Publié le 24 juin 2008

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations franco-israéliennes, notamment économiques, à Jérusalem le 24 juin 2008.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations franco-israéliennes, notamment économiques, à Jérusalem le 24 juin 2008.

24 juin 2008 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,
Monsieur le Président, Messieurs les Présidents,
Il faut regarder la situation en face. Entre la France et Israël on adorait faire des discours pour dire que cela allait bien et, en général, plus on faisait des discours pour dire que cela allait bien, moins cela allait bien, en fait. Et on passait des moments de froid où l'on ne faisait pas de discours à des moments de moins froid où l'on faisait des discours. Mais si vous regardez les choses économiquement, nos relations commerciales, économiques, entre Israël et la France, ne sont absolument pas au niveau de ce qu'elles devraient être entre deux économies de cette modernité et de cette puissance. Ce n'est critiquer personne que de dire cela. En général, je l'admets bien volontiers. Ce n'est pas ce que l'on attend d'un Président qui doit se féliciter que tout aille bien. C'est bien pour cela qu'on le fait venir, pour être sûr qu'il ne prenne aucune initiative. Mais, cher Shimon, je vais aller plus loin : j'ai regardé les chiffres aussi, cela m'intéresse. Je regarde que nos relations commerciales aujourd'hui sont moins importantes que ce qu'elles étaient à la fin des années 90. C'est une vérité. Nous en sommes responsables. Et la politique en est responsable également. On peut dire que tout allait bien, qu'est ce que cela aurait été si tout allait mal ?
Voilà une économie israélienne qui est peut être l'économie du monde qui investit le plus dans la recherche, l'innovation et le développement parce que vous n'avez pas d'autre choix. Voilà une économie qui s'appuie sur une immigration extrêmement dynamique pour les raisons que l'on connaît. Shimon, tu as parlé de la densité des savants et des chercheurs. Voilà la France qui se voulait grande amie d'Israël et voilà les faits. Les résultats. Les résultats ne sont pas à la hauteur des discours. Je laisse aux historiens de savoir si les discours étaient sincères. Mais nous, nous avons à regarder les résultats. Pas les discours. Et pourquoi les résultats, Shimon, sont absolument essentiels ? Parce que l'on a coutume de dire que la sécurité permet le développement et la croissance. Ici, c'est le développement et la croissance qui permettront la sécurité. C'est une inversion complète du principe et de la logique habituels. Ailleurs dans le monde on dit : d'abord la sécurité, ensuite le développement. Ici, si on attend la sécurité pour avoir le développement, on n'aura ni l'un ni l'autre. Et ce qui se joue, Shimon, va bien au-delà - et tu as eu raison de le dire-, des contrats, des emplois, des accords commerciaux. C'est une question vitale. D'ailleurs nous, les Européens, nous sommes bien placés pour vous le dire. Car, au fond, on parle toujours des accords politiques en Europe, mais comment s'est-on réconciliés avec les Allemands ? On s'est réconciliés avec les Allemands pour une raison simple : c'est que les Allemands et nous avions besoin de charbon et d'acier. On a tout organisé autour de la communauté du charbon et de l'acier. On n'était pas encore dans les belles déclarations, on était dans l'urgence et dans la nécessité. Il fallait du charbon qui était l'énergie de l'époque et il fallait de l'acier pour reconstruire. Nous nous sommes réconciliés sur une communauté assez peu glamour mais qui malgré tout, a produit ses effets. Nous nous sommes réconciliés autour du charbon et de l'acier et tout le reste a suivi. Je me souviens très bien de la vision de Shimon PERES, il y a déjà bien longtemps, une vingtaine d'années. Quand tu disais que le charbon et l'acier pour le Moyen-Orient, c'est l'eau et c'est le tourisme. La communauté moyen-orientale de l'eau. Parce que les nappes phréatiques, elles ne reconnaissent pas les frontières. Parce que le tourisme dans une région où chacun a habité à l'endroit de l'autre depuis des siècles et des siècles, dans cette micro région, les touristes que vous pourriez faire venir par millions, par dizaine de millions viendront visiter l'ensemble des sites, et pas un seul. Ce qui se joue entre nous c'est très exactement aux confins du développement et de la sécurité pour faire qu'Israël bénéficie enfin du droit à la sécurité, auquel ses habitants aspirent.
Et c'est vous, les chefs d'entreprise qui allez pouvoir le faire, et qui allez pouvoir le porter. J'ai parfaitement conscience, Shimon, que l'on n'a pas été assez dynamiques, nous, que l'on n'a pas poussé assez, que l'on n'a pas voulu assez être présent ici dans cette partie du monde.
On a en France l'une des communautés juives les plus importantes du monde et il y a en Israël l'une des communautés francophones les plus importantes du monde. Et, avec cela, nos résultats commerciaux, industriels, notre collaboration ne sont pas à la hauteur. Il faut que cela change. Il faut s'engager sur un rythme différent, il faut créer des partenariats. Il y a des entreprises qui l'ont fait. Veolia, Alsthom, Dassault dont tu parlais il y a quelques instants. Il faut que l'on fasse plus autour de 2 orientations : les petites et moyennes entreprises et les grands projets. Je veux m'engager totalement sur le projet de la Vallée de la paix. Je veux que la France et l'Europe s'engagent totalement pour sauver la mer Morte. Un mètre de profondeur perdu chaque année. Dans 40 ans, la mer Morte risque d'être comme la mer d'Aral, un souvenir. Ce n'est pas acceptable. Le canal entre la mer Rouge et la mer Morte, il faut le faire. On voit ainsi que la collaboration entre nos 2 économies doit s'appuyer sur des centaines de micro-projets et sur des projets-phare qui vont entraîner l'ensemble de la région. D'ailleurs sur ce projet-là, qui doit-on y mettre ? Israël bien sûr, la Jordanie qui est votre voisin et avec qui vous êtes en paix et l'Autorité palestinienne. Parce qu'imaginez, sur cette région du monde, si on crée les conditions du développement, Israël en profitera, la Jordanie en profitera, les Palestiniens en profiteront et, à partir de ce moment, nous, les responsables politiques, nous pourrons construire sur du solide, parce que sur la misère, sur le chômage, sur le sous-développement, sur l'absence d'éducation et sur l'absence de formation, on ne construit que la guerre. Voilà les objectifs qui sont les nôtres.
Je ne voudrais pas m'en tenir à cela, je voudrais me tourner vers la société israélienne, si jeune, si entreprenante. Je veux leur dire : oui, Laurence PARISOT a eu raison, la France change, change vite et elle ne vous a pas dit que c'était un hasard parce qu'elle est pudique et discrète. Moi, je vous le dis, c'est une volonté. La France change, la France des 35 heures, pardon, des 35 heures rigides qui empêchaient de travailler, c'est fini. Pas pour des raisons idéologiques, parce que la France adorait expliquer au monde ce qu'il convenait de faire et oubliait souvent de faire pour elle-même ce qu'elle demandait aux autres de faire. Cette époque-là est révolue. On ne peut pas dire aux autres : travaillez plus, innovez plus, soyez plus souples, plus réactifs, et nous faire le contraire. Nous sommes en train de changer notre économie. Les capitaux israéliens et le dynamisme israélien, il y a déjà des grands groupes israéliens qui investissent dans notre pays, vous êtes les bienvenus.
Je ne suis pas venu vous dire : achetez-nous des choses. Je suis venu vous dire : créons un partenariat.
Hier, j'ai eu l'occasion de dire à nos compatriotes français qu'il n'y avait pas à choisir. Etre Français et avoir son coeur en Israël, être Français de toutes ses fibres et aimer Israël totalement, cela n'a rien de contradictoire, mais nous avons besoin de créer entre nos deux économies des passerelles. Je voudrais que l'on aille plus loin. Je souhaite que l'on crée des passerelles également entre nos universités. C'est quand même extraordinaire qu'il ait fallu attendre le XXIème siècle pour qu'il y ait le premier lycée franco-israélien qui délivre un baccalauréat valable dans nos deux sociétés. Heureusement que nous étions amis ! Qu'est-ce que cela aurait été si nous ne l'avions pas été.
Nous venons d'adopter, je crois Shimon, le système d'aide à la recherche le plus performant du monde. Que les capitaux israéliens viennent investir en France ! Le crédit impôt-recherche est maintenant porté à un niveau sans précédent dans le monde. 30%, on vous remboursera 30% de l'argent que vous investissez dans la recherche. Il n'y a pas un pays au monde aujourd'hui qui puisse en faire autant. Nous avions du retard à rattraper et nous sommes décidés à le rattraper. Mais, au-delà de tout cela, mes chers amis, j'espère que vous l'avez compris aussi, nous, nous nous sentons proches de vous. On est à quatre heures et demie d'avion, on est en plein dans le Moyen-Orient et ici, quand on se promène à Jérusalem ou à Tel Aviv, on se sent partageant les mêmes valeurs, on se sent rencontrer des amis, comme si on avait naturellement une histoire en commun et comme si on rencontrait des frères qui ont les mêmes aspirations que chez nous.
Shimon disait : « un Juif n'est jamais satisfait », honnêtement, les Français ... J'ai vu que tu as été applaudi quand tu as dit cela mais, franchement, ils ont applaudi parce qu'ils pensaient que c'était pour la France aussi ! Et d'ailleurs, cela vaut pour toutes les sociétés. La vie n'est pas facile, pour personne, mais nous, nous nous sentons proches de vous, c'est pour cela que l'on veut vous aider, c'est pour cela que l'on veut être ici. Vous savez une chose, si vous faites la paix ici, nous, nous n'aurons plus le terrorisme. Donc, on ne se bat pas simplement pour vous, pour des raisons morales, pour des raisons amicales, on se bat aussi pour nous, pour nos enfants. Parce que tant que le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens n'aura pas été réglé, pour nos sociétés, il restera un moteur, un carburant pour le terrorisme du monde entier. Donc, ici se joue une partie importante de l'équilibre et de la paix du monde et c'est pour cela qu'il faut que la France y soit et que l'Europe y soit.
J'ai bien regretté, toutes ces dernières années, de voir et je peux le comprendre d'ailleurs, la place des Etats-Unis d'Amérique, dont la France est une grande amie. Mais, en même temps, je me disais : l'Europe investit, mais pourquoi ne parle-t-elle pas politique ? Parce que je suis persuadé que pour que vous puissiez faire la paix, il faut qu'il y ait un troisième partenaire qui vous dise avec honnêteté / voilà, nous allons vous aider, parce qu'on est décidés à être amis des deux côtés. C'est ici que cela se joue, maintenant que cela se joue, pas demain. J'aimerai que, Shimon, tu comprennes que, pour moi, être ici dans trois ou quatre semaines, avoir les Israéliens à la même table que les Arabes à Paris, c'est la même cohérence, c'est la même volonté de faire bouger les choses.
Demandez aux entrepreneurs français de venir investir en Israël, demandez aux entrepreneurs israéliens d'investir en France. Faire la conférence de l'Union pour la Méditerranée, faire le discours à la Knesset, aller déjeuner maintenant avec le Président de l'Autorité palestinienne, c'est la même chose, c'est la même politique, c'est la même volonté que la France mette son histoire, sa puissance, ses connaissances au service de la paix, parce que cette paix vous en avez besoin. Mais nous aussi ! Parce qu'au fond, c'est une façon, Shimon, pour nous les Français, de vous faire une déclaration d'amour, de vous dire que l'on vous admire. De vous dire que nous, nous nous serions retrouvés dans un pays grand comme quatre départements français, sans aucune matière première, avec comme choix que de se mettre dos à la mer, en faire une démocratie, une économie puissante, avec des jeunes qui vont à l'université, un rayonnement mondial. Je pense que vous pouvez être fiers du chemin accompli. Et peut-être que ce sont des amis sincères qui peuvent dire à ces Israéliens jamais tout à fait satisfaits : regardez quand même ce que vous avez fait en soixante ans. Je pense qu'aucun autre peuple dans le monde n'aurait été capable de construire une démocratie et le dire ici, pour moi, c'était un devoir.Je vous remercie.

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