Publié le 18 novembre 1980

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, en l'honneur du déjeuner offert aux Porte-Drapeau, Hôtel des Invalides, le 11 novembre 1980.

18 novembre 1980 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, en l'honneur du déjeuner offert aux Porte-Drapeau, Hôtel des Invalides, le 11 novembre 1980.

Télécharger le .pdf
Messieurs les ministres,
- mesdames les maréchales,
- mesdames et messieurs les présidents d'association de combattants,
- messieurs les porte-drapeau,
- J'ai souhaité que ce 11 novembre 1980, soixante-deuxième anniversaire de la victoire, soit dédié à notre drapeau et à vous messieurs, qui avez l'honneur de le porter.
- Cet anniversaire est d'abord le soixante-deuxième de la plus française de nos victoires. Souvenez-vous des combattants de la grande guerre. Leur génération, décimée par le feu, est aujourd'hui élaircie par l'âge. Elle mérite notre reconnaissance et notre affection.
- Mais, en cette année 1980, nous commémorons le centenaire de notre emblème national. Il y a cent ans, la République, sous la présidence de Jules GREVY, adoptait dans la forme qu'il a aujourd'hui, le drapeau de nos armées. Le 14 juillet 1880, une grande revue de nos troupes était organisée dans la plaine de Longchamp. Jules GREVY remettait à chaque porte-drapeau l'emblème de son régiment. "Recevez, dit-il, le drapeau de la patrie, pour défendre son honneur, son territoire et ses lois".\
Messieurs les porte-drapeau, cent ans ont passé. Deux guerres ont meurtri la France. De nouvelles nations sont nées à-partir de ce qui était notre Empire. Notre drapeau demeure le symbole de la liberté et de l'unité de la France.
- Je vous ai vus, ce matin, incliner vos couleurs vers la tombe du Soldat Inconnu, notre camarade, dans un geste qui nous appelait à nous recueillir et à nous souvenir. Je suis persuadé que toutes celles et tous ceux qui auront vu sur les écrans de la télévision s'incliner en même temps tous les drapeaux que vous portiez, auront été frappés par la beauté et par la dignité du geste.
- Président de la République, j'ai partagé avec vous les sentiments que vous éprouviez. Car vous concevez, sans doute plus intensément que d'autres, ce que les valeurs symboliques représentent dans la vie d'une nation. Vos drapeaux portent sur eux les marques de l'histoire de France.
- Notre drapeau a défendu la France. Il a flotté sur les champs de bataille de Verdun, de l'Artois et de la Somme, dont j'avais le privilège ce matin de décorer en votre présence certains des anciens combattants. Il a été l'âme de la France résistante, meurtrie et occupée. Avec notre première Armée et notre deuxième Division blindée il a libéré la France.
- Notre drapeau a parcouru le monde. Porté par les soldats de l'An II, par les combattants de l'Empire, il a été pour l'Europe le messager de la jeune liberté. Porté par les soldats de nos expéditions lointaines, il a flotté sur tous les continents.
- Ce drapeau tricolore est celui d'un grand pays, d'une nation qui n'a jamais été celle de l'oppression, pas davantage celle d'un nationalisme étroit, mais celui de la liberté, du progrès et de la générosité. Il est celui de la France, dans la souveraineté et l'unité de son peuple.\
Aujourd'hui, c'est à l'avenir de la France qu'il faut penser, à l'unité de la République et à la solidarité entre les Français.
- Penser d'abord à l'avenir de la France. Notre monde traverse une crise grave £ il faut aider la France à la surmonter. Le problème n'est plus celui de nos frontières. Ces frontières sont aujourd'hui sûres et reconnues. Elles sont et seront défendues. Chacun connaît l'effort collectif que notre pays s'impose pour assurer lui-même sa propre défense et assurer ainsi son indépendance. Jamais, je dis bien jamais, les moyens de notre défense n'ont été aussi puissants.
- Mais nous avons un autre effort à poursuivre : Le combat pour notre indépendance et notre liberté se pose aujourd'hui en terme d'économie, en terme d'approvisionnement, en terme d'indépendance énergétique, comme aussi en terme de modernisation de notre industrie et de notre agriculture. Comme au temps des combats, nous savons que c'est à nous et à nous seuls, les Françaises et les Français, de résoudre ce problème. Il ne faut pas compter sur d'autres, amis ou ennemis, confrontés aux mêmes difficultés, pour nous apporter une solution miracle.
- Préparons nous-même l'avenir de la France, mobilisons l'ensemble de nos moyens, de nos ressources en intelligence et en travail, pour surmonter et dépasser cette crise.\
Il faut aussi travailler à l'unité de la République. Par instinct autant que par raison, les Français ont choisi de se gouverner en République. Ce régime est celui qui correspond à notre instinct démocratique, à notre diversité, à notre volonté de choisir, en toute liberté, notre propre destin. Ce régime républicain correspond à la foi de notre pays dans ses propres capacités, à son désir de comprendre, à sa capacité de juger, à sa volonté d'entreprendre.
- Président de la République, j'ai la tâche difficile d'animer les forces vives de notre peuple et de maintenir entre elles la cohésion nécessaire à l'action collective.
- Cet anniversaire nous rappelle à l'unité pour la solidité de la République et pour le rayonnement de la France.\
Penser enfin à la solidarité entre les Français.
- Les difficultés de l'époque et les changements éveillent chez nos concitoyens un sentiment d'inquiétude, de crainte et d'insécurité. Certains exploitent cette inquiétude en tentant de faire renaître la haine, le sectarisme et la violence. Qu'ils sachent qu'ils rencontreront une inflexible volonté de combattre les ferments de haine et de destruction avec les seules armes que donne la loi de la République.
- Mais, dans cette période difficile, la solidarité des Français doit également s'exprimer, vis-à-vis de ceux qui sont faibles ou de ceux qui sont menacés. Solidarité active à l'égard de notre jeunesse pour l'aider à acquérir sa formation, et pour la préparer à trouver un emploi. Solidarité chaleureuse à l'égard des personnes âgées ou handicapées, des veuves ou des femmes seules que l'isolement rend fragiles. Oui, notre société doit être plus solidaire, et doit mettre en commun ses efforts et ses ressources pour vivre unis.\
Voilà, messieurs les porte-drapeau, les réflexions qu'inspire ce jour anniversaire. Le drapeau que nous honorons est celui de la liberté, c'est celui de la vocation de notre peuple à servir des idées et à se dévouer pour de grandes causes.
- Vous qui avez été les combattants de nos guerres, vous comprenez ce message. Sachons d'abord refuser les scepticismes et les découragements : tout ce que je vois en France nous invite à la confiance !
- Sachons affirmer ce qui nous unit : nos institutions républicaines, notre justice, notre armée mais aussi les conquêtes sociales qui resserrent notre solidarité.
- Sachons donner à notre peuple, l'élan de la vie, la foi en lui-même et en l'avenir de notre patrie. Il a besoin d'espoir. Il a besoin de nous.\
Messieurs les porte-drapeau,
- Je voudrais d'abord vous inviter à remercier avec moi celles et ceux qui ont participé à l'organisation de cette manifestation £ celles et ceux qui vous ont conduit ce matin à l'Arc de Triomphe pour que vous y soyez au premier rang de la commémoration de la fête du souvenir de la France et celles et ceux plus jeunes qui ont assuré l'organisation et le service de ce repas. Je vous invite à les applaudir pour les remercier.
- Messieurs les porte-drapeau,
- A la fin de ce repas, comme le faisait, il y a cent ans, Jules GREVY, je vous remets votre drapeau que vous allez rapporter chez vous. Il reste aujourd'hui encore celui de la liberté £ il est celui de la France dans la continuité de son histoire, et dans sa volonté de justice et de progrès.
- Mon ambition, en organisant aujourd'hui, en 1980, cette manifestation, est d'être parmi vous, comme vous, avec vous, le porte-drapeau de la France.
- Vive la République !
- Vive la France !\

Voir tous les articles et dossiers