Publié le 2 janvier 1981

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion de la présentation des voeux des pays ayant conclu des accords particuliers avec la France, Paris, Palais de l'Élysée, vendredi 2 janvier 1981

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion de la présentation des voeux des pays ayant conclu des accords particuliers avec la France, Paris, Palais de l'Élysée, vendredi 2 janvier 1981

2 janvier 1981 - Seul le prononcé fait foi

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`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Messieurs les ambassadeurs,
- Je tiens d'abord à vous dire combien j'ai été sensible aux sentiments d'amitié que vous avez exprimés à l'égard de la France. La chaleur de vos souhaits traduit la qualité exceptionnelle des rapports si directs et si particuliers qui se sont noués entre nos peuples et nos gouvernements.
- J'ai aussi été sensible à vos voeux personnels et je forme également pour vous, vos familles et, audelà de vous, pour chacun des peuples de vos pays des souhaits chaleureux de bonne année. Vous voudrez bien transmettre aux chefs des Etats que vous représentez l'expression des sentiments de haute et amicale considération du Présidentde la République française ainsi que ses voeux les meilleurs de paix et de prospérité.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Cette cérémonie traditionnelle à laquelle j'attache un grand -prix revêt, cette année, un sens particulier car voilà vingt ans que, jour pour jour et pour la première fois, avait lieu ici même, cette présentation des voeux alors que la plupart des Etats que vous représentez venaient d'accéder à l'indépendance.
- Vingt ans après, le bilan est largement positif. Certes les désillusions n'ont pas manqué, et des incertitudes subsistent, mais notre solidarité s'est resserrée tandis que votre indépendance s'est affermie sur tous les plans.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- J'ai souvent affirmé que la stabilité et la paix étaient en Afrique la condition nécessaire du développement. Or la paix ne règne pas partout sur votre continent. L'on ne peut passonger sans angoisse aux millions de réfugiés, ni sans crainte aux conflits qui couvent et à ceux qui ne se résolvent pas.
- Aujourd'hui, comme hier, il n'y a pas de faute plus grave contre l'Afrique que d'attenter à sa sécurité. La France qui a rempli et remplira toujours les engagements qu'elle souscrit, a retiré les forces qu'elle avait envoyées, puis maintenues au Tchad, à la demande du Gouvernement de ce pays, lorsque l'accord de Lagos a demandé le retrait de toutes les forces extérieures. Elle n'en estque mieux placée pour affirmer qu'aucun effort ne doit être ménagé pour y restaurer un climat pacifique, et pour y éviter l'intrusion de nouveaux hégémonismes.
- La France, qui ne s'ingère pas dans les affaires intérieures de ce pays, se félicite de la contribution patiente et obstinée apportée par certains pays à l'avènement de la paix au Tchad. Elle souhaite comme vous l'amitié du peuple tchadien.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- La France, inlassable avocat de l'indépendance nationale des Etats, de la coopération entre les peuples, est convaincue que seules des nations libres, prospères et solidaires sont capables d'assumer leur destin. Aussi a-t-elle une vocation naturelle à appuyer les Etats qui la sollicitent afin de contribuer à leur sécurité.
- En effet, depuis vingt ans, la France considère, par sentiment et par raison, que l'affermissement de l'indépendance de chacun de vos Etats est, pour elle, un devoir et une garantie : un devoir, par fidélité à sa longue et dure histoire, une garantie, parce que, s'il demeurent fiers d'eux-mêmes, épris de leur liberté, conscients de leurs valeurs culturelles, nos peuples peuvent se préserver mutuellement d'inacceptables ingérences et servir efficacement la communauté des hommes.
- La participation à nos conférences franco - africaines de chefs d'Etat de plus en plus nombreux est, comme vous avez bien voulu le souligner, monsieur le doyen du corps diplomatique africain en France, une manifestation concrète de cette solidarité qui nous unit. Cette volonté de concertation dans-le-cadre d'une stricte égalité est un des axes permanents de la politique extérieure française.
- Le trilogue euro - arabo - africain en est, comme vous l'indiquez vous-même, un autre exemple. Certes, les idées mettent du temps à germer, mais, comme elles sont naturelles, justes et réalistes, ces idées finiront par s'impser.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Sur-le-plan économique, la situation des Etats africains reste, à quelques exceptions près vulnérable, les revenus par tête d'habitant sont généralement faibles, l'auto suffisance alimentaire est rarement assurée.
- La réalité la plus grave qui vient d'apparaître clairement, c'est que sur notre planète vivent deux milliards de paysans du Tiers monde, qu'ils seront trois milliards en l'an 2000 et que leurs conditions de vie les poussent trop souvent vers les illusoires lumières des cités urbaines, préfèrant la misère clinquante des villes à la misère résignée des champs. Tel est le danger le plus grand qui se dessine.
- Vos pays sont essentiellement des pays agricoles, c'est pourquoi il nous semble que, compte tenu des perspectives économiques des vingt prochaines années, l'effort devra se porter essentiellement sur la promotion du monde rural : auto suffisance alimentaire, hygiène et santé, éducation de base, -constitution progressive d'un pouvoir d'achat.
- Cet effort doit principalement se porter vers la réalisation de petites entreprises décentralisées d'animation du milieu rural, et ces actions doivent rester à l'échelle des structures africaines traditionnelles. Mais pour que cet effort puisse porter ses fruits, la priorité, en-matière d'infrastructure, doit être réservée au désenclavement intérieur et extérieur £ il doit aussi favoriserl'intégration de vos pays dans des ensembles économiques régionaux cohérents.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Nous savons que l'Afrique est, comme nous, attentive aux orages économiques qui montent et qui nous frapperont durement. Elle a mis au point, en avril dernier, à Lagos, une stratégie économique pour les deux prochaines décennies. Les propositions que vos pays ont faites s'inspirent du même esprit qui anime, pour leurs propres affaires, les nations d'Europe et singulièrement la France.
- Dans-le-cadre de ce développement économique, celui des ressources énergétiques et minières doit être encouragé, car il est source de réduction des importations d'énergie, et d'augmentation des exportations génératrices de devises. Ce tableau ne se veut pas pessimiste mais réaliste.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Les raisons d'espérer sont grandes et la France souhaite exercer sa coopération pour aider à la réalisation de ces objectifs. Elle propose mais n'impose jamais sa coopération, qu'elle cherche et cherchera constamment à en améliorer les moyens. Cette année, conformément aux directives données au Gouvernement et avec l'accord du Parlement, les moyens financiers de cette coopération ont été augmentés.
- La France poursuivra et accroîtra cet effort. Son peuple y a un certain mérite, car elle subit elle aussi les effets de la crise.\
`Politique étrangère ` relations franco - africaines`
- Les pays francophones d'Afrique peuvent et doivent par leur cohésion, jouer un rôle décisif. Héritiers souvent d'une double culture, vos Etats sont ouverts autant sur les autres nations de leur continent que sur des horizons plus lointains.
- Depuis 20 ans ils ont prouvé leur capacité à surmonter les aléas du destin. Ce passé répond de leur capacité à maintenir pour l'avenir leur indépendance, leur solidarité surla base de l'égalité et à préserver le progrès de leur peuple. C'est le voeu très sincère et très ardent de la République française qui sera toujours à leurs côtés et notamment dans ce continent africain dont il connaît, comprend et mesure les problèmes, pour partager et soutenir leurs espoirs.\

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