Publié le 7 octobre 1980

Interview accordée par M. Valéry Giscard d'Estaing à FR3 et Fréquence Nord, à la veille de son voyage dans la région Nord-Pas-de-Calais, Paris, Palais de l'Élysée, mardi 7 octobre 1980

Interview accordée par M. Valéry Giscard d'Estaing à FR3 et Fréquence Nord, à la veille de son voyage dans la région Nord-Pas-de-Calais, Paris, Palais de l'Élysée, mardi 7 octobre 1980

7 octobre 1980 - Seul le prononcé fait foi

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QUESTION.- Monsieur le Président, c'est votre troisième voyage dans le Nord, quelle importance attachez-vous à cette région ?Ï LE PRESIDENT.- Dans le Nord - Pas-de-Calais, je suis venu une fois à Lille pour la tenue d'un Conseil des ministres, je suis allé à Notre-Dame-de-Lorette pour l'arrivée du corps du soldat inconnu d'Algérie et c'est maintenant un voyage officiel de travail dans le Nord - Pas-de-Calais. C'est-à-dire un voyage que le Président de la République fait dans l'exercice de sa fonction pour rencontrer les élus, la population, les représentants socio-professionnels du Nord - Pas-de-Calais, pour écouter leurs réflexions, pour s'informer et en même temps pour indiquer quelle est l'attitude de la France, quelle est l'attitude du Gouvernement vis-à-vis des problèmes de cette grande région française.\
QUESTION.- Justement, Monsieur le Président, le Nord est une des régions de France les plus touchées par la crise `économique`, beaucoup de responsables que vous avez rencontrés avant cette visite vous en ont parlé, comment pensez-vous résoudre ces problèmes ?Ï LE PRESIDENT.- C'est ce que je vais dire dans le Nord. Vous me permettrez de ne pas vous répondre avant d'avoir précisément entendu sur_place un certain nombre d'observations, un certain nombre de suggestions. C'est, en effet, une des régions les plus touchées de France pour le motif suivant : les trois piliers traditionnels de l'industrie du Nord, qui étaient l'extraction charbonnière, la sidérurgie et le textile, sont trois secteurs sévèrement touchés. Vous n'avez aucune autre région de France dont l'activité ait été principalement fondée sur ces trois secteurs. En Lorraine, il y en a deux £ dans la région Rhône - Alpes, il y a le textile, mais la combinaison des trois ne se trouve que dans le Nord. Ce qui explique que ce soit une région particulièrement touchée.Ï En même temps, c'est une région où déjà beaucoup de choses se sont faites. Le Nord est à l'heure actuelle engagé dans un effort de modernisation et de préparation de l'avenir considérable. Mais il est vrai que la crise le touche sévèrement et notamment sur_le_plan de l'emploi. C'est pourquoi au_coeur de toutes mes réflexions et au_coeur de la politique que le Gouvernement propose pour le Nord, il y a naturellement le problème de l'emploi.\
QUESTION.- C'est une région qui est privée d'industries de pointe de par sa position, peut-être géographique et historique, c'était une région frontalière, alors est-ce qu'on peut penser qu'à_partir de 1980, ces industries de pointe puissent remplacer les anciennes industries traditionnelles ?Ï LE PRESIDENT.- D'abord, ce n'est pas tout-à-fait exact et je le dirai en détail dans un de mes discours. Il y a des secteurs, des industries de pointe dans lesquels le Nord est déjà tout-à-fait présent. En_matière biologique et de biochimie, par exemple, nous avons des entreprises très performantes dans le Nord £ en_matière d'électronique, également. Mais c'est vrai que par_rapport à d'autres régions, dont la vocation s'est affirmée plus tardivement, le Nord ne donne pas jusqu'ici l'image d'une région dotée de puissantes industries de pointe. Ces industries de pointe ne viendront pas prendre le relais des autres, elles viendront compléterles autres car j'expliquerai qu'il y a un avenir pour le textile, contrairement à ce que l'on dit souvent et ceci se démontre £ qu'il y a désormais un avenir pour la sidérurgie car la sidérurgie du Nord de la France est une des plus performantes en Europe et donc s'il y a des difficultés de la sidérurgie européenne, ça n'est pas la sidérurgie française du Nord qui sera la première à céder, elle sera la dernière, ce qui explique d'ailleurs la nécessité d'une action concertée avec nos partenaires £ il y a également un avenir pour l'activité charbonnière directe ou indirecte dans le Nord. Donc, ces industries de pointe doivent compléter les activités traditionnelles du Nord, s'ajouter à elles mais non pas les supprimer pour les remplacer par d'autres.\
QUESTION.- Monsieur le Président, vous vous rendez dans le Nord à six mois des élections présidentielles, déjà certains élus de la majorité vous ont reproché de faire un voyage un peu électoral ?Ï LE PRESIDENT.- Des élus de la majorité ?Ï QUESTION.- Des élus de l'opposition, pardon.Ï LE PRESIDENT.- Depuis que je suis élu, la France vit perpétuellement en période électorale, d'ailleurs quand je suis allé dans les différentes régions, il y a toujours eu quelqu'un pour dire : "mais c'est une période électorale " J'exerce la fonction de Président de la République. J'ai indiqué, il y a déjà plusieurs mois, que je ne ferai aucune déclaration, que je ne prendrai aucune position sur le sujet de l'élection présidentielle avant la fin de 1980. Nous sommes avant la fin de 1980, je fais mon métier de Président de la République en me rendant en visite officielle dans le Nord.\
QUESTION.- Dans le Nord, vous allez rencontrer M. MAUROY, le Président du Conseil_général qui est socialiste, comme tout le monde le sait, alors est-ce que l'on peut placer cette rencontre dans un contexte politique ?Ï LE PRESIDENT.- Jerencontrerai M. MAUROY qui est le président du conseil_régional, je rencontrerai M. DENVERS qui est le président du conseil_général du Nord, je rencontrerai M. DARRAS qui est le président du conseil_général du Pas-de-Calais, donc diverses personnalités qui appartiennent, en effet, au parti socialiste et à l'opposition. Ceci est parfaitement normal, ceci fait partie de la vie démocratique normale. De tout temps en France, autrefois, les Présidents de la République ontrencontré les élus de diverses tendances lorsqu'il s'agissait des maires des grandes villes, lorsqu'il s'agissait des élus des départements ou des responsables des régions. Je considère que cela est normal et je le ferai, pour ma part,en tant que Président de la République en respectant, bien entendu, la personnalité et les convictions de mes interlocuteurs.\

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