmes et ces hommes qui avaient tout traversé pour rejoindre la France trouvaient là des cœurs et des mains à prendre parce que la France, au fond, a toujours aimé ce que l'Arménie représentait et représente, un goût de la liberté, une volonté de ne pas se soumettre, un amour de la culture, la volonté de ne rien céder, de garder son alphabet, sa langue, sa singularité, là où tant et tant voulaient la soumettre. Ce qui fait que cette histoire n'a cédée à aucun des aléas du temps, est avant tout une histoire de passion. C'est celle que vous nourrissez par votre présence ici même. C'est celle de la communauté arménienne en France, de tous les binationaux. C'est celle qui fait aussi que le 24 avril est devenue la journée nationale de la commémoration du génocide des Arméniens partout en France et pour toutes les Françaises et les Français. Nous l'avons voulu et nous l'avons assumé, envers et contre tout.
Et c'est ce qui fait aussi que, ces dernières années, ce rôle s'est renforcé, ce lien s'est renforcé. Déjà, en 1988, la France s'était toute entière mobilisée. Oui, il y avait Charles Aznavour, que j'évoquais tout à l'heure, évidemment, mais il y a eu tant de familles qui se sont mobilisées pour ce drame qui était vécu dans notre chair, et nous y serons demain ensemble. Mais ce qui s'est passé en 2020 a eu une résonance en France toute particulière. Ce sentiment d'injustice, cette morsure de l'histoire, la mobilisation, je le disais, humanitaire, cette volonté de construire une relation militaire qui, jusque-là, n'existait pas, de renforcer notre relation consulaire, de renforcer les liens de culture pour tant d'entreprises, de venir ici, dès le lendemain, alors que rien n'était écrit. Beaucoup d'européens nous ont regardé ainsi faire. Et demain, nous allons signer ce partenariat stratégique qui vient, en quelque sorte, consolider tout cela. Et nous l'avons fait en tressant cette relation. Je vois ici nos sénateurs, plusieurs de nos maires, notre ministre en charge de la ruralité et des collectivités locales, nos parlementaires, nos collectivités territoriales, ont multiplié les partenariats durant cette période. Le Fonds arménien de France, qui investit les villages de la frontière, qui joue un rôle essentiel, la relation que CCAF et tant de villes ont nouées ici même, ont joué un rôle déterminant dans cette période point à point. Nous avons renforcé la trame de la relation bilatérale.
Alors, nous le faisons dans un contexte tout particulier, mais qui donne à ce partenariat stratégique entre nos deux pays encore plus d'importance. Il va renforcer le lien entre nos diplomaties, nos armées, nos entreprises, nos institutions culturelles de recherche, d'enseignement, et c'est ô combien important. Et j'ai vu, durant ces dernières années, l'Arménie aussi faire le choix de la paix, de la prospérité et de l'Europe. Et nous n'avons pas le droit de laisser passer ce tournant. Je sais qu'il y aura dans cette salle des différences. J'ai appris à les connaître et à les comprendre. Je sais que parfois, il y a plusieurs diplomaties de la communauté française à l'égard de l'Arménie. C'est notre charme, c'est une relation de passion. Parfois même, le gouvernement arménien a appris à connaître ces différences et les soubresauts que nous pouvions avoir. Ce n'est pas rationnel. C'est nous, c'est cette relation. Mais je vais vous dire en conviction ce que j'ai vécu ces dernières années avec ce pays et ses dirigeants. On s'était un peu habitués pendant des décennies et des décennies à ce que l'Arménie, y compris l'Arménie dans ses extensions géographiques les plus hasardeuses, et vous savez la position que j'ai toujours tenue, y compris quand je venais au CCAF ou que j'ai toujours tenue ici, on s'était habitué à ce que l'Arménie soit en quelque sorte un satellite de la Russie. On s'était habitué à accepter une relation singulière. Et on s'était dit finalement, après 2014, encore plus après 2022, ça pourrait continuer. Je dois bien reconnaître qu'il y a eu, avec la Révolution de Velours et l'avènement des nouveaux dirigeants, des choix courageux qui ont été faits, qui ont été de clarifier cette relation. Et je peux vous dire que la réunion de la Communauté politique européenne, qui s'est tenue aujourd'hui avec plus de 40 dirigeants, ne se serait jamais tenue avec des dirigeants arméniens à la main des Russes ou ambigus avec la Russie.
Et donc, l'Arménie a fait le choix, en effet, en quelque sorte, de la majorité géopolitique, de sortir de cette entrave et de se tourner vers l'Europe. On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas, nous, Français. On peut embrasser ce choix et l'engager. Et c'est aussi pour ça que je suis très heureux, et on y a beaucoup contribué, que demain, ici même, au milieu de cette visite d'État, il y ait un sommet pour la première fois entre l'Union européenne et l'Arménie, qui va permettre d'améliorer la connectivité. On va essayer d'y pousser les sujets de rooming, pardon de ce terme affreux, mais qui est donc d'améliorer, oui, la connectivité, les interconnexions entre nos opérateurs mobiles, qui va permettre aussi d'aider à la tenue des frontières avec Frontex. Parce qu'on fait comme si ça n'existait pas, mais il y a quand même toujours 4 000 soldats russes sur le territoire arménien, donc plus de 1 000 gardes-frontières. Et donc, il faut que l'Europe s'engage pour aider à tenir les frontières de manière plus indépendante ce pays. Et donc, l'Europe doit s'engager au service de la souveraineté arménienne et de ce choix pour l'Europe et pour l'indépendance qui a été fait. Ensuite, elle a fait un choix pour la paix, un choix contraint. La guerre de 2020 était terrible pour tant de familles, peut-être pour plusieurs d'entre vous, à coup sûr pour plusieurs d'entre vous. Je rappelais tout à l'heure une morsure terrible. Mais nous, en 2020, on s'est mobilisés pour l'aide humanitaire, ensuite pour aider militairement. Mais regardons lucidement qui était là aux côtés de l'Arménie. La France, autant qu'elle l'a pu, mais la Russie n'était pas là. Je vous rassure, pas plus qu'elle n'est là pour le Venezuela quand il a des problèmes, pour la Syrie auprès de ses alliés historiques. On l'a encore vue pour l'Iran quand elle a des accointances ou pour le régime malien lorsqu'il est bousculé par les terroristes. Il vaut mieux, vous le voyez bien dans le contexte géopolitique, ne pas trop avoir besoin de la Russie. Mais elle n'était pas là en 2020. Elle ne sera pas là demain, sauf à demander une nouvelle dépendance. Et je n'ai pas vu beaucoup d'autres Européens étrangers régionaux venir. Et donc ce choix de la paix qui a été fait, quelles que soient les frustrations, les ressentiments, c'est aussi un choix de pragmatisme pour construire une stabilité. Et cette Arménie du XXIe siècle, si on veut qu'elle se construise dans cette région, indépendamment de la Russie, dans la paix et la stabilité, je crois pouvoir vous dire que le choix des dirigeants actuels est le seul choix raisonnable.
Alors, ça ne veut pas dire, pour autant, qu'il n'importe pas d'avoir de l'exigence. C'est le dialogue que nous voulons conduire avec la Turquie, avec l'Azerbaïdjan, la libération des prisonniers, le respect du patrimoine religieux et culturel, et c'est tout le travail que nous avons fait dans les premières heures avec l'Alif, dont je veux remercier l'engagement, en poussant l'UNESCO à aller plus loin et plus fort, et par le partenariat bilatéral. Et nous voulons continuer avec nos actions aussi éducatives, culturelles, par cette exigence géopolitique, mais en s'appuyant sur cette paix et cette stabilité. On a parlé de la paix de Washington, je l'ai salué au mois d'août dernier, mais je n'oublie pas que ce chemin, nous l'avons commencé en obtenant à Prague, pendant une nuit, de cette même Communauté politique européenne, la reconnaissance pour la première fois par l'Azerbaïdjan des frontières d'Alma-Ata, pour la première fois, c'est-à-dire le respect de ce qu'ils étaient en train de menacer et qui était indispensable pour la stabilité que j'évoque. On a parfois reproché au Premier ministre Pashinyan, cette même nuit, d'avoir abandonné le Nagorno-Karabakh, oubliant ce faisant qu'à deux reprises auparavant, le président Poutine l'avait déjà fait. Il a eu raison de suivre ce chemin. Et puis, je vois aussi cette Arménie qui est en train de retrouver la prospérité, avec des chiffres de croissance remarquables, avec une innovation dans le numérique, dans l'intelligence artificielle extraordinaire, une part de son produit intérieur brut dans ce secteur, qui est comme une anomalie quand on regarde la région.
Nous voulons y participer. Et en quelque sorte, nous voulons participer à l'aventure de l'Arménie du XXIᵉ siècle, une Arménie qui ne dépend plus de la Russie, mais se tourne pleinement vers l'Europe et est au cœur de cette communauté politique européenne, une Arménie qui veut la paix, la stabilité durable et une Arménie de la prospérité et qui la construit par elle-même à travers des partenariats choisis et des alliés fiables comme la France.
Voilà, mesdames et messieurs, pourquoi nous sommes là aujourd'hui, pour bâtir cette page nouvelle. C'est ça, le sens de ce partenariat stratégique. Alors, rien n'est simple et rien n'est écrit. La guerre continue en Ukraine, beaucoup des voisins ont encore toutes les options ouvertes. Mais je sais que les choix que l'Arménie est en train de faire, que nous sommes en train de faire à ses côtés, obligeront tous les voisins à clarifier leur jeu. Et nous, à leur demander : êtes-vous avec les Européens ou contre ? Ce qui s'est passé aujourd'hui a quelque chose d'irréversible, parce que, par tout ce chemin, nous avons replacé l'Arménie au cœur de l'Europe géopolitique, recevant, animant les travaux de la communauté politique européenne, et, demain, nouant ce dialogue avec les institutions de l'Union européenne. Cet acte-là est inédit. L'Arménie peut en être fière, mais il ouvre cette page nouvelle et nous serons aux côtés de l'Arménie pour cela. Et c'est une opportunité extraordinaire pour vous toutes et tous, parce que le monde dans lequel nous vivons, surtout depuis 2022, nécessitait ces clarifications. Une fois que j'ai dit tout cela, ça n'enlève rien à cet imaginaire qui nous dépasse, et à l'amour que nous portons pour ce pays et que nous nous portons. Et je voulais vous dire ces quelques mots de conviction et du cœur, et vous dire que tout cela continuera de nous animer, parfois de nous diviser, qu'importe. Nous sommes là et nous nous aimons. Et vous savez, on était avec le ministre, fini à l'instant, qui me disait tout ce qu'il faisait avec l'Association des maires ruraux de France, en lien avec plusieurs villes et villages en Arménie. Et je me souviens, comme hier, de son prédécesseur, Vanik Berberian, qui était un homme formidable, maire de Gargilesse, enfant de la République, président de l'Association des maires ruraux de France, promoteur de Georges Sand et de la ruralité. Cet homme, malheureusement, quand il fut touché par la maladie, durant tous les derniers mois, a revécu dans l'Arménie rêvée. Et il m'écrivait toutes les semaines en m'envoyant des musiques, des poèmes - Michel, recevez, je pense, les mêmes vous aussi - de l'Arménie de son enfance, d'une Arménie parfois qu'il n'avait jamais connue, d'une Arménie rêvée. Le duduk était là, les musiques parfois les plus spirituelles, et il a tenu par cela. Il y a quelque chose d'irrationnel dans ce lien qui nous lie, cet amour de la liberté, de l'universel, cette identité qui nous rend plus forts l'un et l'autre. Et je sais combien, ici, tant d'entre vous ont la même nostalgie de France ou la même France tant aimée que vous colportez en Arménie et qui nous rend plus forts. C'est ça, la communauté arménienne en France, la communauté française en Arménie.
Voilà, Mesdames et Messieurs. Merci à vous, mes chers compatriotes. Vive la République, vive la France, vive l'amitié entre l'Arménie et la France.
Le Président de la République a enuite été convié à un dîner d'État avec le Président et le Premier ministre de la République d'Arménie.
Revoir les mots d'ouverture du dîner d'État :
27 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Dîner d’Etat - Mots d'ouverture par le Président de la République.
Emmanuel MACRON
Monsieur le président de l'Assemblée nationale, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis, merci.
D'abord, merci pour vos mots à l'instant, Monsieur le Premier ministre, cher Nikol, ils me vont droit au cœur. Puisque vous avez convoqué ces souvenirs, en effet, d'un automne 2022, je n'ai rien oublié de cette nuit. À peine deux ans s'étaient écoulés depuis le début de la guerre. La situation était très instable et vous avez fait preuve de beaucoup de courage parce que vous décidiez pour votre pays. Mais je voudrais vous dire une chose simple. D'abord, la France, dans ces moments-là, je le considère, a fait son devoir. Alors c'est vrai, beaucoup, en Europe ou ailleurs, nous regardaient comme des bêtes étranges à soutenir de manière aussi inconditionnelle l'Arménie. D'ailleurs, je vous rassure, après la réunion à laquelle le Premier ministre a fait référence, j'ai été à peu près interdit de toutes les réunions suivantes, tant que le conflit n'était pas réglé par le président Aliyev. Maintenant, les choses sont rentrées dans l'ordre et elles se sont apaisées heureusement. Mais si nous étions là, à vos côtés, pour dire cela, c'est parce que c'était juste. C'est parce que c'était juste. Et qu'à travers l'histoire, le combat que votre pays, votre peuple a toujours mené, fut un combat juste. Face aux génocides, face aux invasions, et dans ces heures-là, face à la menace de votre intégrité territoriale et à votre souveraineté.
Et l'idée que nous nous faisons d'une paix possible, y compris pour nous-mêmes, est d'être aux côtés de ces combats justes où l'ordre international est défendu. Quand bien même ce n'est pas notre intérêt à ce moment-là, quand bien même les calculs d'apothicaires consisteraient à aller regarder ailleurs, et quand bien même beaucoup calculaient plutôt les mètres cubes de gaz ou les intérêts face à d'autres puissances militaires aux contrats plus juteux. Et c'est l'honneur de la France d'être aux côtés de pays qui ne lui ont jamais manqué, jamais manqué, d'un peuple qui ne lui a jamais manqué et d'être aux côtés d'un combat juste. Notre histoire vient de loin, et il y a dans cette salle des femmes et des hommes dont l'histoire familiale est engagée dans la relation entre nos deux pays, qui ont émigré il y a parfois plusieurs générations, d'autres dans le cours de leur vie, et d'autres qui ont découvert l'Arménie et se sont mis à l'aimer de leur vivant, même s'ils n'avaient pas forcément de racines. Parce qu'il y a quelque chose dans la relation entre nos deux pays, nos deux peuples, nos deux civilisations, qui dit cela.
Pourquoi les intellectuels français ont-ils aimé l'Arménie ? Beaucoup n'en avaient jamais foulé le sol. Parce qu'il leur était insupportable que ce pays soit balloté d'un empire à l'autre. Pourquoi la marine française est venue ici, pas simplement voir, dénoncer, mais sauver ? Parce qu'elle considérait que c'était le combat légitime qui lui était donné par la nation française ? Pourquoi avons-nous accueilli, dans ces années-là, et pourquoi tant et tant de ceux qui étaient arrivés se sont battus pour la France ? Et nous avons eu l'immense honneur, et vous étiez à nos côtés, de donner sa juste place au Panthéon, à Missak Manouchian et à Mélinée, qui, en quelque sorte, incarnent ce que les Arméniennes et les Arméniens ont donné à la France. C'est toujours la même histoire. Quand le combat est juste, nous sommes là l'un pour l'autre. Quand il s'agit de nous, de l'universel, de ce que nous portons, nous sommes là l'un pour l'autre. Et nous nous reconnaissons. Je prends avec beaucoup d'honneur les insignes remis aujourd'hui, mais je veux simplement vous dire qu'elles sont un jalon dans cette histoire qui nous oblige, parce que c'était vous, parce que c'était nous.
Le lien entre l'Arménie et la France, c'est cela. Et c'est pourquoi le choix que vous avez fait de l'indépendance pleine et entière, de la paix, de la stabilité dans cette région basculée en tous sens. Le choix de l'Europe et le choix de la prospérité, comme je l'évoquais tout à l'heure dans un autre cadre, sont ceux que nous soutenons, parce que nous les croyons une fois encore justes, parce que nous les croyons bons pour votre pays, parce que nous les croyons à la hauteur du moment, de la cohérence géopolitique et stratégique qu'il faut pour l'Arménie et pour l'Europe, et parce que nous voulons être de cette aventure. Le partenariat stratégique que nous signerons demain viendra consacrer les efforts de défense inédits que nous avons faits ces dernières années à vos côtés, car jamais la relation ne fut à ce niveau, viendra ouvrir de nouvelles pages économiques entre nos deux pays, viendra consolider la relation éducative, linguistique et culturelle. Et beaucoup derrière, qui sont là aussi, auront à l'écrire. Mais laissez-moi vous dire, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le président, combien, au fond, chez nous, ce que vous appelez l'Arménie réelle est inséparable de l'Arménie rêvée, parce que beaucoup la rêvent chaque jour. Au fond, vous avez décidé d'une Arménie en Europe, en paix, en prospérité. Et c'est cette Arménie-là, avec toutes ses harmoniques, celle qui charrie notre histoire commune que nous aimons et que nous embrassons tout entière.
Car de l'autre côté de l'Europe, dans sa péninsule vers l'océan, n'oubliez jamais qu'il y a des femmes et des hommes qui aiment votre pays et qui aiment votre peuple et qui le regardent toujours comme une jeune sœur qui nous a tant apporté et pour laquelle nous serons toujours là. L'un l'autre, nous nous tenons la main. Ce sont deux mains européennes, et c'est ce destin que vous avez décidé d'embrasser. Alors, c'est à moi de vous remercier ce soir pour le courage que vous avez eu durant toutes ces dernières années, de porter votre pays dans cette région comme un pays de paix, de responsabilité, et il faut beaucoup de courage et d'audace pour vouloir la paix lorsqu'on est attaqué, et d'un pays qui a choisi l'Europe. C'est maintenant à l'Europe de se montrer à la hauteur. Laissez-moi, à mon tour, porter un toast pour votre pays, pour nos liens d'amitié séculaires. Et pour vous, Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, et pour l'amitié qui nous lie.
Le mardi 5 mai, la journée a commencé par la visite du Tsitsernakaberd, le mémorial aux victimes du Génocide arménien, puis du Matenadaran, Instituts Machtots de recherches sur les manuscrits anciens.
Revoir la visite du Tsitsernakaberd :
Le Président Emmanuel Macron a ensuite participé à l'ouverture du Yerevan Dialogue forum.
Revoir la prise de parole :
27 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Discours du Président de la République au Yerevan Dialogue Forum.
Emmanuel MACRON
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Parlement,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Monsieur le Secrétaire général du Conseil,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,
Tout a été dit. Je vais essayer d'aller droit au but, puisque Monsieur le ministre des Affaires étrangères et Monsieur le Premier ministre ont parfaitement décrit les enjeux au cœur de ce forum. Je ne voudrais pas ici les paraphraser.
Monsieur le Premier ministre, je crois pouvoir dire, et ces deux jours en témoignent, qu'il y a, au fond, un moment arménien. Je l'évoquais hier en parlant à la communauté française, je peux ici le reprendre : qui aurait imaginé, il y a huit ans, il y a même quatre ans, se retrouver à Erevan avec une réunion de la Communauté politique européenne, et donc plus de 40 chefs d'État et de gouvernement réunis, avec un sommet entre l'Union européenne et l'Arménie, ici-même ?
Très peu de gens. Très peu de gens. Quelque chose s'est passé. Dans votre pays qui a eu à vivre la guerre à l'automne 2020, nous nous en souvenons tous, qui était dans le doute extrême dans les années qui ont suivi, il est évident que quelque chose s'est transformé.
Ce que nous vivons là, c'est ce moment arménien qui vient sceller tout un chemin que vous avez ouvert et ce qui est d'ores et déjà une réussite. D'abord, un chemin de paix, vous l'avez parfaitement décrit. Je ne veux pas ici le reprendre, mais vous avez fait le choix de sceller une paix, d'avoir ce courage, cette audace, de trouver les voies et moyens de la paix avec l'Azerbaïdjan et, du Sommet de Prague à l'automne 2022 au Sommet de Washington à l'été 2025, de finaliser cette paix. C'était un mouvement courageux, je le disais, indispensable. Ceci est venu consolider aussi une véritable prospérité. Quand je regarde les huit dernières années, la croissance moyenne en Arménie est de 6 %. Elle est encore supérieure ces deux dernières années, ce qui est un chiffre remarquable qui montre à la fois la force de votre modèle, sa capacité à attirer, et vous avez parfaitement décrit à l'instant ce cycle vertueux de la paix et de la prospérité. C'est celui, maintenant, depuis un peu plus de trois ans et avec une accélération cette dernière année, que vous avez scellé.
Oui, nous avons un moment arménien, ce qui fait que l'Europe aujourd'hui discute en Arménie, que vous avez accueilli le huitième sommet de la Communauté politique européenne. Que vous vous êtes réinscrits dans le cœur de ce continent et que le Sommet qui s'est tenu ce matin entre l'Union européenne et l'Arménie vient justement consacrer des projets importants qui vont permettre d'être davantage présents sur le plan de l'investissement économique, du développement, des infrastructures de communication ou de la sécurité. Ce qui est en train de se passer dans votre pays était un mouvement anticipé par peu de gens, dans lequel nous avons cru dès le début, que vous avez su conduire avec beaucoup de courage durant ces dernières années, et qui est une transformation profonde pour l'Arménie, une opportunité remarquable. Je souhaite ardemment que ce moment arménien s'accompagne aussi, si je puis dire, d'un moment caucasien, et que vous puissiez entraîner toute la région dans cette même aspiration. Je crois que c'est aussi ce qui est en jeu aujourd'hui.
J'ai pour cette région deux convictions.
La première, c'est que le Sud-Caucase n'a pas vocation à être, en quelque sorte, un milieu d'empires qui se disputeraient la région comme un dû ou comme un trophée. Bousculé, comme cette région l'a été à travers les siècles, entre l'hégémonie des uns ou des autres.
La deuxième, c'est que le Sud-Caucase peut retrouver, et la carte de tout à l'heure le montrait très bien, une forme de centralité entre l'Europe, l'Asie centrale et le Moyen-Orient.
L'opportunité du Sud-Caucase, c'est véritablement d'être ce carrefour que vous avez évoqué pour l'Arménie, d'être ce corridor médian.
Ceci suppose de savoir rouvrir les frontières. Pourquoi j'espère et j'aspire dans ce moment caucasien, c'est que vos voisins aient l'audace de suivre le mouvement que vous avez eu. La bonne réponse à cette audace, c'est de poursuivre et de vous accompagner dans ce mouvement de paix, de démocratisation, de prospérité. C'est que les frontières s'ouvrent. Toutes les frontières s'ouvrent. Et s'ouvrent complètement. Cette région, et c'est souvent insuffisamment vu depuis l'extérieur, a été trop longtemps et trop souvent hermétique, fermée. Il faut donc, comme le relevait, si justement, le regretté journaliste arménien de Turquie, Hrant Dink, casser le cadenas qui fait, je cite : « que des peuples proches sont encore des voisins lointains ». C'est exactement ce qui est à l'œuvre pour que ce moment caucasien puisse advenir. Que les frontières s'ouvrent, en l’espèce les frontières avec l'Azerbaïdjan, les frontières avec la Turquie, et qu'il n'y ait aucune restriction avec la Géorgie. C'est ce en quoi nous croyons, c'est ce qui vient marquer aussi l'engagement des Européens. Je le sais aussi, l'engagement du FMI, c'est ce qui accompagne aussi beaucoup des travaux de l'Agence française de développement dans votre pays et dans toute la région, celle-ci ayant des financements qui s'élèvent à près de quatre milliards d'euros dans le Sud-Caucase.
Mais, je le disais, ces frontières doivent s'ouvrir. Elles ont commencé. Je veux saluer la levée par l'Azerbaïdjan des restrictions sur les échanges de biens avec l'Arménie et la réouverture progressive des voies logistiques entre les deux pays. Mais ça ne doit être qu'un début. Nous nous sommes également réjouis quand la frontière entre la Turquie et l'Arménie a été ouverte pour laisser passer les réfugiés syriens ou l'aide humanitaire.
Là aussi, ce fut un premier signal.
Mais nous voyons combien il est important que la réouverture des frontières aille jusqu'au bout pour que ce moment caucasien puisse advenir et pour que, précisément, votre pays et toute la région soient au cœur du lien entre le Moyen-Orient, l'Asie centrale, l'Europe, car c'est ça qui permettra pleinement de saisir toutes les opportunités économiques pour votre pays et pour la région, et c'est ce qui permettra pleinement d'avoir des routes de paix plutôt que des conflits d'empires dans le Sud-Caucase. C'est tout le défi qui est à l'œuvre. C'est aussi pour cela que ce moment arménien que je suis ici pour saluer, pour accompagner modestement et dans lequel la France croit est, en quelque sorte, par lui-même plus grand que l'Arménie seule. Il vient poser les jalons d'une paix pour toute la région. Il vient poser les jalons d'un destin possible pour toute la région.
Je sais que beaucoup ont longtemps pensé que le destin de l'Arménie ne pouvait être que sous l'aile prétendue protectrice de la Russie. L'épisode de 2020, pardon, la guerre de 2020, avec ce que vous avez subi, ce que tant de familles ont vécu, les drames traversés, a montré que cette aile n'était pas si protectrice que beaucoup le pensaient, et qu'il suffisait que la Russie abandonne l'Arménie pour soudain se réveiller et voir qu'y compris les rêves les plus grands n'étaient plus possibles. En quelque sorte, tout le monde s'était habitué, et chacun avec en quelque sorte son protecteur dans la région, à ce que le Sud-Caucase reste une région protégée par les uns ou les autres, comme une rémanence de ces conflits d'empires passés. Ce que le moment arménien vient prouver, c'est qu'il y a un chemin démocratique, que vous avez marqué dès 2018, de paix choisie et réaliste que vous avez actée entre 2020 et 2022 et de prospérité possible sans hégémonie d'empire. C'est ce que vous avez démontré ces trois dernières années.
Tout ce qu'il faut souhaiter, c'est que toute la région suive ce mouvement qui passera par cette réouverture des frontières et la capacité à bâtir un chemin pacifique et respectueux entre tous les pays de la région. Et qui permettra à celle-ci d'être à nouveau ce corridor, ce lien, ce contact qu'elle doit être entre les régions évoquées d'Asie centrale, du Moyen-Orient et de l'Europe. Et c'est pour ça, et je conclurai par cette remarque après avoir parlé de l'Arménie, du Sud-Caucase, c'est pour ça que je crois très profondément que la vocation de l'Arménie est une vocation européenne. Vous n'en avez pas l'exclusive, je crois aussi à cette vocation, pour la Géorgie. Je crois que la relation avec l'Azerbaïdjan doit être repensée et qu'elle doit être aussi généreuse, même si ce fut moins le choix de l'Azerbaïdjan ces dernières années.
Mais je vais vous dire pourquoi je le crois très profondément pour l'Arménie.
D'abord, par votre histoire. Nous l'étions ce matin avec ceux qui m'accompagnaient. Il suffit de voir votre littérature, l'histoire de votre langue, le chemin à travers les siècles pour se convaincre que l'Arménie a une trajectoire et une histoire profondément européennes. Mais parce que ce que l'Europe, je crois, dans le moment géopolitique que vous avez très bien décrit, Monsieur le ministre, tout à l'heure, ce que l'Europe a apporté au monde nous lie très profondément et fait que l'Europe est le partenaire le plus naturel de l'Arménie et du Sud-Caucase dans le moment que nous vivons. Notre Europe a vécu exactement, y compris dans sa partie la plus occidentale, ce que vit le Sud-Caucase depuis des siècles : des conflits d'empires.
Nous avons été pendant des siècles les spécialistes de la guerre civile, à travers, pour citer ceux qui ont repris un terme des logistiques médiévales, ce qu'on appelait les translatio imperii. L'Europe s'est pensée pendant des siècles à travers des transferts d'empires et de la Grèce ancienne à l'Empire romain, en passant par les Carolingiens, faisant des sauts dans l'histoire.
Je pourrais convoquer les Bismarckiens, d'autres diraient les Napoléoniens, jusqu'aux histoires les plus dramatiques du XXème siècle. L'Europe s'était toujours réunifiée jusqu'à 1945 par des histoires d'hégémonie, d'empires, de conflits territoriaux. Nous avons inventé, en sortant de la Deuxième Guerre mondiale, de ce drame, de cet effondrement moral, une créature politique inédite, respectueuse des uns et des autres, des souverainetés territoriales, des intégrités nationales, de la place de chacun. Nous avons inventé une conception possible qui réconciliait le concert des nations inventées et consolidées au XIXème siècle avec une paix durable.
C'est ça, l'Union européenne.
C'est une construction géopolitique inédite qui met un point final au transfert d'empires et aux logiques d'hégémonie et qui construit une logique respectueuse entre des États. Le Conseil de l'Europe est la sœur jumelle de cette Union européenne qui a inventé sur le sol européen une communauté de valeurs et de droits en se disant : l'État de droit, les valeurs qui sont les nôtres, que nous avons oubliées durant les années qui avaient précédé ou les dernières décennies, nous a perdus et nous construisons une charte de repères communs.
Ceci est un trésor. Cela l'est pour nous. Il a tenu ses promesses.
Nous avons la paix la plus durable de notre histoire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Puis nous avons décidé de faire un marché, le marché commun, l'Union européenne. Maintenant, je l'espère, nous sommes en train de construire une puissance géopolitique. C'est le moment que traverse cette Europe. Vous le voyez bien, l'Europe, en tant qu'elle est une construction non hégémonique, respectueuse, par nature, par ADN, est un allié naturel de la trajectoire que l'Arménie suit aujourd'hui. Tout ce que vous avez décrit là, monsieur le Premier ministre, tout à l'heure avec brio et que vous poursuivez, n'est pas possible en se mettant à l'abri d'une puissance ou d'une autre, que ce soit une puissance géopolitique ou la puissance de l'argent facile du moment ou la puissance d'une hégémonie d'un autre type qu'on voit venir au service d'une paix de court terme.
Ça n'est possible qu'avec une aventure comme l'Europe la poursuit aujourd'hui et veut la poursuivre avec vous, qui passe par le respect. Ce que nous avons ensemble, et c'est tout le message de la Communauté politique européenne, et c'est, je crois, le lien profond entre l'histoire que vous êtes en train d'écrire ici, que je souhaite pour le Sud-Caucase et qui nous lie avec le reste de l'Europe. C'est que le monde que vous avez décrit à l'instant, Monsieur le ministre, de fracas, remet en cause l'ordre international établi sur le respect des règles, s'appuie sur le fait que dans beaucoup de nos pays, à cause de la crise démocratique que nous vivons, il y a un doute sur la légitimité voire l'efficacité de l'État de droit. A côté de cela, beaucoup commencent à s'interroger sur la science et le commerce international est remis en cause. Les uns par des aides excessives, les autres par des tarifs arbitraires.
Vous l'avez dit en des termes pudiques, même ceux qu'on croyait nos alliés finissent par dire qu'ils préfèrent la loi du plus fort à la loi internationale. Ce que nous avons à nous offrir à nous-mêmes et à offrir au monde, c'est une alliance nouvelle, une coalition d'indépendants qui croient dans l'ordre international, le respect de la règle. Dans l'État de droit chez nous. Dans le commerce libre et juste. Dans la force de la science, à la fois pour penser la santé ou le climat, et dans la nécessité de protéger nos démocraties, ceux qui l'accompagnent, des universitaires à la presse libre. Ceci, il y a 10 ans, aurait semblé être une évidence. Aujourd'hui, c'est bousculé de toutes parts, mais cela se reconstruit autour de cette Europe large qui est celle de la Communauté politique européenne.
C'est exactement ce que vous êtes en train de faire ici.
C'est pourquoi, du moment arménien qui est le vôtre au moment sud-caucasien que je souhaite, il y a, je le crois très profondément, un moment européen qui se bâtit. Celui d'une puissance géopolitique nouvelle, prévisible, respectueuse, mais défendant les quelques principes que je viens d'évoquer. Parce que ce sont les seuls principes qui permettent la paix. Les seuls. Il n'y a aucune paix qui peut se négocier dans quelques bureaux que ce soit, si elle se joue sur la loi du plus fort, sur l'hégémon d'un moment de l'un ou de l'autre, sur la menace, qu'elle soit celle des bombes ou des tarifs, sur l'invasion ou la violation du droit international. Il n'y a aucune paix durable qui existe sur la base des standards multiples où on expliquerait qu'aux uns, le respect du droit international est essentiel quand on regarde l'Ukraine, mais il pourrait être foulé des pieds quand on regarde le Moyen-Orient ou le Proche-Orient. Ceci n'est pas durable.
Il n'y a qu'une paix, celle qui précisément se fonde sur le respect du même ordre, celui que nous avons bâti aussi en 1945, qui était la Charte des Nations unies, contemporaine du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne. Les vieilles idées, parfois, ont du sens, parce qu'elles nous rappellent qu'elles sont nées sur le drame et le chaos du siècle passé. Nous avons le droit de résister au bégaiement de l'histoire. Nous avons même le devoir, collectivement, de ne pas oublier, lorsque les vents mauvais reviennent sur notre sol, ce à quoi ils nous avaient conduits.
C'est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président, je suis très heureux d'être à vos côtés dans cette troisième édition du Yerevan Dialogue pour vous dire ma confiance et mon soutien au chemin que suit l'Arménie aujourd'hui. [Pour vous dire] Ma confiance, mon soutien à celui, je l'espère, que toute la région du Sud-Caucase va prendre dans votre foulée : celle de l'ouverture, de la paix, de la stabilité, de la démocratie, et ma conviction profonde que l'avenir de votre pays, de votre région se scelle avec cette Europe large, se construit avec cette Europe large. Celle justement de nos principes, de l'État de droit, de l'ordre international, de la paix, de la liberté.
Celle dans laquelle nous croyons et qui est aussi celle qui a fondé l'amitié multiséculaire entre l'Arménie et la France.
Je vous remercie.
Le chef de l'État a ensuite été accueilli au Palais présidentiel par Nikol Pachinian, Premier ministre de la République d'Arménie. Ensemble, ils se sont entretenus avant de procéder à une cérémonie de signature et une conférence de presse.
Revoir la conférence de presse :
27 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Conférence de presse conjointe du Président de la République et du Premier ministre arménien.
Emmanuel MACRON
Merci, Monsieur le premier ministre, cher Nikol,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs en vos grades et qualités, chers amis. Merci pour vos mots à l'instant, cher Nikol, et pour l'accueil chaleureux qui nous a été réservé depuis deux jours à ma délégation et moi-même pour cette visite d'État.
Vous savez, et nul besoin de le rappeler, l'amitié qui lie l'Arménie et la France qui a été forgée par une histoire commune et une fraternité inébranlable. C'est vrai que cette relation prend un tour nouveau à coup sûr à travers cette visite d'État qui vient ouvrir une nouvelle étape, mais qui s'appuie sur le travail des dernières années.
Depuis la dernière visite que nous avons effectuée à Erevan en 2018, l'Arménie a parcouru un chemin considérable. Elle a connu la guerre, elle a ensuite bâti la paix. Elle a connu le retour de la prospérité, je le rappelais tout à l'heure, avec un taux de croissance moyen annuel du produit intérieur brut qui s'est élevé à près de 6 % sur ces dernières années. Nous voyons à quel point les attentes sont nombreuses et les promesses multiples. Je le disais, l'Arménie a fait le choix de la paix qui est en même temps un choix de la prospérité. Elle a également consolidé sa démocratie malgré les épreuves. Enfin, l'Arménie se tourne résolument et courageusement vers l'Europe. Elle a toujours été membre de la famille européenne, mais les avancées sans précédent, les choix géopolitiques, ce courage de la paix ont, en quelque sorte, fait les deux derniers jours une forme d'évidence, mais qui était totalement impossible à envisager il y a 8 ans. Avoir une réunion de la communauté politique européenne accueillie à Erevan sous votre présidence, et avoir le sommet Union européenne-Arménie que vous avez tenu ce matin.
Ce qui est en jeu aujourd'hui est de construire une relation encore plus forte, précisément entre nos deux pays et entre l'Arménie et l'Union européenne, en développant tout son potentiel. Nous y croyons, et l'étape qui a été préparée aujourd'hui permet de le parachever avant d'aller plus loin. L'augmentation des investissements à travers le plan de résilience et de croissance, à travers la stratégie de l'Union européenne dite Global Gateway, le développement de la connectivité, le renforcement de la coopération en matière de sécurité avec le déploiement de Frontex, qui était tant attendu, et la perspective de libéralisation des visas avec l'Union européenne, qui, par les transformations profondes qu'elle induit, concourt à la consolidation de l'État de droit et viendra rapprocher un peu plus encore nos peuples. Ce sont des étapes essentielles et importantes sur ce chemin que ces derniers jours ont permis de consolider.
La relation bilatérale durant ces huit dernières années, elle aussi, s'est renforcée ô combien. Et la diversité des accords que nous venons de signer le montre. Elle s'est consolidée à travers la solidarité en acte, solidarité qui s'est manifestée, tout le monde s'en souvient et nous le consacrerons tout à l'heure, en 1988 lors du tremblement de terre, mais qui, en 2020, s'est manifestée par l'assistance aux populations ayant fui le Haut-Karabakh, avec une assistance humanitaire de 32 millions d'euros. Je veux ici remercier la société civile, la communauté qui s'est ô combien mobilisée aux côtés du Quai d'Orsay et de l'ensemble des services compétents.
C'est aussi le socle économique que nous avons densifié, qui ne cesse de s'étendre. Vous l'avez évoqué, l'accord signé pour moderniser les axes de connectivité en Arménie entre les autorités, avec Vinci Construction et Razel-Bec, qui est un accord qui lance aussi une phase d'étude pour le projet de construction du tunnel de Bargushat sur l'axe nord-sud, qui était très attendu pour justement la réouverture et cette connectivité que vous avez présentée tout à l'heure. Nous sommes aussi fiers de participer à de nombreux projets dans le domaine de l'eau, secteur ô combien important pour votre pays, et de la distribution des eaux avec Veolia, la construction de réservoirs avec le barrage de Vedi, le plus grand barrage bâti en Arménie depuis l'indépendance, en passant par la réhabilitation, la modernisation des systèmes d'irrigation. La France est présente dans beaucoup de grands projets, beaucoup de régions, et je veux saluer ici la contribution et le soutien de l'Agence française de développement. Celle-ci est aussi un partenaire essentiel en matière de développement durable, juste et inclusif. Et nous sommes heureux qu'elle ait pu aussi consolider à travers plusieurs projets ce rôle.
Ces dernières années ont aussi marqué une étape nouvelle, puisque pour la première fois, enfin, devrais-je dire, nous avons bâti un partenariat en matière de défense, que ce partenariat stratégique signé aujourd'hui vient consolider. Celui-ci est monté en puissance au cours des dernières années pour aider l'Arménie à moderniser ses forces armées, à conforter sa souveraineté. Cette relation de défense est un pilier maintenant de notre relation bilatérale. L'Agence de l'innovation de défense et le ministère arménien des hautes technologies viennent de signer un accord qui ouvrira de nouvelles pistes de coopération, en plus de ce que nous avons commencé à faire en matière de formation et de capacitaires.
Notre partenariat repose aussi sur les liens innombrables tissés dans les secteurs de l'éducation, des sciences, de la culture, du patrimoine, de la jeunesse. En matière patrimoniale, je me réjouis en particulier des deux accords signés aujourd'hui liant la Bibliothèque nationale de France avec, d'une part, le Musée d'art et de littérature d'Erevan et, d'autre part, le Matenadaran où nous étions ensemble ce matin. Je me dois aussi de mentionner l'université française en Arménie, réalisation emblématique et établissement d'excellence qui compte cette année 2 300 étudiants inscrits de la licence au doctorat et plus de 3 600 alumnis déjà diplômés, qui vient pérenniser notre relation.
Ce partenariat stratégique que nous venons de conclure vient aussi fédérer l'action des collectivités territoriales, et des organisations de la société civile, qui ont une place tout à fait singulière et qui font, d'ailleurs, la force de cette relation bilatérale. Les cinquièmes assises de la coopération décentralisée se sont tenues à Goris, mais il y a une multitude à travers le fond, à travers les actions de nos communes, nos départements, nos régions, le soin mis par nos parlementaires, les associations compétentes. Nous avons un lien inédit et je veux ici vous dire que l'Arménie se trouve au quatrième rang des pays bénéficiaires du soutien des collectivités territoriales françaises, ce qui, rapporté au nombre d'habitants, fait de vous, de très loin, le premier pays bénéficiaire par tête.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais dire en complément de ce que le Premier ministre avait parfaitement décrit. Je vais vous dire qu'au-delà de cette relation bilatérale, de cet ancrage européen, notre partenariat stratégique est aussi, un soutien à vos efforts de paix durable dans le Caucase du Sud et aux dynamiques en cours dans la région. L'Arménie a fait le choix courageux de la paix avec l'Azerbaïdjan. Et nous sommes déterminés à vous accompagner. Je veux saluer ici aussi les développements positifs qui sont intervenus dans les relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, avec des échanges commerciaux, des livraisons de produits énergétiques, des initiatives de la société civile qui viennent consolider cette paix et nourrir l'agenda que nous venons d'évoquer à l'instant à la conférence à laquelle nous étions,
Monsieur le ministre, à votre invitation pour le Erevan Dialogue. En tout cas, Monsieur le Premier ministre, je tiens ici à vous redire notre gratitude, notre soutien et notre confiance dans le chemin que l'Arménie a pris et prend, et notre volonté, au-delà du texte signé aujourd'hui, d'aller encore plus loin et d'être le partenaire de référence de votre pays et de la région pour les années et les décennies qui viennent. Je vous remercie.
Journaliste
Bonjour Monsieur le Président, bonjour Monsieur le premier ministre. Avant de passer aux enjeux bilatéraux, une question sur la géopolitique et sur ce qui s’est passé chaque nuit dans le détroit d’Ormuz et notamment les frappes de drones. Monsieur le Président, vous parlez régulièrement au président iranien. Quel est votre message aujourd’hui pour Téhéran ? Et puis du point de vue des Français, faut-il craindre une crise économique avec cette situation qui s'enlise ? Je rajoute une petite question, puisque Madame Von der Leyen, il y a quelques minutes ici, disait que pour répondre aux menaces de droit de douane du président Trump, tous les outils étaient sur la table. Pensez-vous, de votre point de vue, que l'utilisation de l'instrument anti-coercition pourrait être utilisée en réponse aux menaces de Trump sur les voitures européennes ? Merci.
Emmanuel MACRON
Sur votre deuxième question, la présidente de la Commission a eu raison de rappeler ce qu’est l'état des lieux. Nous, nous sommes pour que le commerce soit libre et juste et que les règles de l'Organisation mondiale du commerce soient respectées. Depuis le début, nous nous sommes adaptés. Il y a des accords qui ont été signés et doivent être respectés. S'ils étaient remis en cause, ils rouvriraient tout. Si tel ou tel pays était menacé par des droits de douane, l'Union européenne s'est dotée d'instruments qui devront alors être activés parce que cela correspond à leur vocation. Donc, oui, tout est sur la table.
Je pense surtout que dans la période géopolitique que nous vivons, des alliés comme les États-Unis d'Amérique et l'Union européenne ont bien mieux à faire que d'agiter des menaces de déstabilisation. Nous avons, pour nos entreprises, nos ménages, nos populations, à plutôt envoyer un message de stabilité et de confiance, voilà. Donc, oui, tout est sur la table, mais en espérant que la raison y revienne au plus tôt, et la raison, c'est plutôt d'avoir un cheminement harmonieux entre nos espaces géographiques.
Pour ce qui est de votre première question, il se trouve que je parlerai tout à l'heure au président iranien, à sa demande, donc je ne vais pas vous dire ce que je vais lui dire parce que je vais réserver cet échange, mais la France a une position constante depuis le début. Nous appelons à la cessation de toute hostilité, au retour des négociations diplomatiques, et au respect de tous les pays de la région, à cet égard, j'ai condamné hier soir les attaques qui ont touché les Émirats arabes unis, et au retour de la liberté de navigation. Donc, pour moi, la seule option possible, c'est la réouverture du détroit d'Ormuz, la libre circulation de l'ensemble des porte-conteneurs, tankers, etc, et l'absence de tout péage ou de toute mesure de contrainte. À cet égard, je pense que toute escalade, frappe unilatérale à l'égard de tankers, de porte-conteneurs ou à l'égard de pays tiers, est une faute qui nourrit la guerre et conduit à l'escalade. Ce sont en substance les messages que je passerai et la position que la France continue de défendre.
Journaliste
Bonjour Monsieur le Président, bonjour Monsieur le premier ministre. Monsieur le Président, seriez-vous prêt à voir l'Arménie intégrer l'Union européenne à terme ? Et par ailleurs, vous avez beaucoup insisté sur les risques d'ingérence russe dans les élections arméniennes. Il y avait une session dédiée à ce sujet à la CPE hier. Donnez votre soutien au premier ministre, ici à Erevan, à un mois des élections, comme vous l'avez fait hier soir dans vos discours, n'est-ce pas une forme d'ingérence étrangère de votre part ? Je vous remercie.
[Intervention du Premier ministre arménien]
Emmanuel MACRON
Pour ce qui me concerne, il faut distinguer ce qui sont des ingérences qui manipulent l'information qui viennent bousculer la vie démocratique d'un pays et qui se font à visage couvert, avec des prises de positions politiques totalement assumées. Vous en conviendrez avec moi. Donc, j'assume totalement un soutien à un partenaire de confiance depuis huit ans, en tant que Président de la République française, comme je l'ai fait, par exemple, avec la présidente Maia Sandu, lorsque la question s'est posée et qu'elle avait face à elle quelqu'un qui avait un choix non européen. En l'espèce, c'est la même chose qui est posée ici.
Donc, j'assume totalement, oui, de défendre l'Europe, de défendre aussi les intérêts de l'Europe et de la France en venant ici. Mais ça n'est pas la même chose que des interférences qui se font par la manipulation de l'information, la propriété de médias, la divulgation de fausses informations, la déstabilisation des règles de l'État de droit. C’est ça que nous combattons. Nous les combattons d'ailleurs chez nous parce que parfois nous les subissons aussi.
Les rapports ont été d'ailleurs assez bien documentés. Plusieurs dirigeants sont allés soutenir en Moldavie ou en Roumanie des candidats ici ou là, pas à proprement parler des ingérences. Ça se fait à visage découvert. À l'inverse, il y a eu des manipulations de ces campagnes par des agents extérieurs, il faut bien le dire, dans les deux cas à la solde de Moscou, qui ont été documentés et qui, eux, falsifient la démocratie. Je donne mes arguments, je participe à la démocratie pour autant que je peux en tant qu'extérieur ou en parlant comme le Président de la France. Je ne la falsifie pas en venant ici. Voilà le distinguo, il est important de le faire.
Journaliste
[Question non traduite].
Emmanuel MACRON
Oui. Je pense que c'est un bon choix. J'ai essayé de l'expliquer tout à l'heure. Je vais vous dire pourquoi parce que quand on a proposé, au printemps 2022, la Communauté politique européenne, qui s'est réunie pour la première fois à l'automne 2022, et qui a permis, d'ailleurs, cette réunion de Prague, qui était ô combien importante, entre le Premier ministre Pachinian, le président Aliyev, le président Charles Michel et moi-même. J'avais la conviction que l'Europe devait exister dans un cadre géographique et historique, et pas simplement institutionnel.
Évidemment, l'Union européenne joue un rôle très important quand on parle d'Europe, par son degré d'intégration, sa complexité, sa puissance aussi économique, l'intégration de ses marchés qu'elle a su créer. Mais elle n'épuise pas la question européenne. L'Europe, c'est une géographie, c'est une histoire, c'est une histoire de civilisation, d'ailleurs ce qu'on a vu ce matin ensemble le montre, et on en parlait avec ceux qui m'accompagnaient au musée ce matin en voyant tous ces manuscrits, c'est comme une évidence lorsqu'on se plonge dans l'histoire arménienne, on ne peut que constater que cette histoire est européenne. Par la place de la chrétienté, la place des textes, les dialogues entre les imaginaires. Donc, la communauté politique européenne, c'est la reconnaissance de cette Europe large, de ce grand continent, et du fait que, de l'Islande à l'Azerbaïdjan et l'Arménie, nous avons quelque chose à nous, et nous avons à bâtir des solutions communes.
Ma conviction profonde, c'est que, quand on parle de défense et de sécurité, de lutte contre les trafics, d'immigration, d'énergie, pour ne citer que ces exemples, et ils n’épuisent pas tout, et de protection des espaces démocratiques, alors la communauté politique est l'espace qui a du sens parce que nos régions ont été bousculées par ces luttes d'empires. Le Sud-Caucase l'a été ces dernières décennies, ô combien ces derniers siècles. Mais ces dernières décennies, cela a continué. Par la construction européenne, l'Europe de l'Ouest s'en est progressivement immunisée. Par l'élargissement, ou plutôt la réunification d'après 1990, elle a permis à d'autres pays d'Europe du centre de rejoindre cette aventure. Je pense qu'il y a ce temps d'émancipation, maintenant, commune et collective.
Alors, est-ce que ça doit passer par une intégration à l'Union européenne et un élargissement de l'Union européenne ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr. Ça dépendra du choix des pays. C'est très exigeant comme processus, parce qu'il y a tout ce qu'on appelle l'acquis communautaire qui est à intégrer. Je suis convaincu qu'on ne doit pas attendre cela et qu'il faut dès maintenant, compte tenu de l'état du monde, agir ensemble. C'est exactement ce qu'on a fait, tout particulièrement ces quatre dernières années. Nous avons bâti la grande Europe en termes réels. Le chemin qui a été fait par l'Arménie, c'est un chemin qui permet la grandeur. Qu'est-ce qu'une Europe qui accepterait que le Sud-Caucase soit en quelque sorte disputée par les empires, menaçant notre sécurité, menaçant nos routes énergétiques, nous bousculant. Ce n'est pas une Europe qui est, qui vit en sérénité.
De la même manière, quel est l'avenir de l'Arménie ? Si ce n'était, et c'est le deuxième temps de ma réponse, un avenir européen, c'est le seul qui lui garantit les équilibres de la paix. Parce que l'Europe n'est pas un projet hégémonique. C'est un projet partagé par des États qui tous pèsent la même chose. Hier, nous étions 47 autour de la table. Chacun avait le même temps de parole. C'est très important. L'Union européenne, d'ailleurs, a cet ADN. Donc, cette Europe large, c'est une Europe respectueuse, où il n'y a pas la domination d'une puissance sur les autres. Ça n'est pas un projet de vassalité, qui est un peu le projet alternatif dans la région, si je me permets le terme pudique. L'Europe, ce n'est pas un projet qui convoque les gens en leur disant ce qu'ils doivent faire. C'est un projet de partenariat équilibré. À cet égard, je pense qu'il est favorable, fécond pour l'Arménie, compte tenu du choix de la paix, de la stabilité, de la démocratie et de la prospérité qu'elle a fait. Voilà. Merci.
Suite à un déjeuner, le Président de la République a rencontré des jeunes de l'école n°10 de Gyumri.
En fin d'après-midi, un dépôt de gerbes au monument aux victimes du tremblement de terre du 7 décembre 1988 a été réalisé.
Pour clôturer cette visite d'État, le Président Emmanuel Macron a participé à un concert franco-arménien où il s'est adressé au peuple Arménien.
Revoir la prise de parole :
27 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi
Discours du Président de la République au concert-franco-armenien de Gyumri.
Emmanuel MACRON
Bonjour, Gyumri. Je voulais, avant de partir, et en remerciant Monsieur le Premier ministre, cher Nikol, vous dire juste un mot. D'abord, pour remercier l'orchestre et l'ensemble des artistes qui se sont produits et qui vont continuer de jouer. Et puis, pour vous remercier, vous, pour le magnifique accueil que vous nous avez réservé, le magnifique accueil que j'ai eu à Erevan et aujourd'hui avec l'ensemble de la délégation française à Gyumri.
Personne n'a oublié ce jour de décembre 1988, où les horloges se sont arrêtées, où la ville a été touchée, et où le monde s’est levé pour toi, Arménie. Charles Aznavour l'a chanté, la France s'est mobilisée, plus de 500 pompiers, sapeurs-pompiers, militaires se sont mobilisés pour venir en aide. Et Gyumri renaît, avec ses pierres noires, et après l'enfer, et après l'hiver, c'est un nouveau printemps. Et je suis très heureux, avant de partir, de pouvoir vous dire que j'étais très fier durant ces deux jours d'être à vos côtés.
Nous savons toutes les difficultés qu'il y a eu ces dernières années. Mais comme Gyumri est là, avec ce nouveau visage, l'Arménie avance en paix, en stabilité, avec l'Europe. Et comme nous étions là en décembre 1988, nous étions là dans les pires heures de 2020 et nous serons là aujourd'hui et demain à vos côtés. Alors, merci Gyumri, merci l’Arménie. Et n’oubliez jamais que la France vous aime. Vive l'Arménie ! Vive la France ! Vive Gyumri ! Merci !