Publié le 25 novembre 2004

Tribune de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans la revue "Arabies", le 25 novembre 2004, sur le rôle de la Francophonie et sur le développement durable.

Tribune de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans la revue "Arabies", le 25 novembre 2004, sur le rôle de la Francophonie et sur le développement durable.

25 novembre 2004 - Seul le prononcé fait foi

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Deux ans après le sommet de Beyrouth où la famille francophone a affirmé une nouvelle fois ses liens particuliers avec le monde arabe et lancé un message de paix, de tolérance et de dialogue des cultures, les Chefs d'État et de Gouvernement des pays membres de la Francophonie se retrouveront dans quelques jours à Ouagadougou. Ce sommet au Burkina Faso, pays de vieille culture, marquera le retour en Afrique de la Francophonie et constituera une nouvelle étape dans l'affirmation de notre solidarité.
En se dotant pour la première fois d'un cadre stratégique décennal, la Francophonie fera acte de maturité. Ce cadre exprimera une vision et une ambition partagées pour une Francophonie assurée de son identité, ouverte sur la diversité des peuples, des langues et des cultures et prête à jouer tout son rôle dans les grands débats de notre temps. Une Francophonie au service de ses membres et d'une conception du monde fondée sur la solidarité et le respect. La solidarité qui naît d'une langue et d'une culture communes. Le respect de la diversité, qui est devenu l'étendard de notre combat. Une Francophonie politique au service de nos valeurs communes, la paix, la démocratie et le respect des droits de l'homme.
Parce qu'elle rassemble autour d'une langue et de valeurs partagées des pays de tous les continents et de tous les niveaux de développement, la Francophonie constitue un espace privilégié d'échange et de coopération sur les grands enjeux du monde contemporain. Elle place ainsi tout naturellement le développement durable au coeur de sa démarche. C'est pourquoi nous avons choisi d'en faire cette année le thème de notre sommet.
Les enjeux du développement durable sont multiples. L'environnement et la gestion des ressources naturelles. Le progrès économique et social. L'éducation et la santé. La lutte contre le sida et les grandes pandémies. La promotion des femmes. La bonne gouvernance, sans laquelle rien n'est possible. La diversité culturelle et linguistique.
Sur toutes ces questions, la Francophonie a commencé depuis plusieurs années à se mobiliser. Elle a démontré sa force et son engagement dans le combat pour la reconnaissance d'un nouveau droit de la diversité culturelle. Je me réjouis à cet égard des progrès enregistrés depuis Beyrouth, à l' UNESCO, sur cette question cruciale.
Déjà, aussi, des concertations francophones régulières ont lieu dans les enceintes internationales à vocation économique et politique, telles que l'OMC, la Commission du Développement Durable des Nations Unies, la Commission des Droits de l'Homme, le Sommet Mondial sur la Société de l'Information. Mais nous pouvons, et nous devons aller plus loin ensemble, pour humaniser et maîtriser la mondialisation.
L'année 2005 sera décisive. Le prochain sommet du G8 devrait donner une nouvelle impulsion au partenariat avec l'Afrique et à la lutte contre le changement climatique. Les Chefs d'État et de Gouvernement du monde entier se réuniront en septembre à New York pour dresser un premier bilan de la réalisation des Objectifs de Développement du Millénaire et achever la réforme des Nations Unies. Nous espérons la conclusion à l'UNESCO des négociations pour une nouvelle convention sur la diversité culturelle En décembre de l'année prochaine, enfin, l'OMC se retrouvera à Hong Kong pour la phase finale du cycle de Doha.
Le développement durable est ainsi, plus que jamais, au premier rang des priorités de la communauté internationale. Car nous mesurons bien que les destins des pays riches et des pays pauvres sont liés dans la lutte contre la pauvreté, contre le sida ou contre le réchauffement du climat. Nous comprenons que la solidarité n'est pas simplement une obligation morale mais une exigence de sécurité et un investissement. Nous savons qu'il nous faudra faire davantage à cet égard, trouver au moins cinquante milliards de dollars supplémentaires par an de ressources concessionnelles pour espérer atteindre les objectifs du Millénaire. Pour y parvenir, nous devrons ainsi examiner toutes les options possibles, y compris de nouvelles formes de taxation internationale permettant de mobiliser au service du développement une fraction des richesses immenses créées par la mondialisation.
A la veille des grandes échéances internationales de 2005, le sommet de Ouagadougou sera pour la Francophonie l'occasion de définir une approche commune, ambitieuse et cohérente, sur les multiples enjeux du développement durable. Mais aussi de renforcer la coopération entre les membres de notre famille. C'est dans cet esprit, en particulier, que nous adopterons des mesures nouvelles pour encourager le développement de la microfinance dans l'espace francophone, car le développement passe, j'en suis convaincu, par la libération des énergies créatrices, par la mobilisation des immenses talents de nos peuples au service de leur développement.
Dans un monde traversé de profondes divisions, la Francophonie porte un idéal et une espérance. Elle conjure dans le dialogue et l'amitié le péril du choc des civilisations. Elle travaille, par son action et ses engagements, à l'avènement d'un monde plus juste et plus solidaire. Tel sera le message du sommet de Ouagadougou.

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