Publié le 22 décembre 2008

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, devant la communauté française, notamment sur les relations franco-brésiliennes et sur les actions en faveur des Français à l'étranger, à Rio de Janeiro le 22 décembre 2008.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, devant la communauté française, notamment sur les relations franco-brésiliennes et sur les actions en faveur des Français à l'étranger, à Rio de Janeiro le 22 décembre 2008.

22 décembre 2008 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames, Messieurs,
Chers Compatriotes,
Je voudrais vous dire le plaisir et l'honneur de vous rencontrer pour ce voyage qui est émouvant pour nous tous, d'abord parce que c'est le dernier voyage en tant que président du Conseil européen.
Aujourd'hui se tenait le Sommet Europe/Brésil et demain se tiendra le Sommet Brésil/France. Mais c'est émouvant en vous voyant tous si nombreux dans ce pays si jeune qui a tellement envie de compter sur la scène internationale et qui le mérite. Qui a tous les atouts, non pas pour devenir un grand du monde. Le Brésil ne va pas devenir un grand du monde, il est un grand du monde. Ce pays dont la superficie est grande comme 13 fois la France, qui a quasiment 200 millions d'habitants et qui compte pour l'humanité. Le Brésil c'est la première forêt du monde. Il y a cinq siècles, des Français comme vous, ont été parmi les premiers à venir découvrir cette terre. Ils voulaient en faire la France des confins du monde. Il est vrai qu'à l'époque, ils ne sont pas venus pour des bonnes raisons. Il y avait le goût de la découverte. Puis aussi, il y avait la volonté d'Henri II d'envoyer les Protestants faire un petit tour dans ce qui allait devenir le Brésil. Il se disait à ce moment-là, cela fera quelques Protestants de moins.
Malheureusement, ils ne furent pas assez nombreux. Je n'en parlerai pas à mon ami José Manuel Barroso, mais ils furent battus par les Portugais. C'est vrai qu'ici on parle davantage le portugais que le français. C'est la faute à ce qui c'est passé il y a cinq siècles. C'est un épisode qui est d'ailleurs assez peu connu de nos compatriotes en métropole. Il y en a un, Cher Bernard Kouchner qui en a parlé, c'est l'un de vos amis qui est maintenant ambassadeur de France, c'est Jean-Christophe Ruffin, qui a eu même le prix Goncourt avec cette histoire "Rouge Brésil". C'est vous dire combien, pour un président de la République française, cela compte d'être parmi vous aujourd'hui.
Alors qu'est-ce que l'on va faire avec le Brésil ? D'abord, la France est convaincue qu'on ne peut pas gouverner le monde du XXIème siècle, comme on a gouverné le monde au siècle dernier. Vous avez fait le choix du Brésil, vous avez raison. Mais la France, collectivement, doit faire le choix de donner la parole, de donner sa place à des pays comme le Brésil. Le Brésil fait partie des grands du monde. Il faut réformer le Conseil de sécurité pour que le Brésil ait une place de membre permanent. Il faut que tout ce continent de l'Amérique latine, se sente représenté.
Demain, avec les ministres qui m'entourent, nous signerons des contrats extrêmement importants qui montreront qu'enfin, ce partenariat stratégique, on y a mis du contenu pour qu'ensemble, nous construisions le monde de demain. Que le Brésil comprenne qu'il a tous les droits d'une grande puissance, mais qu'il doit en assumer aussi tous les devoirs, notamment dans les choix environnementaux comme nous l'avons fait en Europe avec le paquet énergie-climat.
Et puis, Mes Chers Compatriotes, c'est l'occasion également de vous dire que grâce à la réforme de la Constitution, maintenant, aux prochaines élections, vous allez pouvoir désigner des députés et pas simplement des sénateurs. Je me suis toujours demandé pourquoi on considérait qu'un Français de l'étranger comptait moins qu'un Français de la métropole. Comment se fait-il que lorsque l'on habite à l'étranger, on ait le droit de voter pour un sénateur et pas pour un député. Il y aura donc des députés qui représenteront les deux millions de Français de l'étranger dont pratiquement 30.000 au Brésil.
Et puis, après avoir rendu gratuites les études de vos enfants en terminale, en première, l'année prochaine, c'est la seconde qui deviendra également gratuite. Ecoutez, si je vous avais promis que le lycée deviendrait payant, vous ne seriez pas très contents. Je vous confirme qu'il sera gratuit. Honnêtement, cela justifie un petit geste d'approbation, parce que je l'avais promis avant d'être Président de la République. Je le défends. Cela n'est que justice. Quand on met ses enfants dans l'enseignement public, en métropole, les études sont gratuites. Quand on met ses enfants dans l'enseignement public et que l'on est à l'étranger, les études doivent être gratuites. C'est ma conception de l'égalité. Il a fallu lutter car toutes les administrations n'étaient pas également convaincues que l'égalité se déroulait ainsi.
Et puis, j'ai conscience aussi que si on veut développer la culture française, la langue française, il faut multiplier les établissements. On en a quatre et un nouveau projet. Dans dix-huit mois, je l'espère, nous inaugurerons un nouveau lycée à Brasilia, parce que s'il l'on veut que notre pays rayonne, alors il faut donner les moyens à notre langue et à notre culture de rayonner, de scolariser bien sûr vos enfants et de scolariser les enfants de Brésiliens qui souhaitent apprendre le français et partager notre culture.
Nous lancerons ce soir l'année de la France au Brésil avec un magnifique concert. J'espère qu'elle connaîtra autant de succès que l'année du Brésil en France.
Pour terminer, je voudrais vous dire que la France, la France dont on a tant parlé au Brésil, la France elle est en train de changer. La France devait changer. La crise profonde que connaît le monde est une opportunité pour notre pays de changer. On ne peut pas, dans le monde d'aujourd'hui, travailler moins, alors que le monde veut travailler plus.
On ne peut pas, dans le monde d'aujourd'hui, investir moins, alors que le monde investit davantage. On ne peut pas, dans le monde d'aujourd'hui, faire des choix contraires d'un monde qui est avide à donner de l'emploi, de la richesse, un avenir à tous les pays dans le monde.
Il y a deux siècles, les grandes puissances étaient installées confortablement dans leurs fauteuils en première classe. Les autres pays n'avaient que le choix que de subir.
Au XXIème siècle, chaque pays a la chance de progresser et chaque pays peut régresser. L'idée que je me fais de la France, c'est l'excellence. L'idée que je me fais de la France, c'est une diplomatie universelle. Mais si nous voulons être entendus des autres, alors il faut que nous nous imposions à nous-mêmes les conseils que nous donnons aux autres. Si nous voulons avoir une chance de rester ce pays prospère, la cinquième économie du monde, il faut nous moderniser. C'est ce que nous sommes en train de faire.
Je suis très heureux d'être entouré aujourd'hui de Bernard Kouchner qui a eu le courage de considérer que le candidat qu'il n'avait pas forcément soutenu, dans le fond, n'était pas si mauvais que cela. J'ai toujours pensé que la France ne pouvait pas se permettre de ne pas utiliser tous ses talents. Bernard Kouchner, c'est un grand talent de la France.
Je voudrais dire également à Xavier Darcos, à Hervé Morin, à Anne-Marie Idrac, à Bruno Le Maire qui est le dernier venu dans l'équipe gouvernementale combien je suis heureux qu'ils m'entourent et heureux qu'ils soient parmi vous. Je voudrais saluer également le Commissaire européen, Jacques Barrot. La France termine une présidence de l'Europe. Je dois te dire, mon cher Jacques que je suis persuadé qu'il y aura beaucoup de gens après moi qui feront des merveilles à la tête de l'Europe, mais qui aimeront autant faire le président de l'Europe, je ne suis pas sûr qu'il y en a beaucoup. Parce que moi, j'ai aimé m'occuper des problèmes des vingt-sept pays européens.
Je voudrais, en terminant, dire à notre ambassadeur, Antoine Pouilleute et à son épouse combien ils représentent bien la France, combien je suis heureux de leur apporter le témoignage de la confiance de toute notre équipe.
Mesdames et Messieurs, avant de vous quitter, vous avez fait le choix de venir ici. C'est un choix magnifique et, en même temps, j'imagine que dans le quotidien, cela ne doit pas être toujours facile, parce qu'il a fallu laisser une partie de la famille derrière, parce qu'il a fallu changer ses habitudes, parce que pour réussir ici, que vous soyez chef d'entreprise, enseignant, fonctionnaire, diplomate, il faut donner plus d'efforts que partout ailleurs dans le monde. J'imagine bien volontiers que derrière le décor de carte postale que j'ai vu, il y a la réalité et que la réalité, elle est rude. Mais la France ne serait pas un grand pays si elle ne pouvait pas s'appuyer sur des compatriotes comme vous, qui avez décidé que la vie méritait d'être vécue en prenant des risques, en changeant ses habitudes.
Alors soyez-en profondément remerciés et puis je voudrais également vous dire que je suis particulièrement heureux d'être ici accompagné d'une jeune Française, profondément européenne, Carla, tout le monde est heureux aujourd'hui de te saluer.
Je vous remercie.

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