À l’ombre de la coupole séculaire, les pensionnaires des Invalides maintiennent la mémoire vivante d’une histoire de bravoure et d’engagement. L’un d’entre eux nous a quittés centenaire, le 31 janvier 2024 : le résistant Yves Meyer, membre de la Commission nationale de la médaille de la Résistance française.

Il avait 16 ans, le 18 juin 1940, quand résonna l’appel du général de Gaulle, et que la famille Meyer se rangea unanimement du côté de la poursuite des combats.  Lui qui avait appris la valeur du service, comme jeune scout, se mit alors au service de la France.

Depuis Marseille, où s’était réfugiée sa famille, l’adolescent organisait des boycotts de la propagande télévisée allemande, distribuait des tracts, volait les cachets à la préfecture pour établir des faux-papiers. Très vite, il prit plus de risques encore, et intégra le réseau Judith, dans le sud-ouest. Arrêté à la frontière espagnole, il s'évada et monta un maquis dans la vallée de la Maurienne, où se mêlaient ouvriers croupiers, cuisiniers, artistes, que tout opposait, âge, convictions, condition, sauf la volonté de servir leur pays. Yves Meyer leur apprit à manier les armes, organiser des sabotages et des embuscades. 
Mais la Gestapo resserrait sur lui ses filets. Reconnu à la faveur d’un trajet de train, il est arrêté à la sortie de la gare de Grenoble. Insaisissable, Yves Meyer profite d’une corvée pour leur échapper encore, gagner Chambéry puis Paris, arborant soutane et faux-papiers de séminariste.

Il prend alors, en mars 1944, la direction des maquis de Seine inférieure, aux côtés du chef régional du Service national maquis, le commandant de Kergaradec, dit Rocher. Trois mois après, dénoncé par un agent double de la Gestapo qui a infiltré son réseau, Yves Meyer est arrêté et interrogé. 

Commence alors une lente descente aux enfers, de Rouen à Paris, au siège de la Sipo, avant Fresnes et le camp de Royallieu à Compiègne. Un matin, lui et ses camarades sont poussés sous la menace des armes dans les wagons du convoi n°7909, qui marque l’histoire sous le nom de « Train de la mort » :  minés par la soif, la faim, l’épuisement et la promiscuité, seuls 900 déportés sur 2500 parviennent vivants à Dachau. Là encore, c’est l’esprit de solidarité et de résistance qui sauve Yves Meyer : les nombreux résistants de son wagon instaurent un roulement entre passagers, pour profiter chacun leur tour de la position assise, et gagner quelques minutes de sommeil salvatrices. 

Après une quarantaine à Dachau, il fut transféré au camp de Neckargerach, affecté à des travaux de terrassement dans une mine-usine Daimler-Benz Mercedes, contracta le typhus. Sonna 1945, et la libération par les troupes américaines. Yves Meyer regagna Paris, guérit, retourna à la vie civile, et créa sa propre société d’imprimerie boulevard Barbès.

Mais il ne se départit jamais de son sens de l’engagement en faveur de son pays, et pour continuer à honorer ses frères de l’armée de l’Ombre, intégra la Commission nationale de la Médaille de la Résistance française. Au fil des années, il devint l’un des derniers titulaires de cette médaille à siéger à la Commission, pour décider de l’expression de la reconnaissance de la Nation à ceux qui ne cessèrent jamais de croire à sa liberté.

Yves Meyer était de ceux-là. Le président de la République s’incline devant cette existence longue d’un siècle, qui en a ennobli deux, par son inlassable combat pour la grandeur et la mémoire de la France. Il adresse à sa famille, ses proches, ses compagnons, ses condoléances émues.

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