Fait partie du dossier : Traité de l'Élysée, 60 ans après.

Le 23ème Conseil des ministres franco-allemand s'est tenu au Palais de l'Élysée, à l’occasion des 60 ans du Traité de l'Elysée entre la République française et la République fédérale d’Allemagne sur la coopération franco-allemande, prolongé par le traité d'Aix-la-Chapelle sur l'intégration et la coopération franco-allemandes, signé le 22 janvier 2019.

Ce Conseil des ministre constitue le premier rendez-vous de ce type depuis la formation des deux gouvernements. Il a visé à approfondir les coopérations bilatérales et européennes entre la France et l’Allemagne, que ce soit en matière de sécurité et défense, de projets industriels innovants, d’énergie et de climat, de transport ou encore de jeunesse.

Il a également permis de rapprocher encore davantage les positions françaises et allemandes sur les scènes européennes et internationales, notamment pour une action toujours plus ambitieuse en soutien à l’Ukraine, pour un renforcement de la politique industrielle européenne, pour mener à bien la transition énergétique de notre Union et avancer ensemble sur ses réformes et son élargissement.

Revoir la conférence de presse conjointe : 

22 janvier 2023 - Seul le prononcé fait foi

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Conférence de presse conjointe du Président de la République et de M. Olaf Scholz, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne.

Monsieur le Chancelier, cher Olaf, 
Mesdames et Messieurs les ministres, 
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, 
Mesdames et Messieurs. 

Nous venons de tenir le 23e Conseil des ministres franco-allemand, 1er exercice de ce type depuis la formation des deux gouvernements et fruit d’une longue et intense préparation. Et je veux vous remercier Monsieur le Chancelier d’être à Paris aujourd’hui avec nombre de vos ministres et de vos équipes pour célébrer comme nous l’avons fait ce matin, le 60ème anniversaire du traité de l’Elysée et cette magnifique histoire qui nous oblige mais également continuer de bâtir ensemble l’avenir. Et en effet, nous l'avons rappelé à la fois dans les séances de travail, ce Conseil des ministres, et ce matin, l'un et l'autre notre Europe, nos deux pays sont face à des défis considérables : le retour de la guerre sur notre sol, les conséquences énergétiques, économiques qui viennent s'ajouter aux grandes transitions que nous avions déjà à vivre, principalement climatiques et technologiques. 

Notre objectif est le même, c'est bien celui d'une Europe plus souveraine, plus unie, plus solidaire, maîtrisant pleinement son destin et c'est d'ailleurs cet objectif qui a présidé à nos décisions franco-allemandes puis européennes pendant la pandémie afin de bâtir une réponse commune, sanitaire mais également financière et dès le début de cette guerre, avec l’aide apportée à l’Ukraine, les sanctions à la Russie et notre coordination constante. 

Au cours de ce Conseil des ministres franco-allemand et dans le cadre de sa préparation, nous avons procédé à un grand travail de convergence et de synchronisation entre nos visions stratégiques pour l’Europe pour nos deux pays et pour notre relation commune. C’est un travail toujours nécessaire tant nous savons que nous avons besoin d’une convergence franco-allemande la plus aboutie possible dans tous les domaines pour nos deux pays et pour faire avancer notre Europe. Cette convergence, nous l’avons consolidée à travers nos expressions l’un et l’autre et le travail de nos ministres sur le plan géopolitique. Et notre conviction profonde est bien que notre Europe avait besoin de donner des perspectives claires à l'Ukraine et la Moldavie comme aux Balkans occidentaux - ce que nous avons fait ces derniers mois - et d'ancrer une vision géopolitique et une unité géopolitique en particulier à travers ce que nous avons lancé et la communauté politique européenne. 

Évidemment, nos échanges ont également porté sur la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. Nous avons à cet égard confirmé — et nous le ferons juste après cette conférence de presse dans un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité spécifiquement dédié — notre détermination sans faille à soutenir l'Ukraine dans tous les domaines et aussi longtemps que nécessaire et à continuer d'agir de façon étroitement coordonnée entre nous et avec nos principaux alliés. Notre détermination restera totale à aider les Ukrainiennes et les Ukrainiens dans leur combat. Et quand il faudra reconstruire l'Ukraine, nous serons là en Européen. Le retour de la guerre sur notre continent a également beaucoup rapproché nos convictions communes sur ce que nous devons être capables de faire pour nous-mêmes, là aussi en Européen. Dans cette droite ligne, nos échanges ont porté sur les questions de défense et nous sommes déterminés à continuer à prendre les mesures nécessaires à nos capacités européennes de défense. Je me réjouis à cet égard des avancées des dernières semaines dans notre partenariat stratégique, en particulier s'agissant du SCAF. Dans quelques minutes, je le disais, nous poursuivrons sur les autres sujets. 

Nos échanges ont également permis d'avancer sur les questions économiques, industrielles, énergétiques et technologiques, entre autres. En matière d'énergie, nous faisons face depuis plusieurs mois aux conséquences de la guerre sur les prix et sur notre sécurité d'approvisionnement. Nous y avons répondu ensemble par une solidarité européenne complète qui aujourd'hui porte pleinement ses fruits. Et tout cela, nous l'avons fait sans jamais perdre de vue notre réponse commune à l'enjeu climatique qui passera par une transition énergétique ambitieuse. Nous l'avons fait en réussissant une diversification de nos approvisionnements historiques en termes de gaz et en renforçant notre solidarité gazière et électrique, en particulier entre l'Allemagne et la France. Mais soyons clairs, nous ne parviendrons à faire de notre Europe le premier continent climatiquement neutre et à augmenter notre souveraineté et notre résilience énergétique que si nous respectons aussi nos choix nationaux en matière de mix énergétique et nous renforçons ensemble nos stratégies. C'est pourquoi nous avons décidé de travailler étroitement ensemble sur les mécanismes communs d'achat du gaz pour l'année qui vient et les années qui viennent, avec notre volonté d’ancrer des achats de long terme et de travailler sur des plateformes communes, et nous aurons dès février des initiatives communes en ce sens ; de travailler ensemble avec nos principaux partenaires pour renforcer et rendre pertinente l'indispensable réforme du marché électrique européen. 

Au-delà, nous avons aussi la volonté de rapprocher nos stratégies en matière d'hydrogène et je veux ici dire deux avancées importantes de ces dernières semaines : avoir une approche commune en termes de régulation pour favoriser l'hydrogène bas carbone et donc acter les différences de nos choix nationaux en termes de mix énergétique, mais résolument défendre une plus grande production européenne d'électricité bas carbone aussi pour pouvoir produire de l'hydrogène. Et deuxièmement, nous avons décidé d'élargir le projet de H2Med qui, grâce à des financements européens, lie le Portugal, l'Espagne et la France et sera au cœur de cette stratégie hydrogène à l'Allemagne qui sera un partenaire de cette stratégie d'infrastructures en matière d'hydrogène. 

Sur ce qui est des questions d'industrie, d'innovation et donc aussi de production et d'emplois, notre volonté est au fond de poursuivre l'aventure européenne, c'est-à-dire là aussi, de réussir à tenir ensemble 3 objectifs : souveraineté technologique, industrialisation de notre continent et décarbonation de celui-ci. C'est pourquoi notre volonté est d'encourager les efforts européens, comme nous l'avons acté en décembre, engager une discussion avec nos amis américains pour obtenir des aménagements et que les conditions d’accès au marché américain dans le cadre de l'Inflation Reduction Act qui permette à l'Union européenne d'être traitée comme les principaux partenaires que sont le Mexique et le Canada. C'est pourquoi notre volonté est aussi d'avancer sur une réponse européenne pertinente avec des instruments simples, rapides, visibles pour nos industriels, qui nous permettront de consolider et de développer davantage de projets en termes de batteries, de composantes de batteries, d'hydrogène, comme je l'ai déjà évoqué, et de production de ces capacités, de production de capacités industrielles pour le déploiement de nos énergies renouvelables. Mais plus largement, nous voulons, en termes d'intelligence artificielle, de cloud, de 5G et 6G et de quantique là aussi, avoir une stratégie commune pour notre Europe. La Commission présentera dans quelques jours des propositions, comme nous lui avons demandé. Nous tiendrons un conseil européen extraordinaire en février et nous avons défini ce jour, cher Olaf, une ligne commune pour avancer vers une action européenne ambitieuse et rapide, qui repose à la fois sur de la simplicité, sur une plus grande visibilité sur nos dispositifs d'aide et pour apporter les bons outils de financement publics comme privés. 

Dans ce cadre, nous sommes aussi convaincus que l'approfondissement de notre marché intérieur, qu'il soit financier pour faciliter justement ces avancées comme la régulation dans les principaux secteurs des énergies propres, est indispensable. Afin de préparer notre avenir commun et notamment les grandes transition écologique et numérique, notre capacité d'investissement et de réforme sera clé et c'est dans cet esprit que nous avons une discussion aussi fructueuse sur la réforme de nos règles budgétaires européennes et sur les mécanismes que nous souhaitons pour justement une réponse européenne en termes d'ambition industrielle et d'énergie verte. À cet égard, nous avons acté l'un et l'autre notre plein accord avec les déclarations récentes de la présidente de la Commission européenne, Ursula VON DER LEYEN, il y a quelques jours à Davos. 

Nous avons évoqué beaucoup d'autres sujets mais je voudrais pour finir insister sur la jeunesse. Elle était au cœur de l'ambition du traité de l'Elysée car elle devait, je cite le traité : « jouer un rôle déterminant pour la consolidation de l'amitié franco-allemande ». C'est dans cet esprit que nous avons cet après-midi eu un échange rapide avec la première promotion de notre programme franco-allemand de jeunes talents, portée par l'Office franco-allemand pour la jeunesse qui, en bientôt 60 ans d'existence, aura permis près de 10 millions de mobilité entre nos deux pays. C'est également dans cet esprit que nous allons lancer, en cette année 2023, un premier billet de train franco-allemand pour les jeunes et que nous accentuerons nos efforts pour l'apprentissage de nos langues respectives. Chaque génération est en effet tenue de conquérir pour la suivante une part supplémentaire de paix, de prospérité, de fraternité. Et nous prenons ainsi les dispositions pour avancer encore davantage sur ce chemin de l'amitié commune et concrète. 

Voilà ce que je voulais dire dans cette conférence de presse, en retenant avant tout le fait que nous avons ici pu célébrer notre histoire et la force de ces six décennies, que nous avons aussi pu constater des convergences profondes communes et un sentiment d'amitié entre nos ministres, entre nous-même, entre nos équipes. Et c'est celui-ci qui va présider évidemment la fin de cette journée, mais à nos travaux aussi des prochains jours, des prochaines semaines et des prochains mois, parce que, nous le savons, c'est cette amitié franco-allemande qui nous permettra de prendre les bonnes décisions, d'être ces pionniers pour l'avenir de nos pays et de notre Europe et aussi de pouvoir créer l'effet d'entraînement qui est attendu de nous. 

Merci cher Olaf d'être aujourd'hui à Paris avec cet esprit d'amitié. Merci des travaux que nous avons conduits ensemble et de ceux que nous poursuivrons. Je te cède maintenant la parole. 

Déclaration conjointe à l'issue du Conseil des ministres franco-allemand.