Dans le cadre du Forum des mondes méditerranéens organisé les 7 et 8 janvier à Marseille, le Président Emmanuel Macron a annoncé :

  • le lancement d'un appel à projets, doté d'un financement de 3 millions d'euros, dédié aux initiatives des acteurs de la société civile de la rive sud de la Méditerranée,
  • le lancement d'une Académie des talents de la Méditerranée,
  • la création d'un fonds spécifique de soutien, doté de 100 millions d'euros, aux entrepreneurs vivant en France et souhaitant investir au Maghreb.

Retrouvez le discours du Président de la République : 

7 février 2022 - Seul le prononcé fait foi

Discours d'ouverture du Forum des mondes méditerranéens.

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Mesdames et messieurs,
Chers amis, Je suis très heureux de m'adresser à vous pour ouvrir ce Forum des Mondes méditerranéens, qui nous rassemble à Marseille, cette ville qui m'est si chère, cette ville de la Méditerranée, pour bâtir ensemble un véritable espace de liberté, d'échange, de paix, de création. En 2019, nous avions lancé avec le Sommet des deux rives une première série de projets et d'initiatives, j'y reviendrai.

Mais vous retrouver dans ce Forum des Mondes méditerranéens aujourd'hui, à Marseille, c'est acter cette volonté, au fond, de ne pas céder à la fatalité, celle qui voudrait que la Méditerranée devienne uniquement un espace où l'on parle de terrorisme, de réfugiés, de migration, de difficultés économiques, de dégradation de notre environnement, un espace fracturé malheureusement par des conflits géopolitiques depuis trop d'années, de la défiance entre certaines parties prenantes gouvernementales, et parfois, de plus en plus si on écoute certains, entre les deux rives.

La Méditerranée, quand on regarde notre histoire et, je veux le croire, c'est aussi notre destin, est tout l’inverse. Mare nostrum, c'est notre mer, notre espace, un lieu en partage qui est bien davantage le foyer de notre civilisation et un trait d'union entre l'Europe, l'Afrique, le Proche et Moyen-Orient. Je vous rassure, je ne suis pas naïf, je ne pense pas que nous arriverons à régler tous les problèmes par ce forum ou en quelques heures. Je dis simplement que les divisions qui existent aujourd'hui, les incompréhensions, les tragédies ne sont pas une fatalité, et que nous pouvons retrouver l'esprit de création, de coopération, de mouvement choisi pour inventer la Méditerranée de demain.

Alors, il incombe aux gouvernements, aux États de jouer leur rôle, leur travail. Beaucoup avant moi ont proposé ou tenté des initiatives, structurer des formes politiques nouvelles et évidemment, la France et l'Union européenne ont un rôle en la matière. Et nous ferons tout, en particulier lors du prochain sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne, par nos initiatives de paix en Libye, par le dialogue avec le Maghreb et Machrek, par nos initiatives au Proche et Moyen-Orient, au Liban tant aimé ou dans votre région, pour faire avancer cet agenda de paix, de stabilité et de création partout en Méditerranée. Et je suis convaincu que vous avez aujourd'hui plus de capacités encore à faire. C'est la conviction profonde qui nous a conduit à mettre en place cette forme originale qui est la vôtre, c'est que les sociétés civiles, en particulier notre jeunesse, ont la capacité parfois de savoir franchir les pas que leurs dirigeants ne savent pas toujours faire, de prendre des risques nouveaux, de ne pas être otages, prisonniers de certaines représentations, de conflits existants, de drames passés. J'essaie à mon niveau de poursuivre cet agenda pour vous donner la chance de le faire, mais vous, les jeunes, les entrepreneurs, les artistes, les universitaires, les étudiants, les volontaires, toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, vous êtes celles et ceux qui peuvent changer notre Méditerranée et construire cet avenir.

Et je le dis ici, le rôle de la jeunesse et le rôle dans ce forum des Mondes méditerranéens que vous avez à jouer est absolument essentiel dans tous les domaines, qu'il s'agisse de l'environnement, de l'éducation, de la solidarité, des capacités à circuler, de la culture, du patrimoine. C'est une nouvelle aventure humaine que nous avons à écrire. Elle ne se fera pas uniquement dans ce forum. L'idée, c'est comment bâtir les espaces, les moyens de coopération pour le faire avancer.

Alors, vous êtes là malgré la pandémie, malgré les obstacles, pour témoigner de votre volonté que dans le fracas des temps, il y a une nouvelle vision à bâtir faite d'échanges de regards entre les deux rives de la Méditerranée avec une pertinence nouvelle, une vraie identité. Vous êtes là ici à Marseille et je veux remercier l'ensemble des collectivités qui ont permis l'organisation de ce forum pour affirmer que la Méditerranée, que l'on dit à dessein divisée, peut être unie et qu'elle a quelque chose à dire au monde. Je crois aussi que dans cette unité, il y a la nécessité de sortir de ce que j'appellerais les « guerres civiles méditerranéennes », celles qui peuvent exister entre plusieurs pays de la rive sud, les tensions qui peuvent parfois exister aussi à l'est, mais des divisions qui existent nord-sud. Si la Méditerranée arrive à se convaincre, ce qui est, je crois la réalité, qu'elle est le berceau de civilisations qui ont encore des choses à dire au reste du monde, qu'elle est le foyer de solutions à inventer pour le reste du monde, si elle se projette à cette échelle, à cette dimension, elle peut aussi trouver des voies et moyens de se réunir.

Malheureusement, au moment où vous vous réunissez justement, je suis en route vers Moscou pour tâcher d'apporter la voix de la France aux tensions qui existent dans une autre région qui est aussi destin-lié avec notre Méditerranée. Je ne peux pas être avec vous, mais je voulais, par le truchement de cette vidéo, partager ces convictions et vous dire justement qu'il vous faut, il nous faut continuer d'être visionnaires tout en étant concrets. Il nous faut rêver en étant au réel.

Je sais que vous vous y employez depuis des mois avec énormément de travail et je remercie l'ambassadeur Karim AMELLAL, ses équipes, remercier toutes celles et ceux qui oeuvrent au sein du Quai d'Orsay, dans les différents ministères, dans les équipes du ministre Jean-Yves LE DRIAN comme à la cellule diplomatique à l'Élysée, remercier le ministre et les ministres délégués, mais aussi les collectivités territoriales et tous les partenaires, fondations, entreprises qui sont là.

Vous avez, je le sais, travaillé d'arrache-pied pour définir des lignes de fond de ce que doit être la Méditerranée de demain, celle de 2030. Je crois qu'en sortie de pandémie, c'est exactement ce qu'il faut faire. J'ai essayé pour notre pays, la France, de bâtir ce cap, France 2030. Nous sommes en train d'essayer de le faire pour l'Europe. C'est exactement ce qu'il faut faire pour notre Méditerranée. Je vous sais impatients, enthousiastes et vous avez raison. Il faut en effet voir loin mais avoir le sens de l'urgence car 2030 commence aujourd'hui.

L'Europe et la Méditerranée, c'est une histoire de géographie, de destins liés et, je veux le dire ici, c'est ce qui a inspiré nombre de vos échanges. Alors je le disais, il faut rêver et être concret. Concret, c'est exactement ce que vous avez voulu faire avec le Village des projets où près d'une centaine d'initiatives sont présentées. Elles donnent un aperçu de solutions concrètes qui ont un impact, qui sont portées par des associations, des ONG, des artistes, des universités, des entrepreneurs. Parmi ces projets, plusieurs ont grandi depuis le Sommet des deux rives, se sont développés et je trouve que c'est au fond une formidable démonstration de notre capacité à résister à cette épidémie, parfois aux difficultés du temps, mais aussi à l'efficacité collective depuis plus de deux ans.

Je pense au Livre des Deux Rives dans le domaine de l'édition pour montrer, documents et témoignages à l'appui, qu'il y a un peu et même beaucoup de la rive sud au nord de Marseille, et un peu de la rive nord, voire beaucoup au sud d’Alger. Avec des projets éditoriaux, des projets de traduction qui sont ô combien importants et que nous allons continuer à faire avancer.

Je pense à Emerging Mediterranean sur le digital, je pense au projet COPAM pour protéger et mettre en valeur le patrimoine, ces temples que l'on retrouve autant sur les routes de Sicile et à Volubilis, cette manière d'appréhender le monde qui nous fait autre.

Je pense à Cloud’IA, un ambitieux réseau de formation aux métiers de la mer ou encore au projet porté par Patricia RICARD dans le domaine de l'économie circulaire.

Je ne les citerai pas tous, mais pour soutenir cette dynamique, je sais aussi qu'un appel à projets sera lancé lors du forum et vous pouvez compter sur notre soutien. Un financement de 3 millions d'euros piloté par l'Agence française de développement sera dédié aux initiatives des acteurs de la société civile de la rive sud de la Méditerranée.

Ce que nous voulons, c'est rassembler, créer entre tous les acteurs des synergies qui procèdent de nos affinités méditerranéennes et qui nous permettent d'en tirer un sentiment d'appartenance, une fierté commune, une confiance collective dans nos propres forces. C'est dans ce même esprit que je veux aussi évoquer le lancement d'une Académie des talents de la Méditerranée. Cette académie sera hybride, itinérante. Elle permettra de réunir chaque année des entrepreneurs, des artistes, des créateurs, des étudiants, des chercheurs. Ils pourront ainsi créer des réseaux, développer leurs idées, acquérir de nouvelles compétences, apporter la preuve que notre Méditerranée sait se rassembler et conjuguer tous ces talents.

Nous aurons aussi un programme de boursiers pour pouvoir accompagner dans leurs projets, pendant plusieurs mois et par une sorte de grand tour méditerranéen, ces talents ainsi identifiés. Elle permettra aux jeunes entrepreneurs de la rive sud de faire profiter à leur pays, à leur région, des fruits de ces échanges en dynamisant leur économie dans tous les secteurs.

Ceux qui sont du nord comme du sud, qui sont des deux à la fois, issus des diasporas qui rayonnent tout autour de la Méditerranée, se prolongent en Afrique, vers l’Europe du nord et le Moyen-Orient, savent si bien qu'on est partout un peu chez soi autour de notre mer commune. Je sais tout ce que mon pays doit à ces enfants venus du Levant, du Maghreb, de l'Europe du sud. Je sais aussi qu'ils ont énormément à faire pour la France. Je le dis parce que depuis trop d'années, nous avons en quelque sorte si souvent, dans nos discours, comme jeté un doute, comme si au fond, venant d'ailleurs, il fallait retrancher une part de cette identité pour être vraiment français, jeter un doute y compris dans le débat public contemporain qui est le nôtre en France, en expliquant que tant et tant d'entre nous, parce qu'ils ont des origines, parfois des prénoms même dit-on, cette richesse plurielle, mais qui sont résolument totalement français, aimant la France, en aimant les valeurs, en aimant sa laïcité, son histoire, ses projets, la défendant avec force, devraient oublier la richesse de leur famille, de leur culture, parfois des liens qui existent de l’autre côté. Je crois que c'est le contraire. J'attends de nos compatriotes qu'ils soient totalement Français et Européens, qu'ils respectent tous les règles de la République, qu'ils aiment leur pays, oui, mais je veux dire à tous les enfants de la République, quelle que soit leur histoire, que quand ils viennent de ces autres rives, ils ont des choses formidables à apporter à la France et à la République, et que c'est une chance. Celle de faire la France en plus grand, de porter nos valeurs, nos ambitions et que nous devons les aider à le faire. Nos diasporas, nos binationaux sont une chance formidable pour la France et nous devons les aider à réussir, y compris de l'autre côté de la Méditerranée. C'est pourquoi j'ai souhaité la création d'un fonds spécifique de soutien aux entrepreneurs souhaitant investir au Maghreb, quels qu'ils soient, qu'ils soient nés de l'autre côté de la Méditerranée puis venus France et pleinement intégrés, binationaux. C'est un fonds qui est destiné aux entrepreneurs vivant en France pour aller travailler, créer, s'étendre de l'autre côté de la Méditerranée. Ce fonds sera doté de 100 millions d'euros. Il permettra ici de nouvelles opportunités, mais aussi de l'emploi créé partout sur la rive sud de la Méditerranée pour offrir des perspectives à la jeunesse.

Ce fonds sera opéré par plusieurs partenaires. Les projets sont en train de se finaliser. La Banque publique d'investissement y aura un rôle très important, mais je sais que d'autres fonds sont aussi intéressés. Vous le comprenez, c'est un fonds au service des entrepreneuses et des entrepreneurs en France, mais qui veulent s'étendre de l'autre côté de la Méditerranée et créer de nouveaux marchés, exporter et créer de l'emploi sur les autres rives.

C'est aussi pourquoi je souhaite que nous facilitions les échanges et la circulation de ceux qui contribuent à nos échanges économiques, culturels, scientifiques et participent ainsi à notre projet méditerranéen. Nous devons le faire dans le respect du droit et de la nécessité que chacun a de protéger ses frontières, mais avec la conviction que seule la coopération entre les États permet de réguler efficacement les migrations, de rassurer chacun et d'en tirer le meilleur pour tous. Ce sujet, entre autres, sera aussi à l'agenda du sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne.

J'ai parlé de l'Europe, de l'État, de la société civile, de la population, notamment des jeunes. Je veux aussi souligner le rôle de l'ensemble des collectivités territoriales, quelle que soit leur taille, leur appellation, sur les deux rives de la Méditerranée. Il est essentiel et indispensable à la réussite de notre grand dessein et de tous nos grands projets. Vous êtes à Marseille et je veux saluer le rôle joué par la municipalité et toutes ses équipes, la Métropole, le département et bien sûr, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Merci à l'ensemble des élus. Merci à leurs équipes pour leur implication et merci à tous leurs partenaires, d'être là et d'avoir accompagné ces projets. Depuis 2017, le président Renaud MUSELIER et, juste avant lui, le président Christian ESTROSI, ont déployé une stratégie Méditerranée du futur, qui unit un réseau très soudé de 17 collectivités méditerranéennes dans des réflexions, des actions, des projets concrets sur l'avenir du bassin méditerranéen. Cette initiative est très importante et elle est en parfaite synergie avec tout ce que nous évoquons depuis tout à l’heure.

Tout cela, nous le faisons avec la conviction que cet avenir commun est partagé et possible. Et parce que nous voulons prolonger notre histoire plusieurs fois millénaire, mais aussi parce que c'est à ceux qui connaissent la Méditerranée, l'aiment, veulent la rendre meilleure, qu'il appartient aujourd'hui de montrer la voie, de déjouer les pièges du pessimisme, de nous donner collectivement une chance de vivre mieux et de prospérer ensemble. Voilà les quelques convictions que je voulais partager avec vous aujourd'hui. Ce forum est une nouvelle occasion de penser et d'agir malgré toutes les difficultés. C'est une occasion de montrer cette appartenance commune, en étant volontaires et déterminés pour réussir à réinventer ce qui est notre grand rêve méditerranéen.

Je vous souhaite donc d'excellents travaux, beaucoup de projets, beaucoup d'ambition, des projets concrets. J'ai essayé de l'être en m’adressant à vous et vous l'avez compris, nous serons au rendez-vous de cette ambition à travers les quelques créations communes que je viens de vous confirmer à l'instant.

Bons travaux et à bientôt.

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