Le Président de la République Emmanuel Macron s'est rendu à Prague en République tchèque pour participer au premier Sommet de la Communauté politique européenne. 

Proposée par le Président le 9 mai dernier, la Communauté politique européenne a été créée afin de permettre davantage de coopération et de dialogue entre l’ensemble des pays du continent européen. Ce cadre permet ainsi de renforcer la coordination à l’échelle continentale sur les enjeux de politique étrangère et de sécurité ; de développer les liens en matière énergétique, de transport, de commerce, de recherche et d’éducation ; et de rapprocher les sociétés civiles et jeunesses du continent.

Revoir la déclaration du Président à son arrivée à Prague :

À l'issue du Sommet, le Président Emmanuel Macron, le Premier ministre de la République tchèque Petr Fiala et la Présidente de la République de Moldavie Maia Sandu ont tenu une conférence de presse conjointe : 

6 octobre 2022 - Seul le prononcé fait foi

Déclarations du Président de la République lors de la conférence de presse à l’issue du premier Sommet de la Communauté politique européenne.

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Merci beaucoup. Merci Monsieur le Premier ministre, cher Petr, merci pour l'organisation de cette première réunion de la Communauté politique européenne, et félicitations à Madame la Présidente, Maia SANDU, de l'organisation donc dans quelques mois du deuxième sommet que nous ferons à Chișinău. 

Je veux ici vous dire à quel point je pense que le moment que nous vivons est important à plusieurs titres. Le premier parce que c'est une très vieille idée qui est peut-être en train de devenir collectivement une réalité. C'est-à-dire que ce que nous avons voulu faire collectivement en réunissant ici à Prague, ces 44 États souverains, c'est l'idée que l'Europe se regarde comme un continent, quelles que soient ses formes, quelles que soient les organisations qui existent, et peut discuter entre États souverains et entre égaux de ses problèmes communs. Et c'est exactement ce dont nous avons besoin. 

Alors il y a une Union européenne qui existe. Il se trouve qu'il y a certains des pays qui étaient autour de la table qui veulent accéder à cette Union européenne. Il se trouve qu'il y en a certains autres qui viennent de quitter la même Union européenne. Et il se trouve aussi qu'il y a d'autres pays qui ne veulent absolument pas rejoindre l'Union européenne. Mais nous avons tous en commun une géographie, on partage le même continent, du Caucase à l'Islande. Et des histoires qui se sont entremêlées. Il y a quelque chose qui nous réunit pour reprendre une magnifique formule qui a voyagé, c'est que notre continent, en règle générale, a produit plus d'histoires qu'il ne pouvait en digérer, ce qui fait que la maladie infantile de l'Europe, c'est la guerre civile. Et l'Union européenne a su régler ce sujet. Et en élargissant la chose comme on le fait en créant cette Communauté politique européenne, c'est de dire, au niveau du continent, on essaie de régler nos problèmes. Et je pense que c'est une immense force. 

Le premier message, au-delà de ce que je viens de dire et de la vision qui est collectivement la nôtre, nous avons affiché l'unité de 44 pays européens qui ont, à 44, très clairement dit leur condamnation de l'agression russe, de cette guerre d'invasion, et leur soutien à l'Ukraine. Cela a beaucoup de valeur parce que parfois des doutes avaient pu exister. On disait “L'Europe peut être divisée.” Message d'unité, tous ensemble. Et nous étions heureux de pouvoir entendre le président ukrainien et d'avoir à nos côtés le Premier ministre ukrainien. 

La deuxième chose, c'est que cette première réunion de la Communauté politique européenne a permis des rencontres qui, jusque-là, n'avaient pas été possibles. Ça peut vous paraître très naïf, mais je le disais tout à l'heure, le Premier ministre PACHINIAN, qui est élu depuis 2018, n'avait jamais rencontré jusque-là le Président ERDOGAN. Jamais. Ils se sont rencontrés aujourd'hui à Prague, ça a beaucoup de valeur. Et quand on partage un même continent et qu'on a des choses à faire avancer ensemble, c'est très utile que ces rencontres se tiennent. C'est aussi ce qu'a apporté cette session. 

Troisième chose, nous avons eu beaucoup de discussions - d’ailleurs je vais en rejoindre une juste après que nous avons commencé cet après-midi - sur les crises que connaît notre continent. Le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, évidemment les crises multiples qui existent dans les Balkans occidentaux, la tension qui existe en Méditerranée orientale entre la Turquie d'une part, et Grèce et Chypre d'autre part, nous en avons parlé très ouvertement ce soir. C'est utile d'avoir un format de discussion ou l'ensemble des parties prenantes sont autour de la table et où des sessions séparées peuvent se tenir. Cet après-midi, nous avons vu avec le Président MICHEL, ensemble, le Président d'Azerbaïdjan et le Premier ministre d'Arménie, et nous allons continuer. Nous avons vu avec le Chancelier SCHOLZ successivement la Présidente du Kosovo et le Président de Serbie. C'est utile, ça fait avancer les choses pour notre continent parce qu'on a besoin d'unité dans un monde de plus en plus complexe face aux défis qui sont les nôtres. 

Et puis, à l'aune des discussions qui se sont nouées cet après-midi, moi, j'ai retenu plusieurs lignes de projets potentiels que nous allons poursuivre. D'abord, il y a eu une vraie convergence de vue pour dire nous avons besoin ensemble en Européens de protéger nos infrastructures essentielles. Nous l'avons vu il y a quelques jours avec les attaques sur Nord Stream 1, nous avons des infrastructures qui nous rendent vulnérables. Elles touchent l'Union européenne et d'autres membres. Nos infrastructures essentielles que sont les gazoducs, les câbles, les satellites, nous avons besoin d'une stratégie européenne pour les protéger. C'est une politique en quelque sorte commune, qu'on appartienne ou pas à l'Union européenne, pour tous les États souverains qui étaient autour de la table. 

La deuxième chose, c'est que beaucoup de pays européens ont subi des attaques de cybercriminalité : les uns de l'Iran - l'Albanie il y a quelques semaines -, les autres de la Russie, plusieurs États baltes, et je crois pouvoir dire plusieurs d'entre nous sur cette estrade ces derniers mois ou ces dernières années de la Russie. Et donc avoir une stratégie entre nous, une coopération intergouvernementale sur la lutte contre la cybercriminalité, mais aussi contre les politiques de propagande et de désinformation est un élément très utile sur lequel nous voulons avancer. 

Le troisième projet que nous avons évoqué, c'est d'avoir une approche dans ce format de plusieurs grands sujets régionaux. Mer Noire, mer Baltique et mer du Nord, Caucase, sont des sujets qui touchent certains membres de l'Union européenne, d'autres qui sont non-membres, qui sont des vrais sujets européens où nous sommes exposés à des puissances régionales parfois non-coopératives, pour rester pudiques, extérieures. 

Quatrième idée soufflée par le Premier ministre ukrainien, mais que nous allons travailler ensemble : l'idée que nous, Européens, devons contribuer à un fond de résilience pour l'Ukraine dans ce format-là. C'est-à-dire aider l'Ukraine à sortir plus forte pour son armée, sa société civile, en sortie de guerre. 

Cinquième point : avoir une stratégie intégrée en matière énergétique, ça a été rappelé, à la fois nous coordonner pour faire baisser les prix de l'énergie. C'est ce que nous sommes en train de faire dans l'Union européenne mais nous avons eu des débats très intéressants parce qu'il y avait autour de la table plusieurs pays européens qui sont producteurs aujourd'hui de gaz, pour n'en citer que deux, la Norvège et l'Azerbaïdjan, qui étaient avec nous. Et donc, avoir une stratégie plus intégrée, c'est une arme collective de diversification pour nous. Et dans le contexte que nous vivons, de réduire nos dépendances à des puissances qui ne partagent pas nos valeurs et notre géographie, mais dans le même temps, nous avons besoin aussi d'améliorer nos connexions électriques et d'avoir une stratégie renouvelable et d'avenir plus forte. 

Sixième élément qui a été évoqué : une politique commune pour la jeunesse. Ça a été soulevé par plusieurs chefs de gouvernement. L’Albanie, la Serbie et l’Irlande ont souligné, entre autres, l'idée d'avoir une politique beaucoup plus intégrée en matière d'universités et de politique universitaire. Vous le savez, nous avons lancé ce projet d'université européenne au sein de l'Union européenne. L'idée a germé : pour la jeunesse du continent, nous avons besoin de renforcer les coopérations entre nos universités, entre nos politiques éducatives pour permettre à nos jeunesses d'avoir une culture européenne au-delà des frontières. Je ne veux pas être plus long, mais c'est quelques-uns des axes. 

Le dernier, nous avons aussi acté sur les migrations. Nous voulons avoir une politique de coopération parce que, nous le voyons bien, nous avons besoin d'avoir, des Balkans occidentaux en passant par l'Union européenne jusqu'au Royaume Uni, une politique intégrée pour permettre l'accueil de celles et ceux qui fuient des conflits et qui sont des combattants de la liberté, mais aussi la lutte contre les réseaux de trafiquants. C'est à cette échelle que nous pouvons avoir une approche plus efficace. Je ne serai pas plus long, mais vous voyez là quelques pistes très concrètes sur lesquelles nous allons avancer d'ici le prochain sommet pour pouvoir améliorer notre coopération intergouvernementale et permettre aussi de mettre à contribution toutes les coopérations régionales qui existent déjà, mais ont besoin d'être mises en harmonie à cette échelle. Merci encore, monsieur le Premier ministre, cher Peter, pour l'accueil et l'organisation de ce sommet.
 

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