Publié le 27 octobre 2005

Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle de l'Ecole nationale d'administration dans la formation des fonctionnaires français, européens et internationaux, le 27 octobre 2005.

Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle de l'Ecole nationale d'administration dans la formation des fonctionnaires français, européens et internationaux, le 27 octobre 2005.

27 octobre 2005 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle de l'Ecole nationale d'administration dans la formation des fonctionnaires français, européens et internationaux, le 27 octobre 2005. - PDF 155 Ko
Mesdames, messieurs,
Lorsque l'Ecole nationale d'administration a été créée, en 1945, elle s'inscrivait dans un projet global de refondation de l'Etat et de la République : il fallait donner à la nation des hauts fonctionnaires formés à l'administration moderne mais aussi à la réflexion critique. Et cela dans une période où tout était à reconstruire - pas seulement les villes, les industries, les routes, mais aussi la concorde civile, et même l'espoir. L'ENA n'a pas failli à sa mission, elle a su se remettre en question et s'adapter aux nouvelles donnes des décennies successives. Elle n'a jamais cessé d'incarner la culture du service public, sur laquelle s'est bâti notre pays, et qui constitue une composante essentielle du message de la France et du modèle européen. Dans un monde en mutation, sans cesse confronté à de nouvelles menaces, le rôle de l'Etat, d'un Etat qui protège, qui anticipe, et qui garantit la cohésion sociale, loin de s'effacer, retrouve une légitimité nouvelle. Recruter et former les serviteurs de l'Etat £ développer en eux le sentiment des devoirs que la fonction publique entraîne : la mission assignée à l'ENA par le Général de GAULLE est elle aussi plus que jamais nécessaire.
Année après année, l'ENA est aussi devenue la plus internationale de nos grandes écoles : un modèle, qui a inspiré de nombreux pays, de la Chine au Canada et du Brésil à la Finlande. Aujourd'hui, soixante ans après sa fondation, installée à Strasbourg, l'une des capitales de l'Europe, cette école fait encore la preuve de sa modernité : l'horizon de l'administration française et singulièrement de l'ENA, aujourd'hui, c'est l'Union européenne. Je suis donc particulièrement heureux de m'associer à son soixantième anniversaire.
Nous, Européens, vivons aujourd'hui une situation paradoxale : l'Europe semble peiner à affirmer son projet, à s'accorder sur son devenir, et même à cerner son identité. Pourtant - et cela est relativement nouveau -, elle est aussi devenue une puissance véritable, une puissance avec laquelle tous les pays et toutes les zones doivent compter. Au moment même où l'Europe est en proie au doute, pour un temps, à l'intérieur de ses frontières, elle constitue, pour le reste du monde, un continent qui se retrouve et s'unit autour d'un ensemble de valeurs de plus en plus partagées, un continent où s'invente un modèle singulier et désirable, dépassant les antagonismes nationaux. L'Europe s'affirme ainsi comme un acteur essentiel de la mondialisation.

Cette identité originale d'une Europe qui s'affirme dans le monde, c'est le fruit de nos valeurs, de notre géographie, de notre Histoire partagée, jusque parfois dans la tragédie : plus que les autres grandes puissances, l'Europe se préoccupe de construire un avenir de développement partagé et durable.
L'Europe est notre bien commun : dans un mouvement mondial à bien des égards positif mais aussi parfois aveugle, elle propose une approche singulière, fondée non sur la concurrence entre les pays, mais sur leur coopération. Non sur la prééminence des uns sur les autres, mais sur une régulation globale et choisie. Parce que nous pensons que seul un système régulé est capable d'assurer la pérennité du développement mondial : régulation dans le champ politique, avec la nécessaire réforme de l'Organisation des Nations Unies. Régulation dans le champ des échanges, au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Régulation, enfin, dans le champ social, parce qu'un système ouvert et compétitif suppose, pour être pérenne, la justice sociale et la solidarité.
La mondialisation est porteuse de risques £ elle nous ouvre aussi un jeu d'opportunités sans précédent. L'Europe a tous les atouts pour en tirer parti, au bénéfice des citoyens du continent, mais aussi des centaines de millions de femmes et d'hommes qui, dans les pays en développement, attendent encore la concrétisation des promesses du progrès.
Parmi les missions de l'ENA, celle qui consiste à former des fonctionnaires français, européens et internationaux qui soient pleinement au service du développement et des nouvelles régulations mondiales, est à mes yeux l'une des plus essentielles.
A tous les élèves de l'ENA d'aujourd'hui et de demain, dont beaucoup sont et seront des ressortissants de l'Union, je le dis : vous devez vous sentir chez vous partout sur notre continent, car c'est à vos générations qu'il reviendra de penser, d'administrer, de faire vivre et de faire croître ce nouveau modèle européen, qui peut aussi, j'en ai la conviction, constituer une promesse pour le monde.
Je vous remercie.

Sur le même thème

Voir tous les articles et dossiers