Publié le 9 mars 2009

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations franco-mexicaines, à Mexico le 9 mars 2009.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations franco-mexicaines, à Mexico le 9 mars 2009.

9 mars 2009 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président, cher Felipe,
Chère Margarita,
Nous approchons déjà de la fin de cette visite - trop courte sans doute - mais riche en impressions fortes et en résultats. C'est, je crois, le moment de les faire partager, après vous avoir remercié pour le magnifique accueil que vous nous avez réservés, avec votre épouse Margarita.
Je vais repartir du Mexique avec la vive impression d'un pays fier - et comment ne pas l'être - un pays fier de sa civilisation, de son histoire, de la force de ses Trois Cultures, de ce patrimoine incomparable, dont j'ai pu apprécier de magnifiques exemples. Comme la France, le Mexique cultive la mémoire. Le Mexique cultive son identité et les pays les plus ouverts au monde, ce sont les pays qui sont fiers de leur identité.
Je retiens dans le même temps l'image d'une société mexicaine en mouvement, sur le plan économique, culturel et social. Un Mexique conscient de l'enjeu et de l'urgence d'agir pour construire un autre monde. Un Mexique qui veut prendre toute sa place dans ce début du XXIe siècle. Je veux à cet égard vous exprimer tout le respect que m'inspire l'engagement courageux du Mexique, et votre engagement personnel, Monsieur le Président, dans la lutte contre la criminalité pour l'Etat de droit. Je veux vous dire, comme je l'ai dit aux familles des victimes que j'ai reçues, combien je partage leur douleur et combien je m'incline devant leur peine. La France est à vos côtés, chers amis mexicains, dans la lutte contre le crime. Demandez-nous notre aide, notre soutien, notre coopération, elle est acquise. Le Mexique n'est pas seul dans la lutte contre le crime organisé. D'autres pays avant vous ont eu à affronter ce défi et ils l'ont gagné. La démocratie mexicaine sortira victorieuse de ce combat et elle peut compter, la démocratie mexicaine, sur la République française à ses côtés dans ce combat où aucune compromission n'est possible.
Je dirais simplement, parce que je le crois profondément, que quand on combat le crime avec les règles de la République et de la démocratie, on ne combat pas le crime avec les règles des criminels. D'autres démocraties dans le monde ont cru pouvoir combattre les terroristes en ne respectant pas les règles de la démocratie. Ces pays se sont affaiblis. On doit gagner contre le crime mais avec les méthodes et les règles d'un Etat de droit et d'une démocratie.
Parfois, les victimes, en France comme au Mexique, ne le comprennent pas. Et c'est normal qu'elles ne le comprennent pas car leur souffrance est telle qu'elles ne peuvent le comprendre. Mais les hommes et les femmes de gouvernement doivent toujours garder cela bien présent à l'esprit. Les règles de la République, de la démocratie sont la meilleure arme contre le crime. C'est ce qui fait la différence entre la force illégitime du crime et la force légitime de la démocratie.
Enfin, Monsieur le Président, nous savions, nous les Français, que nous avions au Mexique des amis. Qu'est-ce qui s'est passé entre nos deux pays ? A la fin du siècle dernier, le XXe, le Mexique était naturellement tourné vers la conclusion, puis l'approfondissement de l'ALENA avec vos deux grands voisins : le Canada et les Etats-Unis d'Amérique. Nous même, la France, nous étions tout occupés, tout attachés à une nouvelle phase de la construction européenne. Quoi de plus naturel ? Finalement, Mexique et France, à force de nous sentir si proches, nous avons presque fini par nous éloigner ! L'habitude est redoutable dans les couples. L'habitude est redoutable dans l'amitié entre les pays.
Alors, avec le Président CALDERON, nous n'avons pas voulu laisser la tectonique des plaques nous rapprocher, au rythme de quelques millimètres par an. Nous avons voulu bousculer les habitudes, dépoussiérer les discours, accélérer les rapprochements pour aboutir à un véritable partenariat stratégique. Désormais, sur le plan international, on saura que le Mexique et la France, nous essayerons toujours de parler d'une même voix, de défendre les mêmes valeurs, d'affirmer les mêmes convictions.
Chers amis du Mexique, le monde a besoin de vous. J'ai dit au Sénat, il y a quelques heures, que je connaissais et je respectais le débat sur la possibilité pour le Mexique d'envoyer ses soldats à travers le monde au service de la paix. Je veux redire, parce que c'est ma conviction, que le monde a besoin que de grandes démocraties soient prêtes à envoyer leurs enfants à l'autre bout de l'univers pour défendre la paix et pour faire régner l'ordre international.
Le Mexique est un grand du XXIe siècle, il en a tous les droits, il en assumera tous les devoirs. Cher Felipe, la France veut, aux côtés du Mexique, porter cette même responsabilité.
Nous allons avoir l'occasion bientôt d'expérimenter cette collaboration. Le 2 avril, nous serons, toi et moi, à Londres et le 2 avril, nous devrons exiger des changements fondamentaux dans l'organisation. Croyez bien que ces changements seront portés par des puissances comme le Mexique et par la France. D'autres se joindront à nous. Les supers grands n'ont pas un intérêt immense à ce que les choses changent, les grands n'ont pas intérêt à ce que cela change.
Cher Felipe, Mesdames et Messieurs les élus du Mexique, si nous ne changeons pas les règles du jeu, nous, les femmes et les hommes politiques démocratiquement élus, nos peuples exigeront ces changements. Si nous ne voulons pas la violence, alors nous devons avoir la sagesse d'exiger des résultats dans ces changements. Ce n'est pas le moment d'un dîner d'Etat que d'exprimer dans le détail ce que sont ces changements. Felipe et moi, en votre nom, au nom de nos deux pays, nous porterons l'urgence de ces changements fondamentaux.
Enfin, qu'il me soit permis de dire que le fait qu'il y ait bientôt une année de la France au Mexique, c'est un honneur. Et l'invitation, cher Felipe, que je vous ai présentée, d'une année du Mexique en France, vous ne serez pas déçu. Vous verrez l'amitié, la chaleur, l'affection du peuple français pour votre civilisation, pour votre culture, pour votre pays et pour votre peuple. Et plus encore, vous verrez la patrie des droits de l'Homme rendre hommage à la démocratie mexicaine. Ce n'est tout de même pas si fréquent sur votre continent, un grand pays qui a connu tant d'épreuves, tant de violence, tant de marche en avant et de retour en arrière, qui s'affirme comme une des grandes démocraties du monde.
Chers amis mexicains, mon épouse Carla et moi-même, la délégation que je conduisais, nous repartons en France avec le sentiment d'avoir des amis, ici, mais plus que l'amitié, d'avoir des frères avec qui nous partageons la même ambition, les mêmes valeurs, les mêmes convictions.
Vive le Mexique !
Vive la France !
Vive l'amitié entre nos deux pays !

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