Publié le 15 juillet 2019

Cérémonie inaugurale du Monument de reconnaissance à la France

Discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors de la cérémonie inaugurale du Monument de reconnaissance à la France

15 juillet 2019 - Seul le prononcé fait foi

(Intervention en serbe).

Oui, chers amis, la France n'oubliera jamais ce sacrifice du peuple serbe et les terribles épreuves endurées. La France sait que le destin de l'Europe s'est écrit sur cette terre, sur le front d'Orient où nous avons combattu ensemble. Elle sait que le peuple serbe est un grand peuple européen avec lequel notre avenir se construira, parce que le tragique de l'histoire nous a à jamais unis. Il nous a unis ce 1er novembre 1918, quand les troupes serbes et françaises, commandées par le général FRANCHET D'ESPEREY et le régent ALEXANDRE entrèrent dans Belgrade pour la libérer, ouvrant la voie à l'armistice du 11 novembre, ici, où les canons de l'apocalypse avaient, 4 ans plus tôt, tiré leur premier coup. Pour les Serbes, c'était la fin des indicibles souffrances qui décimèrent 450 000 soldats et 800 000 civils. Pour les Français, c'était l'aboutissement d'immenses efforts endurés loin de leur pays, où des milliers ne revinrent jamais.

Pour nos deux pays, c'était la consécration d'une fraternité qui défie à jamais l'oubli, parce que face à la mort et au chaos, il y eut ces centaines de milliers de gestes d'héroïsme, d'humanité, de vie : la grandeur du roi Pierre, triste comme un berger, fier comme un voïvode, tel que le décrivait Edmond DE ROSTAND, la solidarité des médecins volontaires français venus en 1915 se battre à vos côtés contre une effroyable épidémie de typhus, le courage des soldats français venus sauver leurs frères d'armes serbes sur le front de Salonique, offrant leur épaule, soignant les blessures, donnant leur pain, la force des milliers d'enfants serbes capables de retrouver le sourire dans les écoles d'une France qui leur avait ouvert les bras. C'est cela, notre passé.

Alors le chemin que nous parcourons ensemble aujourd'hui est celui de la reconnaissance de la France envers la Serbie et de la Serbie envers la France, mais la reconnaissance n'est pas simplement la capacité à voir et savoir notre passé commun. C'est une promesse qui regarde l'avenir, celle de ne jamais oublier l'héroïsme de tous ceux qui, pour notre futur, ont accepté de sacrifier leur présent. Alors oui, le XXème siècle a vu nos deux pays sceller cette amitié indéfectible, il a vu notre continent se jeter, 20 ans plus tard, dans un nouveau suicide collectif, parce que la violence des ressentiments l'avait emporté sur l'esprit de dialogue, parce que l'égoïsme national l'avait emporté sur l'amour de la patrie.

Ce XXème siècle a vu aussi le spectre de la guerre s'abattre à nouveau sur les Balkans dans un passé récent dont je connais et respecte la souffrance et la mémoire encore à vif, et je sais tout ce que ces épreuves ont entraîné de douleur, ont entraîné parfois d'incompréhension entre nous. Et à toutes les victimes innocentes de ces moments tragiques, d'où qu'elles viennent, je dis aujourd'hui ma compassion profonde et le respect de la France. Mais à la Serbie d'aujourd'hui, à sa jeunesse, je veux tendre une main d'ami pour que nous reprenions ensemble le fil de notre destin commun et que nous regardions ensemble notre avenir. C'est ce que nous avons voulu, avec le président VUCIC, pour cette première visite à Belgrade d'un président français depuis 18 ans. C'est ce que nous construisons avec nos entreprises pour le développement du pays, aux côtés des forces vives de la Serbie d'aujourd'hui, avec la communauté française de Serbie, dont je salue la présence ici – vous avez raison, et vive la Serbie – avec les 100 000 Serbes ou Franco-serbes qui vivent en France, avec les artistes de nos deux pays, qui savent si bien mettre en mots, en images, en musique ce qui nous lie profondément, c'est à dire une certaine affinité d'âme venue de si loin.

Alors oui, tous ces mille fils tendus par les amis que nous sommes doivent nous inspirer pour construire ensemble notre avenir, afin que la Serbie et la France renouent une relation à la hauteur de ce que leurs grands peuples ont le droit d'espérer dans une Europe qui a aujourd'hui retrouvé la paix et une Union européenne qui est votre destin.

Rien n'est simple, et rien n'est écrit, mais je sais une chose, c'est que vous toutes et tous, présents ici aujourd'hui, nous, en France, le président et moi-même avons une responsabilité immense, celle de ne pas faire bégayer l'histoire. Ce que je sais, c'est que dans cette région d'Europe, le pire peut encore advenir parce que certains soufflent les braises pour les uns du nationalisme le plus fermé, pour les autres de tous les obscurantismes religieux ou autres. Et ce que je sais, c'est que nous avons un devoir, c'est que nous avons un devoir pour nous-mêmes. Ce devoir, c'est d'aimer l'autre comme nous-mêmes, mais de chercher le bon compromis. C'est d'être fiers de la grande patrie qu'est la Serbie, mais d'être fiers et d'aimer cette patrie comme on aime les grandes nations, en aimant les autres, en sachant bâtir, en construisant l'avenir et en sachant que quand nous nous sommes battus épaule contre épaule, c'était pour l'amour de la liberté et le respect de l'autre.

Et ce combat que nous allons maintenant livrer ensemble, c'est ce combat du compromis pour trouver une solution intelligente entre la Serbie et le Kosovo. C'est un combat difficile, et vous avez un président courageux qui a décidé de le livrer, et vous allez devoir être un peuple courageux, comme devront être courageux les Kosovars, en bâtissant les compromis et en sachant ne pas faire bégayer l'histoire. Il nous faudra, nous tous, être courageux et agir en Européens. Et parce que je crois très profondément que la Serbie est en Europe et que l'Europe ne sera elle-même que quand la Serbie y sera pleinement, nous devons ensemble bâtir cette solution, savoir construire la paix et repousser tous ceux et toutes celles qui veulent la guerre, et vouloir que cette paix soit décidée en Europe par les Européens, pour eux-mêmes, sans influence, sans guerre d'influence, sans obscurantisme, parce que l'Europe est le continent des Lumières, parce que l'Europe aime la liberté, parce qu'en Serbie comme en Kosovo, et comme partout ailleurs dans les Balkans occidentaux on doit aimer la liberté, la raison, la femme et l’homme libres. Ce sont nos valeurs, celles pour lesquelles nous nous sommes battus il y a 100 ans et celles pour lesquelles ensemble nous bâtirons la paix. Alors dans les mois et les années qui viennent il y aura des temps difficiles et des moments de doute. Je ne suis pas naïf et vous non plus mais sachez une chose : je vous dirai toujours la vérité et je ferai toujours tout pour qu’ensemble nous réussissions.

Alors vous l’avez dit il y a un instant Monsieur, vous avez cité un de vos très grands poètes Vladislav PETKOVIC DIS, vous l’avez cité dans une anecdote importante et avec des mots forts sur lesquels je veux ici finir parce que vous aussi parfois dans les mois et les années qui viennent peut-être vous douterez et vous vous demanderez comme cette question qu’on posait au poète (citation en serbe) ? Merci à vous. 

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