Publié le 12 janvier 1981

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion de l'inauguration du monument en l'honneur du maréchal de Lattre de Tassigny, Paris, le lundi 12 janvier 1981

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion de l'inauguration du monument en l'honneur du maréchal de Lattre de Tassigny, Paris, le lundi 12 janvier 1981

12 janvier 1981 - Seul le prononcé fait foi

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Madame la maréchale,
- mesdames, messieurs,
- Lorsque le 11 janvier 1952, dans la petite chambre d'hôpital qu'il avait choisie pour que son sort fut aussi semblable que possible à celui de ses soldats, est mort le maréchal de LATTRE de TASSIGNY, la France a connu une perte irremplaçable.
- Elle a perdu un soldat, un grand chef de guerre, un homme qui savait et qui aimait donner l'exemple.
- Elle a perdu un soldat.
- La vie de soldat a été la vocation de toute la vie de Jean de LATTRE de TASSIGNY. Du soldat, il portait les deux marques distinctives : les décorations et les blessures. Ses décorations sont éclatantes : une croix de guerre avec dix-huit citations dont douze à l'ordre de l'armée, sept au-titre de la guerre 14-18 `1914 - 1918`, trois au-titre des combats du Maroc, une au-titre de 39-40 `1939 - 1940` et les autres au-titre du commandement de la première armée française. Six blessures dans sa chair, quatre reçues pendant la guerre de 1914, deux pendant les combats du Maroc. Ces blessures de la guerre de 1914 sont une sorte de raccourci de notre histoire militaire. La première est, en effet, un coup de lance dans la poitrine, dans ces combats de cavalerie qui ont marqué sans doute la fin du Moyen-Age militaire. Et ensuite, plus tard, une blessure au gaz annonçant déjà l'horreur des combats à venir. Soldat, le maréchal de LATTRE de TASSIGNY l'a été pendant la guerre de 14-18, il l'a été au Maroc où il a combattu plusieurs années £ il l'a été en 1939 - 1940, au-cours du sombre printemps de 1940 lorsqu'il est arrivé en Auvergne à la tête de la quatorzième division d'infanterie et plus particulièrement du cent-cinquante etunième régiment d'infanterie, qu'on appelait à l'époque le 15-1.
- Tous les Auvergnats qui l'ont vu arriver avec vous madame, et avec son fils, en ont gardé le souvenir. Quelques semaines après le printemps de 1940, le maréchal de LATTRE de TASSIGNY, par une de ces circonstances dont on se demande ce qu'elles doivent au hasard et ce qu'elles doivent à la pré-science s'est installé à Gergovie. C'est là qu'il a commencé à entraîner à nouveau les jeunes recrues de l'armée française en-vue des combats futurs. Je me souviens l'y avoir aperçu inaugurant modestement un terrain de sport qui existe toujours. Lorsque je me rendais jadis à la mairie de Chamalières, je ne prenais jamais le chemin longeant ce terrain de sport sans penser, madame, au maréchal de LATTRE.\
S'il fut un soldat, il fut aussi un grand chef militaire. Il en avait les qualités essentielles : la vision d'ensemble, la rapidité de la décision, le choix des hommes, le sens du détail.
- La vision d'ensemble. Il l'a montrée à la tête de la première armée française lorsqu'il eut à fixer ses objectifs. Ce fut d'abord de participer à la reconquête du territoire national occupé. Pendant l'hiver 1944 - 1945, il y avait encore une portion du territoire national qui était occupé, et le maréchal de LATTRE voulait que les Français fussent parmi ceux qui reconquèreraient le territoire national. Il a voulu ensuite, au printemps de 1945, radieux et ensoleillé, revanche du printemps de 1940, que les armées françaises s'enfoncent profondément en Allemagne de façon à être visiblement associées à la victoire.
- C'est pourquoi il a poussé sans trêve les unités de sa première armée. Première division française libre, première division blindée, deuxième division d'infanterie marocaine, troisième division d'infanterie algérienne, quatrième division marocaine de montagne, cinquième division blindée, neuvième division d'infanterie coloniale ainsi que les unités qui les avaientrejointes venues de l'intérieur : dixième division d'infanterie, quatorzième division d'infanterie, vingt-septième brigade alpine. Il les a poussées aussi loin que possible en Allemagne où elles ont, vous le savez, conquis Ulm, renouant avec les grandes dates de notre histoire militaire, puis franchi le Danube et occupé les premières le Tyrol autrichien.\
La rapidité de la décision aussi. Lorsqu'il a décidé que la première armée française devait reconquérir le sol alsacien, la décision a été prise et l'exécution conduite en quelques semaines.
- Lorsqu'il est arrivé en Indochine au milieud'une armée, dans une large mesure désorganisée et démoralisée par l'absence de soutien qu'elle recevait alors, il a tenu à livrer bataille tout de suite. Cette première bataille de Vinh-Yen a marqué le retournement militaire en Indochine.
- C'est grâce à sa vue d'ensemble, à sa rapidité dans la décision et dans l'exécution que de LATTRE a pu être présent au nom de la France, par un mandat que lui avait confié le Général de GAULLE, lors de la signature de la capitulation nazie en mai 1945.
- De LATTRE savait également choisir des hommes. Les divisions de la première armée, les corps d'armée de la première armée, les régiments et ensuite les unités d'Indochine ont toutes été commandées par des hommesremarquables. Chacun se souvient de leurs noms. Je me réjouis d'en saluer certains ici même. Ils ont fait des armées françaises de 1945 puis d'Indochine parmi les meilleures armées du monde.
- Sens du détail enfin. Nos anciens camarades se souviennent des visites inopinées du Général de LATTRE dans les unités, du soin avec lequel il observait la tenue de chacun, y compris celle des hommes de troupe, de la rapidité avec laquelle il redressait les erreurs même secondaires du commandement, de la manière enfin dont il tenait à donner lui-même l'exemple.\
Car de LATTRE savait donner l'exemple.
- L'histoire de notre pays chemine toujours à la lisière de l'ordre et du désordre, à la lisière de l'organisation et de la désorganisation. Lorsque les qualités de conception et de commandement s'exercent de manière judicieuse, la France franchit la ligne dans le bons sens. La raison pour laquelle notre histoire a connu tant de situations humiliantes ou désastreuses, et en même temps, de situations d'affirmation nationale ou desuccès, tient à l'action de quelques hommes qui, de temps en temps savent maintenir la France du côté de l'ordre et loin du désordre, du côté de l'organisation et loin de la désorganisation. Le maréchal de LATTRE de TASSIGNY était deceux-là. Il donnait l'exemple, il était l'exemple : exemple du courage, exemple de la discipline personnelle, exemple de la participation directe à l'effort. Lorsque nous avons eu la fierté, jeunes Français que nous étions, de parcourir au printemps de 1945 les provinces reconquises, lorsque nous avons eu la fierté d'entrer parmi les premiers en Allemagne, quelques années après la défaite de 1939 - 1940 et quelques mois seulement après la longue occupation qui avait imposé son ombre sur la France, nous avions compris quelle pouvait être pour notre pays la force d'entraînement de l'exemple. Madame la maréchale, nous qui avons été ses soldats, nous continuerons de faire ce qu'il attendait de nous. Et vous, madame la maréchale, avec tous ceux qui ont été ses proches et ses amis, vous continuerez de garder inlassablement le souvenir de Jean de LATTRE de TASSIGNY, maréchal de France. Il fut un grand, un fier et un humble serviteur de la France.\

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