Publié le 10 avril 1981

Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Narbonne, lors de la campagne pour l'élection présidentielle, vendredi 10 avril 1981.

Discours de M. Valéry Giscard d'Estaing à Narbonne, lors de la campagne pour l'élection présidentielle, vendredi 10 avril 1981.

10 avril 1981 - Seul le prononcé fait foi

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Mes chers amis de Narbonne, du département de l'Aude, et aussi des voisins des Pyrénées-Orientales auxquels j'ai rendu visite durant mon septennat,
- monsieur le maire de Perpignan,
- mon cher ami,
- je ne suis pas venu dans l'Aude, je n'y étais pas invité, je souhaite - j'y reviendrai tout à l'heure - avoir l'occasion d'y venir pendant mon septennat nouveau.
- Vous allez me permettre de vous parler très simplement parce que je crois qu'à Narbonne c'est la règle, et quelquefois au début de la campagne `campagne électorale`, on m'a dit : "Mais est-ce que vous allez dire tout ce que vous pensez" ?
- Je vais vous dire tout ce que je pense, y compris des problèmes de votre région, y compris des problème de votre département.
- Je voudrais d'abord remercier M. Bisserie mon mandataire, qui est un homme jeune et compétent, l'image de ce que sera, je l'espère, le Languedoc de demain, c'est-à-dire au service d'une agriculure moderne, qui vous apportera des conditions différentes, tournée vers le progrès, tournée vers l'ouverture, tournée vers la France moderne.
- Je voudrais remercier aussi M. Limouzy qui vient de me précéder à cette tribune parce qu'il a eu le courage de dire que Narbonne était une des villes les plus civilisées de France. J'espère pour lui qu'on ne l'a pas entendu dans le Tarn.\
Je vais vous parler d'abord de la campagne `campagne électorale` et puis je vous parlerai ensuite de vos problèmes tels que vous les avez évoqués en me présentant tout à l'heure.
- D'abord la campagne : vous savez que c'est aujourd'hui l'ouverture de la campagne officielle, vous savez qu'il y dix candidats en lice et, à ma connaissance, jusqu'à présent, il n'y en a qu'un seul qui ait fait part de son intention de visiter Narbonne.
- Nous entrons donc dans la ligne droite, deux semaines nous séparent maintenant du premier tour des élections présidentielles, le moment est venu pour vous et pour moi d'aller à l'essentiel.
- Pour vous qui entendez parler de ces élections chaque jour depuis plusieurs mois et qui pourriez légitimement en être excédés, mais c'est vous qui êtes responsables, c'est votre vote individuel des Narbonnaises et des Narbonnais, des Audoises et des Audois qui va engager la France pour 7 ans et donc, vous devez aller à l'essentiel.
- Pour moi qui ai le devoir de vous parler un langage clair, simple, un langage que chacun puisse comprendre, qui ai le devoir de mettre l'accent sur les vrais problèmes et non pas sur les fausses promesses, qui ai le devoir de vous dire la vérité, d'aller droit au but, c'est ce que je ferai pendant ces deux semaines, j'irai moi aussi à l'essentiel.
- Dans cette campagne, je vous tiens et je tiendrai aux Françaises et aux Français le langage simple de la vérité. La vérité n'est jamais compliquée, ce qui est compliqué c'est ce qui cherche à tromper l'opinion publique ou à lui cacher la vérité. La vérité n'est jamais triste, la vérité est chargée d'espérance.
- Je dis au-cours de cette campagne à ceux qui, comme vous, viennent me voir et que je remercie d'être venus d'un peu partout dans l'Aude pour cette réunion, que je suis le seul parmi les dix candidats à défendre les Françaises et les Français, c'est-à-dire à les défendre pour ce qu'ils ont accompli et je suis le seul à vouloir leur apporter, non pas le découragement et la critique universellement répandue, mais à vouloir leur apporter l'espoir.\
Je vous ai entendu tout à l'heure, mademoiselle, crier un nouveau slogan, je souhaite que ce soit celui de cette campagne `campagne électorale` Giscard-espoir.
- Je suis le seul - je préférerais, je vous le dis franchement, ne pas être seul, je préférerais que d'autres, qui pourraient le faire, vous disent un peu ce que je vais vous dire - à vous défendre.
- Mes concurrents mènent une campagne de démoralisation des Françaises et des Français, à les écouter la France ne travaille plus, elle ne produit plus, elle n'exporte plus, la France serait discréditée à l'extérieur, son Président de la République serait un sujet de risée, la France n'est plus rien. Tenir ce langage, c'est tromper la France et c'est se moquer du bon sens des Français.
- Seraient-ils réellement devenus des incapables ? N'auraient-ils rien fait pendant sept ans ? Je suis le seul à vous rendre justice... pour ce que vous avez accompli. Quand je dis par exemple que la production française et le niveau de vie ont, pendant ces sept années de crise, où chacun croirait que la production et le niveau de vie normalement auraient baissé, augmenté au total - avec naturellement des disparités selon les individus - de 23 %, je trouve que les Français ont bien travaillé. La France a, pendant ces sept ans, sept ans de crise, produit autant de richesses que pendant les dix ans qui avaient précédé, et, donc, pendant sept ans de crise, le travail des Français a représenté l'équivalent de dix ans de production du temps de la facilité.
- Personne n'a fait mieux dans le monde occidental, le Japon mis à part.\
Quand je dis que la France a la politique énergétique la plus efficace du monde et que tous les grands dirigeants du monde, que je connais personnellement, le reconnaisent, je suis fier, naturellement, de l'avoir conduite, mais ce n'est pas moi qui construit les usines, je l'ai dit et je le répèterai jusqu'à ce que certains s'en pénètrent. Ce sont nos ingénieurs, qui sont devenus les premiers du monde dans ce domaine, ce sont nos ouvriers qui sont devenus les meilleurs du monde.
- Quand je dis, et je le répéterai, que chaque Français, ce que vous ne savez pas, exporte autant que deux Japonnais, parce que le montant des exportations totales de la France est égal au montant des exportations du Japon, comme vous le savez, mais notre population n'est que la moitié de la population du Japon, et, donc, chaque Français exporte autant que deux Japonais. Je suis heureux que ce résultat ait été obtenu pendant que j'étais à l'Elysée, mais ce n'est pas moi qui exporte, ce sont des milliers d'entreprises dynamiques et compétitives, petites, moyennes et grandes, appuyées sur leurs cadres, leur maîtrises, leurs employés, leurs ouvriers.
- Quand je dis que la France est le seul pays européen à avoir lancé une fusée dans l'espace, je ne dis pas que c'est moi qui l'ai construite, mais, là encore, nos savants, nos ingénieurs, nos techniciens, nos ouvriers.
- La France, rappelez-vous, est la première puissance d'Europe pour l'industrie informatique, la première puissance d'Europe pour l'industrie aéronautique, la première puissance d'Europe pour l'industrie du verre et pour l'industrie du ciment la première puissance d'Europe pour l'industrie ferroviaire et, vous le savez bien, la première puissance d'Europe pour l'agriculture.
- Pourquoi donc mes concurrents le cachent-ils soigneusement ? Regrettent-ils les succès de la France ? La préfèrent-ils dans la médiocrité ?
- Quelle opinion ont-ils des Français ?\
Quand je dis que la France a pu, malgré la crise, faire un effort sans précédent de justice sociale au-profit des défavorisés, personnes âgées, handicapés, femmes seules, travailleurs manuels, qui étaient aussi les moins défendus, je suis heureux que cela se soit passé sous son septennat, mais je n'ai pu le faire que parce que les Français le voulaient, parce qu'ils souhaitaient une France plus fraternelle, plus solidaire et plus juste.
- Eh bien, nous l'avons fait ensemble comme vous le souhaitiez !\
J'ai beaucoup oeuvré pour la paix, j'y ai consacré beaucoup de mon temps et de mes peines, j'ai pris des risques personnels en maintenant le dialogue avec les grands responsables du monde et je vous demande de réfléchir parce que vous entendez, vous verrez au-cours de la campagne `campagne électorale` ce qu'on vous dit à cet égard et la légèreté, j'emploie le mot, la légèreté coupable avec laquelle on vous parle des problèmes de la paix.
- Savez-vous qu'il y a actuellement, stationnée en Europe, la moitié des moyens de destruction nucléaire du mnde ?
- Sachez que ces moyens représentent par personne l'équivalent de quatre tonnes de dynamite, quatre tonnes de dynamite pour chacun de vous. Savez-vous qu'il y a en Europe, à l'heure actuelle, 57000 chars de combat ?
- Savez-vous qu'il y a 5 millions d'hommes en permanence sous les armes ? Et croyez-vous qu'on puisse parler à la légère, sur les tréteaux des estrades, du problème de la paix et qu'on puisse critiquer quelqu'un qui a pris le risque, en votre nom, de maintenir ouvert le dialogue de la paix ?
- La France n'est pas faible. Vous parliez tout à l'heure de l'époque romaine, eh bien dans l'histoire de France, à l'heure actuelle, vous pouvez savoir que c'est le moment de toute notre histoire où la France est la plus forte. Nous n'avons jamais été, dans le passé, comme nous le sommes, la troisième puissance militaire du monde, puissance mais puissance pacifique.\
La France n'est ni faible, ni asservie comme on veut vous le faire croire, elle est forte, elle est indépendante, elle veut la paix car les Français veulent l'indépendance, c'est ancré dans leur coeur, dans leur choix, mais ils veulent aussi par-dessus tout la paix et la sécurité.
- C'est à cause de tout cela que je suis le seul parmi des dix candidats à pouvoir vous parler d'espoir parce que l'espoir, il ne faut pas confondre, l'espoir ce n'est pas l'illusion, ce n'est pas la tromperie des fausses promesses que n'importe qui peut faire, que je pourrais faire autant que quiconque, et je vous dirai franchement davantage que quiconque, promesses vite balayées par le vent des désilllusions et quilaissent, ensuite, un goût amer dans la gorge et dans la conscience.
- Le véritable espoir, ce n'est pas la démagogie, mais c'est l'espoir fondé sur le terrain solide de l'expérience et de la réalité. L'espoir, pour moi, c'est à-partir de ce que les Françaises et les Français ont été capables de faire depuis sept ans, et que le monde veut bien reconnaître, la préparation d'un avenir meilleur.\
Dans le domaine économique, nous avons, en effet, vécu ensemble une crise qui nous a marqués dans notre vie quotidienne, dans nos ressources, dans beaucoup de problèmes, mais le plus dur de la crise est passé. Certes, nous aurons encore des moments difficiles, mais un peu partout dans le monde, les nations industrielles commencent à réagir pour retrouver leur indépendance à l'égard du pétrole et vous savez que nous sommes en tête de ceux qui avons voulu nous libérer de cette servitude qui nous étranglait et donc, quant à nous, le moment est venu où nous allons moissonner à pleines gerbes le grain que nous avons semé.
- Notre énergie française, celle que vous avez dans vos maisons, celle que vous avez dans vos ateliers, si vous êtes artisan, dans vos commerces, dans vos exploitations agricoles, dans vos usines, sera principalement nationale et bien meilleur marché que le pétrole.
- Quand nous construisons actuellement une usine nouvelle en France, nous pouvons lui proposer un tarif d'électricité qui est la moitié du tarif que l'on devrait demander si nous produisions de l'électricité à-partir du pétrole. Et, donc, année après année, les usines qui se construiront sur le sol de la France seront compétitives par-rapport à nos voisins d'Europe qui n'ont pas entrepris le même effort. Notre tissu industriel s'est renforcé, il est devenu plus combatif et plus offensif qu'en 1973.\
En ce qui concerne l'emploi, problème très sensible dans votre région, et notamment pour les jeunes du Languedoc, si j'ai pu présenter un véritable projet détaillé, chiffré, vérifiable, et si j'ai été le seul à le faire, ce qui est pour moi une source de stupéfaction, parce qu'après tout j'avais les charges de la Présidence pendant toute cette période, le matin, l'après-midi, le soir, je suis obligé de me consacrer à ma fonction de Président, je ne peux pas m'en décharger, je n'en ai pas le pouvoir, mes concurrents qui n'avaient qu'à gérer le ministère de la parole et de la promesse auraient peut-être pu entrer dans le détail de ce grand sujet !
- J'ai été stupéfait en lisant dans la presse les tableaux comparatifs des propositions... dans les autres colonnes, il n'y avait rien... car je n'appelle pas propositions des formules vagues, irréalistes ou contre-productives, qui nous ont été présentées et qui, en rélaité, loin de diminuer le chômage en France, nous feraient rejoindre le taux de chômage des autres, c'est-à-dire de nos voisins en Europe qui ont, vous le savez, de l'autre côté de la frontière, des taux supérieurs au nôtre et qui, traduits en nombre de chômeurs, en France, représenteraient 2 millions et demi de chômeurs !\
Si j'ai pu faire ces propositions, c'est parce que les bases en étaient déjà jetées.
- Et, par exemple, croyez-vous qu'on pourrait concevoir une politique de réduction progressive des effectifs des travailleurs immigrés si le travail manuel n'avait pas été revalorisé progressivement pour que les jeunes Français y recourent ?
- Croyez-vous que nous pourrions promettre, comme je le fais, un poste de travail ou une formation à chaque jeune Française et à chaque jeune Français qui viendront sur le marché du travail d'ici 1985 si l'organisation n'était pas déjà sur pied et si elle n'avait pas commencé à fonctionner à plein régime ?
- Croyez-vous que nous pourrions développer le temps partiel qui peut offrir des solutions à un certain nombre de demandeurs d'emploi, et notamment à des femmes chargées de famille, et qui veulent garder une partie de leur temps pour l'éducation de leurs enfants et la vie de leur famille, ce que je comprends, si les lois nécessaires n'avaient pas été votées ?\
Enfin, pour l'investissement dans vos entreprises, à Narbonne, pensez-vous que l'Allemagne `RFA`, la première puissance économique d'Europe, aurait accepté, dans un geste historique sans précédent, de s'associer à la France moitié-moitié pour lancer ensemble un grand emprunt d'équipement pour améliorer la productivité de nos entreprises, pour leur permettre de se rénover, de produire davantage, et donc de créer de nouveaux employés, croyez-vous que l'Allemagne l'aurait fait, qu'elle se serait associée à nous si nous n'étions pas un de ces pays dont l'avenir apparaît sérieux, solide et dont les perspectives sont les mieux assurées ?\
Cet espoir pour la France que je vis intensément, que je ressens en moi, car on ne peut pas tenir un langage de cette -nature si on ne ressent pas profondément ce que l'on dit, c'est lui que je vais vous apporter maintenant dans tout le déroulement de cette campagne officielle.
- Oui, je suis le seul à proposer l'espoir fondé sur la raison et soutenu par le coeur, ce que j'appelle l'espoir à la française... celui d'ailleurs qui, grâce-à vous et avec vous, va gagner, ce qui d'ailleurs à Narbonne est une habitude.
- Dans cette campagne, vous savez que j'ai trois grands thèmes :
- - la paix à maintenir,
- - la liberté à préserver, et la liberté comporte même ici le refus de l'intolérance ou de la préférence partisane,
- - l'unité des Françaises et des Français sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, après vous avoir dit quelques mots du Languedoc.\
Quand on écrira plus tard l'histoire du Marché commun, l'histoire de la Communauté européenne `CEE`, il apparaîtra que les premières années ont été consacrées à organiser les productions de l'Europe du Nord et de l'Europe océanique, et que ce n'est qu'à-partir de 1974, sous l'impulsion de la France, que l'Europe a vraiment découvert les zones de montagne et les productions méditerranéennes... les zones de montagne que vous avez chez vous, les productions méditerranéennes qui sont les vôtres. Et si, peu à peu, nous avons tiré le Marché commun vers le Sud et vers la Méditerranée, je peux vous le dire aujourd'hui, il m'a fallu toute mon obstination d'Auvergnat...\
Prenons le cas de l'organisation du Marché commun : nous avons maintenant un dispositif qui comprend la plupart des dispositions essentielles qui étaient nécessaires : distillation préventive, contrats de stockage, possibilité d'appliquer un prix minimum dans les échanges en cas de crise, c'était cela les dispositions que l'on nous demandait, que demandaient les organisations professionnelles, nous les avons fait inscrire dans les dispositions de Bruxelles et personne ne peut plus nier que l'application de ce dispositif a évité l'écroulement du marché après la vendange record de 1979, écroulement du marché qui risquait de se produire.
- Ce dispositif, il nous faut aujourd'hui l'utiliser et l'améliorer, l'utiliser d'abord pour faire face à la dégradation du marché.
- Vous savez que la France vient de demander une distillation exceptionnelle. Cette distillation devra s'appliquer pleinement à l'Italie, et des acomptes seront versés aux viticulteurs dès la livraison de leur vin, et je peux vous dire que cette décision sera prise au prochain conseil des ministres de l'agriculture.
- J'ai aussi donné des instructions pour que toutes les possibilités d'exportation soient utilisées, et pour que la conformité des vins qui entrent en France soit garantie et vérifiée par des contrôles systématiques.
- Il faut aussi améliorer le dispositif actuel, et deux compléments me paraissent nécessaires pour permettre une meilleure gestion des campagnes viticoles. D'abord la mise en place d'un mécanisme préventif d'assainissement des marchés, et l'élimination par priorité, mais dans des conditions qui soient uniformes dans la Communauté `CEE`, des vins de qualité insuffisante. Les décisions seront prises après une concertation étroite avec les représentants de la profession. D'autre-part, je demanderai au ministre de l'agriculture `Pierre Méhaignerie`, qui est venu à plusieurs reprises chez vous et qui a suivi, il faut le dire, avec attention le dossier viticole à Bruxelles, de préparer un programme global permettant la mise en valeur et la promotion des vins de côteaux.\
Je lui demande aussi de proposer sans attendre des mesures permettant aux agriculteurs des communes du canton de Ginestas, qui ont subi des calamités pour la seconde année consécutive, de faire face aux difficultés exceptionnelles qu'ils peuvent rencontrer.
- Les agriculteurs de l'Aude connaissent la valeur des engagements tenus. Ils peuvent vous dire que sur tous ces points qui étaient les demandes traditionnelles des organisations professionnelles, nous avons avancé et nous avons obtenu des décisions. Ils peuvent comparer les faits aux promesses démagogiques et irréalistes, aux rêves vendus à bon marché, aux voies sans issue où certains leur proposent d'aller s'enfermer. Ils savent que je poursuivrai cette politique de rééquilibrage en faveur des productions méditerranéennes. Elle concernera le vin, mais aussi les fruits, les légumes et l'horticulture. Je parle pour l'Aude et je parle pour les Pyrénées-Orientales.\
Vous savez, monsieur le maire, que j'ai reçu à plusieurs reprises les dirigeants professionnels pour connaître personnellement de leur part les données du dossier. Quand je viens dans ce département de l'Aude, c'est aussi en tant que candidat de l'opposition libérale.
- Dans une région qui subit depuis cinquante ans la domination des partis socialistes ou communistes, pour les élus de ces partis, les choses sont simples, nous sommes, vous et moi, responsables de tout ce qui va mal et c'est à eux que nous devons tout ce qui va bien.
- C'est ce qui est dit tout au long de l'année sur les tribunes et sur les estrades, et vous savez que dans cette campagne j'ai dit que je dirai ce que je pense, eh bien, je vous dirai ce que je pense.
- Je sais très bien qu'en 1974 je n'ai pas eu, dans l'Aude, la majorité que j'aurais souhaitée, je le sais très bien, et je vais vous dire que je le regrette. Ce n'est pas à vous, qui m'aidez dans cette campagne `campagne électorale`, bien entendu, que j'en ferai le reproche, ce n'est même pas à vous que j'en exprimerai le regret, mais je voudrais vous dire ce que je pense profondément : ce Languedoc, ce Languedoc qui a le soleil et la mer, ce Languedoc qui a maintenant les moyens modernes de communication, qui pourrait être une grande région de tourisme, qui a une grande tradition universitaire, vers lequel les industries modernes devraient spontanément se tourner, ce Languedoc qui pourrait être une partie d'une Californie française, ces partis qui dirigent le Languedoc depuis cinquante ans, qu'en ont-ils fait ?\
Pendant cette période, il y a eu en France, à plusieurs reprises - ne l'oublions pas - des gouvernements qui avaient la même orientation politique £ qu'ont fait ces gouvernements pour le Languedoc ? Avez-vous la trace des grands chantiers qu'ils y auraient ouverts ? Est-ce que les grands équipements, dont vous bénéficiez remontent à des décisions prises par des gouvernements de cette époque ?
- Qui a négocié à Bruxelles les premiers fondements du Marché commun agricole, donc qui a oublié le vin et les productions méditerranéennes ? Reportez-vous en arrière. Un des dirigeants actuels des partis de l'opposition, des partis qui réclament aujourd'hui la poursuite des opérations de la mission Languedoc - Roussillon, que disaient-ils lorsqu'a été lancé l'aménagement de la Côte ? Ils étaient hostiles.
- Ces partis qui se disputent les crédits du plan grand Sud-Ouest, que disaient-ils quand j'ai lancé ce plan ? Ils y étaient hostiles.
- Ces partis qui réclamaient un véritable règlement européen du marché viticole et un office national du vin, que disent-ils depuis que nous avons obtenu l'un et l'autre ? Acceptent-ils de nous rendre justice ?
- C'est pourquoi je le dis devant vous, avec la franchise qui est celle de ma campagne `campagne électorale` : ces partis ont une lourde responsabilité dans le retard pris par le Languedoc depuis la Libération jusqu'à ces dernières années, retard dont c'est vous qui souffrez.\
Je suis sûr, sans être renseigné, qu'on me critique ici, vous allez entendre beaucoup de critiques sur moi à l'exception d'hommes que je respecte bien entendu, dans votre région et dans votre département car toutes sortes de tendances s'y expriment, mais je sais qu'on me critique, alors je vous pose la question : j'ai été à l'Elysée pendant sept ans, quel est donc le grand projet dont j'aurais été saisi pour votre région et auquel j'aurais refusé de donner suite ?
- Je mets qui que ce soit au défi de m'en citer un seul. Pas une seule fois, un grand projet, une grande perspective m'a été proposé pour le Languedoc et il a fallu que j'invente l'idée du Grand Sud-Ouest tout seul, ce plan, qui, d'ailleurs va transformer les conditions de vie de votre région et je suis sûr que plus tard, quand je ne serai plus là, vous verrez que le grand Sud-Ouest de la France aura commencé à bouger à-partir de mon septennat.
- Et quand on veut venir, comme je souhaitais le faire, étudier vos problèmes sur place, parler avec vous, rencontrer vos dirigeants entre citoyens d'une même République qui peuvent, après tout, étudier un problème, que fait-on ? Tout ce que l'on propose, c'est d'organiser des manifestations, des manifestations au-profit de qui ? Cela sert à quoi ? Cela a servi à quoi ? Cela profite à qui ?
- Cette attitude-là, je souhaite que les Languedociennes et les Languedociens la contestent. Cinquante ans d'opposition stérile et paralysante, cela suffit. Il faut un nouveau départ.\
C'est pourquoi je souhaite qu'à-partir des initiatives prises, à-partir de la vitalité profonde de votre région, vous rejoigniez le grand élan de tous ceux qui veulent transformer la situation et la condition de la France !
- On va gagner. On va gagner, mais je souhaite que ce soit avec vous, non seulement vous qui êtes dans cette salle, mais avec les Narbonnaises et les Narbonnais, avec les Audoises et les Audois, avec les hommes et les femmes du Languedoc, je souhaite que vous soyez avec nous lorsque nous allons gagner. Comment cela va-t-il se passer ? Le 26 avril, l'essai, le 10 mai, la transformation.\
Je suis venu vous parler, avec, très simplement, le grand bonheur de pouvoir le faire pour la première fois de mon septennat et c'est un privilège que je ressens de vous rencontrer chez vous, dans votre belle et historique ville de Narbonne, ville d'ailleurs qui apporte, je le sais, à l'évolution de la région une contribution positive et à laquelle je rends hommage.
- Mais je souhaite que maintenant vous qui avez l'éloquence languedocienne, vous qui avez le sens de la chaleur et des relations humaines, qui est la vieille tradition de votre terre, enrichie d'ailleurs par les produits de votre sol, qui rendent les communications plus faciles, si je vous parle avec cette chaleur, c'est peut-être à cause du petit verre de tout à l'heure dans les 15 jours qui restent dans cette campagne `campagne électorale`, vous qui me soutenez, et que je remercie de le faire, vous puissiez convaincre autour de vous des femmes et des hommes de réflexion comme il y en a j'en suis sûr, des centaines et des milliers, pour leur dire la vérité sur notre pays et sur votre région, pour leur dire ce qu'on doit faire. Si on veut conduire véritablement le progrès du Languedoc et de la France, chacune et chacun d'entre vous doit m'apporter une voix, deux voix, trois voix dans sa famille, dans son entreprise dans son commerce dans son exploitation agricole en disant : "je l'ai vu, il nous a parlé du Languedoc, c'est lui qui a raison" !
- C'est cela maintenant, que vous allez faire parce que je souhaite ardemment, de tout mon coeur, pour son progrès et pour son bien, que cette victoire de la France soit aussi la victoire du Languedoc et soit, grâce-à vous, la vôtre.
- Vive Narbonne !
- Vive l'Aude !
- Vive les Pyrénées-Orientales !
- Vive le Languedoc !
- Vive la France !\

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