Publié le 27 avril 1981

Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Dôle après le premier tour de l'élection présidentielle, lundi 27 avril 1981.

Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Dôle après le premier tour de l'élection présidentielle, lundi 27 avril 1981.

27 avril 1981 - Seul le prononcé fait foi

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Dôloises et Dôlois, mes chers amis, mes chers amis, du Jura et du Doubs et aussi du Territoire de Belfort, j'ai choisi, vous le savez, de venir à Dôle, et j'avais fait ce choix dès avant le premier tour, parce que j'avais confiance dans le jugement des Françaises et des Français et j'avais confiance dans le jugement des Jurassiennes et des Jurassiens.
- D'ailleurs, vous avez vu que le vote du Jura est à peu près exactement conforme à la moyenne nationale, un tout petit peu en-dessous, mais au second tour, j'en suis sûr, il sera un petit peu au-dessus, et je compte pour cela sur vous toutes et sur vous tous et en-particulier sur les habitants du Jura, du Haut-Jura et du Haut-Doubs qui m'ont apporté un soutien que j'apprécie particulièrement.
- Je remercie le président Brantus de son accueil et des raisons qu'il vous a données du soutien qu'il m'apporte. Je le connais depuis très longtemps, mais je ne sais pas s'il a la mémoire aussi fidèle que la mienne, car je n'oublie rien, sauf la rancune, et nous avons déjeuné ensemble à Dijon, il y a de cela fort longtemps, et nous avions déjà parlé des problèmes de la liberté et de l'information en France : je suis resté dans la ligne de notre conversation de l'époque.\
Je remercie le président Edgar Faure de s'être adressé à vous avec son talent très particulier ... c'est un talent auprès duquel j'ai pris des leçons.
- J'ai pris dans ma vie trois séries de leçons, outre, naturellement, les leçons de l'enseignement que j'ai suivi d'un bout à l'autre, mais auprès de trois hommes d'Etat, j'ai pris d'abord, chronologiquement, des leçons de sagesse auprès du ministre des finances qui était le Président Pinay ... j'ai pris ensuite, mais j'espère qu'il ne va pas répudier son enseignement, des leçons d'éloquence et de persuasion auprès du président Edgar Faure ... une persuasion d'ailleurs très opiniâtre, car à côté de l'imagination, de la facilité d'expression, parfois même de la fantaisie dans le choix des mots, il y a une pensée, une réflexion continue dont j'ai été le témoin au long de la vie d'homme d'Etat du président Edgar Faure ... et la troisième personne auprès de laquelle j'ai pris des leçons, c'est le Général de Gaulle, dont j'ai été longtemps le ministre, que je voyais deux fois par semaine, une fois en Conseil des ministres, une fois en tête-à-tête, et je me suis toujours dit que c'était, pour les hommes de ma génération, une chance exceptionnelle de pouvoir observer le comportement, le raisonnement, la façon de décider de cet homme d'Etat dont je me suis efforcé de retenir les enseignements essentiels.\
Mesdames, messieurs, depuis hier la campagne pour l'élection présidentielle a changé de sens. Jusque là c'était en fait ce qu'on appelle une élection primaire £ elle devient maintenant un choix national. Une élection primaire, en effet, chaque famille de pensée faisait entendre sa voix et cependant le suffrage m'a placé, détaché, en tte des dix candidats et devant le second, M. Mitterrand.
- Je suis heureux et fier, comme je l'ai dit hier soir, de ce témoignage de confiance après une campagne longue et à certains égards, en-raison de l'accumulation des critiques, en-raison aussi de la difficulté économique de l'époque, une campagne difficile. Je suis heureux et fier que les Françaises et les Français, dans la solitude de l'isoloir, m'aient fait aussi nettement confiance et je suis donc prêt à me battre avec eux et à gagner avec eux. Désormais, M. Mitterrand, qu'il le veuille ou non, qu'il le sache encore ou non, parle aussi au nom des communistes. Pour ma part, je représenterai donc tous ceux et toutes celles qui dans ce pays refusent la société marxiste et bureaucratique. J'en ressens d'ailleurs la responsabilité et les devoirs. La responsabilité, c'est de réunir ce qui a été un moment désuni. Il faut le faire franchement, simplement, cordialement. Chacun doit trouver dans ce nouveau combat une place digne de ses capacités.
- J'emploierai d'ailleurs une image sportive £ nous venons, en quelque sorte, de disputer un match de sélection avec, ce qui est normal, toute l'ardeur des équipes. Eh bien, faisons le geste de ceux qui, rentrant au vestiaire, veulent témoigner que l'esprit sportif est plus fort que les accrochages qui ont eu lieu sur le terrain. Procédons à l'échange des maillots !.\
Le devoir, c'est de rassembler sur les objectifs essentiels la grande majorité des Françaises et des Français, car les deux enjeux sont désormais et chacun de vous peut naturellement l'apercevoir, le maintien des institutions de la Vème République qui ont assuré la stabilité et la sécurité à la France depuis 1958 et c'est aussi le maintien d'une société de liberté et d'initiative pour la France. Je souhaite que le débat en se simplifiant désormais aborde les vrais problèmes de la politique française.
- Le premier point, le plus important, celui qui décide des autres, le premier problème est politique : avec qui M. Mitterrand veut-il gouverner ? Les Françaises et les Français ont le droit de le savoir, parce qu'ils ont le droit de tout savoir avant de choisir. Que M. Mitterrand n'y ait pas encore répondu clairement est un défi à l'intelligence et à la patience des Français et puisqu'il ne le fait pas, je vais répondre pour lui.
- Monsieur Mitterrand, comme moi-même, gouvernerait avec ceux qui l'auraient élu. Qui aurait élu M. Mitterrand. Les communistes sans lesquels il ne peut pas être élu.
- Pourquoi donc M. Mitterrand ne répond-il pas franchement à M. Marchais quand celui-ci réclame sa part de ministres au gouvernement ? C'est parce qu'il veut piper les voix anti-communistes du centre, c'est parce qu'il veut à la fois les voix des communistes et celles des anti-communistes, parce qu'il veut rechercher l'alliance impossible de l'eau et du feu. Il ne peut y réussir que dans l'équivoque, dans le brouillard de la pensée, dans la brume des idées. Il a, en effet, besoin des voix communistes, non comme vous le croyez peut-être une fois, non pas même deux fois, mais constamment. Il en a besoin une première fois pour sa propre élection, il en a besoin une deuxième fois pour les élections législatives qui interviendraient, vous le savez à la fin du mois de juin.\
Sitôt finie l'élection présidentielle, M. Mitterrand a dit qu'il dissoudrait l'Assemblée nationale. Comme si la France avait besoin d'une nouvelle campagne électorale après celle-ci qui n'a déjà que trop duré et d'un festival électoral permanent à offrir aux autres pays d'Europe, au lieu de traiter les grands problèmes qui se posent au pays et que nous devons résoudre tous ensemble.
- Aussi, je rappelle que je n'ai pas l'intention de dissoudre l'Assemblée nationale et que je souhaite qu'elle puisse aller jusqu'au terme de son mandat normal. Je lui proposerai après mon élection et avec le nouveau gouvernement bien entendu un programme de travail qui tiendra compte des indications qui sont apparues au-cours de cette campagne et qui permettra à la majorité de se manifester sur des problèmes qui préoccupent les Français dans leur vie quotidienne et, ainsi, de retrouver son unité dans l'action.\
J'ai toujours considéré, je ne sais pas si c'est l'avis des parlementaires du Jura et du Doubs, que les campagnes `campagne électorale` étaient utiles, parce qu'elles permettent d'apercevoir des choses que l'on ne voit pas aussi facilement, aussi clairement dans la vie ordinaire. J'ai donc écouté les messages du premier tour `élection présidentielle 1981`. Je retiens de ce premier tour trois messages :
- Le premier, qui n'est pas pour moi une surprise mais plutôt une confirmation, et peut-être n'en avais-je pas suffisamment perçu la force et l'ampleur, c'est que la société française ressent dans ses couches les plus actives un besoin puissant de liberté, d'initiative et de responsabilité, qu'elle souhaite voir libérer davantage les forces productives et qu'elle rejette les contrôles incidieux et les réglementations abusives. Ce message était utile. Il a été entendu et je compte y répondre de manière détaillée dans la réunion que je tiendrai à Paris le 3 mai.
- Le second message m'a été apporté dans mes rencontres avec le peuple français au-cours de cette campagne, ceux qu'on appelle les petits candidats et qui disposent naturellement d'une plus grande liberté de ton que les autres, l'ont exprimé souvent avec une certaine justesse. Ce message traduit une aspiration collective, celle d'un meilleur -cadre d'existence, d'un nouveau rythme de vie, d'une plus grande qualité de vie plus riche, plus diversifiée, une aspiration qui déborde les textes, les lois, les procédures. Elle englobe une nouvelle éducation et une nouvelle culture.
- Le troisième message, c'est l'accord profond que les candidats n'ont pas exprimé mais qu'ils ont entendu monter des couches profondes du peuples français, c'est l'accord profond pour une France indépendante, assurant sa défense et conduisant en même temps la bataille de la paix. C'est un grand progrès par-rapport au passé récent et je sais gré à ceux qui ont contribué à leur manière à cette prise de conscience.\
Nous allons donc construire ensemble la société que veulent les Français et nous allons la construire avec tous ceux qui rejettent les solutions marxistes et bureaucratiques que le président Edgard Faure décrivait tout à l'heure. Quelles seront les caractéristiques de cette société ? J'en disais un mot hier soir à la télévision £ une société de liberté et de responsabilité, cette liberté que j'ai préservée pendant les sept années de mon premier septennat et que j'entends bien entendu non seulement respecter mais développer encore pendant les sept années du septennat nouveau.
- Une société plus juste, c'est-à-dire qui traite les catégories des Français les plus déshérités ou ceux qui ont des charges plus lourdes et qui ont du mal à y faire face. Je n'ai pas voulu être dans cette campagne `campagne électorale` le chantre de l'égoisme. Je fais appel, au contraire, à la solidarité profonde et généreuse des Français, solidarité qui existe, j'y reviendrai tout à l'heure, en Franche-Comté. Une nation forte et paisible. J'ai voté, hier matin, à Chanonat (Puy-de-Dôme). D'ailleurs, les Auvergats sont un peu comme les habitants de Dôle parce qu'on met un accent circonflexe sur Puy-de-Dôme, mais ils disent Puy-de-Dome, de même qu'on met un accent circonflexe sur Dôle et vous dites Dole ... et même l'accent circonflexe est, à l'heure actuelle, je crois, discuté. J'ai donc voté, hier matin, et puis je suis rentré dans notre maison qui est au bout du village de Chanonat. Il n'y avait, naturellement, aucun dispositif important de sécurité, et il y avait un journaliste qui m'accompagnait, qui était un journaliste américain fort connu dans sa spécialité, qui m'a dit, à la porte : "ce qui m'étonne le plus, c'est de voir que vous pouvez être en France, que vous venez de traverser un village de France, que vous rentrez chez vous, et que vous êtes tout seul, il n'y a personne £ les gens vous disent bonjour, les voitures s'arrêtent sur la route et tout cela paraît tout à fait naturel à tout le monde, alors qu'aux Etats-Unis, c'est impossible. Cette attitude, cette sécurité pour un Chef d'Etat ne peut pas exister là-bas. "Cela existe en France et je veux que la France reste une nation forte et paisible.\
Et enfin une société d'espoir pour la France, c'est-à-dire qu'à l'issue de l'élection présidentielle je souhaite que les Françaises et les Français de tout âge, mais naturellement particulièrement les jeunes, aperçoivent les perspectives d'un avenir meilleur.
- Nous avons traversé, je crois que chacun l'a ressenti, une année 1980 qui a été difficile et qui même, pendant les mois d'automne, était sombre. Il y avait une angoisse profonde, que les Français ont ressentie, il y avait ce nouveau choc pétrolier, il y avait ces difficultés économiques, il y avait l'incertitude pour l'agriculture. Nous avons tous senti cela. Il y a donc eu une impression qui était sombre, pessimiste, peut-être à certains égards découragente. Je voudrais que nous terminions cette campagne du printemps, cette seule campagne - car, moi, je ne vous en propose pas deux, une seule, - je souhaiterais que nous la terminions avec une perspective d'espoir pour la France et que vous vous disiez : "Il y a des choses que nous allons pouvoir faire et qui vont améliorer, transformer les conditions de vie dans notre pays".
- Je vous citerai deux sujets - là aussi ils ont été évoqués par les orateurs qui m'ont précédé : - D'abord, l'emploi et, notamment, l'emploi des jeunes.
- Une société comme la nôtre a le devoir de faire en sorte que les jeunes qui ont été formés puissent trouver un emploi correspondant à leurs aptitudes. C'est un devoir. Cela était difficile dans un premier temps, parce que la France a vu la crise arriver, je dirai l'a reçue de plein fouet £ elle était habituée à une autre économie £ elle avait, vous le savez, pris l'habitude de la société de consommation, elle faisait appel à de très nombreux travailleurs immigrés £ elle avait négligé la formation professionnelle des jeunes £ elle avait traité les travailleurs manuels sans beaucoup de considération et il fallait redresser toutes ces attitudes avant de pouvoir aborder de façon plus efficace encore, comme le disait M. Brantus la solution du problème de l'emploi.
- Mais je dis aux jeunes Franc-comtois que nous avons la capacité de créer au-cours des années à venir les emplois qui permettront d'offrir à chaque jeune fille, à chaque jeune homme au terme de sa formation, soit un emploi, soit un complément de formation, et les premières propositions qui seront faites au Parlement au lendemain de l'élection présidentielle porteront sur l'emploi des jeunes.\
Deuxième aspect de cet espoir : l'agriculture. On analyse toujours les votes au moment des élections par catégories et j'ai vu que dans son ensemble, malgré ses difficultés que je connais, que je reconnais, l'agriculture française m'avait apporté massivement son soutien au premier tour. Quand vous regardez les régions typiquement agricoles de France, vous constatez que non seulement je suis en tête mais je suis en tête avec plus que la moyenne nationale.
- Je remercie les agricultrices et les agriculteurs de cette marque de confiance que je n'oublierai pas£ parce qu'il est vrai qu'ils ont connu des années difficiles. Je ne veux pas entrer dans le détail des causes, d'ailleurs vos élus les ont souvent analysées et notamment dans les régions d'élevage. Nous avons eu de mauvaises années nous avons eu des niveaux de prix qui n'étaient pas satisfaisants, et nous avons eu l'augmentation des charges de l'agriculture qui a été très rapide en 1979 et 1980, avec une difficulté réelle pour les exploitants.\
Eh bien, j'ai été sensible à ce témoignage de confiance. Sans doute, nous avions obtenu récemment à Bruxelles - je vous le dis franchement - un accord que nous avions très peu de chances d'obtenir, (il a fallu se battre beaucoup pour le faire), un accord qui favorise les produits animaux, élevage et produits laitiers, avec une hausse supérieure à la moyenne de la hausse des prix, supérieure donc à 12 %, appliquée dès le 1er avril. Je rappelle à messieurs les élus que c'est la première fois depuis, je crois, 14 ans, que les prix européens sont fixés au 1er avril, malgré les batailles qui avaient été menées au-cours des années précédentes.
- Supposez que nous ayons perdu trois mois, que nous ayons renvoyé cela après l'élection présidentielle, ce que beaucoup de gens croyaient. Comme la hausse est d'un peu plus de 12 %, trois mois perdus, cela voulait dire trois points de hausse perdus. Si l'on avait obtenu la hausse de 12 % au mois de juin, cela veut dire, en terme de revenu agricole, pour les produits laitiers animaux, que nous n'aurions obtenu que 9 % pour l'année 1981.
- Nous avons obtenu au contraire un résultat qui a été valorisé par la date à laquelle il est intervenu, et je vous indique que nous poursuivrons notre effort pour garder vivante notre agriculture, l'agriculture française, et pour garder vivantes nos zones de montagne. Ces zones de montagne ne vivront que s'il y a une population agricole active et que si elle maintient auprès d'elle un artisanat et un commerce rural qui assurent l'équilibre de la vie de nos montagnes. Pour moi, ceci sera un des grands objectifs du septennat nouveau.\
Maintenant, quelques mots sur la Franche-Comté. Je n'ai pas la culture franc-comtoise de ceux qui m'ont précédé et n'ayant pas la culture, je suis allé aux sources. Avant de venir vous voir, hier, je relisais une phrase qu'un grand écrivain comtois, Marcel Aymé prêtait à une déesse légendaire de la province qu'on appelle, je crois, la Vouivre, une phrase dont d'ailleurs le président Edgar Faure aurait pu être l'auteur.
- Marcel Aymé disait ceci : "Fier de mes Jurassiens, je les voyais grandis, et l'orgueil de leur vaillance et de leurs industries ne leur faisait pas oublier la part que j'y avais eue", une phrase que votre vote d'hier m'autorise désormais à reprendre à mon compte.\
Au second tour, je vous l'ai dit, il va se faire un choix de société £ ce choix, vous l'avez d'ailleurs déjà fait en 1978 et donc je n'imagine pas que les Françaises et les Français vont se contredire à trois ans d'intervalle. C'est pourquoi j'ai la certitude du succès, parce que c'est la confirmation du choix des Français.
- Et puis, le lendemain du scrutin, le 11 mai, viendra l'heure de l'unité nationale. Dans ma fonction de Président, je ne suis l'homme d'aucun parti. Je n'ai même plus aucune ambition personnelle. Vous le disiez tout à l'heure, le poids d'une telle fonction, dans les circonstances actuelles, je vous l'assure - je vous prends individuellement à témoin - on ne le cherche pas par agrément. Et quand on l'a déjà eu, le plus jeune de France, on n'a pas un désir particulier, une nécessité particulière de battre son propre record. Donc si on le cherche, c'est pour d'autres raisons, c'est pour poursuivre une action et c'est en réalité pour la France.
- Et ma grande ambition que je crois possible, parce que nous voyons ici ou là quelques signes précurseurs, c'est de faire progresser l'unité nationale pendant le septennat nouveau.\
Cette unité nationale, pourquoi la croire impossible quand on est en Franche-Comté ? C'est ici que le socialisme humaniste a trouvé ses première racines françaises, racines anciennes d'ailleurs, puisque la solidarité des fruitières remonte au XIVème siècle £ c'est à Besançon, on vous le disait, que sont nés Charles Fourvier, mon camarade de l'Ecole Polytechnique et Pierre-Joseph Proudhon, les pères spirituels de ce qu'aurait pu être, mais nous rêvons, un socialisme français non marxiste.
- La tradition chrétienne est encore plus ancienne, puisque déjà au Moyen-Age, Luxueil et Saint-Claude ont été des foyers intellectuels de rayonnement chrétien européen.
- Plus près de nous, la démocratie chrétienne a eu dans le Jura l'une de ses figures les plus brillantes, je pense à mon ami Jacques Duhamel, maire de Dôle, qui m'aurait accueilli dans cette salle.
- Ai-je besoin d'ajouter, devant le président Edgar Faure, l'importance chez vous de la tradition républicaine et radicale ?
- Or, la France d'aujourd'hui est le résultat de tous ces apports successifs, socialiste, chrétien, libéral, radical, gaulliste. Pourquoi les représentants de ces familles n'accepteraient-ils pas de construire ensemble la France de demain ?
- Les Français l'ont montré dans toutes les guerres et dans toutes les crises, ils sont généreux, ils sont courageux, ils veulent que la France gagne. Pourquoi seraient-ils condamnés à ne se rassembler que dans la tourmente, dans le deuil ou au lendemain de l'effort ? C'est pourquoi je souhaite rassembler les Français au jour de l'effort et non pas au lendemain. Sur les trois ou quatre grandes questions dont dépend notre avenir, l'intérêt des partis doit s'effacer devant l'intérêt de la France. Quand je pense aux problèmes concrets que vous rencontrez en Franche-Comté, quels concurrents rencontrez-vous le plus souvent dans nos entreprises horlogères, nos entreprises d'optique, la grande firme automobile de Sochaux ?
- Ce sont les Américains et les Japonais. Or, personne ne prétend que les Américains ou les Japonais sont privés de liberté politique et pourtant croyez-vous qu'ils perdent leur énergie et leur temps à se disputer sur l'essentiel ? Croyez-vous qu'au lendemain de l'élection américaine, on a recommencé pendant trois mois ou deux mois et demi une nouvelle campagne électorale ? Voyez ce dont a été capable pendant sept ans une France malheureusement encore divisée, c'est pourquoi ma formule sera : à une France rassemblée, rien d'impossible !\
Le Jura et la Franche-Comté ont longtemps souffert de leur isolement géographique, et mieux que les chiffres un mot confirme cet isolement, le mot de "reculées" dont certaines de vos vallées jurassiennes sont encore appelées. C'est pourquoi j'ai voulu donner la priorité aux communications :
- La liaison autoroutière Beaune - Mulhouse met désormais Besançon à une heure de l'Alsace et en respectant les limitations de vitesse £ c'est ainsi que j'ai fait le calcul n'est-ce pas. Elle va permettre de développer le chapelet de villes moyennes comprises entre Dôle et Belfort. Le train à grande vitesse `TGV` va rapprocher la Franche-Comté à moins de deux heures trente de Paris, et alors que ceci ne figurait pas dans le projet initial, j'ai personnellement insisté auprès du ministère des transports pour que le réseau du Sud-Est desserve aussi votre région.
- Enfin, la grande oeuvre de la liaison fluviale Mer du Nord - Méditerranée, à été poursuivie à un rythme régulier, monsieur le président du Conseil régional, vous connaissez parfaitement la manière dont nous suivons ce dossier : à l'issue de près d'un demi-siècle d'efforts, le Rhône est désormais entièrement canalisé à grand gabarit de Lyon à la Méditerranée et le prochain septennat verra l'engagement des travaux entre la Saône et le Rhin.
- ...
- Pardon, vous voulez poser, madame, une question sur la Saône et le Rhin ? Je vous invite à Dijon où, tout à l'heure, je vais parler des problèmes de l'environnement et du cadre de vie.
- De plus en plus, quand nous faisons de grandes réalisations de travaux publics, il est vrai qu'il faut tenir compte très attentivement de la protection du cadre de vie et de l'environnement naturel, et une des raisons pour lesquelles d'ailleurs cet ouvrage n'a pas été engagé plus vite, c'est que nous attachions de l'importance à ce que les décisions soient précédées par une étude d'impact sur l'environnement de ce que donnerait la construction de ce canal.\
Je vais maintenant, pour conclure, vous dire ceci : la France, pour la première fois depuis très longtemps, je dirai pour la première fois depuis la fin de la guerre de 1914, n'est plus l'homme malade de l'Europe. Quand nous allons dans des réunions européennes, et vous avez ici de hautes personnalités qui s'y rendent, la France, dans ces réunions européennes n'apparaît plus du tout comme un pays en retard, elle symbolise la jeunesse, le dynamisme et l'efficacité.
- Et, au-delà, la grande espérance de la France, c'est de se placer parmi les tout premiers et de devenir dans ce monde assombri, dans ce monde violent, dans ce monde déshumanisé, un guide et une lumière. Notre pays a toujours été le symbole de l'humanisme et du progrès. Partout où l'on circule dans le monde, comme je l'ai fait pendant 7 ans, il incarne encore les idées généreuses de la révolution. Rester à ce rang, y jouer le rôle auquel notre histoire et les traditions du peuple français nous destinent, telle doit être notre ambition. Ensemble, nous y parviendrons.\
Les Français vont avoir le choix et ce choix n'a jamais été aussi évident : la grisaille, d'un côté, la grisaille d'une société socialo-communiste. Je vous demande d'y réfléchir, l'actualité extérieure nous l'a décrite mieux que les discours. Est-ce que la France et les Français vont, pour des raisons qui m'échappent, faire à contre courant le chemin douloureux de la Pologne ?
- Ce serait le choix du désordre, du déficit et du déclin, et d'ailleurs vous le savez au fond de vous-mêmes. Que cette considération vous éclaire et vous conduise. L'autre voie, la nôtre, je ne dis pas la mienne, je dis la nôtre, la seule dont veulent vraiment les Françaises et les Français, c'est le choix de l'espoir, du progrès, de la liberté et du bonheur.
- Pendant deux semaines, inlassablement, depuis Dôle jusqu'à la fin de la campagne, je proposerai ce choix aux Français. Je ne le proposerai pas pour moi, je le proposerai pour eux et avec eux, avec eux et avec vous tous, jusqu'à ce que le choix de la liberté et de l'espoir gagne, car il ne peux que gagner, et nous le ferons gagner ensemble.
- Vive Dôle,
- Vive le Jura
- Vive la Franche-Comté
- Vive la France.\

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