Publié le 7 juillet 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert par M. le président de la République fédérale d'Allemagne et Mme Karl Carstens, lors de sa visite officielle en République fédérale, Résidence de Falkenlust, lundi 7 juillet 1980

7 juillet 1980 - Seul le prononcé fait foi

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert par M. le président de la République fédérale d'Allemagne et Mme Karl Carstens, lors de sa visite officielle en République fédérale, Résidence de Falkenlust, lundi 7 juillet 1980

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`Politique étrangère`
- Monsieur le Président fédéral, monsieur le Chancelier fédéral, mesdames, messieurs,
- Presque vingt ans se sont écoulés depuis le dernier voyage officiel d'un chef_de_l_Etat français en République fédérale d'Allemagne `RFA`. En dix-huit ans, que de changements dans les affaires du monde et de l'Europe, dans l'existence quotidienne de nos deux peuples, mais aussi quels progrès accomplis ensemble, que de liens noués de part et d'autre, que de solidarités créées entre nous.
- De l'étape de la réconciliation qui nous paraît maintenant lointaine, bien que notre génération ait encore connu l'affrontement, nous sommes entrés dans celle de la communauté de destin. Jamais, entre nos deux pays, les liens n'ont été aussi étroits. Jamais, nous n'avons été aussi proches.
- Vous-même, Monsieur le Chancelier `Helmut SHMIDT`, qui depuis maintenant six ans assumez vos responsabilités gouvernementales, vous savez mieux que quiconque la place qu'occupent les relations franco - allemandes dans notre action de tous les jours.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- En venant dans votre grand pays, bourdonnant d'activité, créateur, attaché aux valeurs de la culture traditionnelle et contemporaine, en visitant votre grand peuple, qui a donné à l'humanité une large part de sa philosophie, de sa musique, de sa poésie, de sa science, j'ai une chose à vous dire au nom du peuple français.
- Cette chose, je la dirai partout en Allemagne, avec l'espoir qu'elle soit entendue.
- Cette chose la voici :
- Il revient à nos deux pays, à nos deux peuples, d'agir ensemble pour mettre fin à l'effacement de l'Europe dans le monde, et pour rendre à l'Europe sa puissance et son influence dans les affaires du monde. Si nous réussissons à le faire, nous aurons imprimé notre marque à l'histoire.
- Si nous réussissons à le faire, nous aurons rendu un grand service à la paix et à l'équilibre du monde, dont nous constatons tous les jours qu'il a besoin d'une Europe indépendante et forte.
- Précisons deux points :
- Ce rôle de l'Europe, nous ne cherchons pas à le jouer seuls. Nous avons des partenaires précieux au-sein de la Communauté_européenne `CEE`. Et nous reconnaissons l'existence de ce deuxième cercle de l'Europe `Europe de l'Est`, composé d'Etats qui ne font pas partie de notre Communauté, mais qui partagent avec nous la personnalité de l'Europe.
- Ce que je dis c'est que nos deux peuples, réconciliés et amis, ont une impulsion unique à donner ensemble à la renaissance de l'influence de l'Europe. La France et l'Allemagne doivent être le ciment et la flèche de l'Europe.
- Nous faisons également partie de la même alliance `atlantique`, même si la modalité de notre participation est différente. Cette alliance est nécessaire à notre sécurité et, par l'équilibre qu'elle assure, elle garantit la paix. Notre appartenance à cette alliance n'interdit en rien l'apparition, ou plutôt la réapparition d'une présence de l'Europe, agissant comme elle-même et pour elle-même, dans les grands débats qui agitent le monde.
- Voilà ce que nous avons à faire. Voilà ce que nous essayons de faire, avec vous monsieur le Chancelier, lorsque nous nous efforçons, plus qu'aucun chef_d_Etat et de Gouvernement dans le monde, d'approfondir ensemble nos réflexions, de concerter notre action, de joindre nos influences.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- Nous le faisons parce que l'Allemagne et la France, séparées par le mince ruban du Rhin, ont eu l'instinct de se retourner l'une vers l'autre, non pas les mains armées, comme autrefois, mais les mains tendues. Sur quoi se fonde ce sentiment ?
- Nos deux pays sont attachés, monsieur le président, aux mêmes principes démocratiques. Tous deux se font aujourd'hui de la liberté et de la dignité de l'homme, après qu'aient été éliminées les perversions des années noires, la même conception intransigeante, inscrite dans leur vigoureuse tradition humaniste. Tous deux figurent au premier rang des nations industrialisées et scientifiques. Tous deux découvrent l'un pour l'autre, des attitudes de respect et d'estime.
- Nos deux pays, conscients de l'importance de ce qu'ils représentent dans le monde, veulent mettre au service de la paix, du bien-être et de la justice, leurs capacités, leurs ressources et leur imagination. Comme l'exprimait GOETHE : "Ein grosser Fehler, dass mann sich mehr dunkt als man ist, und sich weniger schatzt, als man wert ist".\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- (La fin de l'allocution est prononcée en allemand)
- Dans nos discours d'hommes publics, nous parlons des Etats et des peuples comme s'il s'agissait de figures abstraites, tirées d'encyclopédies ou d'annuaires statistiques.
- En venant en visite officielle en Allemagne fédérale `RFA`, je pense au contraire à votre pays et à votre peuple dans leurs réalités humaine et quotidienne. Peut-être le mystère de la naissance me donne-t-il l'envie de rencontrer les Allemands tels qu'ils sont, dans leur pays, tels qu'ils y vivent, et de connaître l'Allemagne comme on la découvre de l'intérieur. C'est pourquoi, je souhaite que mon voyage soit placé sous le signe de la simplicité. C'est un voisin, qui vient saluer ses voisins , et auquel ceux-ci ouvrent les portes de leur maison de famille.
- Je vous invite à lever votre verre en l'honneur du Président de la République fédérale d'Allemagne, en l'honneur de vous, madame qui nous faites le grand privilège de nous accueillir, en l'honneur du Chancelier, mon ami Helmut SCHMIDT, au bonheur du grand peuple allemand auquel j'apporte le salut fraternel et amical de son partenaire le peuple français, et à l'amitié franco - allemande, qui a déjà servi la cause de la paix et qui va servir maintenant celle de l'influence de l'Europe dans le monde.\

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